Où dans la Bible- Jésus déclare-t-il qu’il est Dieu- sans aucune ambiguïté ? [Marc]

En prenant de manière littérale la question, les livres auxquels il faudrait se référer, c’est-à-dire ceux où Jésus parle lui-même et de lui-même, sont les quatre évangiles.

Et dans les évangiles, nous ne trouvons pas, c’est vrai, de déclaration claironnante par Jésus de sa divinité, dans le genre : « Poussez-vous, je suis Dieu ». Mais il ne faut pas tirer de conclusions hâtives de ce constat, qui appelle plusieurs remarques :

  1. Une telle déclaration de divinité ne correspond pas au ministère du Christ sur terre, où il est avant tout serviteur, dans un geste d’abaissement (Mc 10, 45 ; Ph 2, 6-8). C’est la raison pour laquelle Jésus parle plutôt de lui comme « Fils de l’homme » (et jamais explicitement comme Fils de Dieu). Sa divinité et sa gloire (qui est celle de Dieu) sont voilées, si bien qu’il demande même aux disciples de ne pas révéler qu’il est le Christ (Mt 16, 20). La logique de sa vie veut que la pleine révélation de son identité n’intervienne qu’après la résurrection.
  2. Jésus laisse toutefois de sérieux indices de sa nature divine. Il se présente comme Fils du Père, et pas seulement, comme enfant de Dieu, titre auquel tous les croyants peuvent aspirer : « tout m’a été remis par mon Père, et personne ne connaît le Fils, sinon le Père, personne ne connaît non plus le Père, sinon le Fils » (Mt 11, 27 ; Lc 10, 21-22 ; aussi Lc 2, 49) ; ou « toi, Père, tu es en moi et moi en toi » (Jean 17, 21). Cette communion du Père et du Fils est particulièrement soulignée par l’évangéliste Jean. Par ailleurs, Jésus exerce une autorité proprement divine et la revendique, sur les êtres humains en pardonnant les péchés (Mc 2,10), sur les puissances spirituelles (Lc 11, 20), mais aussi sur les éléments naturels (Mt 8, 23 et sv). Sa vie accomplit l’Ecriture, ce qu’aucun être humain ne peut prétendre faire (Lc 4, 21). En annonçant sa résurrection, Jésus se présente comme maître de la vie et de la mort (Mc 8, 31). Les indices sont donc sérieux !
  3. Une dernière remarque : l’auto-révélation de Jésus comme Dieu n’est pas le seul canal pour le connaître en tant que tel. Tous les témoignages contenus à ce sujet dans le Nouveau Testament sont plus que des paroles humaines, puisque nous croyons ces écrits inspirés. A chaque fois que Jésus est appelé Seigneur, sa divinité est confessée et le Saint Esprit nous invite à mettre pleinement notre foi dans ces témoignages.

Jésus nous dit de ne pas nous inquiéter car Dieu nous donne ce dont on a besoin. Pourquoi alors des chrétiens meurent de faim ? [Bianca]

Parce que les chrétiens vivent dans ce monde, qui est un monde marqué par des structures de péché à tous les niveaux. On peut être chrétien dans un pays où sévit la famine, phénomène dont les raisons sont très variées, mais dont plusieurs s’expliquent par l’action d’hommes pécheurs. On peut être chrétien et vivre dans un pays sous embargo, ou sous l’autorité d’un régime injuste qui prive sa population des bien pour vivre. Notre espérance, qui nous pousse à ne pas nous faire de souci, ne nous encourage pas à l’inaction. Moi qui vit richement dans un pays aisé, ma foi et mon espérance m’invitent à me préoccuper de ceux qui n’ont pas de quoi manger, dans ma mesure de mes moyens car c’est aussi ça que Dieu me demande.

Je n’entends pas la voix de Dieu. Est-ce grave ? [Dominique]

Non, Dominique, ce n’est pas grave ! Bienvenue dans la longue cohorte des témoins du silence de Dieu, qui demandent, comme le prophète Esaïe : « Te tairas-tu plus longtemps ? ». J’exagère un peu avec ce mot de bienvenue, car ce silence ne cesse d’interroger, et même de faire souffrir celui ou celle qui attend une réponse, un signe, un dénouement. Mais il fait partie, je crois, des expériences de toute vie spirituelle authentique. Celle-ci ne se gargarise pas de mots prononcés sur Dieu, elle vit de mots qui lui sont adressés, ou que Lui-même adresse, et de silence.

Du début à la fin, l’Ecriture insiste sur la disposition de l’écoute des croyants. Depuis le Deutéronome jusqu’à la fameuse parabole des terrains (Matthieu 13). Si elle le fait, c’est que la chose ne nous est pas si naturelle, qu’elle demande un effort.

Je pense à deux aspects de ce que nous disons quand nous disons que Dieu parle. Ils peuvent éclairer ce que nous appelons son silence :

Dieu parle signifie : Dieu a déjà parlé. Dans les textes de la Bible, sa parole se donne à entendre. Il faut pour cela un peu de transpiration (étudier) et de respiration (accueillir l’Esprit Saint), mais nous avons déjà toutes les paroles possibles dans cet « écrin ». Mais l’action est plutôt de notre côté.

Dieu parle, c’est-à-dire que sa parole nous traverse. Il parle en nous, à travers ce que nous vivons. C’est ce qui rend sa parole parfois si difficile à entendre, puisqu’il faut s’examiner soi-même, et parfois si limpide, quand les transformations qu’elles opèrent sautent aux yeux dans notre existence et que nous sommes guéris, consolés, édifiés, confondus, réconciliés.

« Il y a un temps pour se taire, et un temps pour parler » dit l’Ecclésiaste. Il est des saisons dans notre vie où Dieu semble se taire. Ne perdons pas courage pour autant. Tendons davantage l’oreille et le cœur vers Lui. Il est fidèle.

Pourquoi Dieu le Père et Jésus n’ont pas la même position sur la vengeance ? Pourquoi « Œil pour œil- dent pour dent » a existé ? [Bianca]

Chère Bianca, c’est vrai, dans la langue courante, « œil pour œil, dent pour dent » sonne comme une incitation à la vengeance. On a envie de la prononcer en serrant les mâchoires et en pensant à son ennemi du moment.

L’expression est l’une des déclinaisons pratiques données aux Dix commandements confiés à Moïse pour le peuple d’Israël (Exode 21, 24). Elle se rattache donc à la Loi de Dieu, et, dans ce sens, comme toute loi, elle vise à limiter et à encadrer l’usage de la violence. Ce qu’elle propose, c’est une équivalence des blessures infligées et de la peine encourue, d’où son nom de « loi du Talion », du latin talis qui veut dire tel : telle est la blessure, telle sera la peine.

Cette loi se montre donc plutôt raisonnable, équilibrée. La peine est proportionnée à la faute, ce qui est le principe de la justice. Elle représente en tout cas un progrès par rapport à ce que Dieu préconise par exemple pour les éventuels meurtriers de Caïn, car son meurtre sera vengé 7 fois (Genèse 4, 15).

Jésus ne remet pas en cause la loi du Talion, mais il demande à ses disciples d’aller beaucoup plus loin que cela en tendant « l’autre joue » si quelqu’un s’en prend à eux (Matthieu 5, 39). Je ne parlerais pas de contradiction entre dans la position de Dieu et celle de Jésus, mais plutôt d’une progression dans la révélation de son amour. C’est d’ailleurs comme ça que nous lisons la Bible, qui est une révélation progressive dont le point final et central est le Christ.

Il est bon qu’une justice existe dans ce monde, mais il est meilleur encore que des disciples montrent la voie de l’amour qui libère de tout mal, y compris de celui d’une punition légitime.

Si Dieu était là avant l’aube de la création- d’où venait-Il ? [Manou]

Votre question me fait penser à celle que l’on a posée un jour à Martin Luther : « que faisait Dieu avant la Création? ». Luther répondit : « il taillait des baguettes pour taper sur les doigts des curieux ».

Rassurez-vous, Manou, les pasteurs qui répondent aux questions sur ce site ne sont pas adeptes des châtiments corporels.. Luther voulait souligner avec humour qu’il y a des questions sur Dieu auxquelles nul ne peut répondre. Nous, ses créatures, nous existons, ce qui signifie étymologiquement que nous « sortons de » quelque part, nous avons toujours une origine, une instance qui nous précède. C’est ce qui nous différencie de Dieu. Le philosophe chrétien Kierkegaard déclara fort justement : « Dieu n’existe pas. Il est éternel ». Dieu EST. Dieu est à lui-même sa propre cause. Et en disant cela, je m’avance déjà beaucoup, car quels mots, quels concepts humains pourraient le définir ? Nous ne pouvons « l’enclore », comme disait Calvin, nous ne pouvons enfermer Dieu dans aucune idée, aucune institution, aucune religion…

Comme l’écrit le Deutéronome (ch.29,29) : les choses cachées appartiennent au Seigneur, les choses révélées nous sont données pour que nous mettions sa volonté en pratique, et non pas pour spéculer à l’infini sur ce qui nous est inaccessible.

Est-ce que jésus est la même personne que le Dieu de l’Ancien Testament ? [Kevin]

Jésus-Christ, Dieu le Fils est une des trois personnes du Dieu unique révélé dans le Premier et le Nouveau Testaments. Un exemple ? En Genèse 15. 1, nous lisons : « Après ces événements, la parole de l’Eternel fut adressée à Abram dans une vision. Il dit : ». Littéralement, on peut lire : « Après ces choses,  la parole de l’Eternel fut vers Abram dans la vision en disant ». Et Abram identifié cette parole à lui adressée dans la vision comme étant Dieu lui-même (verset 2).  C’est comme si la parole de Dieu s’était déplacée vers Abram pour lui parler par le moyen d’une vision, comme une personne pleine et entière. Au verset 4, cette même parole est à nouveau vers Abram et le fait sortir pour contempler les étoiles. Or le premier verset de l’évangile de Jean pour décrire la parole de Dieu venue jusqu’à nous en Jésus-Christ nous dit : « Au commencement, la Parole existait déjà. La Parole était avec Dieu et la Parole était Dieu », comme si, là aussi, la Parole était en quelque sorte, identique et différente à la fois de Dieu le Père.

Il y a encore beaucoup d’autres situations comparables à celle-là dans le Premier Testament, qui peuvent être comprises à la lumière de ce que le Nouveau Testament nous dit de Dieu, trois personnes en un être.

Quel est le message central de Jésus ? [Diana]

Les théologiens font souvent la différence entre :
Evangelium Christi : la bonne nouvelle donnée par Christ,
Evangelium de Christo : la bonne nouvelle au sujet de Christ.

Le message du Nouveau Testament, c’est que Dieu le Père a manifesté son amour d’une façon incroyable en décidant du pardon des péchés, en envoyant son Fils, et en leur assurant une vie qui n’est plus bloquée par la mort (ma paraphrase de Jean 3:16). C’est l’Evangelium de Christo. L’Évangile concernant le Christ.

Le message de Jésus était un peu différent. Il l’a répété à plusieurs reprises et c’était : « Le Royaume de Dieu s’est approché de vous » (Matthieu 3:2, 4:17, 10:7, Marc 1:15, Luc 10:9, 10:11, 21:31…). C’est l’Evangelium Christi. L’Évangile proclamé par le Christ.

Bref, cette dimension du Royaume de Dieu (du Règne de Dieu je préfère dire) n’est plus quelque chose de lointain, ce n’est plus quelque chose pour la fin des temps, ce n’est plus quelque chose de méta-physique, c’est au milieu de nous, c’est proche, ça s’approche toujours et sans cesse, entre déjà-là et pas encore là.

Le COVID est-il une punition divine ? [Henri]

Beaucoup de gens se posent peut-être la question, Henri, et elle me semble importante. Pour autant, je crois que répondre tout sèchement « oui » ou « non » est trop court. Je ne suis pas dans l’Esprit de Dieu et seul le Saint Esprit sonde pleinement Dieu. Je préfère rester à ma place d’être humain, pécheur et justifié. De cette place, je n’ai pas de peine à considérer que ce qui nous arrive est la conséquence dramatique de notre situation de pécheurs, toujours tournés vers nous et rien que nous, centrés sur nous-mêmes et mus par notre seul orgueil. Dès lors, la conséquence du péché étant la mort, je crois qu’il est grand temps que nos Églises redisent ensemble : Il faut se repentir. C’est ce que Jésus a dit lui-même dès le début de son enseignement. Et donc cela veut bien dire qu’il n’est pas nécessaire d’être dans la panade où nous sommes pour se repentir. Même si tout allait bien, il faudrait le faire ! Car la repentance n’est pas seulement le moyen d’échapper à la colère de Dieu. En Jésus, elle est l’occasion de découvrir le trésor infini de son amour et de sa miséricorde, ainsi que de l’action purificatrice et sanctificatrice de l’Esprit en nous.

Puisque Dieu est comparé à un père comme à une mère dans la Bible ; puisque Dieu nous a créés homme et femme à son image- pourquoi Jésus préfère-t-il parler de Dieu comme d’un Père exclusivement ? [Etienne]

Je ne pense pas que Jésus parle de Dieu comme un père exclusivement. La parabole de la veuve et de la pièce de monnaie perdue nous le montre. Dieu, venu en Jésus-Christ, s’est incarné dans un lieu, un temps et donc un contexte précis et particulier, dans lequel l’image favorite pour parler de Dieu était celle d’un Père. Pour se faire comprendre, Jésus a donc réemployé ces images là en majorité. Mais, tout en étant lui-même un individu de sexe masculin, il a pu pleurer sur Jérusalem en disant : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble sa couvée sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu! » (Luc 13. 34). Jésus prend ici l’image d’une poule, donc d’une figure maternelle, pour parler de Dieu.

J’ai entendu cela récemment. Est-ce un bon résumé de l’Evangile ? « Il a fallu la crèche pour amener Dieu à l’homme mais la croix pour élever l’homme à Dieu. » [Anonyme]

Je ne pense pas, même si le mouvement de ce texte est assez beau, à mon point de vue. Mais le résumé de l’Évangile, c’est que c’est Dieu (et lui seul) qui est venu jusqu’à nous, comme un homme, en Jésus-Christ (donc depuis sa naissance jusqu’à sa mort et sa résurrection, en passant par son ministère) pour rétablir, entre Lui et nous, la relation brisée par le péché. Je ne veux pas oublier la résurrection du Christ, car c’est elle qui valide le pardon de Dieu (I Corinthiens 15. 17). En fait, pour essayer de reprendre les termes de la phrase que vous citez, je dirais plutôt : « Il a fallu Jésus-Christ pour amener Dieu à l’homme et pour élever l’homme à Dieu. »