Pasteur n’est-il pas un métier aussi ? Comment être sûr de la vocation ? [Eliane]

Pasteur est un métier, c’est vrai, au sens où chaque Eglise donne à son pasteur un cahier des charges avec des tâches et des objectifs. Pour autant l’Etat considère qu’il ne s’agit pas d’un métier puisque, suite à une décision de justice, les pasteurs n’ont pas été intégrés au droit du travail.

Pour pouvoir être pasteur il faut deux choses : la vocation et la convocation.
La vocation, c’est que la personne se sente appelée par Dieu à exercer ce ministère, d’autant plus dans une période où cette fonction peut être assez difficile, peu rémunératrice dans certaines dénominations, et ayant perdu pas mal de satisfaction personnelle depuis que le pasteur n’est plus un notable. La vocation, c’est l’appel d’en haut.
La convocation, c’est le fait que les humains, l’Eglise, reconnaissent aussi que vous êtes fait.e pour le ministère pastoral. C’est la reconnaissance du ministère.
La convocation est donc la confirmation de la vocation.

Il peut donc y avoir quelques grosses difficultés parmi lesquelles :
– des pasteurs sans vocation, qui ont été là juste par intérêt pour la théologie. Mais si tout pasteur doit être un peu théologien, tout théologien n’est pas fait pour être pasteur, avec le sens du soin délivré par le berger.
– des pasteurs qui ne le sont que par convocation : la projection qu’on a fait sur eux, le désir d’une mère, ou le fait de vouloir poursuivre l’œuvre d’un grand-père pasteur, ou encore des motivations qui sont hors de l’appel de Dieu .
– des pasteurs qui n’ont qu’une vocation mais pas de convocation, c’est-à-dire concrètement des personnes qui ont pensé entendre l’appel de Dieu, mais l’Eglise n’a pas le même discernement.

Dans tout ça sont nécessaires beaucoup de patience, beaucoup d’écoute, de l’amour, du respect, et une bonne dose de pragmatisme.

Pourquoi Jésus est-il si provocateur avec les croyants de son époque ? [Stan]

Effectivement, Jésus a même été crucifié pour avoir à plusieurs reprises désobéi à la Loi religieuse, pour avoir dérogé aux obligations de sa culture, pour avoir dérangé les notables et autres spécialistes religieux. Beaucoup ont voulu voir en lui un être immoral, qui ne respecte pas le Sabbat, qui se prend pour Dieu, qui choisit la complaisance de se laisser toucher par des prostituées, etc. Bref, quelqu’un qui déplace les points de repères de la morale de son époque.
Disons qu’il était plus a-moral qu’im-moral : le jugement des autres, les bonnes mœurs n’étaient pas pour lui le fin mot de l’histoire.

Mais je ne dirais pas que c’était un provocateur au sens d’un trublion ou d’un insoumis. Il voulait pousser tout un chacun dans ses retranchements, notamment pour savoir si c’était vraiment Dieu qui était aux commandes de la vie de ses interlocuteurs. Il voulait provoquer la réflexion, et en choisissant de souvent poser des questions plutôt que de donner toujours des réponses, il souhaitait que ses vis-à-vis fassent un chemin intérieur de déplacement, que ce soit au niveau psychique ou au niveau spirituel. Son but était que les gens se déplacent et qu’ils changent de comportement (l’autre traduction de la repentance), qu’ils découvrent une autre façon de voir la réalité. Plus du point de vue de Dieu, avec un vrai recul.

Et dire que le christianisme est devenu une puissance inverse de conservatisme, de pharisaïsme, de religiosité sclérosante, avec quelques paradis pour les donneurs de leçons ! Les petits christs que sont les chrétiens devraient être assurément plus transgressifs qu’ils ne le sont si vraiment leur foi consiste à imiter leur maître.

Est-ce que la théologie, ce n’est pas en fait du pinaillage, souvent ? [Eloïse]

La théologie, comme son nom l’indique, c’est un discours sur Dieu.
Et comme personne n’a jamais vu Dieu (c’est dit en Jean 1,18 et 1Jean 4,12) il est assez compliqué d’envisager un discours 100% scientifique et objectif sur Dieu.

Pour les chrétiens protestants que nous sommes, le critère de référence, qui va permettre de trancher certains débats théologiques, c’est la Bible. Souvent elle est assez claire et radicale, comme par exemple avec le fameux aimez vos ennemis de Jésus en Matthieu 5,44 et Luc 6,27 ou 6,35. Mais parfois c’est plus complexe, parce qu’il y a des formulations imagées, ou des traductions hasardeuses pour rendre le propos initial compréhensible, ou encore des sujets sur lesquels il peut y avoir une absence de textes ou des contradictions d’un livre à l’autre qui sont difficiles à résoudre.

Le débat théologique est bon, car c’est dans la confrontation avec le texte biblique et la lecture qu’en font mes sœurs et mes frères que peut s’activer l’Esprit Saint qui va inspirer en nous une conviction théologique. Mais quand la motivation est d’abord de persuader, de briller intellectuellement, de croiser le fer avec d’autres chrétiens d’autres Eglises, alors là, ça se gâte, et effectivement, il se peut que ce ne soit plus l’Esprit de Dieu qui motive les discussion et qu’on tombe dans le pinaillage, le débat futile, la violence complaisante.

Tout est donc affaire de motivation.
Et la question restera : par quel esprit vivons-nous ces choses ?
Si c’est l’Esprit du Christ, ça se passera mieux.

Pourquoi on représente les anges avec des ailes ? La Bible ne le mentionne pas — sauf pour les séraphins — et il s’agit de visions. [Alain]

Vous avez tout à fait raison : dans la Bible, la plupart du temps, les anges nous sont décrits comme de messagers (c’est le sens même du mot ange traduit du grec angelos) ayant l’apparence de personnes humaines. C’est le cas notamment des trois voyageurs qui viennent annoncer à Abraham qu’il va avoir un fils ; ou bien, dans l’évangile de Marc, du jeune homme qui se tient à l’entrée du tombeau pour annoncer la résurrection aux femmes. Seuls les chérubins et les séraphins, dans les visions d’Ésaïe et d’Ézechiel ou dans la description de l’arche de l’alliance au livre de l’Exode, sont décrits avec des ailes, afin de souligner la gloire de Dieu. Les premières peintures chrétiennes que nous connaissons, notamment dans les catacombes, suivent fidèlement le texte biblique en représentant les anges comme des humains. Sans doute que les premiers chrétiens se méfiaient de la confusion possible avec les divinités païennes ailées (comme les Victoires). Ce n’est qu’à partir du Vème siècle, quand le paganisme a cessé de représenter une menace, qu’on a commencé à représenter les anges avec des ailes. Quoi qu’il en soit, on s’accorde pour dire que les ailes sont de l’ordre du détail et de la spéculation : ce ne sont pas elles qui font l’ange, mais bien le message que celui-ci porte de la part de Dieu !

Pourquoi ont reçoit des cadeaux à Noël, alors que de base c’est la naissance de Jésus ? [Nahum]

Mais c’est vrai ça, pourquoi est-ce que c’est nous qui recevons un cadeau alors que finalement c’est l’anniversaire de Jésus ? Merci Nahum de me donner la possibilité de réfléchir à ça.
J’ai le sentiment que c’est parce que cette fête met au centre l’importance du cadeau justement ! Comme si on voulait que les gens aient tous un cadeau, pour justement se demander pourquoi les cadeaux sont importants. Une fois réfléchi à ça, on peut se demander quel serait le plus beau cadeau.

Le plus beau cadeau c’est l’Amour, être en Paix, dans un monde devenu Juste, pouvoir être Bienheureux, etc…
Et ça, justement, il n’y a que Jésus qui puisse nous l’apporter vraiment.

Donc, je pense que si on se donne des cadeaux à Noël c’est pour réfléchir qu’il n’y a pas de plus beau cadeau que de recevoir un Sauveur. « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, pour que tous ceux qui croient en lui ne meurent plus mais qu’ils puissent être vivants, et pour toujours ! » (Jean 3,16)

Énorme, le cadeau, non ?

Bien que créé à l’image de Dieu, l’humain a voulu encore plus… et il a chuté. N’en reviendra-t-il pas s’il identifie et élimine la cause de son erreur ? [Abel]

La réponse est bien sûr : oui !

Mais l’enjeu derrière cette réponse, c’est : comment ?
S’il suffisait d’identifier pour éliminer, ce serait simple.
Si l’on pouvait identifier puis agir pour éliminer, ce serait pratique.

L’Écriture biblique nous dit que seule l’œuvre de Christ a pu opérer cette justification, ce retour à une situation juste. « C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » (Ephésiens 2,8-10). Autrement dit, vouloir réparer par nous mêmes, c’est encore vouloir ce mettre à la place de Dieu, faire des choses que Dieu seul peut faire…

La croyance dans le Karma est-elle compatible avec la foi chrétienne ? [Manu]

L’idée du Karma vient de l’hindouisme et du bouddhisme et elle part du principe que nos actions influencent le jeu de nos supposées réincarnations successives. Nos mauvaises actions nous font perdre des points et nos bonnes actions nous font gagner des points en quelque sorte. Pour pouvoir être dans une meilleure prochaine vie ou l’inverse.

La croyance dans le Karma est indissociable de la croyance en la réincarnation, qui est elle-même totalement incompatible avec la foi en la résurrection, qui se trouve être le centre de la spiritualité chrétienne. Ainsi l’épitre aux Hébreux 9,27 (PDV) affirme : « Les êtres humains meurent une seule fois, ensuite Dieu les juge. » Sur cette terre on ne meurt qu’une fois, on ne se réincarne pas. La résurrection se joue à la fin des temps, quand la grâce de Dieu nous ouvre à une vie éternelle par le salut que donne Jésus le Christ. L’épitre aux Ephésiens 2,8-9 (NFC) poursuit en affirmant : « C’est par la grâce de Dieu que vous avez été sauvés, au moyen de la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; il n’est pas le résultat de vos efforts, et ainsi personne ne peut faire le fier. » Nous n’avons donc aucun impact par nos œuvres sur ce qu’il adviendra pour nous après la mort.

Le Karma est donc une projection de l’humain qui aspire à se sauver lui-même.

Quand j’entends Israël dans l’actualité, j’ai souvent l’impression que ce n’est pas la même chose qu’Israël dans la Bible. Qu’en penser finalement ? [Ben]

Effectivement, Israël dans l’actualité c’est l’état d’Israël, créé au milieu du XXème siècle après la deuxième guerre mondiale et la Shoah. Cet état a été créé pour (re)donner une terre au peuple que l’Occident n’a pas su protéger de la folie hitlérienne. L’état d’Israël a été fondé essentiellement sur la base du sionisme politique et de ses leaders qui souhaitaient un état laïc, pour différencier cet état du « peuple d’Israël » qui est plutôt l’appellation du Premier et du Nouveau Testaments.

Ainsi, appliquer les vérités bibliques terme à terme qui parlent d’Israël sur l’état actuel d’Israël est faux. Car Israël est d’abord le nom donné par Dieu à Jacob après qu’il se soit battu avec Dieu (ce qui est le sens de ce nom en hébreu). Les « fils (et filles) de Jacob » sont donc d’abord une filiation non seulement du sang mais aussi et surtout spirituelle, liée à la fidélité au Dieu biblique.

Un.e chrétien.ne fête ou ne fête pas la Saint-Valentin ? [Val]

Déjà, Valentin était un chrétien et c’était même un martyr qui s’est fait couper la tête pour la radicalité de sa foi. Ce qui n’est pas le cas de la fête du même nom qui se joue le 14 février, date dans la religion romaine païenne préchrétienne des Lupercales, fêtes où l’on célèbre la nature et notamment l’accouplement des oiseaux. Bref, pas besoin de vous dire que c’est d’abord une fête païenne.

D’ailleurs si l’on en juge aux contenus sur les réseaux sociaux, il est assez clair qu’il y a là une célébration de l’accouplement bien plus qu’un éloge de l’amour chrétien 😉
Alors ce n’est pas parce que nos frères et soeurs catholiques mentionnent Valentin, le martyr, à cette date, que spirituellement il s’agit d’une fête chrétienne. On vous laisse en juger.

En revanche c’est un jour certainement où l’on peut méditer que Valentin, le prêtre, contre la religion romaine, a voulu garder sa foi en Christ coûte que coûte, jusqu’au martyr et la décapitation. Ce qui refroidit sérieusement l’érotisme au programme de ce jour.

Et n’oubliez pas de googliser Saint Valentin pour voir sa… tête.

J’en ai marre de la guerre entre créationnistes et évolutionnistes. Comment se positionner ? [Mona]

Vous obtiendriez bien sûr des réponses très différentes d’un répondant à l’autre de ce site. Mais en voici une ; parmi d’autres.

Je suis créationniste
Je pense que le rédacteur de la Genèse n’a pas de prétention à poser un discours ni historique ni scientifique. Il se pose la question du sens de la vie. Et il nous raconte comment tout le monde visible est un monde désiré par Dieu, créé par Dieu avec sa Parole, et mis en ordre par Dieu, avec pour apothéose la création de l’humain, à qui sera remis le mandat de prendre soin de ce qui a été créé.
Il nous raconte la création du adam et de la ‘avah que nous appelons Adam et Eve comme s’il s’agissait de deux personnes dotées de prénoms, alors qu’il s’agit de noms communs. haAdam c’est l’Humain, et ‘avah c’est la Vivante. L’humanité est faite pour la vie. J’aime ça.
Bref, la Genèse ne traite pas une question de science mais une question de sens.

Je suis évolutionniste
Objectivement la science (elle-même en constante évolution) nous montre que l’humain a beaucoup changé. Regardez la taille des lits du Moyen-Âge… et regardez la tailles de nos ados, tous plus grands que leurs parents. L’humain évolue, la mixité entre les ethnies augmente avec la mondialisation. Tout change. C’est comme ça. Mais ça ne donne pas vraiment de sens à ma vie. Je le constate. Parce que pour le coup, observer ces évolutions est une question de science et pas une question de sens.

Donc je n’ai pas de temps à perdre à savoir où se trouve Lucy, l’éthiopienne, dans les généalogies du Premier Testament. Je ne cherche pas à savoir si les diplodocus sont ce que le livre de Job appelle le Béhémoth ou le Léviathan
Je suis tranquillement de mon époque et je vois la science changer ses théories tous les trente ans. Je suis paisiblement chrétien et je vois mon Dieu, fidèle depuis le commencement, et présent tous les jours par son Fils jusqu’à la fin du monde (Matt 28).