Pasteur n’est-il pas un métier aussi ? Comment être sûr de la vocation ? [Eliane]

Pasteur est un métier, c’est vrai, au sens où chaque Eglise donne à son pasteur un cahier des charges avec des tâches et des objectifs. Pour autant l’Etat considère qu’il ne s’agit pas d’un métier puisque, suite à une décision de justice, les pasteurs n’ont pas été intégrés au droit du travail.

Pour pouvoir être pasteur il faut deux choses : la vocation et la convocation.
La vocation, c’est que la personne se sente appelée par Dieu à exercer ce ministère, d’autant plus dans une période où cette fonction peut être assez difficile, peu rémunératrice dans certaines dénominations, et ayant perdu pas mal de satisfaction personnelle depuis que le pasteur n’est plus un notable. La vocation, c’est l’appel d’en haut.
La convocation, c’est le fait que les humains, l’Eglise, reconnaissent aussi que vous êtes fait.e pour le ministère pastoral. C’est la reconnaissance du ministère.
La convocation est donc la confirmation de la vocation.

Il peut donc y avoir quelques grosses difficultés parmi lesquelles :
– des pasteurs sans vocation, qui ont été là juste par intérêt pour la théologie. Mais si tout pasteur doit être un peu théologien, tout théologien n’est pas fait pour être pasteur, avec le sens du soin délivré par le berger.
– des pasteurs qui ne le sont que par convocation : la projection qu’on a fait sur eux, le désir d’une mère, ou le fait de vouloir poursuivre l’œuvre d’un grand-père pasteur, ou encore des motivations qui sont hors de l’appel de Dieu .
– des pasteurs qui n’ont qu’une vocation mais pas de convocation, c’est-à-dire concrètement des personnes qui ont pensé entendre l’appel de Dieu, mais l’Eglise n’a pas le même discernement.

Dans tout ça sont nécessaires beaucoup de patience, beaucoup d’écoute, de l’amour, du respect, et une bonne dose de pragmatisme.

Quelle différence entre islam et islamisme ? [Nour]

Islam, islamisme… on est ici dans la convention de langage, où, dans ce cas précis, le petit suffixe –isme apposé à la fin du nom islam prend non seulement le sens de « relatif au nom » mais « intégrisme du nom qu’il complète ». Mais, le mot islamisme n’a pas toujours voulu dire ça… La distinction n’est pas objective ou scientifique. Le sens commun actuel cherche à distinguer l’islam en tant que religion et l’islam pratiqué d’une manière fondamentaliste et radicale. Bien entendu, ce n’est pas mesurable et peut aussi servir des idéologies diverses… Avec cette distinction, certains essayeront de dire « l’islam est sans problème et doit être résolument distingué des agissements d’hommes déséquilibrés dont on voit bien qu’ils sont minoritaires». Donc d’autres contesteront la distinction en disant : « l’islamisme, c’est l’islam normal quand il est pratiqué par ses adeptes, et la distinction linguistique est un enfumage idéologique ».

En tant que chrétien, nous sommes appelés à être artisans de paix et témoins d’une parole de vérité. Nous avons donc une responsabilité particulière quand nous utilisons des mots chargés de pièges au niveau du sens et de l’interprétation. Pour ma part, je crois avec une totale assurance que Jésus est le seul chemin, la vérité et la vie. Je ne crois ni au Coran ni aux préceptes de l’Islam. Mais je vis dans un quartier avec une majorité de musulmans, plus ou moins religieux, plus ou moins sympas, respectueux, altruistes, généreux, ouverts d’esprits, etc. Si je veux gagner quelques voisins à Christ, je dois faire attention aux mots que j’emploie dans la vie courante, au sens que je leur donne et au sens que mes interlocuteurs pensent que je leur donne. Inutile de se blesser ou de s’embrouiller sur la base d’incompréhensions alors que nous avons des sujets de désaccord sérieux à discuter. Restons donc vigilants quant aux sens que ces mots prennent dans les usages et médias de ce monde et cherchons, avec l’aide de Dieu, la meilleure manière de communiquer en vérité avec nos contemporains.

Si Dieu était là avant l’aube de la création- d’où venait-Il ? [Manou]

Votre question me fait penser à celle que l’on a posée un jour à Martin Luther : « que faisait Dieu avant la Création? ». Luther répondit : « il taillait des baguettes pour taper sur les doigts des curieux ».

Rassurez-vous, Manou, les pasteurs qui répondent aux questions sur ce site ne sont pas adeptes des châtiments corporels.. Luther voulait souligner avec humour qu’il y a des questions sur Dieu auxquelles nul ne peut répondre. Nous, ses créatures, nous existons, ce qui signifie étymologiquement que nous « sortons de » quelque part, nous avons toujours une origine, une instance qui nous précède. C’est ce qui nous différencie de Dieu. Le philosophe chrétien Kierkegaard déclara fort justement : « Dieu n’existe pas. Il est éternel ». Dieu EST. Dieu est à lui-même sa propre cause. Et en disant cela, je m’avance déjà beaucoup, car quels mots, quels concepts humains pourraient le définir ? Nous ne pouvons « l’enclore », comme disait Calvin, nous ne pouvons enfermer Dieu dans aucune idée, aucune institution, aucune religion…

Comme l’écrit le Deutéronome (ch.29,29) : les choses cachées appartiennent au Seigneur, les choses révélées nous sont données pour que nous mettions sa volonté en pratique, et non pas pour spéculer à l’infini sur ce qui nous est inaccessible.

Pourquoi ne traduit-on l’AT à partir de la Septante ? [Michel]

Il est vrai que nos versions françaises de l’Ancien Testament (Segond, Tob, Français Courant, Jérusalem, etc..). se réfèrent au texte hébreu (dit « massorétique », ci-après TM, conservé et annoté par des savants juifs, les massorètes, au cours du Moyen-âge).  Tout simplement parce que la Septante (ci-après LXX) est-elle même une traduction ! Une traduction de traduction serait donc a priori moins proche du texte original.

Il existe une version de la LXX en Français, aux éditions du Cerf. Depuis 1986, plusieurs livres bibliques ont déjà été publiés avec notes à partir de La Bible d’Alexandrie (titre de la collection).  L’intérêt d’étudier la LXX, comme d’autres versions (par exemple syriaques) de l’AT c’est de mieux connaître en les comparant l’histoire de la transmission du texte, tâche -éminemment complexe- de la critique textuelle. Le texte grec en effet diffère parfois de l’hébreu (dans certains cas, la LXX s’accorde avec le texte hébreu attesté par les manuscrits découverts à Qumrân, par ex. pour l Samuel, contre le TM). La version grecque du livre de Jérémie est nettement plus courte, et présente un ordre des chapitres différents du TM, il y aurait donc eu deux éditions du livre de Jérémie, etc.

Cette version grecque fut réalisée au cours du 3e siècle av. JC à l’usage des juifs qui, notamment en Egypte, ne comprenaient plus l’hébreu et parlaient le grec dit de la koinè, langue commune en usage dans tout le bassin méditerranéen depuis les conquêtes d’Alexandre.  Et dans laquelle d’ailleurs ont été rédigés les écrits du Nouveau Testament, qui, lorsqu’ils citent l’Ancien Testament, le font d’après le texte de la LXX et pas à partir de l’hébreu.

La Bible d’Alexandrie contient des livres rédigés tardivement, absents de la bible hébraïque (Tobit, Judith, le Siracide, les livres des Maccabées, la version grecque du livre d’Esther, Baruc…) voire des suppléments aux livres déjà existants en hébreu (pour Daniel).  Au 3e siècle avant J.C., en effet, le canon de l’Ancien Testament (la liste des ouvrages reconnus inspirés) n’était pas encore totalement fixé. Les livres sont d’ailleurs répartis différemment (la version TOB présente la liste des livres de l’A.T. dans l’ordre hébraïque, la Segond dans l’ordre de la LXX). L’Eglise catholique reconnaît ces livres grecs comme deutéro-canoniques (donc inspirés, quoiqu’à moindre titre que ceux de la Bible hébraïque), les Eglises protestantes les considèrent comme « apocryphes » (douteux) : à connaître, certes, mais sans l’autorité des textes inspirés.

Est-ce que Matthieu, Marc, Luc et Jean se connaissaient ? [Eva]

Rien ne permet d’affirmer d’après le témoignage du Nouveau Testament que les auteurs des quatre Evangiles aient eu l’occasion de se rencontrer ou de se connaître personnellement.

C’est en fait peu probable, parce que chaque évangéliste écrit des décennies après le ministère terrestre de Jésus, en fait ressortir des aspects particuliers, en  fonction du contexte qui est le sien : L’Evangile selon Matthieu, par exemple contient énormément de citations de l’Ancien Testament et aurait plutôt été destiné à des lecteurs juifs. Luc écrit pour sa part à l’intention d’un lectorat de culture gréco-romaine : par exemple, le toit en terrasse (architecture typique de la Palestine) dans lequel on creusa un trou pour y faire passer le paralytique de Capernaüm (Marc 2,4) devient chez Luc un toit de tuiles (Luc 5,19).

La proximité des trois premiers évangiles que l’on appelle « synoptiques » (littéralement « vus ensemble »;  puisqu’ils présentent une série de récits et de paroles de Jésus que l’on peut lire de façon parallèle) s’explique non par le fait qu’ils en auraient été des témoins directs (et qui, donc, se seraient forcément connus !) mais par leur usage de traditions communes. L’hypothèse classique est que Marc est l’écrit plus ancien, Matthieu et Luc auraient puisé chez lui ces traditions et auraient eu recours à un autre document, la source des Logia (paroles, en grec) pour toutes les paroles de Jésus qu’ils rapportent conjointement. Certains exégètes penchent pour l’antériorité d’un prototype de l’évangile de Matthieu en araméen, plutôt que pour celle de Marc. Il existe encore d’autres théories, plus ou moins complexes, mais aucune à ce jour ne permet d’expliquer de façon totalement satisfaisante les similitudes et les différences entre les trois écrits. La question est très complexe !

Est-ce que jésus est la même personne que le Dieu de l’Ancien Testament ? [Kevin]

Jésus-Christ, Dieu le Fils est une des trois personnes du Dieu unique révélé dans le Premier et le Nouveau Testaments. Un exemple ? En Genèse 15. 1, nous lisons : « Après ces événements, la parole de l’Eternel fut adressée à Abram dans une vision. Il dit : ». Littéralement, on peut lire : « Après ces choses,  la parole de l’Eternel fut vers Abram dans la vision en disant ». Et Abram identifié cette parole à lui adressée dans la vision comme étant Dieu lui-même (verset 2).  C’est comme si la parole de Dieu s’était déplacée vers Abram pour lui parler par le moyen d’une vision, comme une personne pleine et entière. Au verset 4, cette même parole est à nouveau vers Abram et le fait sortir pour contempler les étoiles. Or le premier verset de l’évangile de Jean pour décrire la parole de Dieu venue jusqu’à nous en Jésus-Christ nous dit : « Au commencement, la Parole existait déjà. La Parole était avec Dieu et la Parole était Dieu », comme si, là aussi, la Parole était en quelque sorte, identique et différente à la fois de Dieu le Père.

Il y a encore beaucoup d’autres situations comparables à celle-là dans le Premier Testament, qui peuvent être comprises à la lumière de ce que le Nouveau Testament nous dit de Dieu, trois personnes en un être.

Jésus aime-t-il Michel Onfray ? [Gilles]

Oui. Si Jésus devait ne plus aimer toutes les personnes qui disent des âneries à son sujet, il n’aimerait plus grand monde ! Jésus aime Michel Onfray, c’est le contraire qui me semble moins sûr. Jésus aime Michel Onfray et c’est peut-être ce qui pose un problème à ce dernier… Jésus aime Michel Onfray comme chacun d’entre nous, car Dieu est amour et qu’il a tellement aimé le monde qu’il a envoyé son Fils unique afin que quiconque croie en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.

Les histoires les plus anciennes de la Bible sont-elles inspirées d’autres sources culturelles ou historiques ? [Dorothée]

Effectivement, on trouve dans la littérature du Proche-Orient ancien des textes qu’on a pu comparer aux récits bibliques, notamment ceux de la Genèse:  Le mythe babylonien d’Atrahasis évoque la création de l’homme par les dieux avec de l’argile. On retrouve un récit du déluge apportant des détails très proches de sa version biblique (Genèse ch. 6 et ss) dans la 11e tablette de la version akkadienne de l’épopée du roi sumérien Gilgamesh, autre grand texte. Outa-Napishtim, personnage qui fait penser à Noé, raconte à Gilgamesh comment il a été averti par un des dieux , Ea, du déluge et a construit un navire où il a recueilli les espèces vivantes, etc… .

Toutefois, quand on les compare, on constate des différences de point de vue entre les récits de l’Ancien Testament et leurs parallèles des autres civilisations proche-orientales anciennes. Dans le mythe d’Atrahasis, autre héros comparable à Noé, les dieux créent l’homme pour lui déléguer les travaux pénibles dont ils ne veulent plus ; le déluge, pour sa part, y survient comme le dernier des fléaux que le Dieu Enlil envoie aux hommes parce qu’ils dérangent son sommeil par leur vacarme ! Dans l’épopée de Gilgamesh de même, la destruction de l’humanité semble n’être qu’un caprice des dieux, seul l’un d’eux a le souci de la faire survivre. Les motivations de Dieu ne sont pas les mêmes dans la Bible.

Pour résumer, la Bible partage certaines traditions avec d’autres peuples quant aux origines du monde, mais pour les placer dans une perspective radicalement nouvelle : un Dieu unique qui fait alliance avec l’Homme, vient habiter son histoire dans un long compagnonnage, pour le sauver du mal et de la mort.

(tapez Gilgamesh dans l’onglet de recherche pour une autre analyse de ces parallèles littéraires).

 

 

 

Pourquoi Jésus est-il si provocateur avec les croyants de son époque ? [Stan]

Effectivement, Jésus a même été crucifié pour avoir à plusieurs reprises désobéi à la Loi religieuse, pour avoir dérogé aux obligations de sa culture, pour avoir dérangé les notables et autres spécialistes religieux. Beaucoup ont voulu voir en lui un être immoral, qui ne respecte pas le Sabbat, qui se prend pour Dieu, qui choisit la complaisance de se laisser toucher par des prostituées, etc. Bref, quelqu’un qui déplace les points de repères de la morale de son époque.
Disons qu’il était plus a-moral qu’im-moral : le jugement des autres, les bonnes mœurs n’étaient pas pour lui le fin mot de l’histoire.

Mais je ne dirais pas que c’était un provocateur au sens d’un trublion ou d’un insoumis. Il voulait pousser tout un chacun dans ses retranchements, notamment pour savoir si c’était vraiment Dieu qui était aux commandes de la vie de ses interlocuteurs. Il voulait provoquer la réflexion, et en choisissant de souvent poser des questions plutôt que de donner toujours des réponses, il souhaitait que ses vis-à-vis fassent un chemin intérieur de déplacement, que ce soit au niveau psychique ou au niveau spirituel. Son but était que les gens se déplacent et qu’ils changent de comportement (l’autre traduction de la repentance), qu’ils découvrent une autre façon de voir la réalité. Plus du point de vue de Dieu, avec un vrai recul.

Et dire que le christianisme est devenu une puissance inverse de conservatisme, de pharisaïsme, de religiosité sclérosante, avec quelques paradis pour les donneurs de leçons ! Les petits christs que sont les chrétiens devraient être assurément plus transgressifs qu’ils ne le sont si vraiment leur foi consiste à imiter leur maître.

Comment pourrions-nous réformer la synodalité dans l’EPUdF ? [Eliane]

Eliane, c’est un vaste sujet… d’actualité pour l’EPUdF. Alors sans doute qu’il faudrait reconnaître que la synodalité de l’EPUdF est en crise et nécessiterait une réforme. Pourquoi reprendre notre façon de « faire chemin ensemble », si nous (en particulier les personnes qui ont la charge de le faire vivre) ne reconnaissons pas qu’il y a des problèmes ?
Je ne pense pas que dans une courte réponse on puisse aller au-delà de 3 pas :
– d’abord, se placer devant Dieu ensemble en prière, pour discerner ce qu’Il a à nous dire sur la question, demander à son Esprit de nous éclairer. Cela passe aussi par la lecture de la Bible ensemble. Je suis persuadé que rien ne pourra se faire d’utile sans ce premier pas, qui devrait revenir à régulièrement à chaque étape de la réflexion.
– ensuite regarder la réalité du fonctionnement de notre synodalité en face et en faire une évaluation précise et approfondie.
– et enfin, il ne faudrait pas oublier ce qu’enseignent l’histoire et la théologie mais aussi la manière dont des Églises sœurs, en France comme à l’étranger, comprennent aujourd’hui cette façon d’organiser l’Église.