Puisque Dieu est trop complexe pour notre cerveau humain, comment ne pas en faire une idole ? [Bianca]

Bianca, le problème que vous posez est celui de toute théologie, de tout discours humain ayant Dieu pour objet. Un de mes professeurs de théologie déclarait : « Dieu est connu comme incompréhensible ». Nous ne pouvons l’enfermer dans aucune représentation, dans aucun mot ou concept.  Dieu nous échappe toujours, même si la création nous parle de sa grandeur, de sa bonté, de sa sagesse infinies… il est au-delà, il est le Tout-Autre.

C’est pourquoi Jésus parlait de Dieu et de son règne en paraboles : Dieu est comme un père qui accueille son fils parti loin de lui, comme un maître qui donne le même salaire à l’ouvrier de la 11e heure et à celui de la 1ère heure, comme un semeur qui sème sa semence à tous vents, comme un roi qui donne un grand repas en l’honneur des noces de son fils… Dieu comme une question jamais résolue, qui ne laisse pas l’homme tranquille.

« Dieu », vous le savez sans doute, est un nom commun. Nous l’appelons « Seigneur », « Père », pour décrire la relation que nous avons avec lui. Mais son vrai nom (c’est à dire, au sens biblique, ce qu’il est), nous ne le connaissons pas. « Je suis qui je suis », répond Dieu à Moïse quand celui-ci lui demande son nom (Exode 3,14). Cela a inspiré à un traducteur de la Bible, Louis Segond, le nom « l’Eternel », celui qui était, qui est, qui sera. Mais « je suis qui je suis », ça veut aussi dire : « qui je suis, cela ne te regarde pas » !

L’idole est un faux dieu qui prend dans notre esprit et dans notre coeur la place du seul vrai Dieu. La technique, le pouvoir, l’argent, une idéologie, un idéal, voire une personnalité peuvent devenir autant d’idoles qui nous fascinent et nous asservissent. Mais les idoles, comme les statues des divinités antiques, restent muettes, elle ne peuvent finalement rien nous dire, car elles ne sont qu’une projection de nous-mêmes, par exemple de nos peurs (quand nous nous figurons Dieu comme une sorte de Père Noël rassurant), ou de notre désir de toute-puissance. Quelqu’un disait : « Dieu a fait l’homme à son image… et l’homme le lui a bien rendu » !

Dieu tel que la Bible nous le présente, parle à l’homme, et sa parole nous révèle qui nous sommes devant lui. S’il rejoint l’humanité dans son histoire et se fait homme en Jésus-Christ, s’il s’abaisse à nous jusqu’à mourir sur une croix, c’est aussi pour nous dissuader de chercher à monter jusqu’à lui par nos spéculations cérébrales ! Comme l’écrivait Martin Luther : « Mon cher, pour reconnaître Dieu, tiens t’en à la crèche. N’escalade pas le ciel : va d’abord à Bethléem ». L’antidote à l’idolâtrie, c’est la croix de Jésus-Christ. La puissance de Dieu s’y accomplit dans l’absolue faiblesse.

Merci Bianca d’avoir par votre question mis en lumière un des grands dangers qui menace quiconque croit en Dieu.