Que faire d’un verset comme Lév 19:19 qui interdit le port de chaussettes en coton et polyamide ? [Pierre]

Le tour humoristique de votre question montre bien que vous avez déjà une partie de la réponse : il ne faut pas confondre l’esprit et la lettre de la Loi de Dieu. Lv 19,19 interdit l’association d’espèces différentes (d’animaux, de semences, et, donc, de fibres textiles). Pourquoi ? C’est effectivement mystérieux, surtout au milieu d’autres commandements de ce chapitre 19 qui nous semblent beaucoup plus clairs, comme l’amour du prochain, la prise en charge du pauvre, l’accueil de l’étranger, le souci de la justice… Il est au centre du code de Sainteté, qui s’étend des chapitres 17 à 27. La sainteté, c’est le fait d’être  « à part », consacré, réservé pour le Seigneur. Parce que Dieu est Saint. Il crée d’ailleurs en séparant (voir le premier chapitre de la Genèse) lumière et ténèbre, terre et mer, etc… Israël, peuple choisi par Dieu, doit refléter sa sainteté dans tous les domaines de la vie et rejeter tout ce qui est du domaine du mélange, de la confusion.. Donc l’interdit que vous pointez a une valeur symbolique. En Jésus-Christ, l’alliance devient universelle, s’étend à tous les peuples de la terre et nous ne sommes plus soumis à la lettre de ces lois et rituels qui relèvent de l’ancien culte. Peut-être, simplement, nous invitent-ils à nous interroger sur toutes les confusions dans lesquelles notre nature de pécheurs peut nous enfermer, et comment justement nous pouvons manifester le statut nouveau de sainteté que nous confère notre union à Jésus-Christ ! Car être saint, c’est ne plus nous appartenir nous-mêmes, puisque le Christ nous a rachetés une fois pour toutes, pour que nous lui appartenions tout entiers.

«Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants» (Matthieu 27-25). Comment interpréter cette sentence ? Cette condamnation criée par la foule juive est-elle malédiction définitive ? [Ernest]

Cette formule (littéralement dans le texte grec : « son sang, sur nous et sur nos enfants ») se retrouve par ailleurs dans l’Ancien Testament, elle signifie : « nous assumons la responsabilité de cette condamnation à mort », pour nous et nos descendants. Il n’est pas exclu, comme c’est parfois le cas dans les récits de la passion de Jésus, que l’Evangéliste prête un double-sens à cette déclaration (comparer avec Jean 11,50-51; 18,37; 19,21-22) : elle pourrait être aussi une prophétie involontaire, attestant que le sang versé par Jésus, comme celui de l’animal sacrifié lors de la fête du Yom Kippour, est offert en rémission des péchés du peuple.

Quoi qu’il en soit, cette sentence marque le refus par le peuple et ses chefs religieux de reconnaître que Jésus est le Messie, et leur volonté de voir mis à mort celui qu’ils considèrent comme un blasphémateur. Elle ne peut servir à justifier l’antisémitisme et la persécution des juifs, comme ce fut, hélas, si souvent le cas au cours des siècles.

Qui a créé l’enfer ? [Laura]

C’est pas moi ! Au-delà de cette boutade, je crois que dans sa simplicité apparente, la question que vous posez en soulève beaucoup d’autres, que vous aviez peut-être en tête quand vous vous êtes adressée à 1001 questions. Je vais vous répondre à partir de ce que je crois et de ce que je lis dans la Bible, autant qu’à partir de ce que je vois autour de moi.
Je crois que l’ensemble de la création est le fruit de l’acte créateur du Dieu trois fois saint. Donc, si je considère l’enfer comme un lieu spécifique de la création, je crois que c’est Dieu qui l’a créé. Matthieu 25. 41 : « Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche: Retirez-vous de moi, maudits; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. » Ce « feu éternel » peut être compris comme l’enfer, même si on voit bien qu’il y a beaucoup de toute notre imagerie à revoir là-dedans. Et il est clair que ce feu a été préparé… Je ne vois pas par qui d’autre que par Dieu. Cela n’est pas du tout plaisant ni à écrire ni à concevoir, mais je ne peux pas faire autrement que de lire ce que je lis. Dans sa vision de l’Apocalypse, Jean a aussi vu un étang de feu et de soufre où le Satan sera jeté. Le problème, c’est que la Bible parle assez peu de l’enfer, en tout cas selon les représentations que nous en avons. Voilà pour ce que l’on peut peut-être penser quand on envisage l’enfer comme punition. Cela me semble vouloir dire que dans la vraie vie, ce n’est pas comme à l’école des fans (une vieille émission de télé où on faisait chanter des enfants… c’est trop long à expliquer) : tout le monde n’a pas gagné à la fin. Ce que nous vivons sur terre n’est pas indifférent à Dieu.
Reste que sans même de parler de ça, je constate que beaucoup de mes contemporains qui prétendent vivre sans Dieu font déjà un enfer de leur vie. Attention je n’ai pas dit tous ! Mais il y a bien des domaines de la vie où dès à présent, j’ai l’impression de voir évoluer des damnés dans l’enfer de Dante : s’étriper pour un pot de pâte à tartiner au rabais, c’est vivre quelque chose de l’enfer ; vivre sa sexualité soit par la pornographie, soit par la fréquentation de sites des rencontres exclusivement sexuelles, c’est courir le risque de vivre quelque chose de l’enfer ; évoluer dans une entreprise qui détourne la devise républicaine pour mettre « volonté » à la place de « fraternité », c’est courir le risque de vivre quelque chose de l’enfer. Pas besoin d’imaginer que Dieu soit l’auteur de tout ça.

Dans certaines Bibles, Joël 2,28-32 est numéroté 3,1-5. Quelqu’un pour éclairer ma lanterne ? [Joëlle]

Le découpage des textes bibliques en chapitres et en versets -qui est particulièrement pratique pour nous repérer- n’était pas prévu lors de la rédaction de ces textes : Ce découpage a eu lieu entre les XIII° et XVI° siècles !

A cette époque-là déjà, plusieurs éditions de la Bible étaient répandues.

Pour nombre d’historiens et théologiens ce sont les principales raisons de ce découpage actuel différent : les Bibles s’inspirant plutôt de la Vulgate latine auraient trois chapitres (avec 32 versets pour le chapitre 2) et celles s’inspirant plutôt de la Bible hébraïque auraient quatre chapitres (avec 27 versets pour le chapitre 2 et 5 versets pour le chapitre 3).
Pourtant cette argumentation ne fait pourtant pas l’unanimité parmi les intellectuels.

Alors: A trois ou quatre chapitres, ce qui importe c’est le message délivré par le prophète Joël et notamment la promesse de l’effusion d’esprit, proclamée à nouveau par Pierre.

Que dire de la religion juive lorsque l’on est chrétien ? Ne sont-ils pas ceux qui ont refusé de reconnaître le Messie dans la personne de Jésus ? Et qu’attendent-ils au juste ? [Rémy]

Les Juifs ne sont pas les seuls à ne pas reconnaître le Messie dans la personne de Jésus ! Il y a aussi les musulmans, les croyants des traditions religieuses non chrétiennes, et les athées ! Une récente déclaration de la Fédération Protestante de France a fait le point sur cette question du point de vue protestant. Je vous invite à consulter le livret publié à cette occasion : http://www.protestants2017.org/wp-content/uploads/2017/12/Cette-memoire-qui-engage-livret.pdf

J’ai pour ma part un immense respect et intérêt profond pour la religion juive, car j’y vois une de mes racines spirituelles les plus fortes en tant que chrétien. Jésus était Juif ! Le fait que beaucoup de ses frères et sœurs dans la foi ne l’aient pas reconnu est un mystère, une question douloureuse, mais je m’en tiens aussi à ce que Paul dit dans la lettre aux Romains (11. 16-18) : « si la première part de pain est sainte, tout le pain l’est aussi; et si la racine est sainte, les branches le sont aussi. Mais si quelques-unes des branches ont été coupées et si toi, qui étais un olivier sauvage, tu as été greffé parmi les branches restantes et tu es devenu participant de la racine et de la sève de l’olivier, ne te vante pas aux dépens de ces branches. Si tu te vantes, sache que ce n’est pas toi qui portes la racine, mais que c’est la racine qui te porte. »

Paul en 1 Corinthiens 10-11 demande aux femmes de se voiler dans l’église. Un verset à prendre au sens littéral ou à considérer dans son contexte culturel ? [Emma]

Avec beaucoup de textes il faut choisir où nous allons mettre le curseur :

  • normativité haute : le texte est reçu comme une parole de Dieu et donc ces consignes s’imposent à tout un chacun au-delà des siècles,
  • normativité basse : le texte a été dit par un humain (il ne dit pas nécessairement que Dieu ordonne ceci ou cela, il exprime un point de vue), et surtout comme dans ce cas d’une lettre, il a écrit à des personnes dans un contexte particulier.

C’est ce qui est intéressant avec les épîtres de Paul, c’est qu’il a une approche pragmatique et sur mesure. Il écrit d’abord pour régler des problèmes spécifiques.

Et à Corinthe, le problème ce sont les religions pré-chrétiennes qui donnent notamment à la femme « en cheveux » comme on a dit à certaines époques (par opposition à voilée) le statut de prostituée, ou, là-bas et en ce temps-là, le rôle de prostituée sacrée, ou de voyante pratiquant la divination, ou de prophétesse d’un autre esprit que l’Esprit de Dieu. D’où son conseil.

A vous de choisir, donc, entre normativité haute et basse !

Pourquoi Dieu a-t-il essayé de tuer Moïse (Exode 4:24-26) et pourquoi est-il sauvé par la circoncision de son fils ? [Laura]

Merci pour cette question que je me suis souvent posée sans jamais prendre la peine d’y chercher une réponse précise.

Genèse 17/9-14 explique le sens de la circoncision. C’est le signe de l’appartenance d’un individu au peuple avec lequel Dieu a fait alliance par l’intermédiaire d’Abraham.  Sans circoncision, l’individu est exclu de l’alliance et de ses promesses.
Bien longtemps après ce commandement,donné à Abraham Moïse est né dans le peuple de l’alliance. Puisque rien n’est précisé à ce sujet dans le livre de l’Exode, nous pouvons croire qu’il a été circoncis, comme tous les enfants de son peuple à 8 jours, malgré les persécutions et le danger qui devait peser sur lui (Josué 5/5). L’histoire nous laisse ensuite entendre que Moïse fut tiraillé entre son appartenant au peuple hébreu (Exode 2/11-13) et les cultures diverses de ceux qui l’ont pour ainsi dire « adopté » pour lui sauver la vie : la fille du pharaon (Exode 2/10) puis le madianite Réuel dont il épousa la fille et le mode de vie sans vraiment avoir l’impression d’appartenir pleinement à ce peuple (Exode 2/21-22).
Exode 4 est le moment où Moïse qui vient d’accepter l’appel de Dieu doit se ranger définitivement du coté du peuple de l’alliance. Il me semble qu’il doit donc, en quelques sortes, mourir aux différentes identités entre lesquelles il a navigué pour accepter l’identité que Dieu lui donne. Cela passe certainement par la circoncision de son fils, qui avait dû être négligée, vue la situation flottante de l’identité de Moïse. C’est ainsi que nous pouvons penser que Séphora accomplit à la place de son mari ce qu’il aurait dû faire, en rangeant la famille entière dans l’alliance de Dieu (ce que peux signifier l’expression « époux de sang » ). En acceptant le geste de sa femme, Moïse renonce  aux vieilles identités qui l’ont jusque là protégées, pour entrer dans la mission que Dieu lui donne. Il devra dorrémavant mettre sa confiance en Dieu seul.
Pourquoi tant de violence, me direz-vous ? Peut-être pour nous dire que la vie avec Dieu nécessité, un jour et chaque jour quelque chose de l’ordre du renoncement à nos fausses sécurités, aux histoires et aux actions que nous inventons pour nous en tirer par nous-mêmes. Paul nous dira qu’en Jésus, il nous est donné d’apprendre à mourir à nous-mêmes. L’appel est sérieux, le chemin, est celui de la vie et de la liberté promises.
Romains 6:4 « Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie. »

L’Evangile de la grâce à bon marché est-il une #fakenews ? [Henry]

« Depuis le prophète jusqu’au prêtre,
Tous usent de tromperie. […]
Paix ! paix ! disent-ils ;
Et il n’y a point de paix. » (Jérémie 6,13-14)

Il n’y a pas que les politiques qui sont des trompeurs. Les théologiens le sont aussi souvent. On prétend même méchamment que le saint patron des théologiens est le Serpent de la Genèse. Car il est le premier à avoir enclenché la sacro-sainte « pensée critique » avec son : « Mais… Dieu a-t-il vraiment dit… ? » (Genèse 3,1).

Une fausse prophétie est une fausse information.
Une parabole tordue pour la mettre à notre service est une fausse information, un mensonge.
Une prédication de la grâce qui ne conduit pas à la repentance, à l’humilité, à fuir le péché et à changer de vie est une fausse information, une grâce qui n’est pas donnée par Dieu.

« Si un prophète prophétise la paix, c’est par l’accomplissement de ce qu’il prophétise qu’il sera reconnu comme véritablement envoyé par l’Eternel. » (Jérémie 28,9)

« Parce que vous affligez le coeur du juste par des mensonges,
Quand moi-même je ne l’ai point attristé,
Et parce que vous fortifiez les mains du méchant
Pour l’empêcher de quitter sa mauvaise voie et pour le faire vivre,

Vous n’aurez plus de vaines visions,
Et vous ne prononcerez plus d’oracles ;
Je délivrerai de vos mains mon peuple.
Et vous saurez que je suis l’Éternel. » (Ezéchiel 13,22-23)

Que signifie le terme « onction » que les Eglises charismatiques d’aujourd’hui emploient sans cesse ? [Andry]

L’onction des descendants d’Aaron pour être prêtres pour Israël est définie en Exode 40,14-15 : « Tu feras approcher ses fils, tu les revêtiras des tuniques, et tu les oindras comme tu auras oint leur père, pour qu’ils soient à mon service dans le sacerdoce. Cette onction leur assurera à perpétuité le sacerdoce parmi leurs descendants. »

Etaient oints (aspergés d’une huile ou d’un parfum), les prêtres, les prophètes et les rois. D’où l’idée d’une onction sacerdotale, d’une onction prophétique et d’une onction royale. « Oint » en hébreu a donné le mot Messie en français, et « oint » en grec a donné le mot Christ. Jésus est celui qui est « oint » par excellence, il est le Christ et le Messie, celui qui a reçu sur une seule et même personne la triple onction sacerdotale, prophétique et royale.

Ceux qui sont chrétiens sont donc de « petits oints ». C’est aussi ce que suggère 1 Jean 2,27 : « Pour vous, l’onction que vous avez reçue de lui demeure en vous, et vous n’avez pas besoin qu’on vous enseigne; mais comme son onction vous enseigne toutes choses, et qu’elle est véritable et qu’elle n’est point un mensonge, demeurez en lui selon les enseignements qu’elle vous a donnés. »

Dans certaines théologies néo-pentecôtistes, l’onction fait référence à l’expérience du baptême du Saint-Esprit, où l’Esprit Saint descend pour oindre ses présents apôtres. Mais un abus de ce qui est depuis Jésus une image (Jésus n’a pas été oint d’huile), fait que les leaders se désignent parfois comme spécialement inspirés, spécifiquement choisis et revêtus d’une autorité sacerdotale, prophétique ou de leadership. Ainsi ils doivent, pour certains, passer l’essentiel de leur temps à essayer de manifester ou signifier qu’ils auraient plus d’onction, plus de puissance, plus d’Esprit-Saint que les autres.

Comme si l’Esprit n’était pas souverain, entre les mains du Père, pour se donner lui-même, et nous conduire dans l’humilité du service.

Pourquoi seulement deux évangiles parlent de Noël ? [Jeanne]

Deux évangiles parlent de la naissance de Jésus avec une narration qui pourrait être celle d’un journaliste aujourd’hui. Ce sont les évangiles de Matthieu et de Luc. Mais en réalité, chacun des quatre évangiles a un langage sur l’advenue du Fils de Dieu que nous reconnaissons dans Jésus, le Messie, le Christ, le Sauveur, le Seigneur.

Matthieu nous parle des rois mages, insistant sur Jésus comme roi, et même roi des rois. Ces personnages importants (pas décrits comme rois par le texte) viennent devant le bébé de l’étable de Bethléem et faire plier le genou à leur sagesse (mages), leur richesse (l’or), leur piété (l’encens), et leur destinée (la myrrhe). Jésus est bien le Sauveur d’Israël et même des nations qui n’attendaient pas de Messie.

Marc n’évoque pas la nativité, mais commence son évangile par le baptême de Jésus par Jean-Baptiste. C’est aussi un langage sur la naissance, une façon d’insister sur le fait que Jésus naît en tant que Sauveur et Messie véritablement au moment où il déploie sa destinée, c’est-à-dire à l’âge de trente ans. Il nous faut donc, nous aussi, naître d’en haut, naître de nouveau, comme Jésus le suggèrera à Nicodème dans l’évangile de Jean.

Luc nous parle des anges et des bergers, autrement dit de ceux qui sont le plus haut (anges) et ceux qui sont le plus bas (bergers). Ces derniers étaient mal vus à l’époque. Bref, c’est toute la création qui doit venir adorer le Seigneur, sur la terre comme au ciel.

Jean ne parle pas de la nativité, comme Marc. Mais son prologue nous dit que Jésus est la Lumière du monde, et qu’il est la Parole présente dès le commencement. Alors pour de la naissance, c’est de la naissance ! Il dit finalement que la deuxième personne de la Trinité, que nous appelons aussi le Fils (de Dieu) et qui s’est incarnée en Jésus de Nazareth, était présente à la naissance du monde. Rien que ça !

Alors pour vous qui est Jésus ?
Est-t-il en train d’advenir dans l’étable de votre cœur ?