En quoi nos talents respectifs doivent ils être exploités au nom de Dieu? Est-ce qu’ainsi je me fais plaisir ou est ce que je réponds à une mission divine ? [Béatrice]

Disons qu’il y a plusieurs catégories dans l’Ecriture pour dire ce que Dieu dépose en nous :

• Les talents, ce sont des aptitudes que Dieu a mises en nous et qu’il nous faut exploiter. La parabole dite des talents fustige celui qui a enterré et n’a pas valorisé ses biens (Matthieu 25,14-30).

• Les dons, ou charismes, sont des aptitudes temporaires, données par l’Esprit Saint pour l’utilité commune (1Corinthiens 12,7), parfois des aptitudes surnaturelles, qui permettent de faire des choses extraordinaires pour les autres et valorisent la seule gloire de Dieu : nous n’en étions pas capables par nous-mêmes.

• Les ministères sont des formes de reconnaissance et de valorisation par l’Eglise, d’aptitudes pour le service commun. L’appel doit être reçu par la personne, et par les autorités de l’Eglise. Ainsi, Dieu organise la valorisation des ressources de son Eglise (Ephésiens 4,11).

Après, tous sont appelés, à des choses communes : aimer, prier, guérir, libérer, etc. Mais chacun avons un appel particulier, parce que nous sommes uniques, comme tout le monde. Aussi il n’y a aucun mal à se faire plaisir dans le déploiement de nos talents, sinon à quoi servirait-il que Dieu les ait mis en nous. C’est juste que nous devons être vigilants à ce que nos talents ne nous conduisent pas au repli sur nous, en mode narcissique, mais qu’il nous mette, joyeux, en marche vers les autres.

Est-ce que trader son argent est un péché ? Laisser son argent sur un compte en banque est-il vraiment une solution meilleure quand on sait ce qui en est fait ? [Hanna]

Hannah, vous posez la question du capitalisme. Quoi qu’il arrive, l’argent est sale. Jésus disait : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Matthieu 22,21). Et il répondait à quelqu’un qui lui présentait une pièce de monnaie à l’effigie de l’empereur. « L’or est à moi, et l’argent est à moi, dit le Seigneur » (Aggée 2:8), mais c’est l’humain qui l’utilise et qui le place.

Comme nous sommes dans le monde, nous sommes obligés de placer cet argent. Le placer en le tradant directement, c’est être plus conscient de ce à quoi il est utilisé. On évite ainsi d’acheter des produits financiers qui comportent des ventes d’armes, du porno, ou autres choses qu’il est compliqué de promouvoir en tant que chrétiens. Ceci dit beaucoup de banques font des placements dits éthiques qui ont pour but de cibler des investissements responsables et solidaires.

Mais… parce qu’il y a un mais. Trader, c’est aussi entrer dans la pensée spéculative : gagner plus et gagner vite. Et c’est là la racine du capitalisme, qui met l’argent comme un but au lieu d’en faire un outil. L’appât du gain est franchement condamné par les Ecritures, depuis les 10 commandements, « Tu ne convoiteras point ce qui est à ton prochain » (Deutéronome 5,21) jusqu’aux épîtres, « L’argent est la racine de tous les maux. » (1Timothée 6,10). Sans oublier la radicalité d’un Jésus : « Nul ne peut servir Dieu et l’Argent » (Luc 16,13). Ce sont des banquiers que Jésus a chassés du Temple, non ?

Bref, c’est… chaud. Autant dire que sur tous ces sujets éthiques, il n’y a pas de réponse absolue, mais peut-être, à la suite de l’apôtre Paul qui se demandait ce qu’on pouvait faire avec les viandes sacrifiées aux idoles : « Tout ce qui n’est pas le produit d’une conviction de foi est péché. » (Romains 14,23). Non ?

« L’œil est lumière du corps ». Je ne comprends pas la parabole de Mathieu 6:22-23 qui dit ça ; pouvez-vous m’aider ? un exemple ? [Miro]

Jésus fait ici sans doute référence au respect des commandements et au problème de la convoitise (Exode 20,17). Le passage que vous citez se situe dans le cadre d’une prévention sur l’attrait des richesses, et de la tentation des biens mal acquis. Dieu a fait part de Ses commandements, de Sa volonté qui est juste (Deutéronome 4,8) afin que son peuple vive, reste sous la bénédiction du Seigneur (Deutéronome 31, 15-20) et témoigne de Lui. Notre regard reflète notre volonté, les penchants de notre cœur. En ce sens, si nous regardons quelque-chose, nous y plaçons notre cœur, et cela peut influer sur notre être et notre comportement. Jésus appelle à orienter notre cœur vers Dieu, qui pourvoie à nos besoin. Jésus dit « recherchez d’abord le royaume de Dieu et Sa justice, et cela vous sera donné en plus » (Matthieu 6,33). Par exemple, si nous regardons avec fascination une voiture de luxe alors que nous avons un salaire modeste, nous risquons d’être frustré, de tenter de gagner de l’argent illégitimement, en tout cas d’orienter notre vie sur le gain d’argent (qui risque de nous priver de notre liberté)… Oubliant ainsi de nous concentrer sur la justice de Dieu, ou sur l’appel particulier qu’il nous adresse.

Pourquoi Dieu aurait-il besoin de sacrifices pour pardonner les péchés ? Ne peut-il pardonner sans compensation alors que tout lui appartient ? Que peut donc y perdre un Dieu tout puissant ? [PS]

Qui a dit que Dieu avait besoin de sacrifices ? Le Dieu biblique n’en a que faire. C’est une initiative humaine, qui dès le départ (Caïn et Abel) est ambigüe, susceptible d’interprétations erronées quant à son sens, à son acceptation ou pas par Dieu à qui il est censé être offert… et dans quel but ? S’auto-justifier en achetant quoi à Dieu ? Lorsqu’il y a rivalité entre deux sacrifices (celui offert à Baal et celui offert au Seigneur en 1 Rois 18), c’est (bien sûr…) le vrai Dieu qui « gagne », mais qui doit ensuite rétablir qui il est (au chapitre suivant) : non pas un Dieu qui aime les sacrifices et le bruit et la puissance, mais un Dieu qui a un projet pour les humains.

Ainsi, la Bible le montrera à l’envi : la gloire de Dieu ne se manifeste pas à travers les sacrifices humains (sanglants ou moraux : ceux aussi que nous croyons, nous, lui offrir dans notre vie) mais à travers le don de son Fils, qui a pris notre péché (le détruisant ainsi) pour nous offrir sa vie à lui. Nous ne sommes pas à l’initiative du pardon de notre état de pécheur, c’est Dieu qui est à l’initiative et qui « offre le sacrifice unique et parfait » (manière humaine de parler). Car c’est nous qui avons besoin de compensations, que nous ne sommes pas capables d’acquérir ! La « toute-puissance » de Dieu (encore une manière humaine de parler) s’exerce pour nous, pas contre nous : c’est Jésus-Christ.

 

Acupuncture, hypnose, qu’en pense Dieu ? Il me semble que ces mots ne sont pas employés dans la Bible. Ce « silence » signifie-t-il que ce sont des pratiques qui plaisent à Dieu ? [MG]

La médecine traditionnelle repose  sur l’intelligence que Dieu  a donnée à l’homme pour comprendre sa création et l’utiliser pour soigner. L’homme soigne comme il peut, c’est Dieu qui finalement, guérit, comme en 2 Rois 20/1-12.

La Bible présente des situations où la guérison ne prend pas le biais de la médecine mais intervient directement de la part de Dieu. C’est le cas des miracles que Jésus opère, mais aussi de ceux qu’opèrent ses disciples, selon son appel (Marc 16/16-18).

Ces guérisons interviennent au Nom de Jésus, par lui seul, selon la volonté de Dieu (cf Actes 3/1-12). Elles ne sont pas liées à la personne qui s’y applique ni à une méthode ou à une puissance mystérieuse qu’il aurait acquise, ce qui est assimilé, en Actes 8/9 s à de la magie, laquelle est interdite en Israël (Deutéronome 18).

Demandons-nous donc si les méthodes employées dans le domaine de la santé tiennent à quelque chose de compréhensible qui nous permet de voir Dieu à l’œuvre et de lui rendre gloire. Rejetons les méthodes opaques et mystérieuses qui nous attachent à elles ou à la personne qui les pratique et tentent de voler à Dieu la gloire qui lui est due.

 

 

Qu’est-ce que la prédestination ? Comment articuler la prédestination et la liberté de l’homme face à l’appel de Dieu ? [Valérie]

La prédestination (lire p. ex. Romains 8 / 28-32), c’est la certitude d’avoir été aimé et choisi gratuitement par Dieu dans sa liberté. Il n’est pas lié par nos origines, notre vie, notre passé, notre présent, notre avenir, ni par rien d’autre. Dieu est libre et dans son amour il choisit librement, et son amour transforme la personne aimée, quelle qu’elle soit ou qu’elle ait été.

L’être humain séparé de Dieu n’est pas libre, mais esclave (c’est le « péché originel »), contrairement à ce que proclame l’humanisme occidental. Esclave de toutes sortes de choses, d’instances, de puissances, intérieures ou extérieures, choisies ou subies (cf. la suite du même texte : Romains 8 /33-39). C’est Jésus qui libère de tout ça, c’est l’amour de Dieu reçu dans la foi qui fait de nous, à l’image de Jésus, des hommes et des femmes libres (ou en train d’être libérés).

La liberté du choix de l’être humain par rapport à la grâce souveraine et inexplicable de Dieu ? Celui qui croit sait que ce n’est pas son choix, mais il connaît son bonheur d’avoir été choisi. Et celui qui ne croit pas, quel choix a-t-il ? Quant au choix par Dieu, il peut parfaitement se manifester par un appel humain à répondre à son amour : l’évangélisation n’est pas de proposer le choix, mais de permettre aux aimés d’entendre la parole de l’Amant et de lui répondre… de ne pas pouvoir faire autrement que de lui répondre !

Si Dieu a créé le monde, qu’il a tant aimé le monde et qu’il est tout-puissant, pourquoi y a-t-il tant d’injustices, de guerres, de famines et de catastrophes naturelles ? [Guillaume]

Voici une question que nous nous posons sans doute tous un jour. Elle est comme l’expression de notre révolte devant le mal que nous voyons agir sous nos yeux de multiples façons, et si nous sommes croyants alors nous avons légitimement envie d’interpeller Dieu et de l’appeler au secours. Nous aimerions qu’il agisse et supprime d’un coup de baguette magique ce qui nous fait souffrir !

Seulement voilà, justement Dieu aime le monde, et en particulier les humains, et la Bible nous raconte que sa toute puissance ne consiste pas à faire du monde quelque chose de figé et d’inerte, ni de l’humain des marionnettes sans liberté. Sa toute-puissance crée et veut la vie, en Christ il s’est même complètement engagé dans ce combat pour la vie et contre la mort. Dans votre question il y a deux registres différents : le mal causé par l’humain (injustices, guerres…) et celui qui lui échappe (catastrophes naturelles…). Dans le premier cas, on peut dire que Dieu n’agit pas parce que sinon il reviendrait sur son pacte d’amour et de liberté; il veut que nous choisissions librement la justice et la Paix car s’il nous l’impose, alors nous ne sommes plus libres. « Choisis la Vie afin que tu vives » est-il dit (Deut 30.19)

Dans le second cas, celui des catastrophes naturelles, il persiste une part de mystère. peut-être certaines sont-elles causée par l’humanité… Ou permettent-elles le rétablissement d’équilibres qui nous échappent… En tout cas, il y a une tentation à laquelle il nous faut résister : croire que c’est Dieu qui nous enverrait ces catastrophes. Le Dieu de Jésus-Christ ne justifie pas le mal, il le combat et choisit le côté des victimes; la Bible nous dit même que dans la foi, il est possible d’être plus fort que tout ce qui nous écrase et que c’est la Vie qui triomphe en Christ.

Comment se fait-il que l’Islam parle positivement de Jésus (Issa) alors que trop de ses adeptes ne rêvent que d’éradiquer les chrétiens et les juifs de la planète ? [Philippe]

Je ne suis pas sûre que « l’Islam » parle… C’est qui « l’Islam » ? En fait, soit on s’appuie sur ce que dit le Coran, soit sur ce que les musulmans disent de ce que dit le Coran. Et dans les deux cas les choses sont complexes car :

  • Si le Coran reconnaît effectivement Jésus comme étant un prophète, il aborde aussi dans d’autres versets la relation que les musulmans doivent avoir avec les autres croyants, et il l’aborde je crois sous plusieurs angles… Pas toujours concordants entre eux. (Bon honnêtement je suis pasteur et pas spécialiste du Coran… C’est à un imam qu’il vaudrait mieux s’adresser pour les détails…)
  • « Ce que dit le Coran » est donc toujours le fruit d’une interprétation de celui (ou celle) qui dit « ce que dit le Coran », et qui pour dire cela s’appuie sur sa propre lecture, fait des choix de priorités entre les versets, décide de suivre telle ou telle tradition, etc… Et surtout sur l’image de Dieu qui est la sienne. Par exemple, si je crois que Dieu est avant tout un juge sévère, je vais avoir tendance à privilégier les versets qui vont dans ce sens et à négliger ceux qui pourraient contredire ce que je crois. Les musulmans appartiennent à des courants ayant des compréhensions de Dieu parfois très différentes les unes des autres et on ne peut donc pas dire « l’Islam dit que… »
  • On trouve aussi une telle diversité dans le christianisme, qui alimente de nombreux débats depuis 2000 ans. Les chrétiens se sont beaucoup entre-tués au long des siècles parce que certains considéraient ce que pensaient les autres comme dangereux pour leur propre foi. Les uns et les autres ont souvent cherché dans la Bible des versets qui justifiaient leur violence… Et ils ont trouvé ! Mais ça ce n’est pas lire un texte, c’est l’instrumentaliser… Ce qui nous arrange souvent, pare que c’est plus facile que d’être remis en question. D’ailleurs beaucoup de ceux qui disent s’appuyer sur le Coran ne l’ont en fait jamais lu !
  • Pour les chrétiens en tout cas, Jésus n’est pas seulement prophète mais fils de Dieu venant nous ouvrir au mystère de l’amour de Dieu. En ce qui me concerne, je crois que la haine de l’autre est fondamentalement incompatible avec ce Dieu-là. Mais c’est une affaire d’interprétation… Et de foi.

Est-ce que François Fillon est vraiment chrétien ? [123Belfort]

Il est toujours très difficile et délicat de se prononcer sur la foi de quelqu’un. Cependant les écritures nous donnent certains critères de jugement;  j’en retiens deux: la confession de la bouche: »C’est pourquoi, quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai aussi devant mon Père qui est dans les cieux » (Matthieu 10: 32). Mais ce critère n’est pas suffisant, s’il ne s’accompagne pas des actes: « Ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur! n’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Matthieu 7: 21).

Appliquons ces critères à  François Fillon, qu’est ce que cela donne ? Il me semble que le premier critère est satisfait puisqu’il s’est publiquement déclaré chrétien. Par contre pour le second, c’est plus difficile, le temps nous le dira. Mais par prudence et humilité, laissons à Dieu le dernier mot sur ce genre de question, lui seul sonde les cœurs et pourra dire en fin de compte qui lui appartient ou pas.

 

 

 

Que voulait dire Paul dans Colossiens 2:5 ? Pouvait-il être « en esprit » avec des personnes tout en étant absent de corps ? Ou s’agit-il d’une image ? [Jo]

 

Assurément Paul n’était pas un adepte du voyage astral ou de la sortie en esprit. Il s’agit donc d’une formule pour dire sa communion spirituelle avec ce que vivent les Colossiens. Il se sent spirituellement en accord avec eux.

Je pense qu’ici on n’est pas dans le même registre que d’autres expériences plus extatiques, comme Paul qui se demande si sa conversion a été dans son corps ou hors de son corps (2Corinthiens 12) ou encore les expériences visionnaires comme Jérémie ou Jean.