La politique de la laïcité a-t-elle encouragé l’athéisme ? [Eric]

La laïcité consiste à séparer « les Eglises et l’Etat » : à partir de là, la foi est reléguée au domaine du privé. Alors que pour le chrétien tous les domaines de l’existence ont Christ pour autorité ultime (Colossiens 1,15-20), la laïcité implique que la foi n’a pas sa place dans tous les domaines. Par nature, la laïcité limite l’autorité qui revient à Dieu et ne Lui rend pas témoignage et gloire. De plus, s’il y a différentes formes de laïcité, il y a notamment en France une tendance qui consiste à éliminer les traces de christianisme dans les valeurs et dans la culture. Ainsi, la marginalisation de la foi inhérente au mouvement laïc contribue forcément à ce que Dieu perde de l’importance dans la vie et le cœur des gens.

Pour autant, peut-on attribuer à la laïcité la montée de l’athéisme ? Les Eglises n’ont sans doute pas rendu le meilleur des témoignages : si des Etats laïcs ont émergé, c’est au moins en partie parce que, s’agissant de l’Europe occidentale, protestants et catholiques étaient incapables de vivre côte à côte. Et malgré la séparation des Eglises et de l’Etat, les Eglises et les chrétiens ont encore la possibilité de témoigner de leur foi en paroles et en actes : à eux de saisir les occasions qui leur sont données.

Liberté- égalité- fraternité ; dans quelle mesure les valeurs nationales sont-elles aussi des valeurs protestantes ? [EG]

Liberté, égalité, fraternité sont des valeurs, des notions, des idéaux largement positifs dans la Bible. Et pour des raisons d’abord historiques, le protestantisme français a largement adhéré aux valeurs de la république. On peut donc penser qu’il y a des liens importants entre les valeurs nationales françaises et les valeurs protestantes.

Pour autant, le protestantisme est né d’une volonté de retour aux fondamentaux de la foi chrétienne, et ce bien avant l’avènement des démocraties modernes. Si on peut trouver des points communs entre les idéaux de la république et les idéaux chrétiens, il faut je crois que « le protestantisme » garde son discernement et ne tombe pas dans l’idolâtrie de la république et de ses valeurs!

En effet il ne faut pas oublier que ces idéaux émanent de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, dont le préambule indique qu’ils sont prononcés « en présence et sous les auspices de l’Etre suprême », qui n’est pas le Dieu trinitaire.

Ainsi, dans la conception républicaine, la liberté consiste essentiellement en l’autonomie de l’individu, et « n’a comme borne ce qui ne nuit pas à autrui » en apparence ; l’égalité est une égalité en droit ; la fraternité est avant tout une solidarité dans la défense de la république et de ses valeurs.

Bibliquement en revanche, la liberté consiste non pas à être libéré de tout carcan de pensée ou déterminisme (ce qui serait une illusion), mais à être libéré du péché dans toutes ses manifestations et conséquences pour servir Dieu (Romains 6,18 ; Galates 5,13); l’égalité de tous les Hommes comme créatures de Dieu est une donnée de départ, mais elle ne peut se vivre pleinement et justement qu’en Christ (Galates 3, 26-28) à travers la fraternité en Lui ; fraternité qui est appelée à se manifester par l’amour de Dieu et du prochain comme reflet de l’amour du Christ (Jean 13, 34).

Bref, les valeurs nationales sont les valeurs protestantes dans la mesure où elles sont soumises à Christ.

Les morts dorment-ils jusqu’à la résurrection des temps de la fin ? Sont-ils inconscients de ce qui se passe sur la Terre parmi les vivants et de la façon dont le plan de Dieu est exécuté ? [Pierrot]

Votre question est peut-être liée au fait que la Bible proscrit d’interroger les morts (Dt 18,10-11), laissant supposer qu’ils ont certaines connaissances privilégiées, ainsi qu’à l’épisode de 1Samuel 28, 3-25. De toute façon la Loi divine pose que ça n’a pas d’intérêt pour nous de le savoir.

La Bible en dit-elle plus sur la condition humaine entre la mort physique et la résurrection des morts ?

Disons que le corps, en attente de la résurrection, retourne à la poussière (Genèse 3,19), mais qu’en est-il du souffle de vie qui fait de l’Homme une « âme vivante » (Genèse 2,7), une personne ?

Pour ceux qui ne croient pas en Christ, la destination est le séjour des morts, Sheol en hébreu, Hades en grec… qui apparait comme un lieu de néant (Ecclésiaste 9,10). Luc 16,19-31 nous donne une autre vision, mais le fait que la passage soit présenté comme une parabole incite à la prudence quant aux conclusions à en tirer.

A propos de ceux qui croient en Christ, de qui Jésus dit qu’ils ne mourront jamais (Jn11,26), c’est moins clair. Nous lisons effectivement chez Paul qu’ils dorment en Christ (1 Corinthiens 7.39; 11.30; 15.6, 18,20,51; 1 Thessaloniciens 4.13-15). Mais ce temps intermédiaire ne semble pas être un temps d’inconscience. Ainsi, Jésus assure au « bon larron », le jour même de sa mort, sa présence à ses côtés au paradis (Luc 23,43), lieu de présence du Christ et de l’arbre de vie en Apocalypse 2,7 (paradis où Paul est monté suite à sa révélation sur le chemin de Damas, voir 2Corinthiens 12,4). En Philippiens 1.21-23 et 2Corinthiens 5,8, Paul parle de l’après comme d’un temps enviable. Dans le livre de l’Apocalypse, les saints, les croyants ayant subi le martyr en attente de rédemption sont au repos, mais conscients, et en mesure de demander combien de temps il reste avant que justice ne soit faite sur terre (6.9-11).

Mais l’essentiel est que nous n’avons rien à attendre de ceux qui ont quitté ce monde : Dieu pourvoie à nos besoins.

L’enfer est-il un lieu de souffrance ? Le feu pourrait-il être un lieu de purification pour les pécheurs ? Certains feux dans la Bible sont bons : buisson ardent- Pentecôte- fournaise de Daniel. [Adam]

Il y a je crois une distinction à faire dans votre question.

D’abord, ce que l’on appelle généralement l’enfer (à ne pas confondre avec ce que le Symbole des Apôtres appelle « les enfers » où Christ est descendu après sa mort, qui désignent le séjour des morts, un lieu d’attente de la résurrection ; voir Matthieu 12,40 ou Ephésiens 4,9) est le lieu de destination finale de ceux qui ne recevront pas la vie éternelle après le jugement de Dieu (Daniel 12,2 ; Esaïe 66,24 ; Matthieu 13,42 ; 25,41 ; Apocalypse 20,15). La Bible le décrit clairement comme un lieu de souffrance ou bien, d’après une autre interprétation des mêmes textes, d’annihilation, de disparition douloureuse.

Ensuite, les références à une purification par le feu (1Pierre 1,7 ; 1Corinthiens 3,15), sur lesquelles les catholiques appuient la doctrine du purgatoire. 1Corinthiens 3,15 semble effectivement renvoyer à une épreuve du feu qui pourrait intervenir après la mort, pour les élus, mais elle se situerait après le jugement, entre la résurrection et le temps du salut définitif.

Existe-t-il des liens historiques et doctrinaux entre les protestants et les mouvements de réforme antérieurs tels que les cathares- les vaudois- les hussites et Savonarole? [R]

Parmi les gens qui on pu se considérer ou qui se considèrent actuellement protestants, il y a une grande diversité. Il est donc difficile de répondre à votre question en généralisant.

Ce que l’on peut dire c’est que le protestantisme est un mouvement aux multiples facettes : spirituelle, sociale, politique,… C’est à la base une volonté de réforme de l’Eglise romaine et, parce qu’elles étaient très liés à l’époque, de la société. Beaucoup de mouvements, de sensibilités diverses, ont tenté d’impulser ces réformes ou ont été en porte-à-faux avec l’institution de l’Eglise romaine et de la société. Dans la Réforme luthérienne et calviniste au 16ème siècle, on retrouve des éléments très proches de ce que l’on connait des Vaudois ou des Hussites, qui ont d’ailleurs plus tard rejoint la Réforme protestante.  Pour poursuivre avec les exemples que vous citez, le fait qu’il se soit développé dans une zone où se sont aussi propagées les idées de la Réforme laisse penser que le catharisme a des liens avec le protestantisme, mais la spiritualité gnostique des cathares est bien éloignée de la Réforme. Quant à Savonarole, sa volonté de purifier l’Eglise se retrouve bien sûr dans le protestantisme.