Comment expliquer et interpréter la transfiguration ? [Simon]

Par cette transformation, Jésus montre sa nature exceptionnelle. Jésus est en effet celui qui incarne, récapitule et accomplit toutes les attentes d’Israël. Les propos tenus par la voix céleste renvoient au « serviteur » qui va révéler le droit aux nations selon Esaïe (42,1),  au Psaume 2 où il est question d’un roi qui va régner sur le monde entier, au sacrifice du fils d’Abraham (auquel Dieu pourvoira finalement lui-même, voir Genèse 22,8) qui doit sceller l’alliance qui consiste, pour Abraham, à être une bénédiction pour tous les peuples (Gn12,3 ;Gn22,2), à la libération d’Israël en Exode 4,22 où Dieu appelle Israël son fils bien aimé. Ensuite, Jésus converse avec Moïse et Elie qui (selon une tradition juive pour Moïse et selon la Bible pour Elie) ne sont pas morts, ont accompagné une révélation divine sur une montagne et ont été persécuté par le pouvoir de leur époque : autant de points communs avec  la destinée de Jésus. Les deux personnages représentent « la Loi et les Prophètes » qui englobent la révélation de Dieu à Israël, que Jésus accomplit donc, restant seul devant les disciples à la fin de l’épisode.

De plus, les détails du récit montrent que c’est Dieu lui-même qui se manifeste à travers Jésus. On retrouve, avec l’apparence de Jésus et ce qui se passe autour de lui, les signes bibliques d’une apparition divine : blancheur (qui rappelle celle du fils d’homme en Daniel 7), lumière, nuée ou encore voix céleste.

La réaction des disciples montre quant à elle un mélange de compréhension du caractère exceptionnel, surnaturel et divin de l’évènement, mais aussi leur difficulté à l’appréhender et en saisir la portée. Pierre semble vouloir immortaliser le moment, mais le but du miracle semble bien de mettre les disciples en route avec plus de confiance encore dans l’identité de Jésus.

Il n’est en effet pas anodin que cette révélation se situe à ce moment-là du récit évangélique : dans les 3 versions de ce récit de la transfiguration, l’épisode arrive après que Jésus ait annoncé sa mort, et ait appelé les disciples a accepté les difficultés liées au fait de le suivre. Le miracle de sa transformation vise sans doute à encourager les disciples à suivre et écouter Jésus quoi qu’il lui arrive et quoi qu’ils leur arrivent, parce que l’évènement montre qu’il est celui en qui nous pouvons placer tous nos espoirs.

Comment expliquer et interpréter la transfiguration ? [Simon]

Jésus, pendant son ministère, est apparu momentanément à trois de ses disciples comme métamorphosé dans sa gloire de Fils de Dieu. Matthieu, Marc et Luc se font l’écho de cet épisode. Comment cela s’est-il passé exactement ? Pierre, Jacques et Jean auraient-ils reçu une vision au sujet de leur maître ? Nous ne le savons pas. Ce qu’il faut retenir est que Pierre, Jacques et Jean ont vu par anticipation le Christ dans sa condition de ressuscité (exprimée par un visage, des vêtements resplendissants). Et c’est bien ce même Jésus qui venait de leur annoncer sa mort sur la croix, annonce que Pierre avait refusée (voir le ch.9 de l’évangile selon Marc par exemple) car une telle fin lui paraissait impossible pour un Sauveur, un Messie !

La transfiguration de Jésus confirme que la croix est le lieu d’une victoire, d’une gloire invisible mais réelle. Celle d’une mort librement consentie par le Christ pour que nous soyons sauvés. Il est à noter que la Parole entendue lors de la transfiguration de Jésus est la même qu’à son baptême, où il a endossé notre humanité et pris sur lui notre condition de pécheurs : « celui-ci (dit Dieu) est mon Fils bien-aimé ». Jésus est vraiment homme, vraiment Dieu.

Un chrétien doit-il se couvrir du sang de Jésus en toutes occasions et dans les prières ? [Katia]

Je comprends l’expression que vous employez, « Se couvrir du sang de Jésus », comme suit : se replacer devant Dieu comme un être réconcilié avec lui, pardonné malgré sa condition de pécheur, grâce au don que le Christ a fait de sa vie, selon cette parole des Ecritures : « le sang de Jésus-Christ nous purifie de tout péché » (1 Jean ch.1, v.7).

C’est effectivement par l’oeuvre du Christ à la croix que nous avons la liberté de nous approcher de Dieu en toute confiance, comme des enfants viennent à leur Père. Et nous avons à en reprendre souvent conscience, à redécouvrir l’amour infini de Dieu, cette « folie de la croix » dont parle l’apôtre Paul. Tant la logique de la grâce nous est étrangère.

Ceci étant, c’est une fois pour toutes que nous sommes sauvés et réintégrés dans notre identité d’enfants de Dieu, et notre Salut ne dépend pas de la répétition correcte et régulière d’une formule de prière (Jésus est clair à ce sujet, lisez Matthieu ch.6 v.7 !).

Nous n’avons donc pas à invoquer la grâce de Dieu en Christ comme un mantra ou en n’importe quelle occasion, mais peut-être dans les moments de doute, d’errance, où des tentations diverses peuvent nous assaillir. Par exemple, quand nous sommes poussés à penser que nous ne la méritons pas.

A la question « Qui est Jésus pour toi »- certains donnent cette réponse qui me paraît curieuse : « il est mon père ». Pourquoi ? [Nic]

Il ne me semble pas possible de prendre cette réponse pour un énoncé théologique général. Les personnes qui répondent ainsi disent « mon » père et définissent surtout par là le type de relation qu’elles entretiennent avec Jésus plutôt qu’une vérité théologique. De fait, quand Philippe dit à Jésus : « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. » Jésus lui dit: «Il y a si longtemps que je suis avec vous et tu ne me connais pas, Philippe! Celui qui m’a vu a vu le Père. (Jean 14. 8-9) Et Jésus a également affirmé son unité avec le Père. Par l’autorité dont il a fait preuve durant son ministère, et dont il fait encore preuve aujourd’hui quand nous prions en son nom et que nous sommes exaucés, Jésus peut apparaître aux yeux de certains croyants comme une figure de père. Mais il n’est pas Le Père.

Si j’ai un problème de sexualité travesti et masturbatoire- vers qui aller pour être aidé ? Cela ne m’a pas empêché de rencontrer Jésus- mais il semble que ça rende ma vie de foi difficile. [Pely]

‘ai d’abord à cœur de vous remercier pour la démarche que vous faites d’oser poser la question et de chercher à en parler pour ne pas rester enfermé dans la situation. Je trouve cela très courageux et cela me semble le premier pas vers votre apaisement. Je pense que la situation que vous vivez renvoie à des questions très personnelles et intimes. Il me semble nécessaire que vous puissiez trouver des personnes en qui vous avez confiance, qui sont elles-mêmes des disciples du Christ et qui sauront vous écouter et vous conseiller avec amour. Il y a des psychologues chrétiens qui peuvent à la fois vous aider sur le plan psychologique et vous orienter vers les bonnes personnes sur le plan spirituel. Ne restez pas dans la solitude, en tout cas, et soyez assuré de l’amour de Dieu en Jésus-Christ. En lui, vous trouverez l’issue.

Quel est le sort de celui qui n’a jamais entendu parler de Jésus mais a vécu une vie incorruptible ? [Ebz]

La formulation de votre question sous-entend que pour être sauvé, il faut en principe avoir entendu parler de Jésus et -je complète !- avoir cru en lui, accepté sa mort expiatoire, ce qui n’est évidemment pas possible si l’Evangile nous reste inconnu. Vous vous demandez, en somme, si quelqu’un qui aurait vécu de façon parfaite pourrait ainsi se passer du pardon de Dieu en Christ et échapperait au jugement et à la condamnation..

Il me faut le dire en tout premier lieu : je ne pense pas qu’aucun être humain ait jamais vécu une vie « incorruptible », c’est à dire susceptible de n’être atteinte par aucune corruption de quelque nature qu’elle soit (spirituelle, morale…). La réalité du péché est universelle, relisez les deux premiers chapitres de l’épitre de Paul aux Romains à ce sujet. Et c’est bien pourquoi seule l’oeuvre du Christ, l’homme sans péché, premier-né d’une humanité nouvelle (c’est pourquoi Paul l’appelle le « nouvel Adam ») est décisive pour ce qui concerne notre salut éternel.

Je vais sans doute vous décevoir : le sort des personnes décédées sans avoir entendu parler de Jésus est l’affaire de Dieu seul. Certains estiment que ce sort est décrit par Jésus dans le jugement dernier décrit au ch.25 de l’Evangile selon Matthieu, en fonction de ce que chacun aura fait ou pas aux « plus petits d’entre ses frères ». Mais le contexte de l’Evangile de Matthieu ne permet guère d’exempter les disciples de Jésus de recevoir pour eux-mêmes aussi cette mise en garde ! Dans le cas contraire, nous rétablirions alors un nouveau régime du salut par les oeuvres. Or, insistons-y, cette voie est fermée à tout être humain, croyant ou pas : « il n’y a pas de juste, pas même un seul »… déplorait le prophète.

Il est des questions pour notre foi auxquelles nous ne pouvons pas répondre de façon théorique. De même que je ne peux pas expliquer la présence du mal dans la Création, injustifiable réalité, et que la seule réponse au mystère du mal est de lutter contre lui de toutes nos forces, de même la seule réponse à la question de la destinée de ceux qui ne connaissent pas la Bonne nouvelle de l’amour de Dieu, c’est de la leur faire connaître !

« Ils se font eunuques pour le royaume de Dieu ». Est-ce que pour avoir un ministère puissant pour l’Évangile il faut renoncer aux relations sexuelles ? [Oscar]

Voici la parole in extenso de Jésus, que vous citez, Oscar, d’après Matthieu ch.19, v.12 : « Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère; il y en a qui le sont devenus par les hommes; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne ».(version Segond).

Il faut replacer ces paroles assez difficiles à comprendre (de l’aveu même de Jésus !) dans leur contexte : Jésus vient de délivrer un enseignement exigeant sur le mariage, en insistant sur le fait que l’homme ne doit pas séparer ce que Dieu a uni, donc en refusant de banaliser la répudiation ou le divorce. A cela les disciples rétorquent qu’ils ne vaut donc mieux pas se marier.

Jésus leur répond que certains peuvent effectivement renoncer au mariage et à l’engagement qu’il suppose, pour se consacrer totalement à l’annonce de l’Evangile. Mais il n’en fait pas une règle contraignante pour tous les chrétiens, même ceux engagés dans un ministère à plein temps. Le célibat, tout comme le mariage, est un libre choix et non une obligation. Ce que nous devons retenir est que l’appel à servir le Seigneur doit précéder et orienter tous les choix importants de notre vie, qu’ils soient affectifs, familiaux, professionnels…

Cela ne garantira pas la « puissance » de notre ministère. Cette puissance ne dépend pas de nous mais du Saint-Esprit. Mais cela exprimera notre fidélité et notre amour pour le Seigneur et sa Parole.

On dit que Jésus a aimé jusqu’à la mort- qu’est ce que ça veut dire ? [Christine]

L’Evangile de Jean, au début du ch.13, souligne effectivement que Jésus a aimé les siens « jusqu’à l’extrême » (traduction TOB). Et Jésus affirme deux chapitres plus loin (ch.15 v.13) qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.

Jésus a accepté la mort, qui plus est la mort par crucifixion, pour accomplir l’oeuvre de réconciliation et de Salut pour laquelle le Père l’a envoyé. A la croix, Dieu lui-même, en Jésus-Christ, se charge de nos péchés et subit le jugement à notre place. Par sa mort, le Christ nous délivre de la mort, conséquence, « salaire » du péché (Romains ch.6 verset 23), et nous ouvre les portes de la vie éternelle. Par amour pour nous, un amour gratuit, c’est à dire immérité.

Pourquoi un chrétien doit confesser ses péchés si Jésus Christ en a déjà payé le prix une fois pour toutes ? [Anicet]

Trois passages bibliques me viennent à l’esprit pour vous répondre, Anicet.

Tout d’abord le Psaume 32, v.3-5 : « tant que je gardais le silence… je gémissais sans cesse. Je t’ai fait connaître mon péché, … et toi tu as pardonné ma faute ». Confesser son péché ce n’est pas vouloir en payer le prix, l’expier ! c’est tomber le masque devant Dieu, nous reconnaître tels que nous sommes devant lui, et lui ouvrir la porte de notre coeur pour qu’il nous délivre du fardeau amer de la culpabilité. La première épitre de Jean ch.1, v.9 y insiste : « Si nous reconnaissons nos péchés, il est juste et digne de confiance : il nous pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute injustice ». C’est précisément parce que le Christ a pris sur lui le poids de notre péché par sa mort sur la croix que nous pouvons en déposer le fardeau dans la prière, et recevoir, toujours à nouveau, l’assurance de sa grâce.

Jacques au ch. 5, v.16, enfin, encourage ses lecteurs chrétiens à confesser leurs péchés les uns aux autres, pour qu’ils soient guéris. Attention, il ne s’agit pas d’accuser tous les malades en leur assénant que leur état vient forcément d’un « péché non confessé », ce serait cruel et injuste. Ce que Jacques veut dire est que le pardon demandé et reçu permet de restaurer non seulement la personne concernée, mais aussi, les relations blessées, mises à mal par des offenses et autres manquements (un des verbes désignant le fait de pécher, en hébreu, signifie, « manquer la cible »).

Même si le tiers offensé n’est pas un autre être humain mais le Seigneur, il est bon de pouvoir se confier à un frère ou une soeur qui partage notre foi. J’ai reçu un jour un homme tourmenté par une faute irréparable, commise cinquante ans auparavant ! Je lui ai dit : « mais, en tant que chrétien, vous savez que le Seigneur vous a tout pardonné ! » Il m’a répondu : « oui, mais j’ai besoin que quelqu’un me le dise ».

Pourquoi parle-t-on si peu du Saint-Esprit dans les Églises ? [Valérie]

Le Saint-Esprit est peu évoqué dans certaines Églises (pas toutes !) pour plusieurs raisons :

  1. D’abord parce que le Premier Testament parle surtout du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, Dieu de Moïse et d’Israël, celui qu’on appelle depuis le baptême de Jésus : Dieu le Père.
  2. Ensuite parce que le Nouveau Testament parle essentiellement de Jésus (le Fils), bien que les Actes et les autres épîtres parlent aussi de l’Esprit. Mais disons qu’on parle surtout des actes des apôtres qui sont portés par l’Esprit. On aurait pu appeler ce livre les Actes de d’Esprit.
  3. Aussi parce que l’Esprit travaille au travers des gens et donc nous sommes amenés à évoquer leurs aventures et leurs actions à eux, quand ils sont mus par l’Esprit. Ainsi, quand nous voyons les feuilles bouger, les arbres ballotter, la poussière se lever, nous parlons des feuilles, des arbres, de la poussière, pour conclure brièvement par : « Il y a un vent fou ».
  4. Enfin certainement parce que les théologies du Saint-Esprit sont un lieu de grandes divergences dans les Églises, entre ceux qui pensent :
    – qu’il n’agit que par la médiation des Écritures,
    – qu’il continue à faire des miracles mais uniquement dans le cadre de la « charte » de 1 Corinthiens 12,
    – qu’il est actif en offrant de nouveaux types de dons qui pouvaient ne pas être listés dans la Bible,
    – voire pour certains (qui à mon avis dépassent les bornes), qu’il peut apporter des doctrines nouvelles non limitées par le texte biblique.

Voilà donc plusieurs raisons qui font qu’on en parle trop peu.
Mais grâce à votre question, peut-être que certains se sentiront exhortés à en parler plus.