Peut-on considérer les mormons comme chrétiens ? Ils ont des croyances éloignées des Écritures. [Augustin]

L’Eglise de Jésus-Christ des Saints des derniers jours (appellation plus correcte que « Mormons ») est née aux Etats-Unis, dans l’ébullition spirituelle qu’a connue ce pays au 19e siècle. Son fondateur, Joseph Smith, affirmait avoir reçu de Jésus-Christ lui-même la mission de refonder l’Eglise authentique après 18 siècles d’apostasie et avoir été pour cela au bénéfice d’une révélation spéciale.

Même si elle reconnaît à Jésus-Christ une place centrale dans le plan de Salut de Dieu, cette Eglise, d’un point de vue protestant, ne peut être considérée comme faisant partie de la grande famille chrétienne, unie par la référence à l’Ecriture et les textes doctrinaux des conciles oecuméniques des premiers siècles comme le Symbole des Apôtres, reconnus par les catholiques, les orthodoxes, et les protestants.

Malgré des aspects positifs (un engagement éthique, le refus du racisme, etc), et des dialogues qui l’ont rapprochée, notamment aux Etats-Unis, d’autres confessions, L’Eglise de Jésus-Christ des Saints des derniers jours est un mouvement sectaire. Tout d’abord, comme on l’a dit, elle se considère comme l’unique Eglise authentique, toutes les autres avant elles ont trahi le Seigneur. Ensuite, elle admet d’autres sources de révélation comparables à la Bible elle-même (pourtant pleinement suffisante, comme l’oeuvre du Christ lui-même !). Notamment des écrits qui auraient été gravés sur des plaques d’or confiées à Joseph Smith, traduits et réunis dans le Livre de Mormon qui raconte « les relations de Dieu avec les anciens habitants de l’Amérique et contient la plénitude de l’évangile éternel » (dixit l’introduction de l’édition dont je dispose). Il contient l’histoire d’un prophète juif, Léhi émigré en Amérique avant la chute de Juda en 600 av. JC., et de ses descendants. Ils y auraient reçu la visite de Jésus lui-même vers l’an 34… Le verset cité à l’appui de cette doctrine farfelue par des missionnaires de l’Eglise des Saints des derniers jours que j’ai rencontrés est l’Evangile de Jean, ch.10 v.16: « j’ai d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos et celles-là aussi il faut que je les mène ». Alors qu’il s’agit bien sûr des païens, des non-juifs réunis avec les juifs autour d’un seul berger.

N’est-ce pas désobéir à un commandement majeur que de ne pas célébrer le sabbat le samedi ? [Olivier]

Ne peut-on pas considérer que désormais le dimanche nous célébrons la résurrection du Maître du Sabbat, Jésus, justement parce qu’il en est le maître, en assumant de ne pas nous reposer exactement sur le jour du samedi à proprement parler ?
C’est très bien que certains chrétiens préfèrent le samedi, d’autres le dimanche, mais que surtout le Seigneur soit honoré par le fait qu’on ait sanctifié Son jour.

Si j’étais plus insolent, je dirais que j’espère que ceux qui sont « choqués » par le repos du dimanche respectent aussi le commandement de ne pas porter de tissu avec un mélange de fibres de différentes origines (Lévitique 19:19 et Deutéronome 22:11).

Face aux crises majeures qui seront la conséquence du réchauffement climatique- comment se positionner en tant que chrétiens ? Faut-il envisager une rupture de mode de vie radicale ? [Marion]

Si c’est en tant que chrétiens qu’on aborde les questions écologiques, il faudrait savoir quelle est la part qui est pour nous une obligation par rapport à la nature (ou la Création), quelle est la part que nous devons à la société, voire à la génération suivante. Mais tout ça est de notre devoir de citoyens finalement. Donc ce qui ferait notre particularité chrétienne, c’est ce qu’on fait par rapport à cela pour le Seigneur…

Je crois que nous ne faisons rien de plus que les autres, et que nous avons strictement les mêmes devoirs. La différence tient surtout dans le fait de ne pas idolâtrer la nature, de ne pas nous comporter par rapport à la création comme si elle était le Créateur (Terre-Mère et tutti quanti), car là on tombe dans l’idolâtrie (lire Romains 1,25). Et dans le même ordre d’idée, refusons le concept de sauver la planète, ceci pour deux raisons : d’une part nous ne sommes pas le Sauveur, et d’autre part, la Bible nous explique qu’à la fin des temps, ce n’est pas une Jérusalem terrestre toute rénovée par la main de l’homme qui sera magnifiée, mais une Jérusalem céleste qui descendra d’en-haut.

Bref pas le fruit de nos efforts.

Est-ce que la « gouvernance partagée » (sociocratie, holacratie…) serait une solution aux conflits en Eglise ? [Bennivo]

La « gouvernance partagée » est un principe de management des entités humaines, avec pour fondement l’idée d’un système maléable et fortement réformable, un fonctionnement par cercles de travail, avec un accent sur le consentement et la redevabilité, et enfin des outils comme l’élection sans candidat. Il s’agit de managements très souples, mais très codifiés où il s’agit de toujours argumenter les décision, et renforcer des redevabilités horizontales, d’égal à égal, pour quitter à tout prix le pharaonisme des systèmes pyramidaux, où pour ne plus être esclave la seule solution serait de devenir maître.

Il y a donc dans cette proposition managériale plusieurs registres qui plaisent au pasteur réformé qui vous répond, car ils semblent bibliques et font droit à des démarches hyper collaboratives et participatives, non hiérarchiques.

J’y vois pourtant plusieurs limites :
– la nécessité d’avoir des personnes hyper formées, avec une haute compréhension de la méthode, pour que ça marche,
– la tentation de glisser du « semper reformanda » à la révolution permanente, en changeant tout le temps les cercles de structuration,
– un risque de dilution des objectifs dans la fascination pour le moyen,
– un manque de simplicité biblique dans le fait de trouver une inspiration vraiment extérieure au groupe, qui pourra aboutir à l’éviction du Saint-Esprit, et d’autres outils comme la prière, la référence biblique, etc.
– incidemment aux deux points précédents, une accentuation exponentielle de la fascination pour l’Eglise, plutôt que du centrement sur Christ.

Je lui préfère le fonctionnement prébytérien-synodal, auquel j’ajouterai le principe conciliaire. J’explique les enjeux en précisant les termes (tout en essayant de faire court) :
– le presbytéral : un collège d’ancien est très utile pour prendre des décisions dans un système qui est différent d’une entreprise (où chacun peut avoir le même niveau d’implication en termes de temps, et où il n’y a pas la lutte des classes entre permanents et bénévoles, laïcs et clercs).
– le synodal : la mise en commun des ressources permet de penser « l’au-delà de soi-même », et le fait que l’Eglise est un cercle dont le centre n’est pas au milieu d’elle-même. Tout ce qui peut être mutualisé est facteur d’ouverture d’esprit, d’économies d’échelle, et d’humilité locale, de régulation consentie.
– le conciliaire : le système presbytérien-synodal ne peut fonctionner à mon sens que s’il est confessant, fondé sur une foi en l’activité du Saint-Esprit, l’autorité des Ecritures, et donc une méthode qui en découle : nous débattrons et prierons jusqu’à pouvoir dire : « Le Saint Esprit et nous avons décidé… » (Actes 15,28).
Ce système ne cherche pas à diluer l’autorité, la responsabilité ou la redevabilité. Il ne dénie pas la nécessité de combiner le participatif avec parfois aussi une autorité réelle, si possible jamais unipersonnelle, mais quand même incarnée dans un système de ministères (plutôt que sacerdoce), où le risque de l’abus de pouvoir est très limité.
C’est pour cela qu’il a ma préférence.

La philosophie peut-elle nous rapprocher de Dieu ? [Peps]

Tout peut nous rapprocher de Dieu.
Tout peut nous en éloigner.

La Bible, les Eglises, les chrétiens, peuvent nous rapprocher de Dieu ou nous faire nous en éloigner.

La philosophie est un vaste domaine de la pensée, et comme elle est un espace où peuvent se mouvoir des milliards d’idées, j’y trouverai forcément le pire et le meilleur. La question sera donc plutôt : « Quel GPS j’utilise pour naviguer dans la contrée des philosophes ? »

Parce que les critères que j’aurai ne seront pas forcément les bons.
Le seul fait qu’un philosophe se dise chrétien suffira-t-il à ce que je prenne ce qu’il dit pour parole d’Evangile ? Pour ma part le critère est tout à fait insuffisant car il y a plein de personnes se disant chrétiennes et qui disent n’importe quoi…

Notre boussole, notre GPS peut être la foi.
Si je suis bien ancré en Christ je peux aller à la rencontre de n’importe qui sans avoir l’angoisse de me perdre. Si j’ai Christ en moi, je peux tout lire, et alors même les tirades antichrétiennes d’un Nietzsche pourront devenir un aiguillon pour ma foi et ma présence au monde. Je saurai aussi avoir de la prudence à l’égard de la mystique cosmique pré-new-age d’un Teilhard de Chardin. Si j’ai Christ avec moi, je suis en sécurité partout, et le voyage en terres philosophiques sera passionnant.

Quelle est la différence entre la vision de Calvin et Zwingli sur la Sainte Cène ? Sur cette question les attestants sont de quel bord ? [Kny]

Merci Kny de nous inviter à revoir nos classiques ! En effet, la question de la Cène a été centrale au 16e siècle, non seulement entre catholiques et protestants, mais au sein même de la Réforme. Luther confessait la présence réelle du Christ au moment où les paroles de Jésus sont rappelées (lors d’un débat avec Zwingli, il aurait commencé par écrire sur la table, dans la version latine : « ceci est mon corps ». Bonjour l’ambiance !). Pour Zwingli, Christ est au ciel depuis son ascension, il n’est plus sur la terre, donc le pain et la coupe sont des symboles, un mémorial. Il faut donc comprendre: « ceci représente mon corps ». Calvin, auteur d’un Petit Traité sur la Sainte-Cène, aurait peut-être pu réconcilier les deux positions. Pour résumer la sienne : « ceci présente mon corps ». Ce n’est que du pain, ce n’est que du vin, mais avec ces signes, et par l’Esprit Saint, le Seigneur nous atteste que nous avons réellement communication à son corps, son sang, en un mot à sa vie.
Jésus lui-même n’aurait -peut-être- pas compris grand chose aux débats philosophiques concernant la « substance » véritable des éléments de la Cène. Quand Jésus déclare « ceci est mon corps », ceci renvoie d’abord à la fraction du pain, plus qu’au pain lui-même (c’est à ce geste de la fraction du pain que les disciples d’Emmaüs l’ont reconnu, Luc 24,35). Puisqu’il ajoute « faites ceci en mémoire de moi. Il nous dit : mon corps, ma vie, c’est cela : un don partagé, offert pour vous, pour la multitude.
Quant à vous dire de quel bord sont les Attestants sur cette question… je n’en sais rien ! Peut-être de bords divers. L’essentiel est que nous discernions que le Seigneur est présent lorsqu’il nous invite à sa table, et qu’il a donné son corps et son sang pour nous.

Comment rester unis quand des frères et soeurs de l’Eglise prêchent l’inverse de nous ? [Daniel]

Tout dépend Daniel de ce que vous appelez « être unis », et de ce qui fait l’objet d’opinions (voire de prédications) radicalement opposées. Dès les commencements, les disciples de Jésus ont été appelés à rechercher et manifester leur unité dans la foi. Mais il ne faut pas confondre unité et uniformité. Et ne pas confondre non plus diversité (légitime) et division (nuisible). Je vous encourage à relire le chapitre 4 de l’Epitre aux Ephésiens qui parle des choses essentielles (tant dans les idées que dans la façon de vivre), autour desquelles l’Eglise tient ou ne tient plus debout.
Les frères Moraves (communauté à vocation missionnaire née il y a 200 ans) ont cette devise :
– Dans les choses essentielles, l’unité.
– Dans les choses non-essentielles, la liberté.
– En toutes choses, la charité.
Si vous constatez que dans votre Eglise on dit tout et son contraire, il faut confronter ces « questions qui fâchent » aux Ecritures et décider s’il s’agit de choses secondaires ou essentielles. Si c’est secondaire, vivez-les avec humour, tolérance, bref dans la charité ! Si cela vous semble toucher un point essentiel de la foi ou de la vie en Christ, et relever de la fidélité à l’Evangile et à l’enseignement biblique, alors il faut interpeller l’Eglise, partager votre malaise, inviter l’Eglise à résoudre la question, être prêt à accepter de se laisser convaincre par l’autre, et ce toujours dans la charité ! En bref : il n’y a pas de vérité qui tienne sans amour, mais pas d’amour non plus sans vérité.

« Quelle réponse au phénomène de la « Cancel Culture » l’Église peut-elle apporter ? » [Nic]

Le phénomène dont vous parlez, Nic, est en fait très ancien. Dénoncer publiquement telle ou telle personne en vue de l’exclure d’une communauté en raison d’actions, de paroles ou de comportements jugés négatifs a toujours existé, mais cela s’est amplifié avec Internet. Rappeler cependant qu’une telle pratique est peut-être presque aussi vieille que l’humanité, c’est dire qu’elle a quelque chose à voir avec notre péché. Pour moi, les Églises doivent proposer un contre modèle. L’Évangile nous appelle à être de ceux qui refusent de hurler avec les loups. Il s’agit pour moi, en tant que chrétien lambda, de mettre en question les accusations péremptoires relayées par les réseaux sociaux, comme auparavant les rumeurs dans les villes ou les villages. Bien sûr, il ne s’agit pas non plus d’être naïfs. Mais Jésus a accueilli les pécheurs qui se repentaient, faisant ainsi scandale aux yeux de ceux pour qui la condamnation de quelqu’un devait être définitive. Nous annonçons un Dieu qui seul connaît les cœurs et qui peut guider, par son Saint Esprit, chacun sur les chemin de la conversion en Jésus-Christ.

Que penser des églises pentecôtistes où des guérisons spectaculaires ont lieu en se basant sur ce que Jésus faisait ? [Clara]

Chère Clara, je ne suis pas de sensibilité pentecôtiste aussi je me sens assez libre pour vous parler de cela. Je crois en la souveraineté de notre Seigneur. Je crois qu’il a agit au temps des apôtres parles divers moyens dont le Nouveau Testament nous parle. Je ne vois pas pourquoi je devrais douter de son action aujourd’hui encore. Cependant, je ne peux pas être d’accord avec certaines de ces Églises quand elles affirment que seuls ceux qui ont des pratiques comparables aux leurs (guérisons, exorcismes, etc.) sont vraiment chrétiens. Et il y a bien sûr aussi plusieurs faux prophètes qui prétendent agir au nom du Seigneur mais qui ne font trafiquer l’Évangile au nom de la prospérité qu’ils veulent obtenir. Remarquons qu’il y a aussi de faux prophètes parmi les pasteurs qui se moquent des Églises Pentecôtistes au prétexte d’avoir une foi « rationnelle ».

Doit-on se faire rebaptiser parce que le premier baptême a été fait par aspersion ? [Roosevelt]

Votre question Roosevelt en comporte en fait deux : celle du re-baptême et celle du procédé utilisé : l’aspersion ou l’immersion. Je vais essayer de répondre à ces deux questions mais en les distinguant : Il y a dans toute démarche de baptême deux éléments importants et précieux : le premier élément est la grâce de Dieu manifestée en Jésus Christ, une grâce attestée par la communauté croyante qui baptise et le second élément est la réponse croyante de la personne qui reçoit la grâce qui sauve. Ces deux éléments ne sont pas symétriques. La grâce de Dieu est première, royale, magnifique. La réponse humaine est seconde, souvent balbutiante et doit rester consciente de son humilité. Et même humble, cette réponse doit tout au travail du Saint-Esprit en nous. Si une personne prend conscience arrivée à un âge avancé que son baptême reçu enfant dans l’indifférence est la chose le plus merveilleuse de sa vie parce qu’elle découvre le pardon et l’amour de Dieu pour elle, alors, je ne lui conseille pas un re-baptême mais une confirmation de son baptême. Le baptême ne devient pas vrai dans la mesure où je le comprends, mais il est vrai par ce qu’il proclame le Salut obtenu par Jésus il y a 2000 ans sur la croix pour nous et pour moi. Un de mes amis répétait souvent : « nous avons tous été baptisés il y a 2000 ans sur le Golgotha. La cérémonie de baptême n’est que le faire-part de ce qui est arrivé par Jésus ». D’autres pasteurs, d’autres églises auront un autre enseignement sur ce sujet, mais je vous livre là ma conviction intime. Ensuite la quantité d’eau n’est pas importante. Dans certaines églises d’Orient on baptise les bébés et les enfants par immersion. Le sens est le même qu’une aspersion. Ceci est une affaire de coutume locale et de choix relatif à chacun. Je pense que le geste de l’immersion est très beau et représente mieux que l’aspersion le sens biblique de recouvrement, de plongée dans la mort et de résurrection. Mais la signification spirituelle du baptême ne dépend pas d’un formalisme quel qu’il soit. Il m’est arrivé une fois d’accompagner une confirmation par immersion d’un jeune adulte qui avait été baptisé enfant par aspersion.