Une fille célibataire doit-elle se faire percer le nombril ou est-ce trop lascif ou érotique- puisque les hommes le voient ? [Jean]

Pas besoin d’être sexologue pour savoir que bien des parties du corps peuvent être « érotisées » ; que ce soit en les maquillant, en les ornant, en les dénudant ou au contraire en les cachant, avec la volonté de séduire, voire de provoquer. Une fille, célibataire ou pas, n’y est nullement obligée, pour reprendre la façon dont vous formulez votre question !

La Bible ne saurait nous donner des consignes strictes et intangibles en matière vestimentaire, puisque les codes évoluent en fonction des époques et des cultures, voire des lieux (un nombril dénudé attirera moins l’attention sur une plage que dans la rue). Ce qui est à interroger n’est donc pas le geste en lui même mais plutôt l’intention qui le conduit.

A ce sujet, des apôtres appellent les femmes à la prudence et à la retenue, que ce soit en matière de coiffure -Paul en 1 Corinthiens 11- ou plus généralement de parure -Pierre au ch.3 de sa première épître, dans ses recommandations aux épouses, valables a fortiori, me semble-t-il, pour les femmes célibataires. Comme leur maître Jésus, ils savaient bien qu’un homme peut commettre l’adultère par son seul regard, quand celui-ci ne se contente pas d’admirer une beauté mais la convoite (év. de Matthieu 5,28). Cela n’empêche pas le cantique des cantiques de célébrer le désir, les charmes et l’attirance des corps ! Et de nous inspirer une immense reconnaissance au Seigneur pour le don qu’il nous a fait de notre sexualité.

J’ai entendu dire que Jésus n’était pas célibataire ? Qu’en penser ? [Joy]

Tout d’abord, il faut rappeler que les Evangiles ne sont pas des biographies complètes de Jésus. Ainsi, de ce que fut sa vie avant le début de son ministère, ils ne donnent que quelques rares aperçus (les circonstances de sa naissance, un épisode lorsqu’il avait 12 ans).

Donc dans l’absolu, et quoiqu’aucun des 4 Evangélistes du Nouveau Testament ne l’évoque, rien n’aurait empêché que Jésus fonde une famille. Même s’il est venu en ce monde pour une autre mission : unir tous ses disciples en une famille nouvelle, celle des enfants de Dieu qui écoutent sa Parole, comme il est écrit en Matthieu 12,46 à 50 et passages parallèles. Mais force est de constater qu’à propos de sa famille humaine à Nazareth, dans ce texte et les autres, il n’est toujours question que de sa mère, ou de ses frères et soeurs. Jamais d’une épouse.

Les bruits que vous citez sont notamment inspirés d’un évangile apocryphe, tardif (3e siècle), l’Evangile de Philippe, qui fait état d’une relation privilégiée entre Jésus et Marie de Magdala. Elle aurait été sa disciple préférée « qu’il embrassait sur la bouche », et qui aurait été au bénéfice exclusif d’une révélation spéciale, écartée par la suite au profit d’une doctrine officielle. Cet Evangile a été découvert avec d’autres écrits du courant gnostique à Nag Hammadi, en Egypte, au siècle dernier. La sobriété des quatre Evangiles retenus dans le canon sur les détails de la vie de Jésus a provoqué un foisonnement de développements légendaires et après le premier siècle, beaucoup d’Evangiles ont été écrits. Les fake news ne datent pas d’hier ! Même si cette histoire entre Jésus et Marie de Magdala, aux allures de scoop a permis le succès du Da Vinci Code, vous devinez le peu de crédit qu’il faut lui accorder.

Que pensez-vous des prophètes cévenols du désert ? Leurs prophéties et appels à la Guerre Sainte étaient-ils bibliques ? [David]

La notion de « guerre sainte » est incontestablement présente dans l’Ancien Testament, Dieu lui-même combat pour son peuple Israël, qu’il a choisi et délivré d’Egypte pour révéler son alliance et son Salut à toute l’humanité. Qu’on pense à la conquête de Canaan, à des chants de victoire comme Exode 15. Nombres 21,14s cite même un livre (perdu) « des Guerres du Seigneur ».

Les protestants cévenols, durement persécutés aux 17e et 18e siècles, se sont identifiés au peuple de Dieu soumis à la tyrannie de Pharaon et promis à l’exode, d’où l’appellation de cette période : « le désert ». Cette identification et la dureté des sévices qui leur ont été infligés explique aisément que certains d’entre eux se soient sentis inspirés par Dieu lui-même pour appeler à la résistance armée. Ce fut ce que l’on appelle la guerre des camisards.

Comment pourrait-on juger ce combat pour la liberté de conscience, quand on sait quelles souffrances ils ont endurées ? Comment aurions-nous réagi si nos propres enfants nous avaient été pris pour être éduqués dans des convictions contraires aux nôtres, ce qui à l’époque fut une des causes du soulèvement ?

Cependant nous ne pouvons cautionner les massacres et diverses cruautés commises par certaines bandes de camisards contre des populations catholiques, parfois ordonnées par des « inspirés », car en Jésus-Christ, l’ennemi n’est plus de chair et de sang ! Jésus inaugure une nouvelle alliance, proclame le Royaume de Dieu dont la charte comprend l’amour de l’ennemi (Matthieu, ch.5, v.44).

On ne peut donc plus justifier la violence pour des motifs spirituels, religieux, même si hélas, en ce monde, l’usage de la force armée est parfois nécessaire, voire indispensable -aux mains des Etats- pour contenir la tyrannie, le terrorisme, et autres agressions qui menacent leurs populations. Mais c’est une autre question. Dans ces cas-là le recours à la guerre, sans être un bien en soi, peut être considéré comme le « moindre mal ».

Faut il « prier en langue » si on arrive pas à formuler nos prières ? Qu’est-ce exactement ? Le Saint-Esprit doit il être présent ? [Ludivine]

La prière ou le « parler en langues » n’est pas décrit dans les épîtres de Paul (notamment la 1ère aux Corinthiens, au ch.12, voir les verset 10 et 30) comme une exigence mais comme un don du Saint-Esprit, un charisme (terme qui vient d’un mot grec signifiant « grâce », c’est à dire un cadeau, une faveur !). Donc, il ne « faut » pas prier en langues, et surtout pas pour compenser notre difficulté à formuler une prière. Il traduit non pas une carence mais au contraire une surabondance de joie, de communion avec le Seigneur qu’aucun mot humain ne saurait exprimer.

L’erreur (que Paul dénonce précisément dans le passage cité) serait de faire de l’exercice de ce don le seul signe que l’on a reçu le Saint-Esprit, du fait de son caractère extraordinaire, voire apparemment surnaturel. Il n’est pas donné à tous. Et Paul rappelle qu’il faut privilégier les dons qui édifient et servent les autres, notamment l’amour, ce qu’il développe aux chapitres suivants (13 et 14) que je vous encourage également à relire !

Qui a écrit l’épître aux Hébreux ? [Seth]

C’est un des mystères du Nouveau Testament, cette épître (d’ailleurs est-ce une lettre ou un traité doctrinal, ou une prédication ?) est anonyme. Certains Pères de l’Eglise et des spécialistes contemporains l’ont attribuée à Paul ou à l’un de ses disciples, pour des similitudes de doctrine ou de façon de se référer à l’Ancien Testament. D’autres y ont vu la signature d’Apollos, dont le signalement en Actes 18,24 « colle » avec le profil de l’auteur. Mais peu importe, finalement, c’est l’originalité, et la profondeur de cet écrit consacré à Jésus-Christ, grand-prêtre de la nouvelle Alliance), qui l’ont imposé dans le canon du Nouveau Testament.

Tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée. Matt 26:52 Qui est le « tous » ? [David]

Il faut replacer cette parole dans son contexte. Jésus s’adresse à un disciple qui veut s’opposer par la force à l’arrestation de son maître en frappant un des gardes avec son épée. D’après l’évangile selon Jean, il s’agit de Pierre (toujours impulsif !). Le ‘tous » désignerait ceux pour qui la violence est le seul remède à la violence, et la force la seule réponse possible à la force, ou à toute forme d’atteinte à l’être humain ou à la justice. On peut donc comprendre: la violence finit par se retourner contre celui ou celle qui y a recours. On peut voir dans cette parole un écho à l’avertissement de Dieu en Genèse ch.9 v.6 : « qui verse le sang de l’homme, par l’homme verra son sang versé ». Le Sermon sur la Montagne indique d’autres voies actives pour la résolution des conflits et la lutte contre le mal : voir Matthieu ch.5, v.38 à 41.

Jésus insiste, dans le récit de Matthieu, sur le fait que sa non-résistance est volontaire, librement assumée. C’est la volonté du Père qu’il subisse sa passion jusqu’à la mort sur la croix. Il refuse donc tout secours, que ce soit de son entourage ou même du Père et de ses « légions d’anges » (Matthieu ch.26, v.53). C’est ainsi que l’amour de Dieu sera victorieux.

Pas facile à mettre en pratique, que ce soit à l’échelle individuelle ou à celle des relations entre les peuples…

Je me sens en insécurité chez moi et à l’extérieur par rapport à mon vécu qui hante mon présent- comment Dieu peut-il m’aider ? [Freddy]

Cher Freddy, connaissez-vous l’histoire de cet homme tombé à la mer qui appelle Dieu à l’aide ? Un navire s’approche de lui, et un marin lui lance une bouée. Le naufragé la refuse en disant : non, non, c’est à Dieu que j’ai demandé de l’aide et pas à vous. Un autre navire approche, il refuse encore. Un troisième navire s’approche, toujours le même refus. L’homme finit par se noyer. Il demande au Seigneur : pourquoi n’as-tu pas entendu ma prière ? je t’avais appelé à l’aide. Le Seigneur répond : mais mon enfant, je t’ai envoyé trois fois du secours…

La réponse à votre question paraît simple même si votre problème personnel est dans doute compliqué. Le Seigneur nous aide en nous donnant des frères et des soeurs dans la foi, à même de nous écouter et de nous comprendre sans nous juger ou nous prodiguer des conseils et autres « tu n’as qu’à… ». Ils peuvent devenir, dans les mains du Seigneur, les instruments et les témoins de sa puissance de délivrance.

Bref, je vous encourage, si vous ne l’avez pas déjà fait, à rencontrer un pasteur ou autre responsable d’Eglise en qui vous aurez confiance, et à partager avec lui/elle ce fardeau que vous portez. Que le Seigneur vous bénisse !

La Bible dit vrai parce que la Bible dit qu’elle dit vrai. Que faire… ? [Michele]

Que faire pour éviter ce raisonnement circulaire et auto-validant ? Bonne question Michèle !

Quelques précisions tout d’abord. Plutôt que « La Bible », il faudrait plutôt parler des auteurs bibliques puisqu’ils sont nombreux, et les genres littéraires qu’ils ont utilisé très divers. La question de leur « véracité » se pose pour certains d’entre eux : conformité aux faits pour les récits historiques, solidité des affirmations (par exemple sur la nature divine de Jésus) pour les textes doctrinaux, fiabilité des prophéties, etc.

Pour ce qui concerne les récits ayant trait à l’histoire d’Israël, du ministère de Jésus et des débuts de l’Eglise, nous n’avons aucune « preuve » déterminante de leur véracité. Les Evangiles ne sont pas des biographies critiques au sens moderne, mais des témoignages. On ne demande pas à un témoin d’apporter les preuves de ce qu’il rapporte, on lui demande de témoigner. Et quand Paul explique dans ses lettres le plan de Salut de Dieu, il revendique une autorité qui lui vient de sa rencontre personnelle avec le Christ, de sa découverte bouleversante de l’identité de celui dont il persécutait auparavant les disciples. Là aussi, il se pose en témoin.

La Bible ne s’est pas constituée en un jour. On peut la considérer comme le recueil progressif de tous les écrits qui ont été reçus par Israël, puis par les premiers chrétiens, comme le dépôt, l’écho fiable de l’Alliance entre Dieu et ses partenaires humains. Tout comme les livres de l’Ancien Testament, Les 27 livres qui constituent le Nouveau Testament n’ont pas été choisis par une commission qui a décidé un beau jour d’arrêter la liste des textes chrétiens inspirés par le Saint-Esprit ! Ils se sont imposés d’eux-mêmes, et l’Eglise a écarté bon nombre d’Evangiles plus ou moins fantaisistes ou marqués par des philosophies non-chrétiennes comme el gnosticisme, en ne retenant que ceux de Matthieu, Marc, Luc et Jean.

« La preuve du pudding, c’est qu’on le mange », a dit avec humour quelqu’un sur cette question. Finalement, c’est en lisant soi-même la Bible qu’on se rend compte de la force transformatrice de son message, un message que Dieu nous adresse personnellement, avec une surprenante continuité à travers les siècles couverts par l’histoire biblique, révélant une profonde unité dans sa diversité. Des millions de vies ont été éclairées, transformées par ce qu’elle nous rapporte de la grande aventure de Dieu parmi les hommes, qui culmine dans la mort et la résurrection du Christ.. et qui ne finit pas. C.S. Lewis, un philosophe et écrivain chrétien du XXe siècle, a bien résumé l’enjeu : Ou bien le christianisme est faux et sans aucune importance ou bien il est vrai et tellement important. Ça ne peut pas être moyennement important. Le témoignage que la Bible rend au Dieu qui se révèle en Jésus-Christ nous amène à choisir entre foi et incrédulité.

Qu’est-ce qui fait le socle commun de toutes les Eglises de l’EPUdF au niveau de la confession de foi ? [Jules]

Bonjour Jules, votre question revient à se demander s’il est possible de confesser ensemble notre foi, c’est à dire d’exprimer des convictions communes au sujet de l’Evangile et du Dieu de Jésus-Christ, dans le cadre d’une union d’Eglises qui revendique par ailleurs une pluralité de théologies et de sensibilités. Historiquement, l’Eglise réformée de France en 1938 a réuni des Eglises locales de tendance orthodoxe (ou évangélique) et des Eglises de tendance libérale. La même question fut posée à l’époque. Finalement, les libéraux qui se méfiaient de toute formulation doctrinale acceptèrent l’idée d’une déclaration de foi commune, à laquelle tout pasteur devait adhérer, mais on leur concéda qu’il ne fallait pas s’attacher à la lettre des formules ! On se garda aussi de toute mention directe du dogme de la Trinité que les libéraux refusaient.

A l’occasion de l’union entre Réformés et Luthériens qui a abouti à l’EPUdF, une nouvelle déclaration de foi commune a été mise en chantier, et a abouti en 2017 après bien des débats et des remaniements. Comme toute formulation humaine, elle n’est pas parfaite, elle est donc perfectible et contient -je n’engage que moi en l’écrivant- des lacunes, ou des ambiguités (tous accordent-ils la même signification au mot « ressuscité », par exemple ?), mais notre mouvement des Attestants, à travers ses membres, s’est associé à la réflexion des synodes. Je ne peux que vous encourager à lire cette déclaration de foi pour découvrir ce que notre Eglise pense pouvoir dire d’une même voix au monde d’aujourd’hui. Puisque toute confession de foi, par définition, est un témoignage.

C’est quoi une confirmation par immersion ? J’ai entendu des Eglises user ce terme. [Kanye]

Il s’agit je pense de chrétiens qui souhaitent confirmer l’alliance de leur baptême, reçu à la demande de leur famille alors qu’ils étaient de jeunes enfants, en se faisant baptiser par immersion.

Cette pratique relève, semble-t-il, du désir de concilier d’une part la conviction qu’un baptême de croyant, par immersion, est la pratique la plus fidèle à l’enseignement du Nouveau Testament et le refus d’autre part de déclarer comme nul et non avenu le baptême reçu étant tout petit, car ce baptême a été administré de la part de Dieu, qui dans sa Grâce nous a aimés le premier. Il existe en effet de solides arguments bibliques en faveur des deux pratiques, baptême de jeune enfant et baptême de croyant.

Mais, à mon sens, comme tout « compromis » entre deux convictions, celui-ci est un peu problématique. Si l’on reconnaît la pertinence de la pratique du baptême d’enfant, pourquoi un autre baptême ? Et si l’on n’en reconnaît pas la pleine validité, pourquoi le « confirmer »? La réflexion n’est pas terminée…