« Chef de »…en 1 Corinthiens 11:3 — qu’est-ce que cela signifie ? [Charles]

Le chapitre 11 de 1 Corinthiens part d’une question très pratique : le port du voile par les femmes. Certaines chrétiennes de Corinthe l’enlevaient, revendiquant ainsi sans doute le statut d’égalité que leur conférait l’Evangile prêché par Paul lui-même (voir Galates 3,27-28), mais cela choquait, notamment dans la culture juive, comme l’attestent des textes du Talmud.

Au verset que vous citez, l’apôtre Paul écrit : « le chef de tout homme, c’est le Christ ; le chef de la femme, c’est l’homme ; le chef du Christ, c’est Dieu ». Affirmation surprenante, voire choquante si on oublie que « chef » n’est pas à prendre au sens de « patron », d’ordre hiérarchique (ainsi le Christ n’est pas inférieur à Dieu, car il est Dieu fait homme). Le mot grec traduit par chef, képhalè, signifie « tête » (comme dans l’expression « couvre-chef »), avec la connotation de ce qui vient en premier. Et Paul d’ajouter que la femme, effectivement tirée de l’homme selon Genèse 2  pour être son « secours », est la « gloire de l’homme ». C’est à dire que son comportement peut soit honorer, soit déshonorer son mari et elle-même (notamment en se montrant en public tête découverte, ce que l’époque pouvait juger aussi indécent et provocant que des seins nus !). Paul fait donc un jeu de mots dans tout ce passage : dévoilée, une femme déshonore son « chef », c’est à dire à la fois son mari et sa propre tête, donc elle-même.

Que faire de ce texte aujourd’hui, alors que nos codes culturels et nos critères de pudeur ne sont plus les mêmes en ce qui concerne les cheveux ? Vouloir appliquer ce texte à la lettre amènerait à trahir son intention. Paul appelle ici  hommes et femmes, tous deux image de Dieu, à respecter la différence des sexes et leur complémentarité, leur besoin l’un de l’autre (v.11), voulus par le Créateur. Certainement pas à imposer aux femmes un signe de subordination et d’infériorisation, comme on le voit hélas en Afghanistan ou en Iran… Bien au contraire, pour Paul en son temps, c’est leur gloire ! (v.15). Pour traduire le v. 13 correctement : « la femme doit porter sur la tête une marque d’autorité » (et non pas de « l’autorité dont elle dépend », traduction fautive de la TOB). Cette autorité propre à la femme est rappelée au v.12 : l’homme naît de la femme… et tout vient de Dieu.

Pourquoi la Bible n’est pas mise dans l’ordre chronologique ? [Emilie]

Comme vous le savez, la Bible n’est pas un livre (comme un manuel d’histoire, ou autre récit suivi qui devrait respecter l’ordre chronologique), mais un recueil de 66 livres, une bibliothèque. Or,  dans une bibliothèque bien conçue, les livres sont avant tout classés par genre. On ne range pas les traités de philosophie avec les manuels de mathématiques, ni les romans avec les recueils de poésie.

La bibliothèque que forment les Saintes Ecritures comprend deux grandes « armoires ». L’Ancien Testament, dont les livres (dans l’original hébreu) sont répartis sur trois « étagères » : la loi (les cinq livres dits du « Pentateuque » qui comprennent aussi l’histoire des origines), les prophètes (les livres évoquant l’histoire d’Israël de l’entrée en Canaan jusqu’à l’exil, avec les recueils des prophètes dont Israël a conservé les paroles), et les « autres écrits », recueil moins homogène de cantiques, de proverbes, et autres écrits poétiques dits de sagesse comme Job, l’Ecclésiaste, avec même des livres à caractère historiques comme les chroniques, Esdras, Néhémie qui relatent aussi l’après-exil..). Tout n’est pas toujours facile à dater avec précision d’ailleurs, et quand il ne s’agit pas d’histoire, ce n’est pas forcément nécessaire. A noter que le classement que je viens de résumer est celui de la Bible hébraïque (suivi par la version en Français Courant, ou la TOB). La version grecque dite des Septante présente un ordre différent, suivi notamment par la version Louis Segond.

Pour ce qui concerne le Nouveau Testament, le principe de rangement par catégories littéraires se retrouve, avec quatre étagères : les quatre livres relevant du genre spécial « évangile », les Actes des Apôtres, les lettres (celles de Paul, Pierre, Jacques, Jean, etc) et enfin, l’Apocalypse, un genre tout à fait à part.

Ceci dit, le respect de l’ordre  chronologique est loin d’être totalement absent des canons de l’Ancien comme du Nouveau Testament. Le premier livre de l’A.T. (la Genèse) traite des origines du monde et de l’alliance, et l’histoire biblique des patriarches et du peuple d’Israël se déroule à partir de là, à travers le Pentateuque, puis les livres de Josué, Juges, Samuel et Rois.

L’ordre dans lequel le Talmud Baba Bathra (un commentaire rabbinique des Ecritures Saintes)  cite les « Ecrits » semble avoir été établi en tenant compte des époques auxquelles leurs auteurs étaient réputés avoir vécu.

Quant au Nouveau Testament, il part des paroles et des actes de Jésus (évangiles), puis des débuts de l’Eglise et de la mission (Actes des Apôtres), jusqu’à l’Apocalypse qui nous annonce, entre autres, l’avènement d’une nouvelle création inaugurée dans la personne du Christ. Mais il est vrai que les épîtres de Paul aux Eglises, par exemple, ne sont pas classées en fonction de leur date de rédaction mais… de leur taille, de la plus longue (Romains) à la plus courte (2 Thessaloniciens). Et pour en trouver une facilement, vous connaissez peut-être l’astuce : apprendre l’acronyme rococogaléphicothéthétititiphi.

Bref, l’ordre des livres bibliques légué par la tradition… on fait avec !

 

Pourquoi la pratique jubilaire s’est-elle éteinte ? [Astrid]

L’année du jubilé est instituée dans le livre du Lévitique (ch.25). Elle clôt le cycle de 7 années sabbatiques (49 ans en tout). Comme une année sabbatique, elle était une année de repos pour les terres laissées en jachère, mais surtout, dans la cinquantième année, chacun pouvait récupérer les terres qu’il avait dû céder pour payer ses dettes, et s’il avait été contraint de vendre des membres de sa famille, voire lui-même, en esclavage pour le même motif, tous recouvraient leur liberté, et ce sans contrepartie.

Voilà pour la loi de Dieu. L’article du dictionnaire encyclopédique de la Bible consacré au sabbat note au sujet du jubilé : « c’était plus beau que pratiquement réalisable » ! En effet, si cette loi reflète le souci des plus pauvres, des membres les plus vulnérables d’Israël, l’auteur doute qu’elle ait jamais été appliquée. Mais on peut quand même citer le ch.5 du livre de Néhémie, où il est relaté que ce gouverneur des juifs invita les plus aisés d’entre eux à renoncer à tout l’argent que leur devaient leurs concitoyens misérables. Il obtint un accord unanime. « Et le peuple tint parole » (Néhémie 5,13).

Certes, il n’y a pas de trace d’une observation stricte et régulière du jubilé en Israël, mais on peut encore s’en inspirer, que ce soit à l’échelle individuelle (« remets-nous nos dettes, comme nous l’avons fait pour nos débiteurs » est une traduction précise de la 5e demande du Notre Père !) ou à l’échelle des nations : la dette des pays les plus pauvres s’envole à un niveau insoutenable. Ils paient 1400 milliards de dollars par an, rien que pour en rembourser les intérêts… Bien plus que pour les besoins de santé et d’éducation de leurs populations.

Matthieu 19:12 s’applique à ceux qui doivent rester célibataires parce que personne ne veut les épouser ? [Steeve]

Le verset que vous citez, Steeve, est à situer dans son contexte. Jésus vient de délivrer un enseignement valorisant le mariage en s’opposant à la banalisation du divorce, tel que l’autorisaient les lois du judaïsme à l’époque, et il conclut : « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » (Mt 19,6). Il va jusqu’à assimiler la répudiation d’une épouse à un adultère (v.9). Les disciples, perplexes devant cette exigence radicale, en concluent qu’il vaut mieux ne pas se marier. Jésus évoque alors trois cas de célibat : il parle « d’eunuques », c’est à dire d’hommes qui ne peuvent procréer, soit depuis leur naissance, pour raisons médicales par exemple, soit parce qu’ils ont subi une mutilation, et, troisième cas, parce qu’ils « se sont rendus eunuques eux-mêmes pour le Royaume des cieux ». Jésus pourrait faire allusion à certaines pratiques ascétiques, allant de l’abstinence rigoureuse (comme chez les esséniens) jusqu’à l’automutilation (dans des cultes orientaux) pour se rendre totalement disponible à la vie religieuse.  Mais il souligne devant ses disciples que le mariage tout comme le célibat sont une affaire sérieuse . Dans un cas comme dans l’autre, une vocation à assumer et jamais une fatalité à subir. Paul y insiste en 1 Corinthiens ch.7.

Si personne ne veut de moi, donc si j’ai du mal à trouver un conjoint et à entrer dans la vie conjugale, ce peut être pour des raisons bien diverses : physique ingrat, mauvais caractère, situation sociale précaire, instabilité affective ou autres failles psychologiques, addiction au travail, ou à d’autres dépendances qui isolent.. Certaines peuvent trouver leur résolution par un travail sur soi (le problème ne vient pas forcément de l’autre !). Mais dans tous les cas, prendre le temps du discernement est nécessaire : est-ce que le Seigneur m’appelle vraiment à l’union conjugale ? Est-ce que mon célibat est source exclusive de souffrance (solitude, dépréciation de soi, deuil impossible de la paternité ou de la maternité…), ou alors est-ce que je peux, avec le Seigneur, en apprécier et valoriser les atouts : indépendance, liberté et disponibilité pour une vie féconde sur un autre plan que conjugal et biologique ?  Dans les deux cas, mariage ou célibat, nous avons à exercer cette liberté qui nous est donnée en Christ et à ne pas nous courber passivement sous le poids d’une contrainte, de quelque nature qu’elle soit. Mariage comme célibat ne font l’objet ni d’obligation ni d’interdiction, mais d’un appel à aimer et à servir.

Est-il inconvenant ou critiquable pour un protestant de fleurir la tombe d’un proche ? [Antoine]

Chaque civilisation honore d’une façon ou d’une autre la mémoire de ses morts. Au matin de Pâques, des femmes sont allées porter des aromates au tombeau de Jésus (trop tard, il n’était plus là !). A Madagascar existe une cérémonie traditionnelle, au cours de laquelle on sort la dépouille mortelle du tombeau pour l’envelopper d’un nouveau linceul, au milieu d’autres rituels festifs (certaines Eglises malgaches sont critiques vis à vis de cette pratique motivée par le désir de rester en lien avec les ancêtres, comme s’ils pouvaient encore intervenir chez les vivants…). Chez nous, que ce soit au cimetière, voire sur le lieu d’un accident ou d’un attentat, la coutume est de déposer des fleurs.

Vous vous demandez donc, Antoine, s’il est convenable qu’un protestant le fasse. C’est vrai que sur certains faire-part annonçant un culte à l’occasion d’un décès, on lit la mention « ni fleurs ni couronnes » voire la suggestion d’un don à l’Eglise ou à telle oeuvre chrétienne, ou à la recherche contre telle maladie. J’ai parfois été perplexe devant le monceau de gerbes et de bouquets qui encombraient le choeur du temple lors d’un service funèbre, en me disant qu’il aurait mieux valu que l’argent dépensé chez les fleuristes soit mieux utilisé… Mais c’est précisément ce qu’on a reproché à cette femme qui avait versé, gaspillé tout un flacon de parfum de prix en le répandant sur la tête de Jésus. Elle a fait ce qu’elle a pu par amour pour lui, elle a (sans le savoir) célébré par avance son ensevelissement, a dit Jésus (voir Marc ch.14, v.2-9) !

Bref, dans la vie du chrétien, des pratiques et coutumes ne sont ni permises ni défendues en soi, car tout dépend dans quel esprit on agit et pourquoi on fleurit une tombe : si c’est par pur formalisme ou conformisme, voire par mauvaise conscience (par exemple dans le cas où l’on n’a pas pris soin du proche défunt quand il était encore en vie !), alors mieux vaut s’en abstenir. « Tout ce qui n’est pas le fruit d’une conviction est péché », écrit l’apôtre Paul sur un autre sujet pratique (Romains 14,23). A chacun de s’examiner lui-même. Il y a bien des manières, avec ou sans fleurs, de garder dans son coeur la mémoire de nos chers disparus. Dans la vérité et dans la liberté que nous donne notre Seigneur Jésus.

Quand nous lisons l’histoire de Séphora- femme de Moïse- quelles sont les traits de sa personnalité qui sont à retenir ? [Moussa]

Sephora, Tsippora dans le texte hébraïque, n’apparaît que trois fois dans l’Ancien Testament, peut-être quatre si c’est bien elle, la femme « koushite » (=nubienne ou éthiopienne, mais ce terme s’appliquerait aussi aux madianites) au sujet de laquelle Myriam et Aaron critiquèrent leur frère Moïse.

En Exode 2,21, Séphora est donnée comme épouse par son père Jethro à Moïse qui a fui l’Egypte. Cela ne nous dit rien de son caractère, ce sont les moeurs de l’époque. En Exode 18,2, il est indiqué qu’elle vient avec son père et ses deux enfants à la rencontre de Moïse, après la sortie d’Egypte, avec l’explication que ce dernier l’avait « renvoyée » car en Exode 4,20 elle accompagne Moïse qui retournait en Egypte après s’en être enfui.

L’épisode le plus intéressant pour tenter de cerner -en partie- la personnalité de cette femme est aussi l’un des plus difficiles à comprendre de l’histoire biblique ! Il survient lors de ce voyage : en Exode 4,24-26, Dieu s’attaque à Moïse pour le faire mourir, alors qu’il l’a désigné comme libérateur d’Israël ! C’est en coupant le prépuce de son fils et en l’appliquant sur les « pieds » (le sexe) de Moïse que Séphora sauve son époux.  Autrement dit c’est elle, la femme étrangère, qui circoncit symboliquement son époux, rite qui marque l’appartenance au peuple élu !

« Comment Sephora a-t-elle su qu’il fallait poser cet acte pour sauver la vie de Moise en Exode 4:25 ? », demande Lévys dans une question posée  récemment à 1001questions.fr. Le texte biblique ne nous le dit pas…. Ce qu’il faut retenir, c’est que tout comme Rahab ou Ruth en d’autres circonstances, Séphora, par son esprit d’initiative et sa foi, élargit les frontières ethniques du peuple de Dieu, et bien plus encore, contribue à son salut. Bref, une forte femme assurément !

Comment des gens peuvent croire qu’un affreux leader puisse être le Messie ? [Sylviane]

Je ne sais pas, Sylviane, à quel « affreux leader » actuel ou passé vous faites allusion mais l’explication de ce phénomène tient, dans la plupart des cas, en un seul mot : séduction.

Déjà au temps de Jésus et avant lui parmi les juifs, plusieurs personnages se sont présentés comme l’envoyé de Dieu, le sauveur qui allait restaurer la grandeur d’Israël ; certains sont cités par Gamaliel en Actes 5,36s. Jésus avait prévenu : « Beaucoup d’hommes viendront en usant de mon nom et diront : je suis le Messie ! Et ils tromperont quantité de gens » (Marc 13,6).  Ces faux libérateurs annonçaient aux gens ce qu’ils avaient soif d’entendre, des promesses de libération, de bonheur, de paix et de prospérité. Depuis, le charisme de tel ou tel (par exemple son pouvoir de guérison) et sa capacité de persuasion ont pu entraîner aussi beaucoup à voir en lui le Christ : un exemple célèbre au siècle dernier est celui de Georges Roux,  que l’on a surnommé le « Christ de Montfavet », auto-proclamé « Christ re-manifesté ». On peut aussi mentionner, pour leur capacité d’emprise sur leurs adeptes, Gilbert Bourdin, « messie cosmo-planétaire » à Castellane, sans oublier Claude Vorillon, alias Raël qui s’en serait allé en octobre 1975 sur un vaisseau d’extra-terrestres retrouver Bouddha, Moïse, Mahomet et Jésus…

En un mot : plus c’est gros, plus ça passe, dans notre monde en mal de repères et d’espérance.

Notons que pour sa part, Jésus a refusé de faire des disciples par la séduction ou des promesses mirobolantes : il les exhorte au contraire à renoncer à eux-mêmes, et à le suivre. Il affirme que le plus grand, c’est le serviteur de tous et il en donne lui-même l’exemple. Il refusera même de faire un miracle à ceux qui le lui demandent (Matthieu 12,38-40).

Paul dit en Ephésiens 2-19 qu’il n’y a plus d’étranger- et Hébr. 11-13 ou 1 Pierre 2:11 qu’on est tous étrangers… Pourquoi ? [Jean]

Cher Jean, c’est le contexte dans lequel il est utilisé qui permet de comprendre le sens que l’auteur biblique donne au mot « étranger », c’est à dire par rapport à qui ou à quoi on l’est.

Or dans les cas que vous citez, les contextes ne sont pas les mêmes : Paul en Ephésiens 2,19 s’adresse aux chrétiens qui ne sont pas d’origine juive : ils étaient étrangers au peuple de l’Alliance (Israël), et désormais par le Christ ils en font partie intégrante. Les textes d’Hébreux et de 1 Pierre, pour leur part, nous rappellent que nous ne sommes que résidents temporaires, migrants en ce monde, que notre ultime patrie est devant nous : c’est le Royaume de Dieu, que nous espérons et préparons. Nous sommes donc étrangers et voyageurs de passage sur la terre, mais frères et soeurs en Christ, membres du peuple de Dieu par-delà toutes les barrières ethniques, sociales, etc.

Comment se sortir d’une situation où on a menti et où on est coincé ? [Steph]

Jésus nous promet dans l’Evangile de Jean : « vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres » (Jean 8,32). Dans la situation que vous décrivez, quelqu’un connaissait une vérité qu’il a délibérément cachée, écartée, parce qu’elle lui était défavorable, ou risquait de lui porter préjudice. Et il ne peut plus la dissimuler, elle apparaît au grand jour. Alors il peut être tenté de jouer avec les mots, de tout relativiser, comme quelqu’un qui, au sujet des fake news, ces fausses informations qui inondent internet et les média, les qualifiait de « faits alternatifs ».  Ou bien, il peut s’obstiner dans son mensonge et s’y enferrer davantage.

Dans ce cas-là, la promesse de Jésus ouvre un chemin de liberté : reconnaître la vérité, demander pardon à ceux à qui on l’a cachée, c’est sortir de l’impasse où le mensonge nous enfermait.

« Connaître », dans cette parole de Jésus, ce n’est pas simplement savoir de façon abstraite, c’est expérimenter, nouer une relation vécue avec celui ou ce que l’on connaît. La vérité, c’est Jésus lui-même. Refuser le mensonge, c’est lui faire confiance, nous abandonner à lui et à son amour.

Un chrétien qui choisit l’assistance médicale à mourir risque-t-il de compromettre son entrée dans la vie éternelle ? [Lvet]

Votre question, Lvet (seriez vous helvète ?) a été posée récemment par un responsable évangélique français qui suit de près les travaux de l’Assemblée Nationale autour du projet de loi relatif à l’aide à mourir. Il écrivait : « Face au don de Christ sur la croix, la question de l’impact d’un suicide assisté sur le salut du chrétien se pose ». Mais il a eu la prudence d’ajouter : « Au moment où j’écris ces lignes, je n’ai pas de réponse spirituelle universelle à cette « rupture éthique » dans notre société française ».

Les rares mentions de suicide dans la Bible, assisté ou pas (Ahitophel, Achab, Judas…) sont le fait d’hommes désespérés par l’impasse où leurs choix les ont conduits, et fermés au pardon et à la grâce de Dieu. Mais si nos actes malheureux, y compris ultimes, devaient nous priver du Salut, alors, qui pourrait être sauvé ? J’ai connu des chrétiens sincères qui, dans un moment de désespoir, de dépression ou de solitude, ne supportaient plus de vivre et ont commis ce geste fatal. Comment oser les juger ou leur dénier le statut d’enfant de Dieu ?

Ma conviction est que notre Salut éternel ne se joue pas dans nos actes, nos décisions et comportements, même si certains textes bibliques trop vite lus pourraient nous faire penser le contraire (comme : « sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie », Apocalypse 2,10).  Le Salut m’a été accordé une fois pour toutes par la croix de Jésus-Christ. Il ne dépend pas de la qualité de mes oeuvres, de mes choix, mais de l’amour de Dieu qui m’a précédé et élu de toute éternité (Ephésiens 1,5-7). Et c’est dans la confiance, dans la foi, que j’entends son appel, et reconnais ce cadeau de la grâce, dont je suis appelé à vivre.

C’est ici que commence la réflexion éthique qui doit, semble-t-il, dans une perspective chrétienne, nous faire préférer le développement des soins palliatifs, l’accompagnement de la vie et la prise en charge des plus fragiles jusqu’au bout, à une légalisation de l’euthanasie. Elle autorisera malgré les « garde-fous » promis tous les dérapages : pressions économiques, sociales, psychologiques, directes ou insidieuses, sur ceux et celles qui arrivent aux limites de la vie…  Le même responsable évangélique que j’évoquais ci-dessus cite à ce sujet Albert Schweitzer : « À certains moments de notre vie, notre propre lumière s’éteint et se rallume par l’étincelle d’une autre personne. Chacun de nous a des raisons d’éprouver une profonde gratitude pour ceux qui ont rallumé la flamme en nous. »