Que penser du concept de « parent spirituel » pour désigner le lien entre un chrétien et une personne qui l’aurait amené à la foi et l’accompagnerait ensuite ? [Ed
Je pense que ce concept a toute sa légitimité. L’apôtre Paul n’hésite pas à appeler son jeune collaborateur Timothée, son « enfant bien aimé » (2 Tim 1,1) et Tite, même, son « enfant véritable selon notre foi commune »(Tite 1,4, voir aussi 1 Timothée 1,2). Ce lien de filiation spirituelle que Paul souligne avec les destinataires de ses lettres suggère bien que, tout comme la vie, l’éducation, se transmettent de parent à enfant, la foi vient de ce que l’on entend d’un autre : un témoignage. Elle ne nous « tombe pas dessus » sans une ou plusieurs personnes qui nous ont amenés à Jésus-Christ par leurs paroles, leurs actes.

Des protestants disent que la lecture individuelle de la Bible prime. N’est-ce pas plutôt la lecture collective ? [Christophe]

Christophe, votre question met le doigt sur un risque de dérive de la spiritualité protestante. A force de rappeler que l’on appartient à l’Eglise parce que l’on a une relation personnelle (la foi), avec le Seigneur, et non le contraire… A force d’insister sur la primauté de cette relation individuelle avec le Christ, qui peut certes se vivre dans la méditation personnelle de la Bible, on peut oublier que nous sommes chacun, chacune membre d’un même corps, dont le Christ est la tête, et qui s’appelle l’Eglise. On peut oublier que si nous croyons en Jésus-Christ, c’est parce que d’autres nous ont parlé de lui. Qu’il s’agisse de notre entourage (parents, amis..), ou de ceux qui nous ont précédés dans la foi. Ne dit-on pas, par exemple, que nous sommes vis à vis des Pères de l’Eglise comme des nains montés sur des épaules de géants ?

La Parole de Dieu n’est pas donnée à des individus isolés seulement, mais d’abord à une communauté qu’elle rassemble. Dans le livre des Actes, au chapitre 8, un éthiopien lisait seul le livre d’Esaïe et Philippe est monté dans son char pour l’aider à comprendre ce qui y était annoncé au sujet de Jésus-Christ. Notons également que l’éclairage des Ecritures, que seul permet ultimement le Saint-Esprit, n’est pas toujours à sens unique. Ainsi, ne pensons pas qu’une assemblée ne peut comprendre un texte que si le pasteur ou autre théologien de service en donne l’interprétation. En tant que pasteur, il m’arrive plus que souvent, lors d’une réunion autour d’un texte de la Bible que j’ai pourtant bien étudié, d’y découvrir une richesse de sens jusqu’alors inconnue de moi, grâce aux remarques, voire aux questions des autres participants.

Pourquoi les gens aiment-ils tant chanter des cantiques pleins d’approximations théologiques ? (Sylvie)

Il n’est pas sûr que l’attachement que nous portons à tel ou tel cantique soit lié à son contenu théologique, encore moins au fait que ce contenu soit doctrinalement suspect. Mais parce que sa mélodie nous berce depuis notre jeunesse, réveille des souvenirs, parce qu’il crée en nous, comme tout ce qui atteint nos sens, une émotion d’ordre esthétique, nous aimons l’entonner. Un chant, une musique ne nous rejoint pas seulement au niveau du cortex, siège de la pensée raisonnante, mais aussi et d’abord au niveau de notre sensibilité profonde ! Et ce n’est pas un mal en soi. Le Psaume 150 nous invite à louer Dieu et à le chanter avec tous les instruments possibles ; le chant, la musique rendent gloire à Dieu dans la grandeur, et la beauté de sa création, reflets de sa propre beauté, de sa propre grandeur… Et en concluant « que tout ce qui respire loue le Seigneur », le psalmiste rappelle que la louange n’est pas seulement cérébrale.

Voilà pourquoi nous pouvons entonner sans sourciller des contre-vérités bibliques, inscrites noir sur blanc dans des recueils aussi honorables qu’Arc-en-Ciel, Alléluia !, ou Jeunesse en Mission qui nous feraient réagir si elles étaient formulées dans un discours. Un chant de louange à Jésus-Christ prétend lui « apporter la couronne », tout en reconnaissant, heureusement, qu’il l’a conquise lui-même sur la croix… La Cévenole, fameux cantique de Ruben Saillens par ailleurs fort édifiant, commence ainsi : « Salut montagnes bien-aimées, pays sacré de nos aïeux »… et semble oublier que rien n’est sacré en dehors de Dieu lui-même.

C’est d’autant plus gênant que les paroles d’un chant, voire une mélodie, peuvent avoir, précisément de par l’émotion que la musique suscite, beaucoup plus d’impact sur notre théologie, sur notre conception de la foi et de la vie chrétienne qu’un précis de doctrine ou un sermon même percutant. Le philosophe athée et nihiliste Cioran, lui-même, reconnaissait que la musique de Jean-Sébastien Bach le faisait douter de son athéisme !

Alors oui, peut-être, serait-il bon de modifier les paroles de certains cantiques, voire de les éviter si ce n’est pas possible pour des raisons de rythme ou de rime. Pasteur en terre cévenole, j’ai osé demander à l’assemblée de chanter le cantique de Ruben Saillens en remplaçant « sacré » par « chéri ». Je ne me suis pas fait lyncher …

Pourquoi Jésus dit-il de prendre sa croix- avant même qu’il ne soit crucifié ? [Gilles]

Effectivement, Jésus invite chacun de ses disciples à se « charger de sa croix » pour le suivre (voir par exemple Marc 8,34-35). Se charger de sa croix est une image pour évoquer la condition de celui ou celle qui croit en lui. Elle signifie se mettre à son écoute, renoncer à nous centrer sur nous-mêmes, laisser mourir notre vie ancienne pour renaître à une vie nouvelle. Bref « perdre » notre vie… pour la sauver ! Une des histoires de la Jungle du Docteur White l’illustre bien : c’est un jeune singe qui essaie d’extirper des cacahuètes du fond d’une bouteille au goulot étroit, piège installé par un braconnier. Il ne veut pas écouter le conseils du vieux singe qui l’accompagne : lâcher les arachides pour pouvoir extraire sa main de la bouteille…. il y laissera sa vie.

Cela n’implique nullement que Jésus invite ses disciples à le devancer sur ce chemin-là. Jésus a accepté que la croix soit l’aboutissement de toute son oeuvre, de tout son ministère, bien avant que ses disciples ne l’aient même compris. Par amour pour nous, il s’est totalement décentré de lui-même, dépouillé de tout en se faisant obéissant jusqu’à la mort sur la croix (Philippiens 2,8).

Est-il mauvais pour un chrétien d’utiliser les sites de rencontres ? [Roy]

Dans le passé, on rencontrait son futur conjoint au bal du village, dans sa communauté, son lieu de travail ou d’études, sans oublier bien sûr l’Eglise et les mouvements de jeunesse ! La solitude affective engendrée par les modes de vie actuels de plus en plus éclatés et individualistes oriente aujourd’hui beaucoup de personnes en recherche d’amitié, de relation amoureuse, voire d’un conjoint, vers les sites spécialisés qui se sont développés aux dépens des classiques petites annonces.

Nous pouvons connaître ici ou là des couples heureux de s’être rencontrés par l’intermédiaire d’internet. Votre question, Roy, montre toutefois votre sensibilité au fait qu’une relation virtuelle, numérique, n’est pas sans risque. Tout d’abord, il est difficile de cerner les intentions réelles d’une personne avec qui on commence à échanger par clavier interposé. Souhaite-t-elle développer un lien réel ou se réfugie-t-elle derrière l’anonymat pour éviter de s’engager sérieusement, ou pour donner une fausse image d’elle-même ? Est-elle animée de bonnes ou de mauvaises intentions, en profitant du lien affectif qu’elle crée chez son interlocuteur/trice ? On peut d’ailleurs se poser ces questions à propos de soi-même tout autant qu’à propos de l’autre. Un écran… fait aussi écran, et rien ne remplace une rencontre réelle des personnes. Parler de « sites de rencontre » peut constituer donc, d’une certaine manière un abus de langage.

Bref, la recommandation de Paul reste pertinente en la matière : « tout est permis, mais tout n’est pas utile ; tout est permis, mais je ne me laisserai asservir par rien » (1 Cor 6,12 ; 10,23).

Signalons enfin que des associations comme La Cause, à Carrières sous Poissy, accompagnent les célibataires, veufs, ou divorcés qui cherchent un conjoint chrétien, via leur service de conseil conjugal Eliézer (du nom de ce serviteur d’Abraham parti chercher une épouse pour son fils Isaac). Eliézer a demandé au Seigneur de le guider dans sa recherche (Genèse 24,12ss)…et il a été exaucé. Pourquoi, si vous êtes concerné personnellement, ne pas prier pareillement pour rencontrer celle que le Seigneur vous destine ?

Ma femme est pédobaptiste (baptême pour les enfants de chrétiens) et je ne crois qu’au baptême des adultes. Que faire lorsque nous aurons notre premier enfant ? [Dell]

Commençons si vous le voulez bien, Dell, par dédramatiser la situation ! Votre femme et vous-même croyez avant tout, non pas à telle ou telle forme de baptême, mais en Jésus-Christ, auquel ce signe nous renvoie, et nous atteste notre union à sa mort et à sa résurrection. C’est Jésus qui sauve, son salut nous est accordé gratuitement, reçu par la foi et non par le baptême, quel que soit l’âge où il est administré. Et c’est merveilleux que vous partagiez cette foi entre époux.

Votre rôle essentiel de parents, si vous avez la joie de le devenir, sera de parler à votre enfant du Seigneur, d’être témoin auprès de lui du salut et de la grâce qui lui sont offerts. De l’élever dans l’écoute de la Parole de Dieu et la confiance en lui pour les grandes et les petites choses de sa vie. Avec, ou sans baptême reçu dans sa petite enfance ! Voilà l’essentiel.

Il faut bien être conscient que les deux formes de baptême (qui font débat au sein du protestantisme tout entier et pas seulement dans votre couple !) peuvent toutes deux se prévaloir de solides appuis bibliques. Le débat n’est pas près d’être clos…

Du point de vue pédobaptiste, c’est parce que les parents se savent eux-mêmes au bénéfice de cette promesse qu’ils veulent manifester -par le signe de l’inclusion dans la nouvelle alliance qu’est le baptême- qu’elle est aussi pour leurs enfants (lire Actes 2,39). D’où cette affirmation de Paul en 1 Cor. 7,14 : « vos enfants sont saints » (= appartiennent eux aussi au Seigneur). Le baptême est le sacrement de l’alliance de grâce, une grâce qui appelle bien sûr notre réponse mais la précède toujours.

Je me demande d’ailleurs si la coutume de présenter un enfant nouveau-né à l’assemblée, lors d’un culte (demandée par des familles qui souhaitent lui laisser le soin de demander le baptême plus tard), ne veut pas, d’une certaine manière, faire droit à cette vérité biblique.

Un homme peut-il donner une prophétie à une personne unique ? Est-ce pratiqué dans la Bible ? [Véronique]

Une prophétie, c’est à dire une parole transmise de la part de Dieu et en son Nom, peut s’adresser à plusieurs personnes, voire pour ce qui concerne l’Ancien Testament à un peuple tout entier, Israël ou une nation voisine. Cela vaut pour les oracles qui ont été conservés par écrit (voir les recueils des livres d’Esaïe, Jérémie, Ezéchiel, Amos, etc…). Mais on trouve aussi, que ce soit dans les livres historiques ou dans les recueils prophétiques, des paroles qui s’adressent à une personne isolée (cf par exemple Nathan au Roi David en 2 Samuel 12, ou Esaïe au roi Akhaz en Esaïe 7,10ss).

Il en est de même dans le Nouveau Testament, la prophétie fait partie des dons accordés à Dieu à l’Eglise et elle peut concerner toute la communauté ou une personne en particulier. Par exemple, le prophète Agabus, éclairé par le Saint-Esprit, annonce aux chrétiens d’Antioche qu’une famine est imminente, ce qui les pousse à envoyer un soutien financier à l’Eglise soeur de Jérusalem (Actes 11,27ss). Le même Agabus prédira à Paul sa captivité par un geste symbolique (Actes 21,10ss).

Est-ce que Dieu pardonne à un homme ou une femme qui a trompé son ou sa partenaire étant marié- et ce à plusieurs reprises ? [Past]

Il n’y a pas d’offense, de faute, voire de trahison aussi grave que l’adultère que Dieu ne puisse pardonner. Et ce, même si cette faute a été commise plus d’une fois. Une belle confession du péché de la Réforme, celle de Jean Calvin, nous rappelle notre propension à réitérer le mal : « Nés dans l’esclavage du péché, enclins au mal, incapables par nous-mêmes de faire le bien, nous transgressons tous les jours et de plusieurs manières tes saints commandements, attirant sur nous, par ton juste jugement, la condamnation et la mort ». Si nous condamnions tel ou tel péché en le déclarant impardonnable, nous nous condamnerions nous-mêmes.

Ce que j’entends aussi derrière votre question, c’est : jusqu’à quand le conjoint trompé devra-t-il pardonner à son mari ou à sa femme adultère ? Jésus exhorte l’apôtre Pierre qui se trouvait déjà très généreux en envisageant de pardonner jusqu’à 7 fois à ne pas donner de limite à son pardon (voir le ch. 18 de l’Evangile selon Matthieu, les versets 21 à 35).

Y a-t-il une condition à ce pardon ? Oui : que l’offenseur accepte d’être repris et entre dans un repentir sincère (voir toujours dans Matthieu 18 les vv.15 à 18). Je crois qu’une personne qui multiplie les aventures, les liaisons extra-conjugales peut changer, prendre la mesure du mal qu’elle a infligé, et s’engager sur un chemin nouveau de fidélité, et de retrouvailles avec son conjoint. En clair, la miséricorde de Dieu ne doit pas devenir un prétexte pour persévérer dans le péché. Ce serait se moquer de Dieu et de sa Grâce.

Pourquoi Dieu ordonne à son peuple le massacre de 3000 hommes après avoir dit à Moise le fameux « vous ne tuerez point » (Exode 32) ? [Simon]

Les verbes employés dans le texte hébreu des deux passages que vous rapprochez, le Décalogue et le récit d’Exode 32, ne sont pas les mêmes. A noter que le commandement en Exode 20,13 est au singulier. Il faut traduire « tu ne commettras pas de meurtre », c’est à dire, tu ne disposeras pas de la vie de ton prochain, tu ne lui prendras pas sa vie.

Dans le récit d’Exode 32, il s’agit de punir de mort ceux qui se sont livrés à l’idolâtrie au sein du peuple d’Israël avec le culte du veau d’or. Il ne s’agit pas d’un meurtre, d’un assassinat dicté par la haine ou des motifs crapuleux, mais d’une exécution.

En Jésus-Christ et dans la nouvelle alliance, il n’y a plus de peine de mort pour le pécheur, ni de condamnation ! Car nous ne sommes plus sous la loi, mais sous le régime de la grâce. Mais la sévérité du châtiment rappelle dans ce récit du séjour au désert la gravité du péché commis par les israélites, une trahison de l’alliance conclue au Sinaï.

Est-il vrai que Sinter Klaas (Père Noel) a été inventé par des Huguenots réfugiés aux Pays-Bas pour séculariser le catholique Saint-Nicolas ? [Jean]

Une brève recherche sur internet vous fera reconstituer facilement l’évolution historique qui a mené à la figure du Père Noël telle qu’elle envahit aujourd’hui notre mois de décembre, dans un sens bien éloigné du vrai sens de la fête ! Elle remonte à la vénération populaire de Nicolas de Myre, un évêque Turc qui vécut aux 3e et 4e siècle de notre ère, grand adversaire d’Arius au concile de Nicée, confondu à partir du 10e siècle avec une autre figure vénérée, Nicola de Sion. Les légendes abondent sur ses miracles et hauts-faits. Trois innocents défendus par le Saint auraient été par la suite confondus avec des enfants, et c’est de là que se serait développée la coutume d’une fête pour les enfants sages le 6 décembre, jour de la Saint-Nicolas, notamment en Europe du Nord et dans l’Est de la France.

La Réforme en Europe (pas seulement les Huguenots) voulut mettre fin au culte des Saints au 16e siècle, mais celui-ci perdura en se « laïcisant ». Saint-Nicolas, fêté le 6 décembre, devint en Hollande Sinter Klaas (équivalent de St-Nicolas), puis Santa Klaus chez les émigrés néerlandais aux Etats-Unis au 19e siècle. En 1821, un conte écrit par le Pasteur Clement Clarke Moore, et qui connut une énorme diffusion, en fit un petit bonhomme sympathique et rondouillard qui distribuait des cadeaux la veille de Noël, sur un traineau emmené par des rennes. Il fut domicilié au pôle nord par le dessinateur Nast en 1885. Il ne restait plus au dessinateur Sundblom qu’à habiller le personnage aux couleurs rouge et blanc de la firme coca-cola, à des fins publicitaires, en 1931.

Moralité : ce n’est pas une bonne idée de canoniser des disciples de Jésus-Christ dont la foi et à la vie furent remarquables, même si leur exemple peut nous inspirer ! Pas seulement pour ces dérives que la piété populaire, sa soif de merveilleux (et de figures médiatrices entre Dieu et nous) peut entraîner, mais parce que tout croyant justifié par grâce reste pécheur, et appelé à la sanctification. Nous n’avons qu’un seul médiateur : Jésus-Christ.