Que penser des coloriages chrétiens, finalement inspirés des techniques de mandala ? [Anonym]

A la différence de ce que nous vivons en Occident, la séparation entre le sacré et le profane, le spirituel et le culturel est très floue en Orient. Dès qu’il s’intéresse à une pratique ou à une pensée orientale, le chrétien occidental est donc appelé à la vigilance.

Les mandalas bouddhistes sont faits pour méditer en lien avec une divinité, pour aider à la procuration de certaines émotions, comme peuvent le faire un chant, une position du corps ou la décoration d’un lieu de rassemblement. D’ailleurs, le rôle de certaines décorations (telles que les rosaces) d’églises catholiques ressemble fort à celui des mandalas pour les bouddhistes. Si un coloriage est fait dans le but d’aider à la relation avec le Dieu unique adoré par les chrétiens, cela peut être un support comme un autre à la spiritualité chrétienne.

Toutefois, je crois que l’on peut sérieusement s’interroger sur une certaine fascination des chrétiens occidentaux pour des pratiques orientales, et plus généralement liées au mouvement New Age. Est-ce qu’il y a une carence dans les pratiques des églises occidentales pour accompagner à la croissance en Christ ? Ou bien cet attrait est-il (au moins potentiellement) idolâtre ?

Quelle est cette crainte dont parle Paul dans Romains 8-15 ? Est-ce la même que dans le Psaume 111-10 ? La bonne crainte découle-t-elle de cet esprit d’adoption ? [Chris

Dans l’Antiquité, voir ou entendre Dieu est à la fois un émerveillement et une frayeur : la crainte dont il est question dans tout l’Ancien Testament est de cet ordre. Par exemple lorsque Jacob lutte avec Dieu (Genèse 32), il commence par s’étonner de ne pas être mort dans ce face-à-face. C’est aussi pour cela que si souvent Dieu s’adresse à son interlocuteur en lui disant « n’aie pas peur »… Et l’on retrouve aussi cette attitude dans les évangiles lorsque les disciples prennent conscience qu’ils sont face à un mystère qui les dépasse (par exemple Marc 10,32). On peut comprendre cette notion de crainte comme étant la distance qui sépare Dieu et l’humain, distance qui signifie aussi bien le respect, la différence, le mystère insondable, la peur…

C’est en s ‘appuyant sur cette compréhension que Paul déclare que le changement radical opéré en Christ est la réduction de cette distance. Grâce au Christ nous n’avons plus peur de Dieu. Comme vous le dites, effectivement « l’esprit d’adoption » reçu dans la foi n’abolit ni le mystère, ni le respect, ni la différence… Mais bannit la peur.

Qu’en est-il des anciennes lois telle que l’interdiction de manger du porc ? [Tobi]

La première Eglise décide, lors du synode de Jérusalem, de limiter les règles alimentaires à très peu (Actes 15/24-29), par rapport à ce qui est commandé en Lévitique 11 par exemple. Ce qui a présidé à cette décision est la nécessité d’accueillir des personnes qui croyaient en Jésus, alors qu’elles n’étaient pas juives et n’avaient donc pas l’habitude de telles pratiques alimentaires (Voir aussi Actes 10). Derrière cette évolution se trouve probablement la conscience qu’une étape nouvelle est franchie avec Jésus, qui vient briser les murs qui séparaient juifs et non juifs, pur et impur, pour offrir le salut au monde entier. Il ne s’agit plus maintenant pour les croyants de se tenir à part, en gardant un régime différent, mais de recevoir l’amour de Dieu et de le partager. (Voir Marc 7/19 ou Marc 12/28-31).

Est-ce qu’avec Jésus c’est la fin de la loi ? [Yahia]

Jésus n’a pas mis fin à la loi, il est venu l’accomplir (Matthieu 5. 17). En Jésus, Dieu est venu définitivement réconcilier les êtres humains avec lui, en prenant sur lui le poids de tout ce qui sépare l’humanité de Dieu. Il l’a fait en allant jusqu’à la mort, qui devrait nous être destinée pour toujours au regard de notre séparation profonde d’avec Dieu. Mais si nous mettons notre foi en lui, alors plus rien ne peut nous séparer de son amour. La loi sert de témoignage à l’action de réconciliation et à la sainteté de Dieu. Quand on la prend pour le moyen par lequel Dieu nous reconnaîtrait comme « justes », on fait erreur. Quand on met sa foi en Jésus, on comprend petit à petit que toute la loi ne fait que le désigner lui.

Qu’est-ce-que la béatification et pourquoi l’Église catholique canonise ses papes ? [Guillaume]

Dans l’Église catholique, la béatification est la déclaration, par décision du pape et après toute une enquête (il faut, par exemple, qu’il y ait eu un miracle associé à la personne à béatifier), qu’une personne chrétienne a pratiqué les vertus de façon exemplaire, ou même héroïque (je ne sais pas ce que cela signifie précisément). On peut alors vénérer cette personne. Ce peut être un pape, mais aussi bien un religieux ou un laïc (homme ou femme). Pour l’Église orthodoxe, c’est le synode des évêques d’une Église nationale qui propose la canonisation, qui est proclamée par le patriarche de cette Église.

Peut-on croire en la Trinité- en l’Esprit-Saint- et ne pas croire à la présence réelle du corps et du sang du Christ dans la Cène- comme Zwingli ? [Elan]

La position de Zwingli est respectable (et puisque Zwingli a pensé comme ça, je ne peux que répondre « oui » à la question que vous posez, de la façon dont vous la posez), mais ce n’est pas la mienne.

Je crois que le Christ est réellement présent au cours de la Cène, et pas que cet acte est un simple mémorial (auquel cas, il faudrait, au mieux, ne la faire qu’une fois par an, le jeudi saint, pour vraiment commémorer, comme le président de la République avec le tombeau du soldat inconnu le 8 mai et le 11 novembre). Je ne suis pas un ancien combattant (avec tout le respect que je leur dois) de la foi. Le combat de ma foi et de ma vie pour Christ est toujours actuel et intense, et j’ai bien besoin de sa grâce signifiée réellement dans la Cène, pour reprendre force et courage. C’est bien par son Esprit qu’il se rend présent, mais sa présence est pour moi bien réelle.

« Je ne permets pas à la femme d’enseigner- ni de dominer l’homme ; qu’elle demeure dans le silence. Elle sera néanmoins sauvée en devenant mère (…). » 1Tim 2-12 et 15. Vraiment ? [RK]

Comme dans l’ensemble de ses épîtres, et notamment comme dans la 1ère lettre aux Corinthiens dans laquelle nous trouvons une exhortation du même type (1Corinthiens 14,34), Paul a pour souci principal d’amener d’anciens polythéistes à renoncer à l’idolâtrie (1Thessaloniciens 1,9) et ses conséquences éthiques (quand bien même elles se revendiqueraient de la Loi de Dieu, voir 1Timothée 1,7-8). Il ne faut pas perdre de vue que ces lettres sont envoyées dans des situations de relative urgence, pour traiter de problématiques spécifiques et localisées.

Nous ne savons pas clairement quels sont les enjeux derrière ce passage : Influence des cultes à mystère et des pratiques divinatoires dans lesquelles les femmes ont traditionnellement une grande place ? Influence d’une tendance culturelle qui tendrait à « émanciper » les femmes de leur mari ? Tendance, sous l’influence d’une manière plus grecque que juive de voir l’Homme, au mépris du corps et de ses réalités ?

Il y a peut-être un peu de tout ça à la fois. Paul s’appuie sur l’enseignement de la Loi juive (1Timothée 2,13-14) comme en 1Corinthiens 14,34 (voir aussi 1Corinthiens 11, 7-11). Bien que par ailleurs Paul ne conteste pas la légitimité pour les femmes de parler et prophétiser publiquement (1Corinthiens 11,5), il refuse l’idée selon laquelle la femme pourrait dominer l’homme, et renvoie à l’ordre social du père comme chef de famille, qu’il ne remet pas en question. Paul invite finalement les femmes à faire le choix de la maternité, s’attaquant peut-être ainsi à un certain mépris du corps et de la sexualité.

Il me semble difficile d’absolutiser un passage qui parait si contextuel. Toutefois, il me semble évident qu’il peut interpeller aujourd’hui un certain féminisme méprisant la masculinité et assumant un certain (et très gnostique) mépris du corps et de l’appartenance sexuelle.

Paul en 1 Corinthiens 10-11 demande aux femmes de se voiler dans l’église. Un verset à prendre au sens littéral ou à considérer dans son contexte culturel ? [Emma]

Avec beaucoup de textes il faut choisir où nous allons mettre le curseur :

  • normativité haute : le texte est reçu comme une parole de Dieu et donc ces consignes s’imposent à tout un chacun au-delà des siècles,
  • normativité basse : le texte a été dit par un humain (il ne dit pas nécessairement que Dieu ordonne ceci ou cela, il exprime un point de vue), et surtout comme dans ce cas d’une lettre, il a écrit à des personnes dans un contexte particulier.

C’est ce qui est intéressant avec les épîtres de Paul, c’est qu’il a une approche pragmatique et sur mesure. Il écrit d’abord pour régler des problèmes spécifiques.

Et à Corinthe, le problème ce sont les religions pré-chrétiennes qui donnent notamment à la femme « en cheveux » comme on a dit à certaines époques (par opposition à voilée) le statut de prostituée, ou, là-bas et en ce temps-là, le rôle de prostituée sacrée, ou de voyante pratiquant la divination, ou de prophétesse d’un autre esprit que l’Esprit de Dieu. D’où son conseil.

A vous de choisir, donc, entre normativité haute et basse !

Les chrétiens prient Jésus et le Père. Est-il juste de prier l’Esprit-Saint ? [Simon]

Non seulement cela me paraît juste, mais même hautement recommandable ! Je laisse l’apôtre Paul vous répondre mieux que moi : « De même, l’Esprit Saint aussi nous vient en aide, parce que nous sommes faibles. En effet, nous ne savons pas prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même prie Dieu en notre faveur avec des supplications qu’aucune parole ne peut exprimer. Et Dieu qui voit dans les cœurs comprend ce que l’Esprit Saint veut demander, car l’Esprit prie en faveur des croyants, comme Dieu le désire. Nous savons que toutes choses contribuent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qu’il a appelés selon son plan. » (Romains 8. 26-28). Jésus-Christ nous a envoyé son Esprit pour venir à notre secours. Ne refusons pas un tel allié dans la prière !

Comment Jésus peut-il endosser tous les péchés de la race humaine sur lui (au moins 7 milliards d’âmes avant sa mort et peut être plus que cela jusqu’à son retour) ? [Mark]

En effet, la question paraît impossible à résoudre, tant que l’on pense que Jésus est un homme et rien de plus. Pire, il me semble que dans ce cas, c’est épouvantable ! Comment imaginer que Dieu ait pu choisir une de ses créatures pour payer pour toutes les autres, alors même que cette créature n’a rien fait ? Seulement voilà, en tant que chrétien, je reconnais qu’en Jésus-Christ, c’est Dieu lui-même qui est venu prendre sur lui le poids de tout ce qui m’empêchait d’être dans une relation pleinement vivante avec lui. Et dès lors, non seulement il peut endosser tous les péchés de la race humaine sur lui, non seulement ceux qui sont morts avant lui mais aussi ceux qui viendront après lui… donc moi aussi ! Il va même plus loin, puisque, comme Jean le Baptiste l’a reconnu, il est « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jean 1. 29), donc de toute la création. Dieu seul peut faire cela, et il le fait pour moi quand je place ma confiance en lui et lui seul.