Certains prédicateurs prétendent ressusciter des morts car Jésus nous permet de faire les mêmes œuvres que lui. Qu’en penser ? [Augustinus]

Le Seigneur est souverain. Si pour que l’annonce de son royaume progresse, la résurrection d’un mort s’opère par sa grâce, je crois qu’Il peut le faire. Le danger est de penser que c’est tel ou tel prédicateur qui en a le « pouvoir », « l’autorité », alors que c’est une œuvre de Dieu, ou encore qu’une communauté où de tels miracles ne se produisent pas ne serait pas vraiment chrétienne. Si on affirme qu’un miracle s’est produit mais que cela a pour effet d’orienter le regard vers la personne par qui il s’est produit et pas vers le Christ, je crois qu’il faut se méfier.

Quel est le message central de Jésus ? [Diana]

Les théologiens font souvent la différence entre :
Evangelium Christi : la bonne nouvelle donnée par Christ,
Evangelium de Christo : la bonne nouvelle au sujet de Christ.

Le message du Nouveau Testament, c’est que Dieu le Père a manifesté son amour d’une façon incroyable en décidant du pardon des péchés, en envoyant son Fils, et en leur assurant une vie qui n’est plus bloquée par la mort (ma paraphrase de Jean 3:16). C’est l’Evangelium de Christo. L’Évangile concernant le Christ.

Le message de Jésus était un peu différent. Il l’a répété à plusieurs reprises et c’était : « Le Royaume de Dieu s’est approché de vous » (Matthieu 3:2, 4:17, 10:7, Marc 1:15, Luc 10:9, 10:11, 21:31…). C’est l’Evangelium Christi. L’Évangile proclamé par le Christ.

Bref, cette dimension du Royaume de Dieu (du Règne de Dieu je préfère dire) n’est plus quelque chose de lointain, ce n’est plus quelque chose pour la fin des temps, ce n’est plus quelque chose de méta-physique, c’est au milieu de nous, c’est proche, ça s’approche toujours et sans cesse, entre déjà-là et pas encore là.

Est-ce que la mort ça fait mal ? [Angélique]

Tout dépend du mal dont vous parlez ! En mourant on cesse de souffrir dans son corps puisqu’il redevient poussière. Déjà un philosophe de l’antiquité, Lucrèce, rappelait que notre corps n’est qu’un agrégat d’atomes que la mort disloque, et qu’un cadavre ne peut plus rien éprouver.

Mais la mort nous fait mal en nous séparant des êtres que nous aimons, qu’il s’agisse de notre propre trépas ou du leur. La mort fait mal, elle est un mal en ce sens qu’elle n’est pas le projet de Dieu pour sa création. En effet, selon la Genèse, l’être humain n’a été créé ni mortel ni immortel en soi, mais appelé à vivre par le souffle du Dieu vivant. La mort est notre ennemie. Je conteste ce texte parfois lu aux enterrements : « la mort n’est rien, je suis seulement passé dans la pièce à côté »… C’est un mensonge. La mort, ce n’est pas rien ! Le Christ a confié à ses proches sa tristesse à l’idée de devoir mourir, il a pleuré sur la tombe de son ami Lazare.

Face à ce mal qui nous menace tous, la seule espérance ne consiste pas à l’atténuer, à le relativiser, mais à le savoir vaincu par la résurrection de Jésus-Christ, gage et promesse de la nôtre. La mort n’a pas le dernier mot.

Si les prières restent parfois sans réponse même lorsque nous demandons de bonnes choses au nom du Christ- quelle assurance avons-nous que Dieu pardonne nos péchés lorsque nous le lui demandons ? [Jacques]

Cette assurance s’appelle Jésus-Christ. Il est venu, il a enseigné, il est mort et ressuscité pour assurer de la miséricorde et du pardon de Dieu à celles et ceux qui mettent leur foi en Lui. Il n’est pas venu pour répondre à toutes nos prières, quand bien même elles sont les mieux intentionnées. Pour citer un moine du mont Athos : « Si Dieu ne nous aimait pas, il exaucerait toutes nos prières ».

Mon père vient de mourir. Beaucoup de chrétiens sincères priaient pour lui. Comment pouvons-nous comprendre Matt 18:19 quand il y a échec ? [DL] ?

La question que vous posez est particulièrement délicate, car des situations comme celles que vous décrivez peuvent être de nature à mettre en cause notre foi. Je partagerai donc avec vous simplement ma lecture personnelle du passage biblique que vous citez. Depuis le verset 15 du chapitre 18 de l’évangile de Matthieu, Jésus parle de la réconciliation en cas de conflit. Cela me paraît essentiel à rappeler, car le verset que vous citez est souvent sorti de son contexte, ce qui ne permet pas de l’entendre pour ce qu’il dit. On en parle pour s’encourager quand on n’est pas nombreux lors d’un culte, ou pour affirmer que Dieu exécutera forcément ce que des personnes se mettent juste d’accord pour Lui demander. Cette question du pardon et de la réconciliation est pourtant essentielle dans la vie spirituelle : « Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos fautes. » (Matthieu 6. 14-15). Je ne veux bien sûr pas dire que la prière que vous avez adressée n’a pas été exaucée parce que vous auriez des conflits que vous n’avez pas réglé (je n’en sais rien en fait), mais que l’expérience difficile que vous avez traversé ne vient pas remettre en cause cette parole du Christ.

J’ai entendu dire que Jésus n’était pas célibataire ? Qu’en penser ? [Joy]

Tout d’abord, il faut rappeler que les Evangiles ne sont pas des biographies complètes de Jésus. Ainsi, de ce que fut sa vie avant le début de son ministère, ils ne donnent que quelques rares aperçus (les circonstances de sa naissance, un épisode lorsqu’il avait 12 ans).

Donc dans l’absolu, et quoiqu’aucun des 4 Evangélistes du Nouveau Testament ne l’évoque, rien n’aurait empêché que Jésus fonde une famille. Même s’il est venu en ce monde pour une autre mission : unir tous ses disciples en une famille nouvelle, celle des enfants de Dieu qui écoutent sa Parole, comme il est écrit en Matthieu 12,46 à 50 et passages parallèles. Mais force est de constater qu’à propos de sa famille humaine à Nazareth, dans ce texte et les autres, il n’est toujours question que de sa mère, ou de ses frères et soeurs. Jamais d’une épouse.

Les bruits que vous citez sont notamment inspirés d’un évangile apocryphe, tardif (3e siècle), l’Evangile de Philippe, qui fait état d’une relation privilégiée entre Jésus et Marie de Magdala. Elle aurait été sa disciple préférée « qu’il embrassait sur la bouche », et qui aurait été au bénéfice exclusif d’une révélation spéciale, écartée par la suite au profit d’une doctrine officielle. Cet Evangile a été découvert avec d’autres écrits du courant gnostique à Nag Hammadi, en Egypte, au siècle dernier. La sobriété des quatre Evangiles retenus dans le canon sur les détails de la vie de Jésus a provoqué un foisonnement de développements légendaires et après le premier siècle, beaucoup d’Evangiles ont été écrits. Les fake news ne datent pas d’hier ! Même si cette histoire entre Jésus et Marie de Magdala, aux allures de scoop a permis le succès du Da Vinci Code, vous devinez le peu de crédit qu’il faut lui accorder.

Que pensez-vous des prophètes cévenols du désert ? Leurs prophéties et appels à la Guerre Sainte étaient-ils bibliques ? [David]

La notion de « guerre sainte » est incontestablement présente dans l’Ancien Testament, Dieu lui-même combat pour son peuple Israël, qu’il a choisi et délivré d’Egypte pour révéler son alliance et son Salut à toute l’humanité. Qu’on pense à la conquête de Canaan, à des chants de victoire comme Exode 15. Nombres 21,14s cite même un livre (perdu) « des Guerres du Seigneur ».

Les protestants cévenols, durement persécutés aux 17e et 18e siècles, se sont identifiés au peuple de Dieu soumis à la tyrannie de Pharaon et promis à l’exode, d’où l’appellation de cette période : « le désert ». Cette identification et la dureté des sévices qui leur ont été infligés explique aisément que certains d’entre eux se soient sentis inspirés par Dieu lui-même pour appeler à la résistance armée. Ce fut ce que l’on appelle la guerre des camisards.

Comment pourrait-on juger ce combat pour la liberté de conscience, quand on sait quelles souffrances ils ont endurées ? Comment aurions-nous réagi si nos propres enfants nous avaient été pris pour être éduqués dans des convictions contraires aux nôtres, ce qui à l’époque fut une des causes du soulèvement ?

Cependant nous ne pouvons cautionner les massacres et diverses cruautés commises par certaines bandes de camisards contre des populations catholiques, parfois ordonnées par des « inspirés », car en Jésus-Christ, l’ennemi n’est plus de chair et de sang ! Jésus inaugure une nouvelle alliance, proclame le Royaume de Dieu dont la charte comprend l’amour de l’ennemi (Matthieu, ch.5, v.44).

On ne peut donc plus justifier la violence pour des motifs spirituels, religieux, même si hélas, en ce monde, l’usage de la force armée est parfois nécessaire, voire indispensable -aux mains des Etats- pour contenir la tyrannie, le terrorisme, et autres agressions qui menacent leurs populations. Mais c’est une autre question. Dans ces cas-là le recours à la guerre, sans être un bien en soi, peut être considéré comme le « moindre mal ».

Pourquoi fallait-il que Jésus soit à la fois vraiment Dieu et vraiment Homme ? [Gudrun]

Il y avait quatre solutions :

  1. Qu’il soit vraiment Dieu et pas vraiment Homme
    Alors il aurait singé l’humanité, n’aurait pas traversé la souffrance, ni la mort (comme dans l’arianisme ou l’islam). Il serait beaucoup plus difficile pour nous de nous identifier à lui et le caractère sacrificiel de sa venue serait parodique et donc une vaste farce.
  2. Qu’il soit vraiment Homme et pas vraiment Dieu
    Ce serait un super prophète, il serait « l’inspiré » par excellence. Mais sa vie éternelle ne lui permettrait ni d’être présent au commencement du monde, ni d’être efficient après l’Ascension. Il serait un ènième fondateur de religion…
  3. Qu’il soit un humain « demi-dieu » comme dans les mythologies
    Sans reprendre les faiblesses des deux précédentes propositions, pour nous, la religion consisterait à passer notre temps à nous demander quand il est en « mode Dieu » ou en « mode Homme », et les batailles théologiques seraient interminables.
  4. Il a été vrai-Dieu et vrai-Homme pour finir
    Ce qui a permis de régler les problèmes des trois premières « solutions théologiques » évoquées ici.
    Et donc nous pouvons être structurellement à l’image de Dieu, et en plus, comme Christ, à sa ressemblance ; ou encore pleinement terrestres avec notre corps et notre âme, et tout à fait célestes avec notre esprit.

Pourquoi certains chrétiens ne regardent que les questions morales dans leur choix pré-électoral ? [Caro]

Effectivement, une partie des électeurs chrétiens accordent beaucoup d’importance à des critères comportementaux, moraux ou éthiques pour choisir pour qui ils voteront. Et les candidats le savent bien : se positionner contre l’avortement, contre le mariage gay, contre la polygamie de certains, a un fort potentiel de séduction à l’égard de certains chrétiens, qui font de ces sujets des enjeux premiers.

C’est assez étonnant quand le ministère de Jésus proposait une toute autre posture, aider une femme (en Jean 8) à sortir de sa logique d’adultère plutôt que de la condamner, contribuer à réintégrer des exclus (en Luc 17) plutôt que de les stigmatiser, choisir le pardon plutôt que la condamnation (Jean 3,16-17).

Ce sont sur d’autres sujets éthiques que Jésus s’est fortement positionné. A la suite du Premier Testament, il plaçait la question de l’équité et de la justice au tout premier plan, à la fois côté politique, mais aussi en matière de justice économique. Sa préoccupation pour la liberté, la justice des jugements rendus, ou le soin aux plus petits était bien plus forte que ses préoccupations strictement morales.

Bref pour Jésus, la justice, le droit des plus faibles et l’équité économique étaient des sujets plus essentiels pour faire des choix que les questions comportementales ou de morale personnelle.

Qui a écrit l’épître aux Hébreux ? [Seth]

C’est un des mystères du Nouveau Testament, cette épître (d’ailleurs est-ce une lettre ou un traité doctrinal, ou une prédication ?) est anonyme. Certains Pères de l’Eglise et des spécialistes contemporains l’ont attribuée à Paul ou à l’un de ses disciples, pour des similitudes de doctrine ou de façon de se référer à l’Ancien Testament. D’autres y ont vu la signature d’Apollos, dont le signalement en Actes 18,24 « colle » avec le profil de l’auteur. Mais peu importe, finalement, c’est l’originalité, et la profondeur de cet écrit consacré à Jésus-Christ, grand-prêtre de la nouvelle Alliance), qui l’ont imposé dans le canon du Nouveau Testament.