Pourquoi Dieu le Père et Jésus n’ont pas la même position sur la vengeance ? Pourquoi « Œil pour œil- dent pour dent » a existé ? [Bianca]

Chère Bianca, c’est vrai, dans la langue courante, « œil pour œil, dent pour dent » sonne comme une incitation à la vengeance. On a envie de la prononcer en serrant les mâchoires et en pensant à son ennemi du moment.

L’expression est l’une des déclinaisons pratiques données aux Dix commandements confiés à Moïse pour le peuple d’Israël (Exode 21, 24). Elle se rattache donc à la Loi de Dieu, et, dans ce sens, comme toute loi, elle vise à limiter et à encadrer l’usage de la violence. Ce qu’elle propose, c’est une équivalence des blessures infligées et de la peine encourue, d’où son nom de « loi du Talion », du latin talis qui veut dire tel : telle est la blessure, telle sera la peine.

Cette loi se montre donc plutôt raisonnable, équilibrée. La peine est proportionnée à la faute, ce qui est le principe de la justice. Elle représente en tout cas un progrès par rapport à ce que Dieu préconise par exemple pour les éventuels meurtriers de Caïn, car son meurtre sera vengé 7 fois (Genèse 4, 15).

Jésus ne remet pas en cause la loi du Talion, mais il demande à ses disciples d’aller beaucoup plus loin que cela en tendant « l’autre joue » si quelqu’un s’en prend à eux (Matthieu 5, 39). Je ne parlerais pas de contradiction entre dans la position de Dieu et celle de Jésus, mais plutôt d’une progression dans la révélation de son amour. C’est d’ailleurs comme ça que nous lisons la Bible, qui est une révélation progressive dont le point final et central est le Christ.

Il est bon qu’une justice existe dans ce monde, mais il est meilleur encore que des disciples montrent la voie de l’amour qui libère de tout mal, y compris de celui d’une punition légitime.

A-t-on vraiment besoin de l’Eglise à l’heure de Youtube et Insta ? [Christelle]

La crise sanitaire en 2020 nous a brutalement coupés les uns des autres. Il n’était plus possible de se réunir physiquement, et beaucoup d’Eglises, de communautés locales, ont développé des moyens de communiquer, voire de se « réunir » virtuellement (cultes enregistrés ou diffusés en direct sur des chaines youtube, notamment). C’est une bonne chose en soi, mais un effet a été que beaucoup de chrétiens, une fois la crise passée, ont gardé l’habitude de se rendre au culte… en pyjama. Sans sortir de chez eux !

Mais l’Eglise reste une famille. Imaginerait-on des membres d’une famille humaine qui ne se verraient plus que par écrans interposés ? Les réseaux sociaux (vous en citez un) et autres géants de l’internet, de par leurs algorithmes de plus en plus puissants, tendent à nous isoler et nous enfermer dans nos choix de vie, nos préférences et nos goûts en terme de culture, de distraction, de consommation, voire d’idées et d’opinions. Ils nous orientent subtilement mais très efficacement vers les contenus qui nous plaisent (pour des raisons commerciales), érodant ainsi notre esprit critique,  restreignant notre capacité d’ouverture, notre sensibilité aux autres et à tout ce qui est autre. Je suis persuadé que la fréquentation de la communauté chrétienne, l’accueil et le partage fraternel (qui incluent aussi le débat), la communion dans la prière, la participation au repas du Seigneur, et l’écoute de la Parole de Dieu sont de puissants antidotes à cette vaste entreprise de formatage générée par l’intelligence artificielle.

Pourquoi y’a-t-il tant d’oppositions entre créationnistes et évolutionnistes ? [Olav]

Cher Olav, vous trouverez ci-dessous une réponse déjà  faite sur ce site voici quelques années. J’ajouterai simplement, pour rejoindre plus spécifiquement votre interrogation, que l’opposition est rude parce que ce qui est en jeu dans ce débat, pense-t-on, c’est la véracité des affirmations bibliques sur l’origine du monde, et donc le statut de la Bible comme parole inspirée par Dieu et donc exemple d’erreur.

Or l’accès à la vérité, quand on lit la Bible, n’est pas direct. Il ne suffit pas de lire un texte en étant persuadé qu’il est Parole de Dieu pour connaître la pensée de Dieu ! On peut passer à côté du texte et de son intention. Comme le montre l’exemple donné ci-dessous au sujet du 1er chapitre de la Genèse. Il faut non seulement lire, mais aussi comprendre. Et pour cela, non seulement notre capacité à raisonner, mais l’éclairage du Saint-Esprit sont indispensables. Et l’aide des autres aussi (voir Actes ch.8 v.30s).

Si l’on me pose la question : « pourquoi ce monde, et d’où vient tout ce qui est ?», je réponds que ce monde est le fruit de l’acte créateur de Dieu, comme l’affirme la Bible. Si l’on me demande « comment ce monde est-il apparu, et comment Dieu l’a-t-il créé? », alors je laisse les astrophysiciens et les biologistes nous expliquer que l’univers s’est formé sur des milliards d’années, que la prodigieuse diversité du vivant est le fruit d’un processus d’évolution fort long et complexe, etc. Et je m’émerveille d’autant plus de l’immense sagesse du Créateur.

Et si un partisan du créationnisme m’objecte : « mais le début de la Bible nous dit que tout a été créé en 7 jours », je réponds qu’il faut prendre le premier chapitre de la Genèse pour ce qu’il est, un poème liturgique glorifiant cette sagesse du créateur, et non un exposé scientifique des commencements de l’univers ou de l’apparition de la vie au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Si je prenais Genèse ch.1 à la lettre, comme un déroulement chronologique par exemple, j’aurais bien du mal à expliquer pourquoi le soleil n’est créé qu’au 4e jour alors qu’il n’y a pas de soir et de matin sans lui, donc de jour, sans lui. Ce que je retiens de ce cantique si bien construit, c’est que Dieu crée en ordonnant, en séparant des espaces, puis en les peuplant. Pas de place pour le chaos ou le vide ! Pas de place non plus pour la peur ou l’adoration idolâtre du soleil ou de la lune, divinisés au Proche-Orient à l’époque où ce texte fut composé : ils ne sont là que comme des lampions accrochés dans le ciel pour nous éclairer (voir Genèse 1,17-18). Le monde n’est pas « divin » en lui-même, il nous est donné par Dieu à préserver, à respecter, à connaître et étudier, à aimer. Ce que la science nous a appris avec la théorie du « big-bang », c’est que l’univers n’est ni éternel, ni infini, car il a un commencement, et donc une histoire, et aura aussi une fin. Ici, la science contemporaine a rejoint l’intuition géniale (et inspirée) des premiers mots de la Bible.  Pour résumer, à la question : « Création ou Evolution? », je réponds « faux problème ».

Est-ce que si on croit en Jésus mais qu’on n’est pas (encore) baptisé- on est sauvé ? [Judith]

A quelle condition est-on sauvé, c’est à dire, délivré du péché et de ses conséquences, à savoir la séparation d’avec le Dieu vivant, notre Père et notre Créateur ? Pendant des siècles, l’Eglise s’est arrogée le pouvoir d’ouvrir ou de barrer le chemin vers le ciel et l’éternité en faisant de l’administration des sacrements leur sésame indispensable. Et en forgeant des doctrines pour répondre aux cas particuliers, même s’il n’était guère possible de les fonder sur des textes bibliques.

Par exemple, au sujet des enfants morts à la naissance sans avoir été baptisés. Ils ne pouvaient « mériter » d’aller en enfer ! Mais toutefois, marqués par le péché originel, ils étaient censés rejoindre un lieu appelé « les limbes », sorte d’antichambre du Paradis (l’Eglise catholique a officiellement remis en cause cette doctrine en 2007, sans la condamner totalement). C’est pourquoi il était permis, en l’absence de prêtre, d’asperger un nourrisson à l’agonie au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, pratique appelée « ondoiement ».

Qu’en penser ? Ce n’est pas le baptême en lui-même, quelle que soit sa forme, mais Jésus-Christ qui nous sauve ! Le baptême ne nous confère pas  le statut d’enfant de Dieu, aimé de Lui, uni à lui par le don de Jésus-Christ. Il nous l’atteste. De même qu’une signature au bas d’un contrat marque l’engagement du contractant, le Seigneur s’engage envers nous par ce signe visible de sa grâce invisible. Comme un Père atteste son amour à son enfant par un geste de tendresse. Le baptême est un sacrement, mot qui vient du latin sacramentum, terme du droit désignant un dépôt de garantie, puis le serment de fidélité à la Patrie que prononçaient les militaires.

Comme votre question le souligne elle-même, Judith, le lieu où Dieu choisit de nous rencontrer, de nous retrouver, et de nous réconcilier avec lui, c’est la foi en son Fils Jésus-Christ. Jean ch.3, v.16, le verset qui résume l’Evangile, nous le rappelle utilement.

Quand est-ce qu’on devient vraiment chrétien ? éducation ? conversion ? baptême ? [Hanta]

Votre question, Hanta, contient déjà une grande partie de la réponse que l’on peut y apporter. Les trois éléments que vous mentionnez ont effectivement leur place dans la vie chrétienne.

L’éducation comme préparation à une vie de disciple, comme transmission des éléments fondamentaux de la foi.

La conversion comme accueil de la grâce de Dieu qui change la disposition du cœur en l’ouvrant pleinement à Christ.

Le baptême comme manifestation visible de cette foi et entrée dans l’Eglise, famille des enfants de Dieu.

Tout cela construit bien un « devenir » chrétien.

Les chrétiens portent le nom du Christ. Un nom qu’ils confessent du cœur et des lèvres (Romains 10, 10). C’est cette confession de foi en Jésus ressuscité, Seigneur et Sauveur, qui pose le véritable fondement d’une vie chrétienne (1 Corinthiens 3, 11). Elle est cette adhésion qui nous lie à Dieu sur la terre et au ciel. L’éducation peut la préparer, la conversion du cœur lui est nécessaire pour lui donner une assise sérieuse, le baptême la rend publique et lui donne ses témoins. Ces trois choses lui sont donc indispensables, mais ne la contiennent pas tout entière.

On devient chrétien en mettant aussi en pratique les enseignements du Christ et des apôtres. Mais même si nos actes font défaut. Et ils font toujours partiellement défaut, nous sommes donc toujours en devenir. La foi confessée continue à nous lier au Christ, et à nous faire avancer dans la bonne direction, vers une vie sanctifiée.

En quoi mes choix amoureux concerneraient Dieu ? [Andry]

Cher Andry, Dieu se sent concerné par toute votre vie, toute votre personne, dans toutes ses dimensions, spirituelle matérielle, sociale, et aussi affective ! C’est le message de la Bible : Dieu s’intéresse énormément à vous, comme à chaque être humain qu’il a créé à son image, et avec qui il s’est engagé dans l’aventure d’une alliance. Tout simplement parce qu’il vous aime comme un père aime son enfant, unique et irremplaçable.  Et veut le meilleur pour lui.

Sans vouloir me comparer à Dieu (!), je suis moi-même père et je m’intéresse aux relations de mes enfants. Ils sont adultes et libres de leur choix, bien sûr, mais je ne souhaiterais pas qu’ils connaissent déceptions et amertume en s’engageant, par exemple, dans une relation sentimentale à la légère, ou avec une personne peu fiable, etc. Et si cela arrivait, ce serait leur mentir, manquer d’amour envers eux que de ne pas leur faire part de ma préoccupation.

Le Seigneur nous a fait le cadeau formidable de la sexualité et de l’amour.  Il nous en a donné aussi, dans la Bible, le « mode d’emploi ». La relation amoureuse est promesse de bonheur et d’épanouissement. Mais elle peut devenir une vallée de larmes et de souffrances, par notre refus d’écouter ce que Dieu a à nous dire.  Ainsi, dans nos pays aujourd’hui, un mariage sur deux se termine par un divorce, paraît-il. Voilà qui incite à réfléchir !

Jésus n’a rien révélé avant l’âge de 30 ans ? Pourquoi ce revirement ? [Ivan]

Il est exact que le ministère itinérant de Jésus n’a pas commencé avant qu’il ait atteint environ 30 ans, selon l’évangéliste Luc (ch.3,v.23). Certains penchent même pour un âge plus avancé encore, d’après l’interpellation qu’il reçoit dans l’évangile de Jean (ch.8 v.57) mais celui donné par Luc est le plus plausible.

Toutefois, Jésus a révélé durant son adolescence qu’il avait une mission et une identité particulière. A ses parents inquiets de l’avoir perdu lors d’un pélerinage à Jérusalem et qui le retrouvent discutant avec des théologiens dans le temple, il leur dit qu’il devait s’occuper des affaires de son Père (Luc 2,49). Il est ajouté qu’il grandissait en sagesse, en stature, en grâce devant Dieu et les hommes.

Autrement dit, ce début tardif n’est pas un « revirement », un changement de cap inattendu, mais le fruit, l’aboutissement d’une longue maturation. En Jésus, Dieu a adopté le tempo lent d’une existence humaine. 30 ans pour se préparer dans la prière et la méditation des Ecritures, 3 ans pour enseigner et prêcher le Royaume, avec des signes et des miracles, 3 jours pour accomplir notre Salut par sa mort et sa résurrection…

A titre de comparaison : pour gagner une course aux jeux olympiques qui se jouera en quelques minutes, voire quelques secondes, les athlètes se préparent pendant des années !

Pourquoi Jésus a-t-il choisi Judas comme disciple ? Il devait se douter que ça finirait mal non ? [Anne-Marie]

Si nous partons ensemble, Anne-Marie, de l’idée que Jésus n’a pas choisi comme disciples ni les plus capables, ni les plus savants, ni même les plus honnêtes des hommes, alors Judas avait sa place dans la troupe. Les raisons qui conduisent Dieu à appeler certaines personnes en particulier pour le servir échappent souvent à nos critères de bienséance !

Même si Jésus voit arriver la trahison de Judas et l’annonce (Jean 13, 26), nous n’avons pas d’indice dans les évangiles pour dire qu’il savait, au moment où il le choisit comme disciple, quel rôle aurait Judas lors de la Passion. D’ailleurs il se passe dans la vie de cet homme un évènement décisif qui le conduit vers les prêtres pour livrer son maître : « Satan entra en Judas » (Jean 13, 27 ; Luc 22, 6). Tout n’était donc pas joué d’avance. Dieu ne se lie pas aux êtres humains par connaissance, mais par amour, et l’amour implique le risque de les voir basculer « du côté obscur ».

Pour faire un parallèle biblique, on peut passer au 1er roi d’Israël, Saül, qui avait lui aussi été choisi par Dieu, avant que celui-ci ne se retire de lui en raison de ses fautes. Comme Judas, Saül a fini sa vie dans bien des tourments !

D’ailleurs, si la fin de Judas n’a rien d’enviable et si on peut dire avec l’Ecriture qu’il s’est perdu (Jean 17, 12), la Passion aurait eu lieu sans lui. Les autorités n’avaient pas besoin de lui pour trouver Jésus et l’arrêter. Son malheur est surtout de s’être compromis avec le mal.

Est-ce que le mal peut avoir accès à mes pensées, si oui comment, et quels sont les passages bibliques en lien ? [Eva]

S’il y a bien un domaine où le mal peut s’amuser ce sont nos pensées.
Mais j’imagine que votre question porte plutôt sur le fait que Satan pourrait avoir accès à ce que nous pensons.

L’Écriture (Jérémie 17,10 et Romains 8,27) nous dit que le Seigneur sonde le cœur et les reins et qu’il a accès notre vie intérieure, en particulier nos pensées. Elle ne nous dit pas qu’il soit le seul à le pouvoir.
Pourquoi continuons-nous à dire qu’il nous faut inviter le Seigneur dans notre vie ? C’est bien parce qu’il n’est pas omniprésent selon les modalités que définit la théologie polythéiste grecque. Le psaume 24 exprime que la Terre entière appartient au Seigneur, et tout ce qu’elle contient. Pour autant, l’Eternel ne règne que là où on le laisse régner, et il ne commet pas de viol spirituel en espionnant les pensées des gens. Il vient là où on l’invite, son règne n’est pas celui d’un tyran, d’un BigBrother comme dans les romans d’Orwell.
L’Eternel connaît mes pensées quand je lui laisse accès à ma vie.

Mais comme je ne laisse pas accès qu’au Seigneur, il se peut aussi souvent que le diable ait connaissance de ce qui se passe dans mon monde intérieur. Ainsi les esprits de divination sont tout à fait capables d’accéder à une réalité spirituelle cachée aux yeux des autres, comme dans l’épisode d’Actes 16 avec la femme à l’esprit de Python.

Ce qu’il faut tirer de tout cela c’est que la Bible ne donne pas un savoir scientifique sur ces réalités. Ce qu’elle conclut généralement c’est tout ce qui est spirituel est lisible aux êtres spirituels (Dieu, anges, démons, humains spirituels). Un chrétien peut recevoir un don de parole de connaissance, de parole prophétique ou de discernement des esprits qui signifie qu’il voit des choses dans le spirituel.

Derrière cela il y a l’invitation à vivre une vie entièrement transparente. Tout ce que je fais est visible. Mais ce que je dis aussi. Et ce que je pense peut bien l’être aussi. La sainteté consiste à pouvoir tout assumer. Ce que je dis en privé, je dois pouvoir l’assumer en public. Tout ce que je fais, dis et pense doit être assumable devant Dieu et devant mes accusateurs.
C’est plus simple finalement de vivre comme ça.

Dieu n’aime pas ce qui est mauvais, et il peut transformer les cœurs. Pourquoi ne rend-il pas tous les humains bons ? [Bianca]

En fait Dieu veut la relation, si l’on en juge à son désir d’être lui-même en relation, dans le livre de la Genèse, avec cet humain qu’il a créé. Et il voit que cet humain lui aussi ne peut pas être isolé et qu’il a besoin d’un vis-à-vis pour pouvoir exister. Exister c’est être en relation, parce qu’on existe pour les autres bien plus encore que pour soi ; on se sent exister grâce aux autres.

Et si on désire la relation, il faut aussi de la liberté, pour pouvoir interrompre la relation, renouer la relation, etc.

Et s’il faut de la liberté, il y a toujours le risque que l’humain fasse de mauvais choix, genre qu’il réponde positivement à une offre de relation faite par un Serpent (Genèse 3), qui propose d’être plus ami avec lui qu’avec Dieu.

Donc parce que Dieu veut profondément être en relation avec l’humain, il doit prendre le risque que l’humain choisisse le mal. Et que, souffrant de cet état de fait, il désire aussi parfois changer et choisir la vie et la bonté.