Est-ce un péché de vouloir être célèbre ? [Daniel]

Le livre de la Genèse nous parle d’hommes qui ont voulu devenir célèbres, les hommes de Babel (Genèse ch.11,1 à 9). Ils voulaient laisser une trace indélébile dans l’histoire et la mémoire, éviter d’être dispersés, inconnus à tout jamais, disparus en quelque sorte. Par un projet grandiose, une tour qui toucherait le ciel, ils voulaient littéralement « se faire un nom ». Vouloir être célèbre, c’est tenter d’exister en forçant l’admiration des autres.

Dans la Bible, le nom c’est la personne elle-même. Vouloir se faire un nom, c’est donc vouloir se forger et se donner sa propre identité. En quelque sorte se faire l’artisan de sa propre vie, et refuser de la recevoir de l’Autre. N’est-ce pas cela, le péché, un refus de Dieu ? Si le projet de Babel réussissait, tous les hommes se fondraient dans une même culture, une même langue, un même moule… projet totalitaire qui transformerait l’humanité en une fourmilière d’êtres anonymes. Ce succès serait donc finalement un échec !

La réponse de Dieu à la tentative humaine de Babel, c’est l’appel d’Abram, à qui Dieu promet : « je rendrai ton nom grand » (= je te rendrai célèbre, Genèse 12,2). En obéissant à la voix de Dieu, Abram est devenu Abraham, père d’une multitude. En laissant Dieu nous conduire, par la foi, nous trouverons notre vraie place, une place unique, puisque chacun d’entre nous est connu et aimé personnellement du Seigneur, quels que soient ses talents, ses capacités et ses oeuvres. Et alors, nous n’aurons plus rien à prouver…

Si les prières restent parfois sans réponse même lorsque nous demandons de bonnes choses au nom du Christ- quelle assurance avons-nous que Dieu pardonne nos péchés lorsque nous le lui demandons ? [Jacques]

Cette assurance s’appelle Jésus-Christ. Il est venu, il a enseigné, il est mort et ressuscité pour assurer de la miséricorde et du pardon de Dieu à celles et ceux qui mettent leur foi en Lui. Il n’est pas venu pour répondre à toutes nos prières, quand bien même elles sont les mieux intentionnées. Pour citer un moine du mont Athos : « Si Dieu ne nous aimait pas, il exaucerait toutes nos prières ».

Mon père vient de mourir. Beaucoup de chrétiens sincères priaient pour lui. Comment pouvons-nous comprendre Matt 18:19 quand il y a échec ? [DL] ?

La question que vous posez est particulièrement délicate, car des situations comme celles que vous décrivez peuvent être de nature à mettre en cause notre foi. Je partagerai donc avec vous simplement ma lecture personnelle du passage biblique que vous citez. Depuis le verset 15 du chapitre 18 de l’évangile de Matthieu, Jésus parle de la réconciliation en cas de conflit. Cela me paraît essentiel à rappeler, car le verset que vous citez est souvent sorti de son contexte, ce qui ne permet pas de l’entendre pour ce qu’il dit. On en parle pour s’encourager quand on n’est pas nombreux lors d’un culte, ou pour affirmer que Dieu exécutera forcément ce que des personnes se mettent juste d’accord pour Lui demander. Cette question du pardon et de la réconciliation est pourtant essentielle dans la vie spirituelle : « Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos fautes. » (Matthieu 6. 14-15). Je ne veux bien sûr pas dire que la prière que vous avez adressée n’a pas été exaucée parce que vous auriez des conflits que vous n’avez pas réglé (je n’en sais rien en fait), mais que l’expérience difficile que vous avez traversé ne vient pas remettre en cause cette parole du Christ.

On m’a enseigné que bénir c’est « dire le bien ». Donc maudire c’est dire du mal ? [Ludo]

L’étymologie même de bénir, c’est « dire le bien » : bénédiction vient de bene (bien) et dicere (dire).
Maintenant vue la difficulté de comprendre ce qui est vraiment bien et ce qui est vraiment mal dans pas mal de situations, parfois c’est compliqué de trancher en mode tout-blanc-tout-noir.

Le livre de la Genèse nous raconte en son troisième chapitre que l’humain a voulu manger du fruit de l’arbre qui « permet de connaître ce qui est bien et ce qui est mal ». C’était le nom de cet arbre.
Ce désir de maîtriser le bien et le mal a été stimulé par le serpent, figure diabolique, afin d’éloigner l’humain de Dieu. La Genèse nous exprime donc que la recherche obsessionnelle de ce qui est bien et mal est la condition de l’humain sans Dieu, l’humain qui s’est éloigné de Dieu, qui a voulu être intelligent avec le serpent plutôt que vigilant avec Dieu.

Maudire, c’est donc « dire du mal », mais plus précisément encore, c’est « mal dire ». Cela signifie que l’on dit les choses autrement que comme Dieu (seul capable de dire les choses de façon parfaitement juste). C’est donc plus fin que juste prononcer des paroles mauvaises, ça concerne aussi les paroles imprécises, ambiguës, ambivalentes, approximatives, au sens où elle ne sont pas ajustées avec la parole qui sort de la bouche de Dieu.

J’ai entendu dire que Jésus n’était pas célibataire ? Qu’en penser ? [Joy]

Tout d’abord, il faut rappeler que les Evangiles ne sont pas des biographies complètes de Jésus. Ainsi, de ce que fut sa vie avant le début de son ministère, ils ne donnent que quelques rares aperçus (les circonstances de sa naissance, un épisode lorsqu’il avait 12 ans).

Donc dans l’absolu, et quoiqu’aucun des 4 Evangélistes du Nouveau Testament ne l’évoque, rien n’aurait empêché que Jésus fonde une famille. Même s’il est venu en ce monde pour une autre mission : unir tous ses disciples en une famille nouvelle, celle des enfants de Dieu qui écoutent sa Parole, comme il est écrit en Matthieu 12,46 à 50 et passages parallèles. Mais force est de constater qu’à propos de sa famille humaine à Nazareth, dans ce texte et les autres, il n’est toujours question que de sa mère, ou de ses frères et soeurs. Jamais d’une épouse.

Les bruits que vous citez sont notamment inspirés d’un évangile apocryphe, tardif (3e siècle), l’Evangile de Philippe, qui fait état d’une relation privilégiée entre Jésus et Marie de Magdala. Elle aurait été sa disciple préférée « qu’il embrassait sur la bouche », et qui aurait été au bénéfice exclusif d’une révélation spéciale, écartée par la suite au profit d’une doctrine officielle. Cet Evangile a été découvert avec d’autres écrits du courant gnostique à Nag Hammadi, en Egypte, au siècle dernier. La sobriété des quatre Evangiles retenus dans le canon sur les détails de la vie de Jésus a provoqué un foisonnement de développements légendaires et après le premier siècle, beaucoup d’Evangiles ont été écrits. Les fake news ne datent pas d’hier ! Même si cette histoire entre Jésus et Marie de Magdala, aux allures de scoop a permis le succès du Da Vinci Code, vous devinez le peu de crédit qu’il faut lui accorder.

Que pensez-vous des prophètes cévenols du désert ? Leurs prophéties et appels à la Guerre Sainte étaient-ils bibliques ? [David]

La notion de « guerre sainte » est incontestablement présente dans l’Ancien Testament, Dieu lui-même combat pour son peuple Israël, qu’il a choisi et délivré d’Egypte pour révéler son alliance et son Salut à toute l’humanité. Qu’on pense à la conquête de Canaan, à des chants de victoire comme Exode 15. Nombres 21,14s cite même un livre (perdu) « des Guerres du Seigneur ».

Les protestants cévenols, durement persécutés aux 17e et 18e siècles, se sont identifiés au peuple de Dieu soumis à la tyrannie de Pharaon et promis à l’exode, d’où l’appellation de cette période : « le désert ». Cette identification et la dureté des sévices qui leur ont été infligés explique aisément que certains d’entre eux se soient sentis inspirés par Dieu lui-même pour appeler à la résistance armée. Ce fut ce que l’on appelle la guerre des camisards.

Comment pourrait-on juger ce combat pour la liberté de conscience, quand on sait quelles souffrances ils ont endurées ? Comment aurions-nous réagi si nos propres enfants nous avaient été pris pour être éduqués dans des convictions contraires aux nôtres, ce qui à l’époque fut une des causes du soulèvement ?

Cependant nous ne pouvons cautionner les massacres et diverses cruautés commises par certaines bandes de camisards contre des populations catholiques, parfois ordonnées par des « inspirés », car en Jésus-Christ, l’ennemi n’est plus de chair et de sang ! Jésus inaugure une nouvelle alliance, proclame le Royaume de Dieu dont la charte comprend l’amour de l’ennemi (Matthieu, ch.5, v.44).

On ne peut donc plus justifier la violence pour des motifs spirituels, religieux, même si hélas, en ce monde, l’usage de la force armée est parfois nécessaire, voire indispensable -aux mains des Etats- pour contenir la tyrannie, le terrorisme, et autres agressions qui menacent leurs populations. Mais c’est une autre question. Dans ces cas-là le recours à la guerre, sans être un bien en soi, peut être considéré comme le « moindre mal ».

Pourquoi les numéros de versets changent d’une Bible à l’autre ? [Christophe]

La numérotation des chapitres et des versets de la Bible est un processus qui s’est étendu du 12e siècle (pour les chapitres) au 16e (pour les versets). Différentes versifications ont été proposées, selon que la traduction de la Bible s’appuyait sur le texte hébreu, grec ou latin. De ce fait, il y a parfois des différences de numérotation qui n’ont pas vraiment d’influence sur notre compréhension du texte.

Pourquoi fallait-il que Jésus soit à la fois vraiment Dieu et vraiment Homme ? [Gudrun]

Il y avait quatre solutions :

  1. Qu’il soit vraiment Dieu et pas vraiment Homme
    Alors il aurait singé l’humanité, n’aurait pas traversé la souffrance, ni la mort (comme dans l’arianisme ou l’islam). Il serait beaucoup plus difficile pour nous de nous identifier à lui et le caractère sacrificiel de sa venue serait parodique et donc une vaste farce.
  2. Qu’il soit vraiment Homme et pas vraiment Dieu
    Ce serait un super prophète, il serait « l’inspiré » par excellence. Mais sa vie éternelle ne lui permettrait ni d’être présent au commencement du monde, ni d’être efficient après l’Ascension. Il serait un ènième fondateur de religion…
  3. Qu’il soit un humain « demi-dieu » comme dans les mythologies
    Sans reprendre les faiblesses des deux précédentes propositions, pour nous, la religion consisterait à passer notre temps à nous demander quand il est en « mode Dieu » ou en « mode Homme », et les batailles théologiques seraient interminables.
  4. Il a été vrai-Dieu et vrai-Homme pour finir
    Ce qui a permis de régler les problèmes des trois premières « solutions théologiques » évoquées ici.
    Et donc nous pouvons être structurellement à l’image de Dieu, et en plus, comme Christ, à sa ressemblance ; ou encore pleinement terrestres avec notre corps et notre âme, et tout à fait célestes avec notre esprit.

Pourquoi certains chrétiens ne regardent que les questions morales dans leur choix pré-électoral ? [Caro]

Effectivement, une partie des électeurs chrétiens accordent beaucoup d’importance à des critères comportementaux, moraux ou éthiques pour choisir pour qui ils voteront. Et les candidats le savent bien : se positionner contre l’avortement, contre le mariage gay, contre la polygamie de certains, a un fort potentiel de séduction à l’égard de certains chrétiens, qui font de ces sujets des enjeux premiers.

C’est assez étonnant quand le ministère de Jésus proposait une toute autre posture, aider une femme (en Jean 8) à sortir de sa logique d’adultère plutôt que de la condamner, contribuer à réintégrer des exclus (en Luc 17) plutôt que de les stigmatiser, choisir le pardon plutôt que la condamnation (Jean 3,16-17).

Ce sont sur d’autres sujets éthiques que Jésus s’est fortement positionné. A la suite du Premier Testament, il plaçait la question de l’équité et de la justice au tout premier plan, à la fois côté politique, mais aussi en matière de justice économique. Sa préoccupation pour la liberté, la justice des jugements rendus, ou le soin aux plus petits était bien plus forte que ses préoccupations strictement morales.

Bref pour Jésus, la justice, le droit des plus faibles et l’équité économique étaient des sujets plus essentiels pour faire des choix que les questions comportementales ou de morale personnelle.

Faut il « prier en langue » si on arrive pas à formuler nos prières ? Qu’est-ce exactement ? Le Saint-Esprit doit il être présent ? [Ludivine]

La prière ou le « parler en langues » n’est pas décrit dans les épîtres de Paul (notamment la 1ère aux Corinthiens, au ch.12, voir les verset 10 et 30) comme une exigence mais comme un don du Saint-Esprit, un charisme (terme qui vient d’un mot grec signifiant « grâce », c’est à dire un cadeau, une faveur !). Donc, il ne « faut » pas prier en langues, et surtout pas pour compenser notre difficulté à formuler une prière. Il traduit non pas une carence mais au contraire une surabondance de joie, de communion avec le Seigneur qu’aucun mot humain ne saurait exprimer.

L’erreur (que Paul dénonce précisément dans le passage cité) serait de faire de l’exercice de ce don le seul signe que l’on a reçu le Saint-Esprit, du fait de son caractère extraordinaire, voire apparemment surnaturel. Il n’est pas donné à tous. Et Paul rappelle qu’il faut privilégier les dons qui édifient et servent les autres, notamment l’amour, ce qu’il développe aux chapitres suivants (13 et 14) que je vous encourage également à relire !