Que pensez-vous des personnes qui « rebaptisent » des adultes baptisés au nom du Dieu trinitaire ? N’est-ce pas une entorse à la règle biblique d’un seul baptême ou une profanation d’un sacrement ? [Kanye]

Certaines Eglises ne reconnaissent pas la validité du baptême des petits enfants, et certains chrétiens souhaitent recevoir le baptême à l’âge adulte, bien que l’ayant reçu au début de leur vie. Ils ne l’appellent pas « re-baptême » car tout simplement pour eux l’aspersion reçue dans leur jeune enfance n’était pas un baptême au sens biblique du terme. On ne peut donc pas dire, dans leur perspective, qu’ils enfreignent le fait qu’il n’y a qu’un seul baptême, ni qu’eux-mêmes ou ceux qui les baptisent « profanent » le baptême précédemment reçu.

Notre Eglise protestante unie reconnaît les deux formes du baptême, qui chacune rendent justice à une vérité biblique. Dans le cas du baptême d’enfant, la précédence de la grâce de Dieu en Christ. Dans le cas du baptême à l’âge adulte, l’importance de la réponse du croyant à cette grâce reçue, par l’engagement de la foi. Qui a raison, des « baptistes » ou des « pédobaptistes » ? Cela fait partie des questions indécidables ! Pour une réponse plus détaillée à ce sujet, je vous recommande de taper « baptême » dans l’onglet search en haut à droite de l’écran et de lire la réponse à la question de « Roosevelt » posée le 21 mars 2020.

Peut-on prier pour demander à Dieu si nous sommes mariés à la bonne personne ? Surtout après avoir fait un mariage sans rechercher sa volonté ? Que faire en fonction de la réponse ? [Ana]

Trois questions en une ! Je ne sais pas trop Ana ce que vous entendez par « la bonne personne ». S’il s’agit du conjoint idéal, celui/celle qui nous comblera, dont la personnalité sera parfaitement en harmonie avec la nôtre et avec qui nous formerons d’emblée un couple parfait, je crains que la question ne puisse recevoir de réponse que négative. Car ce conjoint a un seul défaut : il n’existe pas. Un couple est une réalité en construction. C’est tout au long de notre vie que nous devons apprendre à connaître l’autre, à l’apprécier, à le comprendre, à communiquer, bref, à… l’aimer. Parcours semé d’embûches, d’obstacles, mais aussi d’émerveillements. C’est ainsi que l’autre devient ce qu’il a été dans mon choix de m’unir à lui/elle : la « bonne personne ».

Pour ce qui concerne la volonté de Dieu, le mieux est de la chercher dans sa Parole. Des chrétiennes ont déjà posé la question à l’apôtre Paul, qui leur a répondu au chapitre 7 de la première lettre aux Corinthiens. Elles étaient conscientes que partager avec son mari une même foi, une même espérance en Jésus-Christ, était un critère important dans le choix du conjoint (sans être une garantie de réussite, il convient de le rappeler : on connaît des couples chrétiens dont le mariage est un échec).

Mais voilà, elles s’étaient converties après s’être mariées et se demandaient s’il convenait de continuer à vivre avec un mari non-chrétien. Or Paul les encourage à ne pas rompre, sauf si c’est la volonté du conjoint en question. Il écrit même « le mari non-croyant est sanctifié par sa femme, et la femme non-croyante est sanctifiée par son mari ». (1 Corinthiens ch.7,v.11). C’est à dire qu’un mari chrétien ou une épouse chrétienne peut être pour son conjoint une occasion de rencontrer le Seigneur, de se convertir, et bien sûr d’entrer par l’Esprit dans une vie nouvelle, de changer en lui/elle-même ce qui fait souffrir l’autre.

Comment vaincre les attaques spirituelles des esprits de contrôle- qui poussent à des vérifications exagérées- aberrantes et sources de souffrance ? [Julien]

Vous faites allusion, Julien, à ce que les psychologues et psychiatres appellent les « troubles obsessionnels compulsifs », plus connus sous le nom de « TOC ». Comme vous l’écrivez, ils peuvent devenir une grande source de souffrance pour la personne concernée, et aussi pour son entourage. Il existe contre ces troubles diverses thérapies, je ne suis pas compétent pour en discuter mais il est intéressant de s’informer à ce sujet.

Vous voyez dans ce mal une origine spirituelle, voire démoniaque. Il est vrai que tout ce qui nous fait souffrir est aussi symptôme du grand désordre dans lequel est plongée la Création. Toutefois rien n’interdit à un chrétien de faire appel à un psychiatre ou à un psycho-thérapeute pour une affection qui atteint son psychisme, son âme (en grec : psychè) , si vous préférez : dépression, TOC, ou autre… tout comme il ira consulter un médecin pour qu’il traite une infection pulmonaire, ou autre maladie physique, après avoir identifié la source du problème. Ce recours aux soins n’empêchera pas de prier, dans les deux cas, pour la guérison, ni de remercier le Seigneur pour la sagesse qu’il a donnée aux soignants -et le dévouement dont ils font preuve, on ne le souligne pas toujours assez.

Comment vaincre ? demandez-vous. « La victoire par laquelle le monde est vaincu, c’est notre foi », écrit l’apôtre Jean. La monde, c’est ici tout ce qui nous enchaîne et nous aliène, tout ce qui nous prive de la liberté propre aux enfants de Dieu, et la confiance en lui constitue la meilleure façon de le laisser guérir nos peurs, nos angoisses, tout ce qui nous obsède. Parce que ce n’est pas nous qui pouvons les vaincre, c’est le Seigneur lui-même. « Là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté ! ».

Genèse 1:28 : Dieu ordonne que nous ayons des enfants. Est-ce que 1 Cor 7: 1-8-17-25-38 nous libère de ce mandat si nous sentons que nous sommes appelés à être célibataires ? [Hugues]

En formulant votre question, Hugues, vous avez mis en lumière un principe fondamental pour lire les Ecritures et les laisser guider notre vie. Ne jamais isoler un texte de l’ensemble de la Révélation. Paul ne remet pas en cause le mandat que Dieu donne à l’être humain au 1er chapitre de la Genèse, remplir la terre (mandat que nous pouvons d’ailleurs estimer rempli, nous sommes plus de 7 milliards sur terre !).

A la lumière de Jésus-Christ et de la nouvelle alliance, Paul relève que nous sommes entrés dans les derniers temps, nous attendons une nouvelle Création. Tout ici bas reste bien sûr important, mais de façon relative. D’où les « faites comme si… ne pas » des versets 29 à 31 de ce ch.7 de 1 Corinthiens. Paul n’y interdit pas le mariage, bien sûr. Il incite à chercher à incarner au mieux, par toute notre existence, notre union à Jésus-Christ. Parce que l’union au Christ fait de nous des êtres libres, y compris dans nos choix les plus importants. Et cette liberté s’exprime dans le service du Seigneur et du prochain. D’où sa préférence personnelle pour le célibat (vu son mode de vie itinérant et son agenda surchargé, il aurait fait le malheur d’une femme !), mais dont il se garde de faire un modèle absolu.

J’aime aussi dans votre question l’idée d’appel au célibat. Le choix du célibat, comme celui du mariage, doit être vécu comme la réponse à une vocation du Seigneur, et non pas simplement comme une contrainte imposée par la société, l’entourage, les circonstances ou la biologie..

Que penser du droit au blasphème en France ? Que faire quand on voit des personnes blasphémer- mais qu’on pense au poids mortifère de la religion les siècles passés ? ? [Gabriel]

Blasphémer, si j’en crois le Larousse, signifie insulter violemment une religion, une croyance. Et dans notre pays, c’est une façon, pour certains (athées, libre-penseurs…) d’user du droit fondamental à la liberté d’expression. Cette liberté est parfois mise à mal lorsque telle ou telle religion exerce un pouvoir sur la société. Pouvoir dont elle est toujours tentée d’abuser, comme les « siècles passés » nous le montrent, ainsi que vous le soulignez, Gabriel.

Il ne faut pas remettre en cause ce droit. En clair, ne pas chercher à faire interdire un journal tel Charlie Hebdo qui tourne régulièrement en dérision les convictions et croyances religieuses . Ce qui ne signifie pas approuver les moqueurs, ni cautionner leur attitude méprisante et provocatrice. Il faut plutôt nous interroger sur le pourquoi de cette haine, et refuser de répondre à la haine par la haine, comme y invite l’apôtre Pierre écrivant à des chrétiens soumis aux insultes et railleries (1 Pierre 3,9). Car la plus grande liberté, ce n’est pas d’insulter, c’est d’aimer.

Quand on refusera la marque de la bête est ce qu’on aura de quoi manger et vivre ? Pourrons-nous prendre soin de nos familles ? Ou devrons-nous attendre notre mort sur cette terre ? [Anna]

Votre question Anna fait allusion au texte d’Apocalypse ch.13, versets 16 à 18. La marque et le « chiffre de la bête » que chacun doit porter pour pouvoir acheter ou vendre. Rappelons pour commencer que le genre littéraire apocalyptique est fait d’images et de symboles, le tout constituant un code parfois difficile à déchiffrer et en tout cas à ne pas prendre à la lettre.

La plupart des commentateurs s’accordent à penser que tout comme dans le livre de Daniel, la « bête » représente le pouvoir impérial Romain, qui exigeait de tous les citoyens qu’ils lui rendent un culte. Les chrétiens des premiers siècles, ne reconnaissant que le Christ comme Seigneur, se sont exposés à des persécutions, se sont vus souvent exclure de la vie sociale et économique.

Le chiffre indiqué, 666, a donné lieu à bien des pseudo-actualisations farfelues (par exemple, certains y ont vu le code-barre étiqueté sur les produits commercialisables…). Mais le texte de l’Apocalypse le désigne simplement comme « un chiffre d’homme » : Six, répété trois fois comme pour évoquer cette parodie de la trinité, cette « anti-trinité » que constituent le Dragon du ch.12, la bête et l’autre bête du ch.13, appelé le « faux-prophète en 16,13. Le chiffre Six, c’est sept (chiffre évoquant dans la Bible l’achèvement, la perfection) moins un. Autrement dit C’est le chiffre de l’humanité qui cherche à se faire Dieu mais ne peut atteindre Dieu.

Comment interpréter tout cela ? En tant que chrétiens, nous n’adorons que Dieu, et nous refusons d’adorer ou de sacraliser les pouvoirs qui prétendent prendre sa place dans le coeur et la vie des hommes : pouvoirs totalitaires idéologiques, politiques, économiques (Mammôn)… Et notre fidélité à Jésus-Christ peut nous exposer à être marginalisés, voire persécutés dans certains pays, quand nous refusons les compromis, les mensonges, les injustices auxquels ces pouvoirs cherchent à nous entraîner. Mais nous n’avons rien à craindre ! L’Apocalypse proclame la victoire du Christ crucifié et ressuscité (voir les chapitres 4,5 et 12 entre autres), à laquelle nous sommes associés (dans le langage symbolique de l’Apocalypse : notre nom est inscrit dans le livre de vie, 13,8). Contrairement à ce que le mot « apocalypse » désigne dans le langage courant (catastrophe, effondrement du monde), il signifie « révélation » (de Jésus-Christ) et constitue un message d’espérance, une bonne nouvelle adressée à ceux qui souffrent pour leur foi.

La Sainte Cène doit-elle être donnée strictement par un leader ordonné (pasteur- diacre- évangeliste ou autre) ? [JBapt]

Rien dans le Nouveau Testament, et notamment dans les récits d’institution de ce repas, lorsque Jésus a célébré la Pâque avec ses disciples, ne permet de poser une telle condition. Dans l’Eglise protestante unie, par exemple en l’absence d’un pasteur ou autre ministre ordonné, un membre de l’Eglise locale peut être délégué pour présider le service de Sainte-Cène, pourvu qu’il le fasse correctement, en rappelant les paroles par lesquelles Jésus nous a ordonné de célébrer ainsi sa mort jusqu’à son retour. Sans oublier de demander l’aide du Saint-Esprit pour que nous discernions bien le sens de la Cène. On peut aussi imaginer que dans des situations particulières (de confinement par exemple !) la Cène soit célébrée en famille…

Ce n’est pas en vertu du ministère de celui ou celle qui nous les donne que le pain et le vin de la Cène nous attestent véritablement notre union au Christ. C’est par notre foi. Cette question fait débat avec nos frères et soeurs de l’Eglise catholique (pour laquelle il ne peut y avoir communion au corps du Christ si les éléments n’ont pas été consacrés par le prêtre). En tapant dans la case « search » le mot clef « Eglise », vous trouverez une réponse déjà donnée à cette question le 14 mars 2018, avec des pistes pour prolonger la réflexion.

Si, suite à un accident, quelqu’un est branché à des machines pour la maintenir en vie mais que sans celles-ci, la personne meurt : est-ce que débrancher revient à une forme de meurtre ? [Chiara]

Votre question touche à un grand problème d’ordre éthique difficile à traiter en quelques lignes ! Il se pose, parfois de façon aiguë, à la conscience des médecins, des proches du malade qui est dans la situation que vous indiquez. Faut-il le maintenir artificiellement en vie, à tout prix ? A-t-on le droit de laisser quelqu’un dans un état végétatif ? Etc.

Difficile d’établir des règles générales, car chaque situation est spécifique. A ceux qui avaient une réponse trop facile, telle que : « oui, il faut tout faire pour maintenir la vie, car mettre un terme à la vie de quelqu’un, débrancher le respirateur, c’est prendre la place de Dieu », un médecin célèbre répondait : « je me mets déjà à la place de Dieu lorsque je le branche ».

Au risque de simplifier, on distingue deux grands types de réponse à votre question. D’abord, celle des partisans de l’euthanasie. Selon eux, il ne faut pas hésiter à abréger la vie d’un patient, et lui permettre de mourir dignement lorsqu’il souffre trop, physiquement ou moralement, ou lorsqu’il n’est plus en mesure de communiquer avec son entourage. Mais qui peut juger, et selon quels critères, qu’une vie est « digne » ou « indigne » de subsister ? Le malade lui-même ? Mais bien souvent, derrière le « je veux mourir », il faut entendre : « j’ai besoin d’aide ». Et qui est censé poser l’acte qui va mettre fin activement à ses jours ?

Une autre réponse est celle des soins palliatifs : elle consiste à refuser à la fois l’euthanasie et toute forme d’acharnement déraisonnable pour maintenir en vie le malade, donc dans les deux cas à se rendre maître de sa vie. Elle admet qu’il n’est plus possible de guérir le malade, et met plutôt l’accent sur le soulagement de sa souffrance. Elle vise à accompagner la vie jusqu’à son terme, sans chercher ni à retarder, ni à hâter celui-ci. Entre les deux positions, vous devinez où va ma préférence…