Jésus dit aux disciples de ne pas aller chez les non-juifs, ni chez les samaritains? La parole de Jésus n’est-elle pas universelle ? [Patrick]

Jésus fait effectivement cette recommandation à ses disciples en les envoyant pour annoncer la venue du Royaume (voir Matthieu 10,5) ; pour en rester à ce seul évangile selon Matthieu, il répond à la femme cananéenne de la région de Tyr et Sidon (dans l’actuel Liban) qui le supplie de guérir sa fille : « je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » (Matthieu 15,24).

Et pourtant… Jésus finit par accorder à cette femme cananéenne ce qu’elle demande en lui disant : « ta foi est grande ».  Et pourtant… il admire (!) la foi d’un centurion romain qui affirme que Jésus peut guérir son serviteur à distance (parce qu’en tant que juif, Jésus ne pourrait entrer dans la maison d’un païen sans se souiller), en assurant qu’il n’a pas trouvé une pareille foi dans son propre peuple et que des païens prendront place au grand banquet du Royaume de Dieu (Matthieu 8,10s). Et pourtant… Jésus débarque en territoire étranger et y délivre un homme possédé (Marc 5,1-20) qui vient vers lui.  Les exemples ne manquent pas de contacts entre Jésus et des non-juifs, et même une samaritaine ! (Jean ch.4).

Jésus aurait-il pris conscience de l’universalité de la mission que le Père lui a confiée, au-delà des frontières d’Israël, par ces rencontres souvent bouleversantes et qu’il n’avait pas toujours provoquées ? Certains le pensent. En tout cas, Jésus a ainsi anticipé l’envoi, après sa résurrection, de ses apôtres jusqu’aux extrémités de la terre pour y être ses témoins  (Matthieu 28,20).

Pourquoi Paul est-il misogyne ? Quelle place la femme a-t-elle dans la religion ?

Il est vrai que l’apôtre Paul traîne cette réputation de misogynie du fait de certains de ses propos sur les femmes. « Que le femmes se taisent dans les assemblées » ordonne-t-il en 1 Co 14,34 en précisant aussi qu’elles doivent porter le voile ! Ou bien, à Timothée, il écrit « je ne permets pas à la femme d’enseigner ou de prendre autorité sur l’homme » (1 Tm 2,12).

Et pourtant… Paul fait aux Galates une déclaration révolutionnaire pour son temps : » il n’y a plus ni juifs ni grecs, ni esclaves ni hommes libres, ni hommes ni femmes : vous êtes tous un dans l’union avec Jésus-Christ » (Galates 3,27). Donc, hommes et femmes, pour répondre à votre 2e question, ont la même place devant Dieu. Paul a par ailleurs cette phrase, tout aussi novatrice, pour les couples : « La femme n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est le mari ; et pareillement, le mari n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est la femme » (1 Co 7,3). Et quand il demande aux femmes de prier ou prêcher la tête couverte (1 Co 11,5), il ne conteste pas un instant qu’elles puissent prendre la parole en public ! (autre révolution pour l’époque).

Y aurait-il contradiction ? Pour comprendre les restrictions que l’apôtre semble apporter à notre condition égale devant Dieu en Jésus-Christ qu’il proclame par ailleurs, quel que soit notre sexe, notre condition ou notre origine, il faut replacer la vie des communautés chrétiennes dans le contexte patriarcal du 1er siècle de notre ère. Les femmes chrétiennes, jusque là confinées dans l’espace privé, découvrent la liberté qui leur est donnée par l’Evangile. Elles peuvent en oublier les codes culturels en usage dans le monde où elles vivent (une femme bien élevée ne sortait pas tête nue) et risquer de discréditer leurs communautés chrétiennes, en choquant par l’usage de cette liberté. L’apôtre les appelle donc à la retenue, voire à la discipline (par exemple à Ephèse, où Timothée était responsable de l’Eglise, de jeunes veuves peu instruites, influencées par de faux docteurs, semaient la pagaille en répandant leurs doctrines mensongères).

 

Les juifs actuels doivent-ils être considérés comme successeurs des Hébreux bibliques ? Si oui- quelles conclusions tirer actuellement (avril 2026) ? [Antoine]

Il y a une continuité indéniable, sur le plan héréditaire, historique, entre le peuple hébreu et le peuple juif ! Mais votre seconde question, Antoine, révèle comme une perplexité : en effet, la politique du gouvernement israélien en 2026, pour ne prendre que cet exemple, est-elle à la hauteur de ce que l’on devrait attendre du peuple à travers lequel Dieu s’est révélé à l’humanité, et avec qui il a fait alliance ? Les juifs eux-mêmes, que ce soit en Israël ou dans le reste du monde, sont divisés sur la question.

En tapant « Israël » dans l’onglet de recherche du site (en haut à droite de votre écran), vous trouverez d’autres essais de réponse à ce problème complexe du rapport entre l’Israël biblique et l’Etat moderne d’Israël, qu’on ne saurait ni  confondre, ni séparer complètement.

l’Etat d’Israël est une démocratie fondée sur une idéologie laïque, le sionisme. Ce projet de foyer protecteur s’est développé à la fin du 19e siècle. La tragédie de la Shoa au 20e siècle, point culminant de tous les pogroms et persécutions antisémites, hélas encore vivaces aujourd’hui,  en a souligné la légitimité.

Il y a quelque chose de mystérieux dans cette haine que suscitent les juifs depuis toujours, simplement du fait qu’ils sont… juifs. Parce qu’ils sont un peuple à part, précisément. L’explication est aussi spirituelle. Mais cela, répétons-le, ne légitime pas les choix politiques et militaires du gouvernement israélien actuel.

Galates 5.19-21 : Pourquoi ces péchés empêcheront d’hériter du Royaume si nous sommes déjà sauvés ? [Marie]

Marie, vous mettez le doigt sur un des paradoxes de la vie chrétienne, de la condition du disciple (mais c’est comme cela : la vérité est toujours paradoxale, comme dans l’exemple du cerf-volant : il n’est libre de voler que rattaché au fil !).

On peut formuler ce paradoxe de bien des manières. Par exemple, tout est donné, mais tout est à faire. Tout nous est donné : Nous sommes sauvés par grâce, indépendamment de nos mérites, le salut nous est acquis à la croix. Nous sommes déclarés justes, Dieu nous reconnaît comme ses enfants, il nous a choisis de toute éternité ! Nous sommes même « saints » en ce sens que Dieu nous met à part, nous lui appartenons. Mais tout reste à faire, il faut croire, aimer, espérer, témoigner !

L’enjeu de la vie chrétienne, c’est (autre formulation possible du paradoxe)… devenir ce que nous sommes déjà. Si nous sommes morts avec le Christ pour ressusciter à une vie nouvelle, cela veut dire que notre vie est renouvelée, que nous sommes unis à Jésus pour être recréés à son image. Par nous-mêmes, nous n’y arriverons pas, c’est l’oeuvre de l’Esprit de Dieu qui nous « sanctifie », c’est à dire nous revêt de cette identité nouvelle où il n’y a plus place pour l’impureté, l’idolatrie, la haine, etc…

Si donc j’entre dans cette vie nouvelle en me gardant de tout ce qui est contraire à l’amour, à la paix, à la joie, etc (les fruits de l’Esprit que Paul énumère juste après le passage que vous citez), ce n’est pas pour être sauvé(e). Mais parce que je suis sauvé(e) ! Et parce que j’ai pris la grâce et l’amour du Christ pour moi au sérieux. « l’amour du Christ nous presse », écrit ailleurs l’apôtre Paul (2 Co 5,14).

Pourquoi y a-t-il tant d’abus commis par des religieux (prêtres- pasteurs- professeurs) ? [Hanta]

Redoutable question pour le pasteur que je suis, Hanta ! Un abus, c’est toujours l’usage détourné de quelque chose (un bien, une fonction) dont on est légitimement porteur au départ. En l’occurrence, en tant que pasteur, il m’a été confié le service de la Parole de Dieu auprès des membres de l’Eglise et l’accompagnement des personnes en chemin avec Dieu, en recherche sur le plan spirituel. Et donc il m’a été reconnu une compétence, une autorité pour exercer ce ministère.

Une tentation est d’utiliser cette autorité pour exercer un pouvoir dans mon propre intérêt. Comme un gourou : en imposant aux gens ce qu’ils doivent penser, croire, voire leurs choix de vie, « parce que Dieu me l’a dit ». En leur extorquant de l’argent sous de fallacieux prétextes. Ou, dans les cas d’abus sexuels, en séduisant des personnes en manque affectif, voire en assouvissant des pulsions sexuelles sur des êtres particulièrement vulnérables (enfants, ados…).  Je pense aussi que le danger de dérive et d’abus augmente quand un ministère s’exerce dans la solitude, sans accompagnement par des collègues ou autres responsables d’Eglise. Bref, quand l’autorité pastorale risque de s’exercer sans limites ni garde-fous.

La question demeure : comment des pasteurs, des prêtres, des enseignants, et autres personnes dépositaires d’une autorité (n’oublions pas hélas que beaucoup de violence s’exercent à l’intérieur des familles) peuvent-ils en arriver là ? Nous restons humains, faillibles, et d’autant plus exposés que nous nous croyons justement forts ! « Que celui qui est debout prenne garde de tomber », écrivait l’apôtre Paul à des chrétiens de Corinthe tentés par l’orgueil spirituel (1 Co 10,12), en leur rappelant les pièges dans lesquels Israël est tombé après avoir traversé la Mer Rouge, pour que cela leur serve d’exemples. Il en est de même pour les récentes affaires qui ont secoué le monde chrétien (catholique, protestant) et aussi le monde de l’éducation en général. Qu’elles nous rappellent à la vigilange, à l’humilité  et au devoir de protéger les plus faibles.

Comment Dieu peut-il être à la fois Père- Fils et Esprit Saint ? Je ne comprends pas le concept de « trinité » ? [Patrick]

Tout d’abord, Patrick, quand nous parlons de Dieu,  il est tout à fait normal de ne pas comprendre ! Car Dieu est au-delà de toute pensée ou réflexion humaine. Dieu se cache en se révélant et se révèle en se cachant. Ce que la Bible exprime, entre autres, dans le récit de la vocation de Moïse au buisson ardent. Quand Moïse demande à Dieu son nom, le Seigneur répond : « je suis qui je suis » ou « je serai qui je serai ». On peut comprendre « je suis (l’Eternel) » car les quatre lettres YHWH qui désignent Dieu sont dérivées de la racine du verbe être en hébreu, mais cette réponse est aussi une fin de non-recevoir, en forme de point d’interrogation. Donc, nous ne pouvons connaître de Dieu que ce qu’il nous révèle de lui-même.

La Trinité est un concept qui essaie de parler de Dieu, une manière de dire que Dieu se fait connaître à l’homme à la fois comme Père (= créateur, origine, et au-delà de nous), Fils (sauveur, venant jusqu’à nous en Jésus) et Esprit (Seigneur, Dieu en nous, souffle de vie et de force). Et pourtant, Dieu est un !

Une autre façon de rendre compte de cette diversité en Dieu qui ne vient pas rompre son unité, c’est de risquer cette comparaison : quand vous parlez, ce que vous dites s’origine dans votre pensée, se formule dans des mots qui vont atteindre votre interlocuteur parce que les sons que vous articulez font vibrer, grâce aux couches d’air qui vous entourent, ses tympans. Trois aspects distincts d’un seul et même événement : vous parlez à quelqu’un.

Cette comparaison imparfaite a l’avantage de rendre justice à ce que dit la Bible. Dieu se révèle à nous par sa Parole éternelle (incarnée en Jésus), et cette Parole nous rejoint par l’Esprit Saint, souffle (pneuma en grec) de sagesse et de vie.

« Chef de »…en 1 Corinthiens 11:3 — qu’est-ce que cela signifie ? [Charles]

Le chapitre 11 de 1 Corinthiens part d’une question très pratique : le port du voile par les femmes. Certaines chrétiennes de Corinthe l’enlevaient, revendiquant ainsi sans doute le statut d’égalité que leur conférait l’Evangile prêché par Paul lui-même (voir Galates 3,27-28), mais cela choquait, notamment dans la culture juive, comme l’attestent des textes du Talmud.

Au verset que vous citez, l’apôtre Paul écrit : « le chef de tout homme, c’est le Christ ; le chef de la femme, c’est l’homme ; le chef du Christ, c’est Dieu ». Affirmation surprenante, voire choquante si on oublie que « chef » n’est pas à prendre au sens de « patron », d’ordre hiérarchique (ainsi le Christ n’est pas inférieur à Dieu, car il est Dieu fait homme). Le mot grec traduit par chef, képhalè, signifie « tête » (comme dans l’expression « couvre-chef »), avec la connotation de ce qui vient en premier. Et Paul d’ajouter que la femme, effectivement tirée de l’homme selon Genèse 2  pour être son « secours », est la « gloire de l’homme ». C’est à dire que son comportement peut soit honorer, soit déshonorer son mari et elle-même (notamment en se montrant en public tête découverte, ce que l’époque pouvait juger aussi indécent et provocant que des seins nus !). Paul fait donc un jeu de mots dans tout ce passage : dévoilée, une femme déshonore son « chef », c’est à dire à la fois son mari et sa propre tête, donc elle-même.

Que faire de ce texte aujourd’hui, alors que nos codes culturels et nos critères de pudeur ne sont plus les mêmes en ce qui concerne les cheveux ? Vouloir appliquer ce texte à la lettre amènerait à trahir son intention. Paul appelle ici  hommes et femmes, tous deux image de Dieu, à respecter la différence des sexes et leur complémentarité, leur besoin l’un de l’autre (v.11), voulus par le Créateur. Certainement pas à imposer aux femmes un signe de subordination et d’infériorisation, comme on le voit hélas en Afghanistan ou en Iran… Bien au contraire, pour Paul en son temps, c’est leur gloire ! (v.15). Pour traduire le v. 13 correctement : « la femme doit porter sur la tête une marque d’autorité » (et non pas de « l’autorité dont elle dépend », traduction fautive de la TOB). Cette autorité propre à la femme est rappelée au v.12 : l’homme naît de la femme… et tout vient de Dieu.

Pourquoi la Bible n’est pas mise dans l’ordre chronologique ? [Emilie]

Comme vous le savez, la Bible n’est pas un livre (comme un manuel d’histoire, ou autre récit suivi qui devrait respecter l’ordre chronologique), mais un recueil de 66 livres, une bibliothèque. Or,  dans une bibliothèque bien conçue, les livres sont avant tout classés par genre. On ne range pas les traités de philosophie avec les manuels de mathématiques, ni les romans avec les recueils de poésie.

La bibliothèque que forment les Saintes Ecritures comprend deux grandes « armoires ». L’Ancien Testament, dont les livres (dans l’original hébreu) sont répartis sur trois « étagères » : la loi (les cinq livres dits du « Pentateuque » qui comprennent aussi l’histoire des origines), les prophètes (les livres évoquant l’histoire d’Israël de l’entrée en Canaan jusqu’à l’exil, avec les recueils des prophètes dont Israël a conservé les paroles), et les « autres écrits », recueil moins homogène de cantiques, de proverbes, et autres écrits poétiques dits de sagesse comme Job, l’Ecclésiaste, avec même des livres à caractère historiques comme les chroniques, Esdras, Néhémie qui relatent aussi l’après-exil..). Tout n’est pas toujours facile à dater avec précision d’ailleurs, et quand il ne s’agit pas d’histoire, ce n’est pas forcément nécessaire. A noter que le classement que je viens de résumer est celui de la Bible hébraïque (suivi par la version en Français Courant, ou la TOB). La version grecque dite des Septante présente un ordre différent, suivi notamment par la version Louis Segond.

Pour ce qui concerne le Nouveau Testament, le principe de rangement par catégories littéraires se retrouve, avec quatre étagères : les quatre livres relevant du genre spécial « évangile », les Actes des Apôtres, les lettres (celles de Paul, Pierre, Jacques, Jean, etc) et enfin, l’Apocalypse, un genre tout à fait à part.

Ceci dit, le respect de l’ordre  chronologique est loin d’être totalement absent des canons de l’Ancien comme du Nouveau Testament. Le premier livre de l’A.T. (la Genèse) traite des origines du monde et de l’alliance, et l’histoire biblique des patriarches et du peuple d’Israël se déroule à partir de là, à travers le Pentateuque, puis les livres de Josué, Juges, Samuel et Rois.

L’ordre dans lequel le Talmud Baba Bathra (un commentaire rabbinique des Ecritures Saintes)  cite les « Ecrits » semble avoir été établi en tenant compte des époques auxquelles leurs auteurs étaient réputés avoir vécu.

Quant au Nouveau Testament, il part des paroles et des actes de Jésus (évangiles), puis des débuts de l’Eglise et de la mission (Actes des Apôtres), jusqu’à l’Apocalypse qui nous annonce, entre autres, l’avènement d’une nouvelle création inaugurée dans la personne du Christ. Mais il est vrai que les épîtres de Paul aux Eglises, par exemple, ne sont pas classées en fonction de leur date de rédaction mais… de leur taille, de la plus longue (Romains) à la plus courte (2 Thessaloniciens). Et pour en trouver une facilement, vous connaissez peut-être l’astuce : apprendre l’acronyme rococogaléphicothéthétititiphi.

Bref, l’ordre des livres bibliques légué par la tradition… on fait avec !

 

Pourquoi la pratique jubilaire s’est-elle éteinte ? [Astrid]

L’année du jubilé est instituée dans le livre du Lévitique (ch.25). Elle clôt le cycle de 7 années sabbatiques (49 ans en tout). Comme une année sabbatique, elle était une année de repos pour les terres laissées en jachère, mais surtout, dans la cinquantième année, chacun pouvait récupérer les terres qu’il avait dû céder pour payer ses dettes, et s’il avait été contraint de vendre des membres de sa famille, voire lui-même, en esclavage pour le même motif, tous recouvraient leur liberté, et ce sans contrepartie.

Voilà pour la loi de Dieu. L’article du dictionnaire encyclopédique de la Bible consacré au sabbat note au sujet du jubilé : « c’était plus beau que pratiquement réalisable » ! En effet, si cette loi reflète le souci des plus pauvres, des membres les plus vulnérables d’Israël, l’auteur doute qu’elle ait jamais été appliquée. Mais on peut quand même citer le ch.5 du livre de Néhémie, où il est relaté que ce gouverneur des juifs invita les plus aisés d’entre eux à renoncer à tout l’argent que leur devaient leurs concitoyens misérables. Il obtint un accord unanime. « Et le peuple tint parole » (Néhémie 5,13).

Certes, il n’y a pas de trace d’une observation stricte et régulière du jubilé en Israël, mais on peut encore s’en inspirer, que ce soit à l’échelle individuelle (« remets-nous nos dettes, comme nous l’avons fait pour nos débiteurs » est une traduction précise de la 5e demande du Notre Père !) ou à l’échelle des nations : la dette des pays les plus pauvres s’envole à un niveau insoutenable. Ils paient 1400 milliards de dollars par an, rien que pour en rembourser les intérêts… Bien plus que pour les besoins de santé et d’éducation de leurs populations.

Matthieu 19:12 s’applique à ceux qui doivent rester célibataires parce que personne ne veut les épouser ? [Steeve]

Le verset que vous citez, Steeve, est à situer dans son contexte. Jésus vient de délivrer un enseignement valorisant le mariage en s’opposant à la banalisation du divorce, tel que l’autorisaient les lois du judaïsme à l’époque, et il conclut : « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » (Mt 19,6). Il va jusqu’à assimiler la répudiation d’une épouse à un adultère (v.9). Les disciples, perplexes devant cette exigence radicale, en concluent qu’il vaut mieux ne pas se marier. Jésus évoque alors trois cas de célibat : il parle « d’eunuques », c’est à dire d’hommes qui ne peuvent procréer, soit depuis leur naissance, pour raisons médicales par exemple, soit parce qu’ils ont subi une mutilation, et, troisième cas, parce qu’ils « se sont rendus eunuques eux-mêmes pour le Royaume des cieux ». Jésus pourrait faire allusion à certaines pratiques ascétiques, allant de l’abstinence rigoureuse (comme chez les esséniens) jusqu’à l’automutilation (dans des cultes orientaux) pour se rendre totalement disponible à la vie religieuse.  Mais il souligne devant ses disciples que le mariage tout comme le célibat sont une affaire sérieuse . Dans un cas comme dans l’autre, une vocation à assumer et jamais une fatalité à subir. Paul y insiste en 1 Corinthiens ch.7.

Si personne ne veut de moi, donc si j’ai du mal à trouver un conjoint et à entrer dans la vie conjugale, ce peut être pour des raisons bien diverses : physique ingrat, mauvais caractère, situation sociale précaire, instabilité affective ou autres failles psychologiques, addiction au travail, ou à d’autres dépendances qui isolent.. Certaines peuvent trouver leur résolution par un travail sur soi (le problème ne vient pas forcément de l’autre !). Mais dans tous les cas, prendre le temps du discernement est nécessaire : est-ce que le Seigneur m’appelle vraiment à l’union conjugale ? Est-ce que mon célibat est source exclusive de souffrance (solitude, dépréciation de soi, deuil impossible de la paternité ou de la maternité…), ou alors est-ce que je peux, avec le Seigneur, en apprécier et valoriser les atouts : indépendance, liberté et disponibilité pour une vie féconde sur un autre plan que conjugal et biologique ?  Dans les deux cas, mariage ou célibat, nous avons à exercer cette liberté qui nous est donnée en Christ et à ne pas nous courber passivement sous le poids d’une contrainte, de quelque nature qu’elle soit. Mariage comme célibat ne font l’objet ni d’obligation ni d’interdiction, mais d’un appel à aimer et à servir.