Dieu a-t-il envoyé son Fils en connaissance du fait qu’il allait être crucifié ? Autrement dit Jésus était-il prédestiné à la croix ? [Jed]

Cher Jed, merci pour cette question très importante. Je vous propose de relire ce petit passage de la lettre aux Colossiens, 1. 15-20, dans lequel je glisse quelques commentaires :

« Le Fils (Jésus-Christ, donc) est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. 16 En effet, c’est en lui que tout a été créé dans le ciel et sur la terre, le visible et l’invisible, trônes, souverainetés, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui. (Donc le Fils, comme le Père et ‘Esprit Saint, existent de toute éternité) 17 Il existe avant toutes choses et tout subsiste en lui. 18 Il est la tête du corps qu’est l’Église; il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin d’être en tout le premier. 19 En effet, Dieu (le Père) a voulu que toute sa plénitude habite en lui. 20 Il a voulu par Christ tout réconcilier avec lui-même, aussi bien ce qui est sur la terre que ce qui est dans le ciel, en faisant la paix à travers lui, par son sang versé sur la croix. »

Cette dernière phrase, en tenant compte de ce qui est écrit précédemment, me semble clairement dire que le Fils était prédestiné à la croix. Cette prédestination n’a rien d’arbitraire, c’est par amour que le monde a été créé et par amour que le salut offert en Jésus-Christ devait passer par la croix pour se réaliser.

Faut-il avoir le Saint-Esprit pour être sauvé ? [Jean]

Cher Jean, d’une certain façon votre questionnement pourra trouver quelque satisfaction dans des réponses déjà formulées sur ce site, je vous invite à entrer « salut » dans la barre de recherche par exemple.

Cependant j’apporterai ici deux éléments de réponse supplémentaires. D’abord votre question est pertinente dans le sens où elle rappelle que le Saint-Esprit est celui qui nous uni au Christ de façon efficace, il nous parle de Christ, il nous offre Christ, il nous permet de jouir des bienfaits de sa vie, de sa mort et de sa résurrection salvatrice. Le Saint-Esprit en effet nous offre de communier immédiatement au Christ, en ceci il est pleinement agent du salut.

Maintenant je crois qu’il est aussi pertinent de rappeler l’harmonie parfaite qui règne entre l’œuvre du Père, l’œuvre du Fils, et l’œuvre de l’Esprit. C’est le Père qui planifie le salut, et le Fils l’accompli par grâce.

« Par grâce » c’est à dire qu’il nous faut éviter ce piège qui consiste à penser qu’il faille faire quelque chose ou obtenir quelque chose. Donc pour répondre à votre question « faut-il… » non il n’y a rien à faire sinon ouvrir ses mains et son cœur pour recevoir le Salut et l’Esprit. Il ne faut pas « avoir » le Saint-Esprit au sens ou on l’obtiendrai ou le possèderai. Mais vous êtes sauvé, le Saint-Esprit se donne à vous et il vous parle du Christ.

« Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. » (Eph 2,8).

Comment bien parler du haut de la chaire du vaccin contre la covid-19- ainsi que des mesures et politiques sanitaires en vigueur ? [Nic]

Oh là là Nic, vous nous demandez de nous prononcer sur un sujet hautement sensible ! L’obligation de se faire vacciner contre la covid-19, ou de présenter un certificat sanitaire pour accéder à certains lieux ou autres moyens de transport publics, voire à son travail, en est un dans notre pays.

Le rôle d’un prédicateur n’est pas de prescrire à l’assemblée, réunie à l’écoute de la Parole de Dieu, ce que chacun doit faire ou ne pas faire, pour qui voter ou ne pas voter, contre qui ou quoi manifester… Cela engendrerait des divisions, sans doute.

Annoncer, prêcher l’Evangile de Jésus-Christ, c’est aider à vivre selon la volonté du Seigneur, à se garder du mal et à faire des choix libres, inspirés non par la peur (alimentée notamment par des théories complotistes, dans le cas de la co-vid) mais par l’amour. Aimer le Seigneur et son prochain est la plus grande liberté qu’il nous soit donné d’exercer. Et l’amour bannit toute peur (1 Jean 4,18).

L’apôtre Paul, sur le rapport du chrétien aux autorités et aux lois, le rappelle en Romains 13, versets 1 à 8. Après avoir traité du rôle de l’Etat (préserver l’ordre et l’harmonie d’un monde toujours menacé par le mal), et de ce que nous lui devons (notamment l’impôt), Paul conclut : la seule dette que vous avez, c’est de vous aimer les uns les autres (verset 8 qu’il faut rattacher à ce qui précède et pas seulement à ce qui suit). Donc, à chacun(e) de décider devant le Seigneur comment, concrètement, il ou elle manifestera l’amour envers son prochain dans la période de pandémie que nous traversons. En la matière, ne s’agit-il que de ma propre santé ou aussi de celle des autres ? S’agit-il seulement de me protéger, ou de protéger aussi les autres ?

Comment comprendre ce verset : « Aucun malheur ne t’arrivera- aucun fléau n’approchera de ta tente. » (Psaume 91:10) ? [Etienne]

Tout le Psaume 91 est consacré à la protection que celui qui a mis sa confiance en Dieu peut s’attendre à recevoir de lui. Bien des fléaux, des malheurs, des dangers sont évoqués, avec la promesse que Dieu en délivrera celui qui l’aime.

Bien évidemment, à première lecture, on pourrait douter du réalisme de ce psaume. Si les croyants n’affrontaient aucune épreuve ou souffrance dans leur vie, ça se saurait… Comment comprendre ?

Peut-être en nous inspirant de la citation de ce Psaume… par le Diable ! En effet, en vue d’inciter Jésus à se servir de son identité de Fils de Dieu pour se jeter du haut du temple sans risque, l’adversaire cite habilement le v.11, qui suit : « il donnera des ordres à ses messagers à ton sujet…. et ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre ». Autrement dit : vas-y Jésus, jette-toi en bas du temple, Dieu te rattrapera. Mais le Diable a omis -intentionnellement- un bout du texte : (il donnera des ordres à ses messagers à ton sujet) pour te garder dans toutes tes voies. Or le chemin de Jésus, sa « voie », c’est l’attachement au Seigneur que le Psaume évoque au v.14, le désir de le servir et non pas de se servir de Lui.

Ce que ce Psaume nous assure, ce n’est pas que l’épreuve nous sera toujours épargnée, c’est que le Seigneur nous assistera au moment de l’épreuve, qu’il sera avec nous dans la détresse (v.15). Quand Jésus a été une nouvelle fois tenté de s’écarter de la voie que le Père lui traçait (l’acceptation de la croix), un ange est venu le fortifier (Luc 22,43). Tout comme des anges sont venus le servir après que Jésus a résisté aux pièges que le Diable lui tendait (Matthieu 4,11).

Ce Psaume peut être rapproché de ce que Paul affirme en Romains 8,28 : « tout coopère au bien de ceux qui aiment Dieu ». Ce bien, ce n’est pas une vie tranquille, prospère, la réussite professionnelle, l’épanouissement affectif, la santé, le succès, etc. Ce bien encore plus enviable que tout le reste, c’est que Dieu nous configure, nous recrée à l’image de son Fils (v.29).

Comment reconnaître la ‘voix’ de Dieu et être sur que c’est sa ‘voix’ ? [Massako]

Vous avez pris la précaution, Massako, d’encadrer le mot voix avec des guillemets, car Dieu a bien d’autres moyens de nous parler que par une voix résonnant à nos oreilles ! Un message d’un proche, un signe qui nous frappe, un verset biblique qui me touche, une méditation entendue à la radio, ou à l’Eglise, qui tombe « pile » dans la situation que je traverse…

Les réponses à votre question ont été diverses au cours de l’histoire. A Martin Luther convoqué à la diète de Worms, il a été conseillé de se soumettre à l’autorité établie (de l’Eglise) car c’était, pensait-on, par elle que Dieu parlait aux hommes. Même revendication de certains qui prétendent que l’Esprit Saint parlent par leur bouche, mais cette auto-validation me laisse très sceptique. Luther a rétorqué à Worms qu’il ne reconnaissait que les Ecritures Saintes comme autorité divine. C’est une première réponse : ne peut venir de Dieu que ce qui est conforme à sa Parole. Ainsi, je ne peux pas transgresser un commandement et prétendre que c’est la volonté de Dieu, ni affirmer quoi que ce soit contraire à l’enseignement des Ecritures (même si c’est à la mode).

Bien sûr, cette première réponse ne suffit pas. Comment être sûr que la façon dont je comprends, ou qu’on m’explique, tel ou tel passage de la Bible est fidèle à ce qu’a voulu dire son auteur, ou plutôt ses auteurs (l’écrivain humain, et l’Esprit Saint qui l’a inspiré) ? Comment être sûr qu’un conseil qui m’est donné devant une décision grave à prendre, ou un choix délicat à faire, est conforme à la volonté du Seigneur ?

Une deuxième réponse, ce serait l’appel au bon sens. Le Seigneur nous a doté de raison, de sagesse, et c’est un don précieux. On peut éprouver l’envie de faire des bêtises, de commettre des excès de toutes sortes, ce n’est certainement pas le Seigneur qui nous y pousse ! Il en va de même des interprétations farfelues de la Bible qu’un rigoureux respect des textes interdit (dernier exemple en date : le chiffre de la bête que chacun doit porter sur le front ou la main pour pouvoir acheter ou vendre selon Apocalypse ch.13, v.17, ce serait le vaccin anti-covid !).

L’apôtre Paul nous donne un troisième critère : ce qui n’est pas fondé sur la foi (en Christ) est péché. Autrement dit, si j’agis par soumission aux autres et non pas conformément à ce que je crois, ce n’est plus le Seigneur qui est aux « commandes ». En Romains ch.14, Paul traite la question de ce qu’il est permis ou non à un chrétien de manger… Pour certains chrétiens, consommer des viandes d’animaux sacrifiés aux dieux païens, c’était se souiller. Pour d’autres (y compris Paul lui-même), ce n’était que de la viande, et tout ce que Dieu a créé étant bon, aucun problème pour en manger. Et pourtant, Paul incite ceux qui pensent comme lui à respecter la conviction de ceux qui croient autrement.

Un 4e critère pour laisser Dieu nous parler, par exemple avant de prendre une décision engageante : écouter ce que nous disent nos frères et soeurs dans la foi, ne pas se confier qu’à son propre discernement.

Malgré tout, nous ne serons jamais sûrs à 100% d’avoir bien entendu ce que Dieu veut nous dire. Aucun critère de discernement ne nous dispensera jamais de demander au Seigneur son Esprit pour nous éclairer et nous guider.

Mon mari (qui se dit chrétien catholique) m’impose la polygamie, fait des pratiques occultes. Puis-je divorcer ou je dois supporter parce que Dieu hait le divorce ? [Ana]

Tout d’abord Ana permettez-moi de vous exprimer ma compassion pour ce qui vous est infligé au sein même de votre couple. La polygamie, même si elle est admise dans certaines cultures, n’est pas la vision chrétienne du mariage, loin de là. Quant aux pratiques occultes, nous savons aussi leur nocivité pour ceux qui s’y adonnent et les conséquences indirectes pour leur entourage.

Je n’ai pas à vous dire ce que vous devez faire concrètement, dans la mesure où votre situation nécessite l’accompagnement d’un pasteur ou autre conseiller, des entretiens qui pourront vous aider, vous éclairer dans votre décision (si votre mari se dit chrétien, il peut accepter d’y participer et entendre votre souffrance avec la médiation d’un tiers). Peut-être d’ailleurs avez vous déjà eu recours à ce type d’aide. Je peux simplement vous donner quelques indications sur l’enseignement biblique, sans aucunement chercher à peser sur votre conscience.

Ce n’est pas le divorce en soi qui est haï par le Seigneur, mais ce qui en est la cause : la dureté et l’obstination de notre coeur (Matthieu 19,8; Marc 10,5), à savoir notre incapacité à aimer notre conjoint(e), à le/la respecter, prendre soin de lui/d’elle. Le divorce est un constat d’échec et de mort du couple. L’apôtre Paul encourage la femme chrétienne à rester avec son mari même incroyant parce qu’elle le « sanctifie », mais ajoute que le résultat n’est pas sûr, et ajoute qu’elle n’est pas obligée de vivre un enfer imposé alors que Dieu a voulu que le couple vive dans l’harmonie et dans la paix ! (1 Corinthiens 7,12-16).

Pourquoi le complotisme marche si bien dans certains milieux chrétiens ? [A.]

L’idée que les puissants puissent faire des complots est simplement de l’ordre du bon sens ; toute l’histoire de l’humanité le montre. Et beaucoup d’histoires bibliques confirment cela. Par exemple, le complot de David pour voler Bethsabé à son époux Urie est tout de même assez outrancier.

Le livre de l’Apocalypse renforce aussi l’idée qu’il puisse y avoir des choses qui se passent dans l’invisible, qui modifient le cours de l’Histoire, et ne soient pas immédiatement compréhensibles.

Mais entre accepter que des complots puissent exister et voir des complots partout, il y a un pas gigantesque à ne pas franchir.
Car les complotistes réduisent tout à des complots. Pourquoi ?

L’accès massif à l’information avec Internet semble avoir rendu presque impossible la tâche qui consiste à comprendre « ce qui est en train de se passer ». L’accumulation des vraies et fausses nouvelles, la surinformation, et l’hyper sollicitation des écrans avec la puissance des images auxquelles ils nous exposent ont rendu le monde très stressant. Beaucoup sont addicts aux réseaux sociaux pour se donner le sentiment d’être bien informés et deviennent comme des junkies face à leur smartphone.

Le complotisme réduit le réel à une explication qui va paraître vraisemblable, plausible. Mais surtout, il réduit le réel à des équations qui vont donner aux complotistes le sentiment d’avoir une clé de lecture simple, qui permet de tout expliquer à bon compte : « on nous cache tout on nous dit rien » (et ceci à l’heure à où ne nous a jamais autant informés).

Par cette réduction de la complexité du réel à quelques mécanismes paranoïaques, guidés par la peur, le complotisme constitue ce que certains analystes nord-américains appellent « la revanche des loosers ». L’expression est assez méprisante pour qualifier les distanciés de la société de l’information, mais nous pourrions la rendre plus audible en l’appelant la revanche des simples. La frustration de ne pas comprendre est en quelque sorte réglée par un système d’explication simple, voire même plutôt simpliste.

Alors que le Seigneur nous assure que toutes choses seront révélées (pour ce qu’elles sont), la pastorale de Jésus montre qu’il fait droit à la complexité du réel, en nous invitant à accepter que Dieu le Père, seul, puisse tout maîtriser et tout expliquer.

Face aux crises majeures qui seront la conséquence du réchauffement climatique- comment se positionner en tant que chrétiens ? Faut-il envisager une rupture de mode de vie radicale ? [Marion]

Vous en conviendrez, Marion, les chrétiens sont aussi des… terriens ! Notre avenir est donc étroitement lié à celui de notre environnement terrestre, comme pour tout être vivant, n’en déplaise à ceux qui pensent que la solution serait de coloniser la planète Mars… En outre, nous confessons que sa Création, le Seigneur l’a confiée aux hommes pour la cultiver et la garder, c’est à dire en prendre soin (Genèse ch.2, v.15). Nous ne pouvons donc pas nous soustraire à l’enjeu écologique sous prétexte que notre vraie patrie est le Royaume des cieux. Bien au contraire. Dans sa prière au Père pour nous, Jésus déclare : « je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les garder du Mal (ou : du Mauvais ») (Jean 17,15).

En tant que chrétiens, nous n’avons pas une compétence particulière pour lutter contre le réchauffement climatique et ses conséquences. La Bible ne nous donne aucune recette technique à cet égard ! C’est avec les autres que nous pouvons réfléchir aux changements qu’il convient d’opérer dans nos modes de vie, à l’échelon individuel comme au niveau des choix de société. Mais nous pouvons nous en sentir encore plus responsables devant notre Dieu, et pas seulement devant les générations qui auront à subir les conséquences de nos insouciances et de nos gaspillages. Ou vis à vis de nos contemporains qui en souffrent déjà (victimes des aléas climatiques).

Nous pouvons surtout apporter en tant que chrétiens une espérance., face à ce dérèglement climatique source de tant d’angoisse (ou de cynisme) autour de nous. Celle qui nous est donnée, par la résurrection de Jésus-Christ, d’une Création renouvelée, réconciliée avec Dieu, libérée du mal, du péché et de sa source : la convoitise et l’illusion d’être des dieux. Nous pouvons, sinon la bâtir, du moins en donner des signes, en devenir les témoins actifs, notamment en changeant nos habitudes néfastes de consommation, de transport, de gestion de nos déchets, etc. Bref, par une vie sobre. Et comme l’écrivait Paul, en apprenant à nous satisfaire de ce que nous avons, dans l’abondance ou dans la pénurie (Philippiens 4,11s).

La masturbation est-elle un péché si oui comment ? Si non pourquoi ? [Kauf]

Je ne connais pas de passage biblique qui parle explicitement de la masturbation. De ce silence, je ne peux pas déduire que cela soit « autorisé » ou « interdit » en faisant abstraction de chaque situation concrète. Il me semble utile de se demander pourquoi on la pratique. Il y aura sans doute autant de réponses que de personnes. Il me semble nécessaire que vous puissiez aller interroger un pasteur pour lui présenter votre situation, afin de discerner ce qu’il en est vous concernant.