Melchisédek est-il une prophétie de Jésus ? La similitude entre eux dans la Genèse est stupéfiante. Hébreux appelle Jésus un prêtre de l’ordre de Melchizédek- mais qu’est-ce que cela signifie réellement ? [Pil]

La question est d’une portée immense, plus grande que mes capacités de réponse. Cependant, une lecture d’Hébreux 7 (le chapitre auquel vous faites référence) me semble pouvoir aboutir à certaines conclusions :

Le verset 3 (« On ne lui connaît ni père, ni mère, ni aucun ancêtre ; on ne parle nulle part de sa naissance ou de sa mort. Il est semblable au Fils de Dieu : il demeure prêtre pour toujours ») me semble clairement faire un parallèle entre le Melchisédek qui est décrit et le Fils.

Melchisédek est supérieur à tout autre prêtre, car même les prêtres d’Israël lui sont inférieurs (versets 9 et 10 : « quand Abraham a payé le dixième de ses biens, Lévi l’a payé aussi, lui dont les descendants reçoivent le dixième de tout. Car bien que Lévi ne fût pas encore né, il était en quelque sorte déjà présent dans son ancêtre Abraham quand Melkisédec vint à sa rencontre. »)

Régulièrement le texte d’Hébreux cite le psaume 110 verset 4 pour l’appliquer à Jésus et ainsi signifier qu’en lui, le Fils est venu accomplir définitivement le rôle de grand prêtre, après lequel plus aucun sacrifice n’est nécessaire.

Pour moi donc, ce texte de la lettre aux Hébreux établit clairement le lien entre le Melchisédek de la Genèse et Jésus. Peut-être cela peut-il aussi être rapproché de Jean 8. 56 (« Abraham, votre père, s’est réjoui à la pensée de voir mon jour ; il l’a vu et en a été heureux. ») même si cela semble davantage faire référence à Isaac, auquel Jésus s’identifie.

Matt 8:5-13 est difficile pour moi. Un chef de la force d’occupation brutale (tueries- atrocités) qui aurait juré allégeance au culte impérial (idolâtre). [Jean]

Si je comprends bien ce que vous dites, ce qui vous est difficile dans ce passage de Matthieu c’est le fait que Jésus ait accepté de guérir un centenier romain. Il est clair que ce que vous dites pour le décrire est vrai. Il avait beaucoup de choses contre lui… Mais n’en est-il pas de même pour chacun de nous ? Dans sa lettre aux Romains (3. 9-24), Paul écrit : « En effet, nous avons déjà prouvé que Juifs et non-Juifs sont tous sous la domination du péché, comme cela est écrit: Il n’y a pas de juste, pas même un seul; aucun n’est intelligent, aucun ne cherche Dieu; tous se sont détournés, ensemble ils se sont pervertis; il n’y en a aucun qui fasse le bien, pas même un seul; (…) En effet, personne ne sera considéré comme juste devant lui sur la base des œuvres de la loi, puisque c’est par l’intermédiaire de la loi que vient la connaissance du péché. Mais maintenant, la justice de Dieu dont témoignent la loi et les prophètes a été manifestée indépendamment de la loi: c’est la justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ pour tous ceux qui croient. Il n’y a pas de différence: tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu, et ils sont gratuitement déclarés justes par sa grâce, par le moyen de la libération qui se trouve en Jésus-Christ. » La fin de ce passage est déterminante : La justice de Dieu par la foi… Ce que dit le centenier à Jésus est l’expression par excellence de sa foi, sa confiance dans l’autorité que Jésus a sur la maladie. Cette foi est sans rapport avec ce que nous avons fait ou pas. Nous ne savons pas ce que cet homme est devenu ensuite. Mais il me paraît difficile de l’imaginer continuant sa vie absolument comme si de rien était. Une foi comme celle qu’il a exprimé ne peut que renouveler celui en qui elle habite.

Pour que Jésus soit de la branche de David ne fallait-il pas que Joseph soit son VRAI père ? [Guillaume

Tout est dans les majuscules que vous utilisez pour écrire VRAI père : c’est quoi au juste un « vrai » père ? Est-ce celui qui transmet son patrimoine génétique, ou celui qui élève et aime un enfant ? Concernant Jésus, peut-on vraiment mettre Dieu et Joseph sur le même plan ???

Il me semble que quelles que soient les réponses que nous pouvons apporter à ces questions sur la paternité, Jésus est de toute façon doublement de la lignée de David : par sa filiation divine, sur un plan spirituel, il est choisi pour accomplir le projet de Dieu pour l’humanité, comme David l’avait été en son temps; par sa filiation humaine à travers Joseph, il est héritier de la foi et de l’espérance davidique qui se sont transmises à travers les générations.

Et parce qu’il est le Christ, il nous fait participer à cette filiation ! 😉

Est-ce qu’avec Jésus c’est la fin de la loi ? [Yahia]

Jésus n’a pas mis fin à la loi, il est venu l’accomplir (Matthieu 5. 17). En Jésus, Dieu est venu définitivement réconcilier les êtres humains avec lui, en prenant sur lui le poids de tout ce qui sépare l’humanité de Dieu. Il l’a fait en allant jusqu’à la mort, qui devrait nous être destinée pour toujours au regard de notre séparation profonde d’avec Dieu. Mais si nous mettons notre foi en lui, alors plus rien ne peut nous séparer de son amour. La loi sert de témoignage à l’action de réconciliation et à la sainteté de Dieu. Quand on la prend pour le moyen par lequel Dieu nous reconnaîtrait comme « justes », on fait erreur. Quand on met sa foi en Jésus, on comprend petit à petit que toute la loi ne fait que le désigner lui.

Que dire de la religion juive lorsque l’on est chrétien ? Ne sont-ils pas ceux qui ont refusé de reconnaître le Messie dans la personne de Jésus ? Et qu’attendent-ils au juste ? [Rémy]

Les Juifs ne sont pas les seuls à ne pas reconnaître le Messie dans la personne de Jésus ! Il y a aussi les musulmans, les croyants des traditions religieuses non chrétiennes, et les athées ! Une récente déclaration de la Fédération Protestante de France a fait le point sur cette question du point de vue protestant. Je vous invite à consulter le livret publié à cette occasion : http://www.protestants2017.org/wp-content/uploads/2017/12/Cette-memoire-qui-engage-livret.pdf

J’ai pour ma part un immense respect et intérêt profond pour la religion juive, car j’y vois une de mes racines spirituelles les plus fortes en tant que chrétien. Jésus était Juif ! Le fait que beaucoup de ses frères et sœurs dans la foi ne l’aient pas reconnu est un mystère, une question douloureuse, mais je m’en tiens aussi à ce que Paul dit dans la lettre aux Romains (11. 16-18) : « si la première part de pain est sainte, tout le pain l’est aussi; et si la racine est sainte, les branches le sont aussi. Mais si quelques-unes des branches ont été coupées et si toi, qui étais un olivier sauvage, tu as été greffé parmi les branches restantes et tu es devenu participant de la racine et de la sève de l’olivier, ne te vante pas aux dépens de ces branches. Si tu te vantes, sache que ce n’est pas toi qui portes la racine, mais que c’est la racine qui te porte. »

Comment Jésus peut-il endosser tous les péchés de la race humaine sur lui (au moins 7 milliards d’âmes avant sa mort et peut être plus que cela jusqu’à son retour) ? [Mark]

En effet, la question paraît impossible à résoudre, tant que l’on pense que Jésus est un homme et rien de plus. Pire, il me semble que dans ce cas, c’est épouvantable ! Comment imaginer que Dieu ait pu choisir une de ses créatures pour payer pour toutes les autres, alors même que cette créature n’a rien fait ? Seulement voilà, en tant que chrétien, je reconnais qu’en Jésus-Christ, c’est Dieu lui-même qui est venu prendre sur lui le poids de tout ce qui m’empêchait d’être dans une relation pleinement vivante avec lui. Et dès lors, non seulement il peut endosser tous les péchés de la race humaine sur lui, non seulement ceux qui sont morts avant lui mais aussi ceux qui viendront après lui… donc moi aussi ! Il va même plus loin, puisque, comme Jean le Baptiste l’a reconnu, il est « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jean 1. 29), donc de toute la création. Dieu seul peut faire cela, et il le fait pour moi quand je place ma confiance en lui et lui seul.

Luc 14-27 : Jésus parle de porter sa croix- alors qu’il nous semble que pour nous cette expression fait référence à Jésus crucifié. Est-ce une erreur de traduction ? [Joël]

Je n’avais jamais entendu dire que l’expression « porter sa croix » fasse référence à la crucifixion de Jésus. Lors de sa passion, on nous dit qu’il a porté sa croix jusqu’au calvaire, mais il ne s’agit pas, dans le passage que vous citez, de cela. À plusieurs reprises en effet, cet impératif est mentionné : Porter sa croix pour être le disciple de Jésus-Christ. Cela signifie assumer sa condition, ne pas chercher d’échappatoire aux difficultés que notre foi chrétienne occasionnera. Je vous cite ici un théologien allemand célèbre, Dietrich Bonhoeffer, mort en camp de concentration : « La croix est imposée à tout chrétien. C’est la mort du vieil homme, lors de sa rencontre avec le Christ. Elle (…) est dressée au commencement de la communion avec Jésus Christ. L’appel du Christ, le baptême, placent le chrétien dans le combat quotidien contre le péché et le diable. De sorte que chaque jour, avec ses tentations de la chair et du monde, déverse sur le chrétien de nouvelles souffrances de Jésus Christ. » Nous voilà prévenus…

Est-il possible de lire la parabole des mines (Luc 19) en voyant le prétendant au trône comme l’esprit du mal ? Soit en renversant les rôles ? [Manu]

Lire une parabole en cherchant de nouvelles manières de l’interpréter est toujours intéressant. Le tout est d’être conséquent avec les pistes d’interprétations que l’on suit. Dans le cas que vous proposez, si le prétendant au trône est l’esprit du mal (et pas Jésus, comme manifestement lui-même le pensait…) qui sont ses serviteurs ? Sur quel pays lointain doit-il prendre l’autorité ? Qui sont ses concitoyens ? Vous voyez, cela fait beaucoup de questions, auxquelles il faut répondre pour trouver un nouveau sens à la parabole. Je vous laisse le faire. Pour ma part, j’ai besoin de me rappeler qu’il ne s’agit pas de simples allégories amusantes que Jésus donnait pour nous faire chauffer les méninges. Il s’agit, presque tout le temps, d’appels à la repentance, au retour vers Dieu, en nous reconnaissant dans tel ou tel personnage et en identifiant son comportement au nôtre, pour mieux le modifier si besoin.

Jésus était très proche des pourris- mais loin de donner raison à leurs pêchés- les transformait. J’ai plus l’impression d’être submergé par leur désordre- et je perds confiance. Quoi/comment être ? [Manu]

Je ne suis pas sûr de bien comprendre votre question, mais je vais essayer de partager avec vous ce qu’elle m’évoque. Vous parlez, si je vous suis, du sentiment que vous avez d’être submergé par le désordre que les péchés provoquent en vous. Si tel est le cas, alors ne perdez pas courage ! Au contraire, cette sensation, pour très désagréable qu’elle soit, est le signe que vous êtes sur le chemin de la repentance, chemin par lequel vous pouvez découvrir la profondeur de la miséricorde et de l’amour de Dieu, un amour qui va VOUS transformer, comme il a transformé les « pourris » dont vous parlez, et qui ont rencontré Jésus. C’est votre tour ! Ouvrez votre cœur à Sa bonté, à Sa tendresse, comme tant d’autres l’ont fait comme je l’ai fait. Ça ne vous rendra pas parfait d’un coup (nous sommes dans la vraie vie) ,mais ce sera le pas décisif pour vous faire avancer sur le chemin de la sanctification.

La Trinité résumerait Dieu à un Père, un Fils et un Esprit-Saint ? Dieu est plus grand que ça, on ne peut pas capter sa nature ; c’est dur de le diviser en trois. Jésus serait Dieu et Fils de Dieu ? [Sarah]

Oui on ne peut pas limiter Dieu dans des définitions.

Mais en même temps on a besoin d’éléments pour le comprendre.

Dire qu’il est Père est un langage pour nous exprimer qu’il est un Dieu relationnel et pas seulement un « étant ».
Dire qu’il est Fils nous dit que quand on regarde Jésus, on voit le Père.
Dire qu’il est Saint-Esprit nous explique que Dieu n’est pas seulement créateur (début), sauveur (milieu), mais qu’il est aussi actuel.

Et dire que Dieu est un et trois à la fois, c’est aussi nous dire qu’il ne faut pas rêver de comprendre parce que c’est mathématiquement impossible. Définir avec de l’incompréhensible, c’est justement dire que ça dépasse nos capacités de perception.

La Trinité est donc un langage.
Ce n’est pas une définition de l’être de Dieu.
C’est une pédagogie.