Y-a-t-il au moins une famille équilibrée dans la Bible ? [Ida]

C’est vrai. On pense aux frères ennemis Caïn et Abel (Genèse 4), à la rivalité de Jacob et d’Esaü largement orchestrée par leur mère, Rebecca (Genèse 27), où même à l’esprit de famille contesté par Jésus : la question est légitime !

Fondamentalement, on peut même se demander si famille doit rimer avec équilibre, puisqu’une vie de famille, c’est un changement perpétuel.

D’ailleurs dans la Bible les familles se présentent d’abord comme des histoires racontées. Dans ce sens, elles ne sont pas des modèles, mais le terreau naturel, humain pour l’annonce de l’amour de Dieu et de sa parole de salut. La famille relève d’un donné, du « créé ». Elle se révèle donc ambivalente.

La Torah s’intéresse quand même de près aux relations familiales. Elle prononce des interdits sexuels (Lévitique 20), des recommandations cultuelles familiales, comme le Sabbat.  L’exemple le plus remarquable est le 5ème commandement : « Honore ton père et ta mère » (Exode 20, 12). Ces règles énoncent des équilibres essentiels.

Dans le Nouveau Testament, la famille apparaît surtout comme le lieu où la foi est vécue et transmise. Parfois cela bouscule, voire bouleverse les relations. Nous avons quand même au moins deux exemples positifs : la famille de Jésus, malgré les propos sévères de celui-ci sur sa « mère » et ses « frères », l’a suivi dans le discipulat, et a fait partie de la première Eglise ; et Timothée, qui a reçu la foi en famille, de sa grand-mère et de sa mère (2Timothée 1, 5). Quant à Paul, il s’est efforcé dans ses lettres de promouvoir des relations les plus équilibrées possibles dans les familles des chrétiens (1Corinthiens 7), pour que Dieu y soit honoré malgré la complexité des situations. Un défi qui reste d’actualité pour nous !

Pourquoi sur les réseaux sociaux les gens sont passionnés par les versets courts ? [Sabine]

Ce sont les normes des supports qui fixent la longueur des textes.
Depuis toujours !

Les dix commandements étaient assez courts, forcément, sur des tablettes d’argile ou de pierre.
Quand on a pu avoir des parchemins, on a pu avoir tout un livre écrit.
Et quand on est passé au papyrus et au codex, c’était carrément toute la Bible qui pouvait être éditée ! Formidable.

L’électronique est régressive : certes nous avons vingt versions de la Bible dans notre smartphone, mais le format que notre écran impose est un format court. Les prédicateurs sont influencés par cela. Ils prêchent souvent sur un seul verset. Et résultat il en découle de nombreux biais cognitifs : sortie du contexte, focalisation sur les mots en français alors qu’il s’agit d’une traduction depuis le grec et/ou l’hébreu, etc.

Bref, les citations brèves de la Bible sont monnaie courante, mais elles instrumentalisent le propos et souvent le tronquent. Acceptons-le, mais promouvons aussi une lecture plus profonde, plus approfondie, aussi !

Pourquoi Paul dit que la nature nous enseigne que c’est une honte pour l’homme de porter des cheveux longs ? [Alain]

« La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas qu’il est déshonorant pour l’homme de porter des cheveux longs, alors que pour la femme c’est une gloire ? » (1 Corinthiens 11, 14)

Attention, terrain glissant ! L’argument de la nature demande à être manié avec précaution, non par peur des représailles, mais parce que distinguer le naturel du culturel et du spirituel n’est pas toujours facile, tant les choses sont liées dans la réalité.

Ce verset intervient dans une argumentation de Paul sur la tenue qui convient aux hommes et aux femmes dans les assemblées chrétiennes. Il faut ajouter : en Grèce, à Corinthe, vers l’an 50 de notre ère ! Car la façon de se vêtir, les coupes de cheveux sont des faits très culturels. D’ailleurs, si le monde gréco-romain – celui de Corinthe – voit d’un mauvais œil les hommes aux cheveux longs, on trouve l’inverse dans le Premier Testament et donc dans le judaïsme avec le cas des nazirs, ou encore celui d’Absalom (2 Samuel 14, 26).

Il n’en est pas moins vrai que, pour des raisons hormonales – naturelles, donc -, les cheveux des femmes poussent plus que ceux des hommes. Paul, comme d’autres anciens l’a observé, et la science peut le confirmer aujourd’hui.

Une autre dimension se greffe encore là-dessus, spirituelle celle-là. D’abord parce que s’accorder à la nature signifie pour l’apôtre s’accorder au Créateur. Ensuite parce qu’il soutient l’importance de reconnaître la différenciation sexuée, ce qui implique dans le cas précis de Corinthe une discussion sur l’exercice de l’autorité des unes et des autres.

Tous les versets de la Bible ont-ils le même poids- la même valeur ? [Steph]

Si nous partons de ce que nous dit la 2e épître de Paul à Timothée à ce sujet, toute parole inspirée de Dieu est utile pour enseigner, redresser, nous faire entrer dans une vie conforme à sa volonté (ch.3 v.16).

Il est vrai que nous trouvons moins matière à méditer et à vivre au ch.4 et au v.13 de cette même lettre de Paul (il y demande à Timothée de lui rapporter son manteau et des livres laissés à Troas) que dans les Béatitudes qui ouvrent le sermon sur la montagne (Matthieu 5), pour ne prendre qu’un exemple ! Mais cela n’enlève rien à la vérité du verset cité auparavant.  Donc, pour vous répondre, tous les versets de la Bible n’ont pas la même importance, même si nous devons leur accorder la même valeur : ils sont tous inspirés, voulus par l’Esprit de Dieu pour nous révéler son dessein.

Encore faut-il aller chercher le trésor que contient le texte en le fouillant, en le remâchant, en persévérant dans sa méditation. Avec l’aide de l’Esprit Saint, il sera pour nous lumière et nourriture. Il est frappant d’ailleurs de constater qu’un même passage biblique (une promesse, une mise en garde, etc) prendra plus de poids, de sens, pour une personne, bref pourra lui parler particulièrement, en fonction des circonstances qu’elle traverse. A titre personnel, je suis tombé un soir, il y a des années, sur le v.5 du Psaume 37 dans un moment de désarroi et de doute assez profond. Quelle bénédiction !

Pourquoi ne traduit-on l’AT à partir de la Septante ? [Michel]

Il est vrai que nos versions françaises de l’Ancien Testament (Segond, Tob, Français Courant, Jérusalem, etc..). se réfèrent au texte hébreu (dit « massorétique », ci-après TM, conservé et annoté par des savants juifs, les massorètes, au cours du Moyen-âge).  Tout simplement parce que la Septante (ci-après LXX) est-elle même une traduction ! Une traduction de traduction serait donc a priori moins proche du texte original.

Il existe une version de la LXX en Français, aux éditions du Cerf. Depuis 1986, plusieurs livres bibliques ont déjà été publiés avec notes à partir de La Bible d’Alexandrie (titre de la collection).  L’intérêt d’étudier la LXX, comme d’autres versions (par exemple syriaques) de l’AT c’est de mieux connaître en les comparant l’histoire de la transmission du texte, tâche -éminemment complexe- de la critique textuelle. Le texte grec en effet diffère parfois de l’hébreu (dans certains cas, la LXX s’accorde avec le texte hébreu attesté par les manuscrits découverts à Qumrân, par ex. pour l Samuel, contre le TM). La version grecque du livre de Jérémie est nettement plus courte, et présente un ordre des chapitres différents du TM, il y aurait donc eu deux éditions du livre de Jérémie, etc.

Cette version grecque fut réalisée au cours du 3e siècle av. JC à l’usage des juifs qui, notamment en Egypte, ne comprenaient plus l’hébreu et parlaient le grec dit de la koinè, langue commune en usage dans tout le bassin méditerranéen depuis les conquêtes d’Alexandre.  Et dans laquelle d’ailleurs ont été rédigés les écrits du Nouveau Testament, qui, lorsqu’ils citent l’Ancien Testament, le font d’après le texte de la LXX et pas à partir de l’hébreu.

La Bible d’Alexandrie contient des livres rédigés tardivement, absents de la bible hébraïque (Tobit, Judith, le Siracide, les livres des Maccabées, la version grecque du livre d’Esther, Baruc…) voire des suppléments aux livres déjà existants en hébreu (pour Daniel).  Au 3e siècle avant J.C., en effet, le canon de l’Ancien Testament (la liste des ouvrages reconnus inspirés) n’était pas encore totalement fixé. Les livres sont d’ailleurs répartis différemment (la version TOB présente la liste des livres de l’A.T. dans l’ordre hébraïque, la Segond dans l’ordre de la LXX). L’Eglise catholique reconnaît ces livres grecs comme deutéro-canoniques (donc inspirés, quoiqu’à moindre titre que ceux de la Bible hébraïque), les Eglises protestantes les considèrent comme « apocryphes » (douteux) : à connaître, certes, mais sans l’autorité des textes inspirés.

Est-ce que Matthieu, Marc, Luc et Jean se connaissaient ? [Eva]

Rien ne permet d’affirmer d’après le témoignage du Nouveau Testament que les auteurs des quatre Evangiles aient eu l’occasion de se rencontrer ou de se connaître personnellement.

C’est en fait peu probable, parce que chaque évangéliste écrit des décennies après le ministère terrestre de Jésus, en fait ressortir des aspects particuliers, en  fonction du contexte qui est le sien : L’Evangile selon Matthieu, par exemple contient énormément de citations de l’Ancien Testament et aurait plutôt été destiné à des lecteurs juifs. Luc écrit pour sa part à l’intention d’un lectorat de culture gréco-romaine : par exemple, le toit en terrasse (architecture typique de la Palestine) dans lequel on creusa un trou pour y faire passer le paralytique de Capernaüm (Marc 2,4) devient chez Luc un toit de tuiles (Luc 5,19).

La proximité des trois premiers évangiles que l’on appelle « synoptiques » (littéralement « vus ensemble »;  puisqu’ils présentent une série de récits et de paroles de Jésus que l’on peut lire de façon parallèle) s’explique non par le fait qu’ils en auraient été des témoins directs (et qui, donc, se seraient forcément connus !) mais par leur usage de traditions communes. L’hypothèse classique est que Marc est l’écrit plus ancien, Matthieu et Luc auraient puisé chez lui ces traditions et auraient eu recours à un autre document, la source des Logia (paroles, en grec) pour toutes les paroles de Jésus qu’ils rapportent conjointement. Certains exégètes penchent pour l’antériorité d’un prototype de l’évangile de Matthieu en araméen, plutôt que pour celle de Marc. Il existe encore d’autres théories, plus ou moins complexes, mais aucune à ce jour ne permet d’expliquer de façon totalement satisfaisante les similitudes et les différences entre les trois écrits. La question est très complexe !

Est-ce que jésus est la même personne que le Dieu de l’Ancien Testament ? [Kevin]

Jésus-Christ, Dieu le Fils est une des trois personnes du Dieu unique révélé dans le Premier et le Nouveau Testaments. Un exemple ? En Genèse 15. 1, nous lisons : « Après ces événements, la parole de l’Eternel fut adressée à Abram dans une vision. Il dit : ». Littéralement, on peut lire : « Après ces choses,  la parole de l’Eternel fut vers Abram dans la vision en disant ». Et Abram identifié cette parole à lui adressée dans la vision comme étant Dieu lui-même (verset 2).  C’est comme si la parole de Dieu s’était déplacée vers Abram pour lui parler par le moyen d’une vision, comme une personne pleine et entière. Au verset 4, cette même parole est à nouveau vers Abram et le fait sortir pour contempler les étoiles. Or le premier verset de l’évangile de Jean pour décrire la parole de Dieu venue jusqu’à nous en Jésus-Christ nous dit : « Au commencement, la Parole existait déjà. La Parole était avec Dieu et la Parole était Dieu », comme si, là aussi, la Parole était en quelque sorte, identique et différente à la fois de Dieu le Père.

Il y a encore beaucoup d’autres situations comparables à celle-là dans le Premier Testament, qui peuvent être comprises à la lumière de ce que le Nouveau Testament nous dit de Dieu, trois personnes en un être.

Les histoires les plus anciennes de la Bible sont-elles inspirées d’autres sources culturelles ou historiques ? [Dorothée]

Effectivement, on trouve dans la littérature du Proche-Orient ancien des textes qu’on a pu comparer aux récits bibliques, notamment ceux de la Genèse:  Le mythe babylonien d’Atrahasis évoque la création de l’homme par les dieux avec de l’argile. On retrouve un récit du déluge apportant des détails très proches de sa version biblique (Genèse ch. 6 et ss) dans la 11e tablette de la version akkadienne de l’épopée du roi sumérien Gilgamesh, autre grand texte. Outa-Napishtim, personnage qui fait penser à Noé, raconte à Gilgamesh comment il a été averti par un des dieux , Ea, du déluge et a construit un navire où il a recueilli les espèces vivantes, etc… .

Toutefois, quand on les compare, on constate des différences de point de vue entre les récits de l’Ancien Testament et leurs parallèles des autres civilisations proche-orientales anciennes. Dans le mythe d’Atrahasis, autre héros comparable à Noé, les dieux créent l’homme pour lui déléguer les travaux pénibles dont ils ne veulent plus ; le déluge, pour sa part, y survient comme le dernier des fléaux que le Dieu Enlil envoie aux hommes parce qu’ils dérangent son sommeil par leur vacarme ! Dans l’épopée de Gilgamesh de même, la destruction de l’humanité semble n’être qu’un caprice des dieux, seul l’un d’eux a le souci de la faire survivre. Les motivations de Dieu ne sont pas les mêmes dans la Bible.

Pour résumer, la Bible partage certaines traditions avec d’autres peuples quant aux origines du monde, mais pour les placer dans une perspective radicalement nouvelle : un Dieu unique qui fait alliance avec l’Homme, vient habiter son histoire dans un long compagnonnage, pour le sauver du mal et de la mort.

(tapez Gilgamesh dans l’onglet de recherche pour une autre analyse de ces parallèles littéraires).

 

 

 

Pourquoi le mal se trouvait il déjà en Eden ? Dieu parle de l’arbre de la connaissance du bien et du mal (Gen 2:17) ? [Pascale]

« Connaître le bien et le mal » est une expression typiquement biblique qui désigne la totalité par l’opposition des contraires. Tout comme le premier verset de la Genèse, « Dieu créa les cieux et la terre » signifie que Dieu a tout créé, du haut (les cieux) en bas (la terre). Donc aussi la mer, les astres, les êtres vivants, etc.

En Genèse 24,50 « ne dire ni bien ni mal » signifie : ne rien dire. « Connaître bien et mal » signifie « tout connaître », c’est à dire être en capacité de tout choisir, tout décider par soi-même, être auto-nome, c’est à dire se donner à soi-même la loi à suivre, être juge et arbitre de ce qui est bien et mal. C’est le propre de l’adulte, à la différence de l’enfant, notamment (voir Deutéronome 1,39 ; Esaïe 7,15s). C’est la sagesse que Salomon demande à Dieu pour guider le peuple, lorsqu’il devient roi (1 Rois 3,9).

Si cet arbre et son fruit sont interdits à Adam et Eve, c’est parce qu’il revient à Dieu de les diriger, de leur indiquer comment mener leur vie. C’est dans la dépendance à leur Créateur et Seigneur qu’ils pouvaient trouver leur vraie liberté et le vrai bonheur. En voulant se prendre pour des dieux, ce que leur a fait miroiter le serpent, ils n’ont pu que se découvrir nus, c’est à dire éprouver leur fragilité et leur finitude.

Le mal n’était donc pas présent dès le départ ! Le mal et la mort, sa conséquence, découlent du refus de l’homme d’avoir confiance en la Parole de Dieu.

Quelle différence entre affection et amour ? [Jonathan]

Notre société aime parler d’amour. Encore est-il intéressant de réfléchir à ce que signifie vraiment aimer. Le grec ancien, langue du Nouveau Testament, emploie trois mots principaux pour désigner 3 types d’amour différents. Le premier terme est « philia » et désigne l’amour-amitié, qu’on pourrait peut-être rapprocher de l’affection. Le second mot est « eros » qui désigne l’amour romantique et l’attirance sexuelle. Le troisième terme est « agapè » qui désigne un engagement pour l’autre.
Lorsque le Nouveau Testament parle de l’amour de Dieu ou de l’amour que nous devons avoir pour les autres, il utilise le mot « Agapè ». Dieu est amour, il a montré son amour en s’engageant pour son peuple et l’humanité entière, jusqu’à la croix, et ce alors même que nous ne le méritions pas (Romains 5/6-8, Jean 3/16, 1 Jean 4/8). Cet amour de Dieu en Christ doit nous conduire à aimer les autres en nous engageant concrètement pour eux (1 Jean 3/17) et ce sans condition (Matthieu 5/44). Cet amour d’engagement est appelé à être vécu tout spécialement au sein du couple (Ephésiens 5/25).
Ainsi, l’affection, l’attachement que nous pouvons avoir avec nos proches, de même que le sentiment amoureux ne deviennent de l’amour, au sens biblique, que lorsqu’ils se doublent d’un engagement pour l’autre, qui ne dépend pas des sentiments.