Je ne suis pas sûr de bien comprendre votre question, mais je vais essayer de partager avec vous ce qu’elle m’évoque. Vous parlez, si je vous suis, du sentiment que vous avez d’être submergé par le désordre que les péchés provoquent en vous. Si tel est le cas, alors ne perdez pas courage ! Au contraire, cette sensation, pour très désagréable qu’elle soit, est le signe que vous êtes sur le chemin de la repentance, chemin par lequel vous pouvez découvrir la profondeur de la miséricorde et de l’amour de Dieu, un amour qui va VOUS transformer, comme il a transformé les « pourris » dont vous parlez, et qui ont rencontré Jésus. C’est votre tour ! Ouvrez votre cœur à Sa bonté, à Sa tendresse, comme tant d’autres l’ont fait comme je l’ai fait. Ça ne vous rendra pas parfait d’un coup (nous sommes dans la vraie vie) ,mais ce sera le pas décisif pour vous faire avancer sur le chemin de la sanctification.
Auteur/autrice : Michel Block
Comment parler de Dieu le Père à ceux qui ont une relation conflictuelle (conflit- absence- traumatisme-…) avec leur père terrestre ? [Philippe]
D’abord en les écoutant, pour entendre où se situe chez eux le problème dans leur relation avec leur père terrestre, et en quoi cela peut affecter pour eux la notion de Dieu comme Père.
Ensuite, je crois qu’il ne faut pas forcer le dialogue dans le sens de : « Si tu ne crois pas à Dieu le Père, ou si tu ne pries pas Dieu le Père, tu n’es pas un bon chrétien… » Après tout, si Dieu est venu jusqu’à nous en Jésus-Christ, le Fils, c’est aussi pour inviter les humains à une rencontre à un autre niveau que seulement la relation Père-enfants.
Dieu n’est pas que Père. Il est aussi Fils, (et donc, pour nous chrétiens, en quelque sorte, frère en Jésus) et Esprit (en hébreu, le mot traduit par Esprit, rouah, est féminin) ; Dieu peut être ému aux entrailles quand il voit ses enfants souffrir. Or cette manière de parler de lui relève de la féminité plus que de la masculinité. La tendresse de Dieu est infinie, comme sa patience. Si quelqu’un a du mal avec la notion de Père, pas de souci, donc.
Comment considérer le Bouddhisme à la lumière de l’enseignement chrétien ? Quels sont ses vérités- quelles sont ses erreurs ? [Nicolas]
Le Bouddhisme est issu de l’Hindouisme et s’inscrit donc dans un cadre culturel assez précis. Je vais faire de très gros raccourcis, car cet article ne peut pas aborder tous les aspects de votre question de manière approfondie. Je vais donc être très long, et en même temps trop court… Désolé !
Le Bouddhisme repose sur l’affirmation, par Siddhartha Gautama (surnommé le Bouddha, l’éveillé), de quatre « vérités » fondamentales :
1- Toute vie implique la souffrance. Cela est appelé à se reproduire indéfiniment par le cycle des réincarnations (samsara) qui, pour les bouddhistes et les hindouistes, est une malédiction ! En effet, plus on souffre, plus on aura tendance à faire souffrir, à faire du mal, et cela aura une incidence sur les vies que l’on mènera plus tard.
2- La souffrance naît du désir que l’on a des choses.
3- Il est possible d’arrêter de souffrir. Cet arrêt total de la souffrance est appelé Nirvana. Cela n’a donc rien à voir avec un summum de plaisir, mais avec l’arrêt de la douleur.
4- Pour y arriver, il faut suivre les enseignements du Bouddha appelé « noble chemin », un ensemble de 8 grandes prescriptions éthiques, de pratique de la méditation et de sagesse.
Les points communs entre Christianisme et Bouddhisme vont se situer au niveau pratique (ne pas faire aux autres ce que l’ion ne voudrait pas qu’ils nous fassent, avoir un comportement mesuré dans la vie, ne pas mentir…).
Mais sur le fond, je ne vois en fait que des différences, par exemple :
-Hindouisme et Bouddhisme remettent fortement en cause la notion de personne, qui est centrale dans le Judéo-christianisme. Pour le Bouddhisme, le nirvana est une extinction, entre autre, de la notion même de personne, qui se « dilue » dans le Tout. Pour le chrétien que je suis, l’idée que ma personne finisse diluée est plutôt une mauvaise nouvelle. J’espère être, dans ma personne, en relation avec mon créateur.
-Dans sa trajectoire personnelle, le Bouddha a vaincu les tentations, puis est parvenu à l’éveil, le but ultime de la vie. Jésus a d’abord reçu la justification de toute existence humaine lors de son baptême (Il a reçu du Père la parole : « tu es mon fils bien aimé.. ») puis il a été tenté ! Nous, chrétiens, ne croyons pas que le sens profond de notre existence ne puisse être obtenu qu’à la fin d’un chemin de vie. Il nous est donné dès le départ !
-Ce n’est pas par des efforts personnels (comme, dans le Bouddhisme, la pratique des enseignements du Bouddha) que je réaliserai le but de mon existence, mais en acceptant que ce but m’est donné, par Dieu, en Jésus-Christ.
Dans les textes bibliques- quelle est la différence entre péché et iniquité ? Le lien entre iniquité et injustice? [Joz]
L’iniquité et l’injustice traduisent deux mots grecs (anomia et adikia) qui ont des sens assez similaires. Par rapport au péché, il me semble que l’iniquité et l’injustice sont des types d’actes que nous commettons en tant que pécheurs, c’est-à-dire en tant que créatures qui ne restent pas en relation avec leur créateur. Nous voulons agir tout seuls, sans tenir compte des conseils des appels que Dieu nous adresse. Et alors, nous pouvons commettre l’iniquité ou l’injustice, entre autres. En quelque sorte, l’iniquité et l’injustice sont des conséquences du péché. Cela n’a rien à voir avec la morale, ni même le comportement religieux. Je peux être très « pieu », bien droit dans mes bottes théologiques, et pourtant ne pas être considéré comme juste par Dieu. C’est ainsi que je reçois les paroles terribles de Jésus en Matthieu 7. 21-23, qui se terminent par : « ‘Je ne vous ai jamais connus. Éloignez-vous de moi, vous qui commettez le mal! » (cette dernière expression traduit le mot grec anomia, alors que Luc 13. 27 a retranscrit cette même parole de Jésus en utilisant adikia).
Pourquoi Jésus dit-il que ce sont les violents qui s’emparent du Royaume de Dieu ? [Daniel]
L’affirmation à laquelle vous faites référence se trouve dans l’évangile de Matthieu, chapitre 11, verset 12 : « Depuis l’époque de Jean-Baptiste jusqu’à présent, le royaume des cieux est assailli avec force, et des violents s’en emparent. » Elle a un parallèle en Luc 16.16 : « La loi et les prophètes ont subsisté jusqu’à Jean; depuis lors, la bonne nouvelle du royaume de Dieu est annoncée et chacun cherche avec force à y entrer. » Le verset de Matthieu pose un gros problème de traduction, car le mot traduit en français par « violent » (en grec, « biastès ») ne se trouve que là… dans toute la littérature grecque classique ! C’est dire que nous n’avons que ce passage pour comprendre ce qu’il peut vouloir dire. Le verbe auquel il se rattache, et qui est traduit dans Matthieu 11 par « est assailli avec force » (en grec « biazomai ») peut vouloir dire « user de violence », « violenter », mais aussi « entrer/sortir de force » « écarter par la force » ou encore « contraindre », ce qui n’est pas la même chose… Je pense que le mot de Matthieu renvoie à la même idée que ce qui est dit dans Luc. Plutôt que des violents, je crois qu’il désigne ceux qui sont conscients que le Royaume n’est pas une réalité toute simple et « naturelle », dont l’entrée serait dans l’ordre des choses. Si c’était le cas, Jésus-Christ n’aurait pas dû aller jusqu’à la Croix pour le manifester. Ils savent que le Royaume ne procède pas de nos logiques, de nos raisonnements, qu’il faut « se faire violence » comme on dit, pour entrer dans le pardon, la miséricorde, la gratuité qui sont les marques de l’Évangile. L’action du Saint-Esprit, qui nous permet de nous ouvrir au royaume, est souvent quelque chose qui « secoue », même intérieurement.
Peut-on avoir un plan A (par exemple-relatif à la carrière) et demander à Dieu de le bénir- et assurer/mettre en place également un plan B ? (Que l’on demande également à Dieu de bénir) ? [Yem]
Je crois pouvoir plutôt vous proposer d’avoir un seul plan (appelons-le A si vous voulez) : présenter vos projets de carrière, vos désirs, votre vie toute entière à Dieu, et Lui demander de vous éclairer et de vous bénir pour avoir la force de Le suivre sur le chemin qu’il vous montra. En fait, je crois qu’avec Dieu… il n’y a pas de plan B ! Il y a le plan avec Dieu, et le plan… sans Dieu. Il me semble que l’alternative est là, seulement. Quand vous aurez placé votre vie devant Lui, laissez-le faire un peu… Il y a de fortes chances que vous voyez alors se dessiner un seul chemin devant vous, celui selon et avec Dieu. Mais si jamais il devait se présenter deux pistes (appelons-les alors A1 et A2), continuez de présenter cela à Dieu dans la prière, parlez-en à des frères et des sœurs dans la foi autour de vous…
Les choses se décanteront, soyez-en sûr.
Un récent responsable religieux a affirmé que le diable n’était qu’un symbole. Est-ce une interprétation correcte de la Bible ? [Jacques]
Je ne sais pas ce que ce responsable religieux entend par symbole, mais pour ma part, parler du diable en utilisant ce mot est aussi inexact bibliquement que le décrire comme un personnage avec des cornes, des dents pointues et une fourche dans les mains… Quand Jésus (Matthieu 4. 2-3) passe quarante jours au désert tenté par le Satan (un autre nom utilisé pour le diable) j’ai du mal a comprendre si je prends le Satan pour un symbole… Quand il dit à Pierre : « Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le blé. » (Luc 22. 31) je n’imagine pas Pierre secoué en profondeur dans tout son être par un « symbole », une « façon de parler ». Reste qu’il est bien sûr difficile et même dangereux de donner une image à ce qui est à l’origine de tout ce qui tente de nous détourner de Dieu, de nous isoler de son amour, de nous séparer de sa présence. Il ne vaut mieux pas chercher à trop définir ce qui cherche à nous diviser intérieurement (c’est le sens du mot grec « diabolos » : diviseur). Mieux vaut toujours se tourner vers Dieu, prier et demander le secours de la prière des autres, plutôt que de se faire des nœuds dans la tête pour savoir si c’est un symbole, un phantasme, ou un type qui marche avec des sabots de bouc… Car au fond, ce sont des tentatives pour essayer de le maîtriser, alors que le seul qui est vraiment plus fort que lui, c’est le Seigneur.
En Mt 5-1-10 la plupart des traductions commencent chaque verset par : ‘Heureux’ ou ‘Bienheureux’ sauf une- celle de Chouraqui- qui dit ‘en marche’. Comment expliquer cette importante différence ? [Jean]
La « faute » à la traduction grecque de la Bible ! Au troisième siècle avant Jésus-Christ, des rabbins réunis à Alexandrie ont réalisé une traduction de la Bible hébraïque (notre Ancien Testament) en grec, qui était à l’époque la langue la plus parlée dans le bassin méditerranéen. Cela a donné la traduction de la Bible des Septantes (ou 70) car selon la tradition, il y aurait eu environ 70 rabbins pour faire ce travail. C’est sur cette traduction que les auteurs du Nouveau Testament se sont souvent appuyés, même si Jésus parlait certainement plutôt l’araméen (hébreu populaire) que le grec. De nombreux traducteurs de la Bible en langue française ont ensuite fait de même.
Ceci fait que, par exemple, le psaume 1 commence en hébreu par le mot « ashrei » que Chouraqui traduit donc par « en marche », alors que la traduction grecque utilise le mot « makarios » qui se traduit par « heureux ». Même si Jésus a sans doute employé le mot proche de l’hébreu (donc « en marche »), quand les évangélistes ont mis le texte par écrit en grec, ils ont tout de suite le mot « heureux » comme dans la Bible grecque, car c’est comme cela qu’on le traduisait à l’époque.
C’est vrai que « en marche » a une connotation très dynamique et active (un certain président de la république l’a bien compris…) qui traduit la démarche pour être heureux, alors que « Heureux » ou « Bienheureux » semble davantage décrire un état de fait déjà obtenu. On peut trouver quand même un point commun entre ces deux expressions en les considérant avant tout comme des bénédictions, des encouragements (c’est comme ça que les bibles anglaises disent : « Blessed » « bénis »).
Il est dit dans l’Évangile -et plusieurs fois- « qu’il n’est pas pardonné à celui qui ne pardonne pas ». Comment peut se manifester le refus du pardon par Dieu- à celui qui ne pardonne pas ? [Jean-Marie]
La réponse à votre question, Jean-Marie, mériterait un long développement ! Dans le cadre de 1001 questions, je vais essayer d’être synthétique.
Le pardon est un don spirituel que Dieu, par son Esprit, nous fait pour peu que nous soyons prêts à « baisser les armes » spirituelles et psychiques qui nous enferment quand nous avons été offensés : la rancœur, la méfiance, la « moulinette » qui fonctionne pour imaginer ce que l’autre peut penser, ou encore le refus de reprendre contact.
On peut trouver au moins 6 références rien que dans les trois premiers évangiles à cette affirmation que le pardon humain a un lien avec le pardon divin (Mt 5,3 ; 6,14 ; 7,2 ; Mt 18,35 ; Mc 11,26 ; Lc 6,37). C’est dire si ce thème a de l’importance. Je le rattache au fait que Dieu nous prend en fait plus au sérieux que nous-mêmes, et qu’il bâtit sa relation avec nous sur la manière que nous avons de nous comporter avec lui et avec les autres (c’est aussi un des sens de la parabole des talents, Mt 25,14-30).
La manifestation du non pardon peut s’exprimer à deux niveaux, me semble-t-il : d’abord au niveau humain, corporel et psychique, par diverses somatisations : Il y a des cancers qui se développent plus facilement chez des gens qui ont accumulé de la rancœur contre une ou plusieurs personnes. Cela peut aussi provoquer de la colère, de façon incontrôlable dans les relations avec d’autres personnes de l’entourage. Je ne vois pas cela comme l’expression de la punition de Dieu, mais comme la conséquence spontanée de notre état spirituel. Au niveau spirituel, le non-pardon peut ouvrir grandes les portes de notre esprit à de mauvaises influences, ou a des maladies, comme la tristesse, le dégoût spirituel, voire la désespérance. Là encore, il ne s’agit peut-être pas d’une punition divine immédiate, mais de la conséquence du fait que nous ne sommes plus aussi profondément en lien avec Dieu que quand tout va bien.
En effet, dans plusieurs occurrences, le pardon de Dieu, comme attaché au pardon humain, est évoqué au futur. Ce sera une réalité pour le jugement dernier.
Et la souffrance- la maladie- la mort d’enfants ? [Dom]
Je n’ai pas de réponse toute faite à cette question, Dom. Je n’en ai jamais entendue de satisfaisante, à titre personnel. Je ne sais pas si vous êtes vous-même confronté(e) à cette déchirure (c’est comme cela que j’en parlerais, plutôt que comme une question). Ce qui est certain, c’est que ma foi n’est pas une réponse à cela.
J’ai rencontré le Dieu vivant, en expérimentant son amour insondable, sa tendresse infinie et sa miséricorde sans borne. Je l’ai fait dans les limites de mon expérience personnelle, pas au bout d’une réflexion philosophique abstraite portant sur le problème que l’on énonce souvent par : « Si Dieu existe, pourquoi le mal ? » Pour moi, Dieu n’est pas un concept philosophique qui trouverait sa place dans le système d’explication du monde que je pourrais utiliser en cas de problèmes ou de souffrances, pour trouver la solution. Ma foi en Dieu n’est pas une explication à un problème, elle est le fruit d’une rencontre, que j’ai faite dans la prière et la lecture de la Bible, dans un chemin semé de moments de repentances personnelles. Dès lors, les déchirures comme celles de la mort d’un enfant ou la souffrance dans la maladie demeurent, avec leur brûlure. Mais, en tirant expérience de l’attitude des amis de Job, quand je rencontre une personne qui subit une déchirure pareille, je crois que le mieux n’est pas de lui parler de Dieu, mais de lui assurer de ma présence fraternelle, silencieuse peut-être, afin qu’elle puisse expérimenter, si telle est la volonté du Seigneur, cette rencontre avec l’Amour sans borne. Qu’elle puisse dire au bout du compte à Dieu : « Mon oreille avait entendu parler de toi, mais maintenant mon œil t’a vu. » (Job 42.5)