Jésus fait effectivement cette recommandation à ses disciples en les envoyant pour annoncer la venue du Royaume (voir Matthieu 10,5) ; pour en rester à ce seul évangile selon Matthieu, il répond à la femme cananéenne de la région de Tyr et Sidon (dans l’actuel Liban) qui le supplie de guérir sa fille : « je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » (Matthieu 15,24).
Et pourtant… Jésus finit par accorder à cette femme cananéenne ce qu’elle demande en lui disant : « ta foi est grande ». Et pourtant… il admire (!) la foi d’un centurion romain qui affirme que Jésus peut guérir son serviteur à distance (parce qu’en tant que juif, Jésus ne pourrait entrer dans la maison d’un païen sans se souiller), en assurant qu’il n’a pas trouvé une pareille foi dans son propre peuple et que des païens prendront place au grand banquet du Royaume de Dieu (Matthieu 8,10s). Et pourtant… Jésus débarque en territoire étranger et y délivre un homme possédé (Marc 5,1-20) qui vient vers lui. Les exemples ne manquent pas de contacts entre Jésus et des non-juifs, et même une samaritaine ! (Jean ch.4).
Jésus aurait-il pris conscience de l’universalité de la mission que le Père lui a confiée, au-delà des frontières d’Israël, par ces rencontres souvent bouleversantes et qu’il n’avait pas toujours provoquées ? Certains le pensent. En tout cas, Jésus a ainsi anticipé l’envoi, après sa résurrection, de ses apôtres jusqu’aux extrémités de la terre pour y être ses témoins (Matthieu 28,20).
