En Genèse 18 Abraham a-t-il vu Dieu ? Abraham a vu 3 hommes et se prosterna devant eux, pourquoi s’exprime-t-il comme s’il ne parlait qu’à une seule personne ? Dans le verset 17, à qui l’Éternel s’adresse-t-il ? [Jeff]

Le chapitre commence par ces mots : « L’Éternel lui apparut » et au verset 13 : « L’Éternel dit à Abraham ». Ceci répond à votre première question, encore que cela ne veuille pas dire qu’Abraham aurait vu la gloire de Dieu (ce qui dans l’Ancien Testament n’est pas permis, et qui dans le Nouveau consiste à contempler Christ crucifié). Du point de vue de Dieu, c’est lui qui apparaît à Abraham, mais celui-ci voit « trois hommes »… Abraham s’adresse, comme il se doit, à celui des trois qui doit lui apparaître comme le chef : rien de théologique là-dedans. Mais n’oublions pas qu’Abraham est croyant ! Il peut aussi parfaitement avoir reconnu Dieu dans ces trois hommes qui le visitent. La théologie chrétienne ne dira-t-elle pas par ailleurs que Dieu est un en trois personnes ?

Au verset 17, le verbe est au parfait : c’est un rappel d’une parole plus ancienne que ce qui est dit dans les versets précédents. Ceci est donc rappelé pour le lecteur (car c’est à nous, n’est-ce pas, que l’Écriture s’adresse, pas à Abraham…), qui a besoin de comprendre pourquoi ensuite Dieu va révéler son projet à Abraham, ce qui semblerait bizarre vu qu’Abraham n’y jouerait aucun rôle. En fait, Dieu va introduire Abraham dans son projet en le lui révélant, et ensuite tenir compte de lui en épargnant non pas Sodome, mais Loth et les siens. – On pourrait aussi se rappeler qu’en Genèse 1 et 2 également, Dieu ne semble parler à personne sinon à lui-même : il parle pour nous.

Qu’en est-il de l’enseignement féminin à un auditoire mixte ? Les protestants évangéliques admettent qu’une femme enseigne à des femmes mais très rarement à des hommes (sauf petits garçons). [Jo]

Tout d’abord, « les protestants évangéliques », c’est une réalité diverse, certaines Églises évangéliques (libristes, baptistes, etc.) ont des pasteurs femmes, d’autres (Foursquare) ont des couples pastoraux ; d’une manière ou d’une autre, il y a donc dans ces Églises-ci des femmes qui enseignent ou prêchent à tous, donc aussi aux hommes adultes !

Bibliquement, je voudrais souligner deux versets (parmi d’autres). Le principe est posé par l’apôtre Paul dans sa lettre aux Galates (3 / 28) : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni mâle ni femelle, car vous tous, vous êtes un en Christ Jésus. » C’est-à-dire qu’en Christ, devant Dieu, les distinctions sociales, y compris celles qui sont de l’ordre de la création, ne pèsent plus rien. Ça ne veut pas dire qu’il y a confusion, mais que Dieu regarde chacun quel qu’il soit à travers Christ. On n’est pas pasteur homme ou pasteur femme, mais pasteur, point.

Les ministères ecclésiastiques seront donc fondés sur les dons de l’Esprit, qui sont évidemment liés au contexte dans lequel il les donne : sauf exception prophétique, l’Esprit ne va pas envoyer enseigner ou prêcher quelqu’un qui, dans une société donnée, ne sera pas écouté à cause de ce qu’il est ! En France, c’est lorsque les femmes ont investi la vie publique entre les deux guerres (les hommes ayant disparu dans la Première) que l’Esprit saint en a aussi appelé au ministère pastoral… ce que les Églises ont mis du temps à reconnaître !

Le second verset vient de la première lettre à Timothée (2 / 12) : « Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre autorité sur l’homme mais qu’elle demeure dans le silence. » Soit on prend cette phrase (et les versets environnants : 11-15) au pied de la lettre, et il faut bien voir qu’ils disent le contraire d’autres versets dont celui de Galates. Soit on considère que l’Écriture ne peut pas se contredire, mais qu’elle doit s’éclairer elle-même, et alors il faut essayer de comprendre autrement ce passage. Tout s’éclaire si l’on considère que « l’homme » figure le Christ nouvel Adam (1 Cor. 15 / 45), et « la femme » son épouse, l’Église (Éph. 5 / 24. 27. 29-30). Alors évidemment, l’auteur de l’épître ne permet pas à l’Église de se placer au-dessus du Christ, ni d’inventer quoi que ce soit en-dehors de lui : la place de l’Église est celle de Marie aux pieds de Jésus pour recevoir sa parole (Luc 10 / 39), pas ailleurs. C’est pourquoi nous confessons « l’autorité souveraine des Saintes Écritures » et « reconna[issons] en elles la régle de la foi et de la vie » !

En quoi le sacrifice de Jésus est unique, non reproductible ? D’où la question : est-ce que ça a vraiment coûté quelque chose à Dieu ? [Yannick]

Au moment de la mort du Christ, le voile dans le saint des saints du temple de Jérusalem s’est déchiré en deux (Matthieu 27, 51). Seul le grand sacrificateur avait le droit, une fois par an d’y pénétrer, en passant ce voile. Il entrait dans le lieu où la présence de Dieu se manifestait. Là il faisait des sacrifices pour le pardon des péchés du peuple.
Avec la mort du Christ, plus de grand sacrificateur, plus de séparation entre Dieu et l’humanité (Hébreux 9). Sa mort est donc unique et avec sa résurrection, l’alliance que Dieu scelle avec l’humanité en Christ est désormais éternelle.
9 fois dans les 3 premiers évangiles Dieu parle de Jésus comme son « fils bien-aimé ».
C’est ce Fils de Dieu qui est mort et ressuscité et je crois donc que cela a coûté à Dieu.

Pourquoi Dieu a-t-il attendu l’an 0 de notre ère pour envoyer son Fils ? Pourquoi pas avant ? [SP]

Peut-être que nous n’étions pas prêts ? Dieu n’a pas attendu ce jour-là pour parler à son peuple, pour agir pour l’humanité et le monde. Les Écritures (l’Ancien Testament) en portent le témoignage. Il a fallu le choix d’un peuple particulier : la descendance d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; il a fallu une religion particulière, celle de l’ancien Israël, à travers sa libération, sa Loi (= Torah), son roi, son temple, sa terre… et son infidélité aussi, pour que Jésus puisse être reconnu comme le Christ, l’aboutissement des promesses, la réalisation des figures de ces Écritures, l’Évangile en chair et en sang offert à des humains incapables d’aller vers Dieu (cf. le « jeune homme riche »).

Dans le Nouveau Testament, vous trouvez ce regard à la fois positif et négatif sur l’Ancienne alliance : elle prépare, mais ne reconnaît pas son propre accomplissement. Vous trouvez aussi des personnages qui représentent l’accueil de cet Évangile en Jésus : Siméon et Anne dans Luc 2 / 27-38, et d’autres encore… Et puis la grande question (Jean 1 / 1-18 ; Romains 9 à 11) : pourquoi ceux qui étaient préparés par Dieu pour recevoir son Fils l’ont-ils majoritairement rejeté, alors que d’autres qui n’avaient pas été préparés l’ont reçu ? Question toujours actuelle, y compris dans nos Églises, nos familles…

Bonjour ; Moïse a-t-il existé ? [Laurence]

Bonjour ! Cherchez-vous une réponse historique, ou une réponse chrétienne ? Je puis seulement vous donner la mienne, et d’autres répondants de ce site auraient peut-être dit autrement.

Pour moi, la question que vous posez n’a pas de sens pour la foi. Afin que nous puissions reconnaître la venue de son Fils en humanité, Dieu ne nous a pas donné une Histoire, mais des Écritures inspirées par son Esprit pour rendre témoignage à Jésus-Christ. Dans ces Écritures, le personnage de Moïse est primordial, et c’est autour de ce qu’il représente : la Loi divine donnée à un peuple que Dieu a libéré de l’esclavage, que tout l’Ancien Testament s’organise, et beaucoup du Nouveau. Alors, certes, pour la foi d’Israël comme pour la foi chrétienne, Moïse existe, même si des historiens vous diront qu’eux en sont moins sûrs…

La question est donc plutôt : comment ce que les Écritures disent de Moïse résonne-t-il dans la foi de l’Église aujourd’hui, et dans la mienne en particulier ? Comment ce que la Bible raconte de l’histoire de Moïse fait-il sens par rapport à la grâce de Dieu manifestée clairement en Jésus-Christ ? Comment la Loi divine donnée par l’intermédiaire de Moïse me mène-t-elle à vivre de l’Évangile plutôt qu’à être mort par mes propres œuvres (fussent-elles d’obéissance à cette Loi) ? Et comment la condamnation de Moïse à ne pas pénétrer dans la Terre promise suite à son manque de confiance dans l’efficacité de la Parole de Dieu m’interpelle-t-elle dans ma fidélité ou ma distance par rapport à Dieu, auteur des Écritures et Père de Jésus-Christ ?

L’Écriture dit que Dieu interdit le meurtre (Ex 20,13) et aussi qu’il commande de tuer (Dt 18,20). Comment cela est-il possible ? Est-ce Dieu qui commande de tuer ou est-ce une interprétation humaine ? [Muriel]

La réponse sera en deux parties : l’opposition que vous soulignez, et le commandement de tuer.

L’opposition que vous relevez n’en est pas une, pas plus dans la Bible que dans le droit des sociétés humaines. L’interdit porte effectivement sur le meurtre, ou plus précisément sur l’assassinat. Il n’appartient à personne de se faire justice lui-même (sous peine que ça dégénère, comme en Genèse 4 / 23-24). Ni à plus forte raison de tuer qui il veut quand il veut ! Mais la société peut exercer la peine de mort envers un coupable reconnu tel et qui en est passible selon la loi. Il y a la même chose dans l’Ancien Testament, qui faisait loi pour l’ancien Israël. La question de savoir aujourd’hui si la peine de mort est utile et légitime dans une société est une autre question.

À la lumière de Matthieu 5 / 21-22 et de Jean 8 / 3-11 notamment, les chrétiens ont considéré que le « commandement de tuer » était irréalisable et aboli. Irréalisable car alors il faudrait l’appliquer à tout le monde ! L’apôtre Paul considère ainsi que le but de la loi biblique est de convaincre tout le monde de péché, afin que dans la foi ceux qui adhèrent à Jésus-Christ puissent recevoir le pardon du péché et vivre de sa vie et non plus de leurs œuvres. On peut le lire dans toute l’épître aux Romains, mais en particulier 5 / 21-23 et tout le début du chapitre 7…

Le commandement de tuer nous révèle simplement que telle ou telle faute mérite la mort, et qu’ainsi, aux yeux de Dieu, vivre ainsi, c’est être mort. Dans le « Sermon sur la montagne », Jésus rend extrême cette vision, afin que personne ne pense pouvoir y échapper. Mais c’est afin que tout un chacun puisse entendre l’Évangile, parole de grâce, de vie, de liberté : en Christ, nous qui ne le méritions pas, nous sommes réconciliés avec Dieu. L’Ancien Testament, dans sa rigueur, préparait ainsi le Nouveau ! C’est donc bien au Christ qu’il faut s’attacher (en lequel il n’y a pas de condamnation à mort, mais un appel à vivre renouvelé par l’Esprit) et non aux commandements de l’Ancienne alliance qui ne trouvent sens et aboutissement qu’en lui.

Peut-on être agnostique et chrétien ? [Pyrrha]

Etre agnostique, c’est penser que Dieu existe peut-être sans que nous  puissions vraiment le connaître. Jésus a dit cela : « si vous me connaissez, vous connaissez aussi mon Père et maintenant, déjà vous le connaissez, vous l’avez vu » Jean 14/7. Ainsi, les chrétiens confessent qu’en Jésus-Christ, Dieu se donne à connaître aux humains d’une manière toute particulière et personnelle, après s’être révélé à son peuple dans la Bible. Peut-être certains peuvent-ils prétendre suivre les enseignement moraux de Jésus sans vraiment se prononcer sur le fait que Dieu se révèle en lui. Cette posture est assez peu cohérente, puisqu’elle suppose que Jésus dirait la vérité en ce qui concerne son enseignement moral, tout en proférant des mensonges en ce qui concerne Dieu et la révélation qu’il offre en lui et que nous sommes invités à accueillir dans nos vies. Voir aussi Jean 1/18

Il est d’usage de prier Dieu au nom de Jésus, par l’Esprit saint. Mais si Jésus (le Fils) et l’Esprit sont Dieu aussi, peut-on prier Jésus et l’Esprit ? [Tuisku]

Dans l’Église réformée, il est effectivement d’usage de prier le Père (et non pas Dieu qui est aussi Fils et Esprit saint, comme vous le dites bien). C’est bien ce que Jésus dit : « tout ce que vous demanderez au Père en mon nom » (Jean 15 / 16) et que Paul confirme : « rendez toujours grâces pour tout à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ » (Éph. 5 / 20). Ainsi, tant pour demander que pour remercier, la prière s’adresse à Dieu le Père au nom de Jésus, et c’est là aussi que se reçoit l’exaucement : « il vous le donnera en mon nom » (Jean 16 / 23). La personne de Jésus-Christ est le lieu de la prière (« en mon nom »), l’agent de cette prière étant l’Esprit (Rom. 8 / 15. 26-27). La prière, c’est l’élan des enfants de Dieu vers leur Père.

Ceci étant dit, la Bible se termine sur une prière adressée au Fils : « Viens, Seigneur Jésus ! » (Apoc. 22 / 20) Et la vision d’Ézéchiel nous montre le prophète invoquant l’Esprit sur les ossements desséchés redevenus chair (Ez. 37 / 9-10).

On prie donc le Père ; on appelle la venue du Fils unique, dont on chante aussi la gloire ; et on invoque l’Esprit.

Dans d’autres traditions d’Église, on prie plus facilement Jésus.

Comment comprendre la présence du mal (le serpent, plus tard personnalisé par le prince des ténèbres) dans le récit d’une création parfaite tel que raconté en Genèse ? [Didier]

Ce n’est pas d’abord par le serpent que le mal est représenté dans ces chapitres 2 et 3 de la Genèse, mais par un arbre, celui de « la connaissance de bien et mal », placé dans le jardin et interdit à l’être humain, car le consommer fait mourir Mais vous avez raison de noter que la création était parfaite (œuvre de Dieu, c’est quand même normal !) : tout ce que Dieu avait créé au chapitre premier, il l’avait regardé comme « bien ». Pas de mal, donc, sinon dans l’interdit de le connaître (de le « pénétrer »). Et les psychologues vous diront qu’il ne peut y avoir d’inter-dit (c’est-à-dire de parole) sans interdit (c’est-à-dire sans distance). L’interdit fait partie de la création bonne. C’est la transgression qui « casse » tout.

« Ils étaient tous les deux nus [‘arûmîm]… » – « Le serpent était le plus rusé [‘arûm]… » Deux traductions pour un même mot : dans le texte, le serpent est qualifié de la même manière que le couple humain, comme s’il était ce qui se faisait de plus humain dans le reste de la création ! Il est le tentateur, à moins qu’il ne soit la tentation elle-même, que nous entendons sans cesse en nous comme une voix extérieure, alors qu’elle vient de dedans pour mettre en doute la parole de Dieu… Et ça marche ! Ainsi la femme, dans sa réponse, met-elle l’arbre interdit au centre, alors que c’était l’arbre de vie qui se trouvait là…

C’est donc bien l’humain qui met le mal au centre, au moins comme possibilité, alors qu’il était de côté, comme interdit. Le serpent n’est que le révélateur de cette imperfection de l’humain (au sens où nous entendons la perfection : l’humain n’est pas un dieu pouvant « pénétrer bien et mal » – le Dieu biblique ne le fait d’ailleurs pas lui-même, seulement les faux-dieux païens).

Par ailleurs, il ne me semble pas que l’expression « prince des ténèbres » soit utilisée dans la Bible, qui n’est pas dualiste. Les ténèbres sont l’absence de lumière, elles permettent (passivement) des œuvres qui ne sont pas de Dieu. S’il y a « prince » qui s’oppose à la communion de Dieu et des humains, c’est, ou ce sont, « le(s) prince(s) de ce monde » et de ses « puissances ». Seuls les opposants à Jésus parlent d’un « prince des démons »… qu’ils accusent Jésus de servir ! (Quant au « diable » ou au « satan », posez une autre question…)

La possibilité du mal est donc bien une œuvre mondaine, humaine, et non divine. Quoi qu’on dise ou fasse, le mal vient de nous, et on ne peut pas l’imputer à Dieu !

Jésus était-il chrétien ? Luther était-il protestant ? [SamT]

Jésus n’était pas chrétien, il était le Christ.
Le mot « chrétien » a été inventé après sa mort et sa résurrection. Sa préoccupation était d’être un bon Juif. Et il était venu pour « accomplir la Loi et non l’abolir » (Matthieu 5,17). Beaucoup de théologiens s’accordent pour dire que l’inventeur du christianisme fut plutôt l’apôtre Paul.

Luther n’était pas protestant. Il était chrétien.
Ce qui signifie qu’il était catholique, parce qu’à l’époque c’était la même chose. Il a été expulsé de l’Eglise romaine par une décision qu’il n’avait en aucun cas sollicitée. Il fut le créateur malgré lui du protestantisme, souffrant jusqu’au bout de cette séparation.

Mais on pourrait continuer la liste : Abraham n’était pas Juif, etc.