Sortir de la culture du débat

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Cet article a été sensiblement révisé le 14 mai 2014

Le journal La Croix titrait récemment que « L’Eglise catholique doit renouer avec la culture du débat ». Une polémique sur les études du genre a fait réfléchir les catholiques dans leur rapport à la Vérité en Eglise. Jusqu’où pouvons-nous maintenir une parole une et lisible, tout en permettant l’expression de points de vue différenciés voire contradictoires ?

En nous réjouissant que l’Eglise catholique puisse s’ouvrir à plus de débat, nous nous sommes demandé pourquoi les protestants luthéro-réformés s’étaient, quant à eux, plongés dans une culture du débat qui peut parfois confiner à une « idolâtrie du débat ».

En moins de cinquante ans le protestantisme historique est rentré massivement dans ce nouveau paradigme, marquant même le passage au nouveau millénaire par un événement au nom évocateur : « Débat 2000, 2000 débats ». Voyons de quoi il en retourne, et comment s’est opérée une mutation majeure de notre mode de représentation ; comment nous sommes passés d’une apologétique biblique à une libre-pensée de fait, comment nous avons retourné notre posture. Alors que la Réforme proposait de lire le monde depuis la Bible, la tendance luthéro-réformée actuelle vire au post-protestantisme, en proposant de lire la Bible depuis le monde.

Nous n’avons pas une connaissance suffisante des étapes de ces glissements successifs et ils devraient faire l’objet d’une étude circonstanciée. Mais voici en tout cas, par contraste avec l’image du rapport à la vérité établi par les Réformateurs, une photo de ce à quoi nous sommes arrivés.

 

Une culture du débat

Cette nouvelle culture du débat, stylistique transversale et désormais obligatoire, est arrivée de façon synchrone avec la banalisation du libéralisme théologique. Elle a des règles très précises qui ne sont écrites nulle part. Qu’il nous soit permis ici d’en livrer les dix principes:

1. Il n’y a pas de Vérité supérieure
« Il n’y a pas de Vérité ultime, mais seulement des vérités ». L’adage des Lumières a fait florès. Pour autant nous continuons à dire dans nos liturgies, après avoir lu le texte biblique : « Ta Parole est la vérité, sanctifie-nous par la vérité », un passage qui est lui-même issu du texte biblique, à savoir la parole de Jésus en Jean 17,17. Jésus dit aussi en Jean 14,6 qu’il est (et non pas qu’il a ou qu’il connaît) le chemin, la vérité et la vie.
Or… nous pourrions dire qu’il y a diversité de points de vue, cela ne choquerait personne. Mais nous nous laissons gagner par la doctrine du relativisme absolu en allant jusqu’à proclamer qu’il n’y a pas de Vérité ; au pire seulement des vérités. Il y a pourtant, malgré la diversité des points de vue, une Vérité particulière, en Christ…

2. La Vérité naît de la discussion
Le bienfait de l’humanisme contemporain aura été d’acter la possibilité que tout un chacun prenne la parole. Cette ouverture et ce don de la parole à tous est vraiment un progrès conforme au projet biblique, depuis la Genèse jusqu’à la Pentecôte. De là l’idée s’est déployée que la Vérité sortirait non de la bouche des enfants mais de la discussion, du débat. Comme si l’acte même de la discussion et du débat était sacramentel. Comme si tous ceux qui participaient à la discussion étaient entièrement sous la seule influence de l’Esprit Saint.
Qu’on débatte pour s’organiser oui ! Qu’on débatte sur les finances, certes ! Mais pourquoi débattre sur le réel divin, et prétendre reparamétrer les fondements du salut ?
Car… la Vérité n’est pas dans le processus dialogal du débat, mais bien dans l’Esprit du Père et du Fils qui peut traverser le dialogue. Ou ne pas le traverser. Toute parole ne se vaut pas, les commentaires des stars du football sur les remaniements ministériels ne suffisent-ils pas à le prouver ?

3. L’opinion du peuple est la moyenne des opinions ou l’opinion médiane
L’essor d’une culture démocratique est une joie si l’on considère que la démocratie semble être à cette heure un des moins pires systèmes politiques. Mais l’opinion du peuple, voire l’opinion de la majorité ne sont pas un absolu. La culture du débat pose que l’opinion générale est l’opinion de la majorité, ce qui est une première altération. Elle pose ensuite que l’opinion moyenne est la moyenne des opinions — deuxième altération ; voire qu’elle est l’opinion médiane (autant de personnes sont plus à droite qu’à gauche de l’opinion médiane) — troisième altération.
En Eglise, elle pose implicitement que cette opinion médiane serait, de surcroît, l’opinion de Dieu lui-même…
Or… sans même évoquer les dérives graves de bien des systèmes démocratiques, à de nombreuses reprises dans le texte biblique, il s’avère que le peuple s’égare dans sa conviction majoritaire, notamment quand il demande de mettre fin au système collégial des Juges pour instaurer la Royauté. C’est enfin la vox populi, vox dei qui a crucifié le Christ. Dès lors l’Eglise ne saurait se satisfaire d’une synodalité instruite par les seuls principes démocratiques d’une vérité médiane ou moyenne.

4. La Raison est souveraine pour trancher
La culture du débat prône que la discussion permettra à chacun d’exercer son libre arbitre pour trancher, et établir, notamment quant à l’éthique, une opinion individuelle. Mais elle étend le raisonnement aux soubassements de la foi. Il n’y a donc plus de Vérité qui s’impose, mais bien le bon vouloir de la raison individuelle, possiblement éclairée, ou habilement aveuglée, par différentes instances.
Or… l’apôtre Paul en 2 Corinthiens 10,5 suggère que « nous amenions toute pensée captive à l’obéissance de Christ ». C’est Christ qui est la Lumière du monde et pas les Lumières qui sont le Christ du monde.

5. La Bible depuis le Monde
L’anthropologie contemporaine et les philosophies du soupçon ont permis de détruire plusieurs absolutismes et chacun s’en réjouira. Tout progrès amenant sont lot de régressions, elles ont opéré un basculement de paradigme dans la théologie chrétienne via l’ultra-libéralisme théologique qui a réussi à imposer qu’on ne lise plus le monde depuis le roc solide des Ecritures bibliques, mais qu’on lise les imparfaits écrits bibliques depuis le promontoire d’une pensée autosatisfaite par sa modernité et sa supériorité.
Or… la théologie des Réformateurs posait qu’on lise toutes les Ecritures depuis le roc solide de Christ, pour pouvoir jeter un regard sur le monde, dans un second temps, selon les critères d’une Histoire du Salut à laquelle le présent monde est soumis. Il semble que cela ait disparu de l’esprit de nos contemporains.

6. Le refus du christocentrisme
Pour la culture du débat, le christocentrisme est un exclusivisme. Toute pensée universaliste est suspecte car elle est le terreau des totalitarismes. Un christocentrisme trop fort serait donc une forme d’intolérance, car il préconiserait une voie unique pour accéder au divin alors que tous les chemins autour de la montagne permettent d’accéder à son sommet.
Or… Christ semble être le seul chemin vers le Père, si l’on donne encore un peu de valeur à la parole biblique. Il semble aussi être le seul chemin vers la Vie éternelle, la Vie majuscule.

7. Respect et temps de parole
Quand les écrivains bibliques soulignent la valeur équivalente de tout être humain, ils valorisent le Créateur derrière le respect donné à la créature. La culture du débat est un démocratisme égalitariste prêt à fantasmer que toute opinion doive être exprimée. Qu’importe qu’une opinion soit celle de 80% des gens, elle sera exprimée comme UNE opinion. Cette approche est bien incarnée par les enjeux du respect des temps de parole pour les groupes politiques en temps de campagne électorale.
Or… si quelqu’un doit avoir une parole qui a plus de poids, c’est celui qui parle selon l’Esprit de Dieu. Elie n’a pas débattu avec les prophètes de Baal, il n’a pas cherché que chacun s’exprime et soit respecté dans sa différence absolue comme si la biodiversité des expressions théologiques et des opinions avait une sacralité en soi.
C’est la personne qui est sacrée, pas ses opinions.

8. Le primat de l’émotion
Comme toutes les paroles ont la même valeur, l’émotion fait foi. Elle permet de refuser l’idée qu’un péché soit un péché. Elle permet de donner une valeur intrinsèque à une expérience vécue parce que le seul fait qu’elle ait été vécue la sacralise.
Or… la psychologie des foules montre à quel point l’émotion est un phénomène manipulatoire. On peut retourner une foule sur un seul témoignage ému, fût-il le comble d’une manifestation idolâtrique ou démoniaque. Le primat de l’émotion interdit toute espèce de prise de recul. Pensons-y en synode.

9. Malheur à ceux qui pensent hors du présent cadre
La culture du débat se veut un rempart aux universalismes étroits et exclusifs. Or elle est le point d’apogée de l’hégémonie culturelle occidentale. Le relativisme est une idolâtrie. Si tu n’es pas relativisme, tu es le Mal incarné.
Donc… le relativisme est en réalité le pire des absolutismes. Il est le fruit de la supériorité occidentale et du triomphalisme post-colonial. Il produit les intégrismes en les excluant de la zone de bienséance.

10. L’unité au prix du mensonge
La prière de Jésus a été que nous soyons Un comme lui et le Père sont Un. L’unité, notamment de l’Eglise, est devenu un objectif en soi, un absolu. Légitimement.
Or… les modalités de cette unité ne sont pas ceux d’une ressemblance à l’unité entre le Père et le Fils ! Il s’agit souvent d’un système paradoxalement autoritaire, ou toute voix différenciée, fondamentalement et profondément différente, est sommée de se taire. Il faut rester dans le cadre, ne pas choquer, taire des vérités pour maintenir l’unité.

La culture du débat est donc un produit paradoxal d’une culture de chrétienté en fin de parcours, en cela qu’elle est l’inverse symétrique du projet divin exprimé dans la collégialité et la circulation de la Parole régulée par l’Esprit de Dieu. Autant la dérive césaropapiste est lisible pour les protestants comme étant un sous-produit paradoxal d’une Eglise fondée par un homme dont l’autorité et le Royaume n’étaient pas de ce monde, autant nous avons plus de mal en milieu luthéro-réformé à voir à quel point la culture du débat est tout aussi idolâtrique et dangereuse dans son absolutisation telle que nous l’avons connue dans les décennies précédentes.

Il faut débattre, mais ne pas idolâtrer le débat !

 

De la dispute au débat

Il s’agit là d’une histoire ancienne. Déjà à la Réforme avaient lieu des débats. Mais quelle en était la teneur ?
Le titre des 95 thèses de Martin Luther en octobre 1517 était déjà « Disputatio pro declaratione virtutis indulgentiarum ». S’agissait-il d’un débat ? Assurément non. Luther y revendiquait le droit de s’opposer à un scandale idolâtre qui avait infecté l’Eglise de Jésus-Christ !

La dispute de Leipzig, à l’été 1519, permit quant à elle un profond débat théologique entre Jean Eck, Martin Luther et d’autres. Cette dispute qui a accompli le processus de rupture entre Luther et Rome, n’avait pas pour but de promouvoir une culture de la disputatio mais bien d’établir quel était le fondement de la doctrine chrétienne, Eck défendant le bon vouloir du pape selon le principe de sa primauté et de son infaillibilité, Luther défendant l’ancrage dans les Ecritures seules (sola scriptura). La dispute de Leipzig n’est pas un débat dont émergerait la vérité par l’impératif d’un consensus, fût-il différencié ! Il s’agit d’un face-à-face radical entre les tenants d’une forme de toute-puissance humaine, et ceux d’un dialogue avec le texte biblique uniquement, où celui-ci, considéré dans la foi et lu avec le renforcement du témoignage intérieur du Saint-Esprit, devient Parole de Dieu lui-même. Il n’y a pas un magistère de la lettre du texte, mais bien une triangulation féconde entre les Ecritures canoniques elles-mêmes inspirées, le lecteur inspiré, et les frères et sœurs inspirés. Le Saint-Esprit, esprit du Père et du Fils traverse et opère cette triangulation.

C’est ainsi que l’actuelle culture du débat nous trompe, compte tenu du décalage entre ses paradigmes fondateurs et ceux de la recherche chrétienne de la vérité, renforcée encore par la méthode des Réformateurs. La dispute de Leipzig n’a pas fondé une culture du débat, mais elle a posé les termes d’une opposition drastique entre un principe protestant de rapport au texte biblique et une ontologie catholique valorisant une vérité intrinsèque déformant dans une approche exclusiviste et autocentrée le « Salus extra ecclesiam non est » de Cyprien de Carthage (IIIe siècle).

Il est intéressant qu’un des points majeurs de la dispute de Leipzig ait été la doctrine du libre arbitre. Le débat entre Luther et Erasme est mieux connu, ce dernier fondant un des paramètres de l’humanisme moderne par sa défense de la liberté du bon vouloir. Sommé de confirmer qu’il continuait à croire au salut par les œuvres, Erasme défendit le fait que les œuvres soient le fruit de la foi mais aussi du libre arbitre de celui qui veut faire des œuvres, ces dernières contribuant au salut. Luther, lui, prêcha la radicalité du message paulinien d’un salut par la grâce seule par le seul moyen de la foi. Les œuvres ne mènent pas au salut, mais sont une conséquence d’un salut reçu par la foi seule. Le serf-arbitre (par opposition au libre-arbitre) consiste donc à investir sa liberté de pensée, sa liberté de chrétien, dans un non-choix, c’est-à-dire en choisissant la proposition unique de la seule grâce opérante. Il s’agit là d’un écho du non-choix proposé par Moïse au peuple hébreu de la part de Dieu : « J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction, choisis la vie, afin que tu vives » (Deutéronome 30).

Dans le même ordre d’idée le débat entre Calvin et Arminius porte sur la souveraineté de la grâce. Arminius, en émettant des doutes sur la prédestination calvinienne, dit que l’acceptation ou le refus de la grâce conditionnent le caractère opératoire de cette dernière. Mais il ne s’arrête pas en chemin, glissant progressivement vers une toute-puissance de la raison par la promotion d’un libre examen radical par rapport aux doctrines de l’Eglise chrétienne, portant sur les fonds baptismaux un libéralisme théologique qui pourra aux siècles suivant aller en son extrémité jusqu’au nihilisme de toute doctrine. S’agit-il d’un débat, ou d’une réplique de la dispute entre Erasme et Luther ? S’agit-il d’un débat ou d’un écho de la bataille entre Augustin et Pélage ?

 

Conclusion

« Il faut exhorter les chrétiens à entrer au ciel par beaucoup de tribulations plutôt que de se reposer sur la sécurité d’une fausse paix. » – disait 95ème thèse de Luther

La culture du débat est un paravent de vertu pour se dérober à l’autorité profonde des Ecritures telle que nous la révèle le témoignage intérieur du Saint-Esprit. Continuerons-nous longtemps à jouer avec les projets de Dieu pour son Eglise ?

L’Eglise locale, havre de paix pour les homosexuels

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Le parlement français a voté l’ouverture de l’institution du mariage civil aux couples de même sexe. Cette saison n’a pas vraiment été un temps de débat, un temps de paroles, mais plutôt un temps pour des cris. Cris de douleur de la communauté homosexuelle qui s’est souvent construite, à raison, mais parfois aussi à tort, dans une identité de rejet. Cris de colère des défenseurs du mariage, chrétiens ou non, attachés à une institution qui s’est forgée en France pour délimiter et encadrer natalité, filiation et transmission. Après tant de bruit, nous nous retrouvons en Eglise pour penser les questions qu’ont fait surgir ces débats, avec un impératif que le Christ nous soumet : être dans sa vérité, et être dans la paix. En somme être en Lui, qui est Vérité et Prince de paix.

 

Morale « judéo-chrétienne » ?

Toute Eglise protestante ou évangélique va donc prendre la question comme elle en a l’habitude, à l’aune de ce qu’évoque le texte biblique, qui fait autorité en matière de foi et de règles (Sola Scriptura). L’Ecriture est une source centrale bien qu’elle ne soit jamais purement unique. Si c’est l’Ecriture seule qui fait foi, nous savons combien notre culture est marquée par le paternalisme et le puritanisme du XIXème siècle, que nous confondons avec la « morale judéo-chrétienne », concept créé par les sociologues athées et les journalistes de la fin du XXème siècle.

Et nous confondons sans nous en apercevoir l’Ecriture et ses interprétations, dont nous avons intégré les lignes fortes pour ne plus pouvoir revenir à la source sans y apporter un goût extérieur, extra-biblique. Après tout qui se choque encore du nombre d’épouses et concubines de Salomon ? Qui encore, sinon les pharisiens, crie au scandale quand Marie sèche les pieds de Jésus avec ses cheveux ? Qui s’étonne que Joseph aille sans problème à Bethléem avec une Marie enceinte avant le mariage, n’étant lui-même blessé que par le fait qu’il ne soit pas à l’origine de cette grossesse ?

Bref, il est objectif que la Genèse pose la complémentarité homme-femme. Mais trouver une morale immanente à la Bible en matière de sexualité, de conjugalité et de famille nécessite de tordre et déformer texte biblique, à partir de nos principes et de notre actualité. La morale au temps d’Abraham n’a rien à voir avec celle au temps d’Esaïe, qui n’a rien à voir avec celle au temps des apôtres. Elle n’a rien à voir avec la nôtre, qui s’est surtout forgée dans les 150 dernières années…

Quatre textes bibliques normatifs nous parlent d’homosexualités. Ils ne structurent pas une morale mais bien une Loi civile et religieuse, avec son aspect pénal. C’est le code de sainteté d’Israël. La première chose que nous remarquons c’est que, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, seul un texte interdisant l’homosexualité en Israël se trouve dans le premier testament (Lévitique 18,22 avec la punition assortie en Lévitique 20,13). Dans l’histoire de Loth, c’est le viol qui est condamné surtout (Genèse 19,5). De la même façon à Guibéah dans le viol d’un lévite (Juges 19,22). Trois textes se trouvent dans le nouveau testament, plus particulièrement dans les épîtres de Paul (Romains 1,28-31 – 1 Corinthiens 6,9 – 1 Timothée 1,8-11).

En 1 Corinthiens 6,9, Paul crée des mots nouveaux pour parler de l’homosexualité dans ses deux modes, passif (malakoï) et actif (arsekoïtai).

En Romains 1, il inclue l’homosexualité dans une série d’idolâtries comportementales. Son but est d’aboutir à Romains 3,23 : « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu ». Il ne met pas un accent particulier au point que l’homosexualité fait partie d’une liste bien plus vaste.

En 1 Timothée 1,8-11, il déploie la même argumentation.

 

La Loi et la morale

Les Ecritures parlent donc clairement de l’homosexualité comme d’un péché. N’en déplaise à ceux qui sont prêts à tordre le texte pour affirmer le contraire, jusqu’à dire que Jésus l’admettrait, car sinon, il l’aurait condamnée explicitement…

En revanche, c’est la posture de Jésus face au péché et au pécheur qui nous importe pour comprendre l’économie nouvelle, la norme du Royaume. Comment nous positionner à notre tour non pas dans une attitude de jugement comme si c’était toujours la Loi qui prévalait pour nous, mais bien pour intégrer la grâce dont le Christ a voulu faire preuve, de la part du Père.

Et c’est dans son attitude face aux pécheurs que nous pouvons comprendre la révolution Jésus. En Jean 8, Jésus fait face à une femme adultère. Mais il n’est pas seul ; les tenants de la Loi sont avec lui, prêts à la lapider, mais rebroussant chemin dans la honte que fait monter en eux la conscience de leur péché.

Les tenants de la morale sont les nouveaux docteurs de la Loi et les nouveaux scribes ou pharisiens. A ceci près que, s’ils sont chrétiens désormais, ils se trompent de loi. C’est au nom d’une autre Loi que celle de Christ qu’ils agissent, au nom de cette loi morale prétendument judéo-chrétienne qui n’est autre qu’un paternalisme conservateur qui est surtout le fruit de la révolution industrielle, indispensable pour que les ouvriers soient disciplinés et serviles.

Pourtant, bizarrement, si cette morale est très présente dans les Eglises, elle est exigeante contre l’homosexualité, mais elle est parfois moins véhémente contre l’adultère. Elle est tout à fait relâchée par rapport aux ivrognes, que l’on ne cherche pas toujours à sortir de leur mauvaise habitude au pays du bon vin. Que dire des cupides, qui eux sont dans les conseils pour administrer l’Eglise, alors que Paul en 1 Corinthiens 6,9-10 les met tous sur le même plan ? Sans distinction ni hiérarchie.

 

L’amour et la vérité

Il n’est pas insensé de considérer que tous ces péchés sont aussi graves les uns que les autres, dans la mesure où Paul proclame qu’ils nous privent du Royaume. Mais l’attitude de Christ en Jean 8 par rapport à la femme adultère devient la nouvelle norme du Royaume. L’Eglise, qui prolonge l’œuvre de Christ est donc le lieu où doit s’exprimer l’habile dosage de sévérité à l’égard du péché, et de compassion à l’égard du pécheur désireux de changer de vie.

C’est ainsi que les prostituées qui se convertissent sont souvent bien accueillies, les alcooliques en chemin vers la sobriété le sont aussi dans nos Eglises ; il doit en être de même pour ceux qui luttent en chemin contre l’homosexualité. L’Eglise est le lieu où les pécheurs (que nous sommes tous si nous relisons le sermon sur la montagne), viennent confesser leur misère devant celui qui les relève et leur dit :
– Je ne te condamne pas,
– Va,
– Ne pèche plus.

Les trois éléments de ce cheminement sont capitaux. Jésus, par son délicat « ne pèche plus », signifie clairement qu’il n’a pas aboli le fait que l’adultère avéré de cette femme soit une occasion de rupture avec le monde, et avec Dieu et sa Loi. Il n’a pas aboli le code de sainteté. Et il n’hésite pas à dire les limites du possible. Il n’a pas de honte à dire que c’est invivable. Que c’est même contre Dieu. Il ne lui dit pas « Rien n’est grave, avance maintenant ». Selon le code de sainteté, elle devait être lapidée. Elle ne le sera pas. Mais combien de personne se disant homosexuelles sont lapidés verbalement ou simplement ostracisées jusqu’à ne plus revenir, dans des Eglises où leur péché a été promu au rang de péché supérieur. Qui sommes-nous pour établir des catégories que les Ecritures et le Christ n’ont pas posées, pour hiérarchiser les vertus ou les vices ? Sommes-nous ceux qui fixent la Loi ? De quelle autorité sortirions-nous un péché de cette liste, pour le rendre plus infâme ou le qualifier, au contraire, de bénin ?

Seul quelqu’un de totalement saint peut être en droit de mettre en application le code de sainteté, si nous sommes cohérents. Dieu seul peut donc punir l’adultère, en toute logique. Alors « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre », lance Jésus, qui est sans péché, et a donc autorité pour la lapider, lui ! Mais il choisit de ne pas le faire. Il ouvre la possibilité au changement de vie, qui commence avec la capacité à se repentir. « Car là où le péché a abondé, la grâce a surabondé. » (Romains 5:20). Et c’est pourquoi il peut lui dire : « Va ».

 

Havres de paix

Les Eglises sont donc appelées à être des lieux de sécurité et de refuge pour les personnes se disant homosexuelles, où elles peuvent être sures d’être préservés de toute forme d’homophobie et de tout jugement. Nos Eglises doivent être des lieux où se dit la vérité, mais dans l’amour qui prévaut aux suiveurs de Christ. Elles sont appelées à être des lieux de grande sécurité spirituelle mais aussi émotionnelle pour que les pécheurs s’y retrouvent comme étant graciés, et apprenant à en tirer toutes les conséquences jusque dans chaque recoin de leur vie.

Mais comme pour tout pécheur, ce lieu de sécurité est aussi un lieu de vérité où la personne n’est pas confondue avec son comportement, mais définie dans ses vrais lieux d’identité. Personnellement, je ne suis pas un hétérosexuel, mais un homme marié à une femme. Nos Eglises ne bénissent pas des hétérosexuels. Elles bénissent des hommes et des femmes qui veulent vivre la conjugalité dans la fidélité que définit l’Ecriture, et qui fait de la vie comme de tout ce qui la constitue, une réalité éternelle.

 

Tu n’es pas ce que tu fais

La première étape est donc de pouvoir libérer ceux que nous accueillons de cette malédiction portée par la seule formulation « Je suis gay – Je suis lesbienne ». Non, tu es une femme qui n’arrive pas à envisager une conjugalité avec un homme. Tu es un homme qui n’arrive pas à s’imaginer dans le côte-à-côte et le face-à-face avec une femme. Ce n’est pas facile dans un environnement où le monde pousse à proclamer une prétendue identité homosexuelle, qui peut être même très valorisante dans certains milieux. Dans le Marais le ratio de personnes homosexuelles est de l’ordre du tiers de la population vraisemblablement, et cette revendication identitaire est omniprésente.

Cette première étape de liberté, les soi-disant hétérosexuels doivent la vivre aussi ! Car ils ont eux aussi à quitter cette idée qu’ils sont dans une totale disponibilité à toute présence du sexe opposé, pour pouvoir aller vers une recherche du vis-à-vis unique et adéquat, qui n’est pas un semblable, ni, dans le plan de Dieu, une créature interchangeable, seulement définie par le critère objectivé de sa génitalité. « Homosexuel » et « hétérosexuel » sont donc deux mensonges identitaires, en cela qu’ils qualifient de façon inadéquat notre être, par le seul prisme du comportement potentiel.

Est-ce que Dieu ou son Fils nous disent que l’hétérosexualité est une vertu suprême en soi ? En la matière, il semble que soient infiniment plus nombreux les passages qui décrivent les multiples formes d’une hétérosexualité dysfonctionnelle ! La personne bataillant avec l’homosexualité n’a pas pour but de s’installer dans l’hétérosexualité. Elle doit pouvoir se mettre à attendre son unique vis-à-vis de l’autre sexe, préparé sur mesure par le Père céleste.

 

Du temps et un espace pour la reconstruction

Ensuite, l’Eglise se doit d’offrir un espace d’attente, de conversion, d’évolution émotionnelle, de guérison, de sanctification. Accompagnant de nombreuses personnes de tous horizons, nous n’avons jamais vu quiconque pour qui la sexualité soit une expérience limpide et pure, simple et parfaite. Bien souvent les déplacements quant à l’identité sexuelle mettent beaucoup de temps. Autant l’esprit peut être délivré très rapidement, autant le corps peut guérir instantanément par miracle, autant la psychè (l’âme), même au bénéfice d’une intervention divine, a besoin de temps pour se construire ou se reconstruire. Les Eglises sont donc des espaces de patience et de confiance, où chacun peut mûrir dans sa destinée, pour marcher dans la ressemblance à Christ. Peu importe que nous ne soyons pas au bout du chemin du moment que nous sommes en route. Peu importe que nous ayons chuté du moment que nous ne nous complaisons pas à rester à terre.

Comme pour tout questionnement de vie, pour tout positionnement identitaire, nous n’hésitons pas à parler de délivrance et de guérison. Ce n’est pas bien reçu par les tenants d’une homosexualité intrinsèque, voire génétique. Et pourtant, ce discours sur la guérison et la délivrance peut être très bien reçu, mais dans la seule mesure où il ne cristallise pas l’attention sur des publics en particulier. De la même façon que les africains sont fatigués d’être toujours renvoyés à la sorcellerie, les homosexuels en ont assez d’être toujours stigmatisés comme étant des pervers, voire dans beaucoup de milieux, comme des candidats à la pédophilie ! Cette stéréotypie doit quitter nos têtes pour quitter nos langages. Pour autant, de la même façon que certaines dépressions ne sont pas que psychiques et nécessitent la prière de délivrance, plusieurs séquences de certains parcours homosexuels nécessitent la libération au nom de Jésus. Il ne s’agit pas de démoniser à tout crin, mais au contraire de s’offrir la possibilité d’un discernement acéré, avec l’aide du Saint-Esprit. Quoi qu’il en soit la plus grosse part revient à l’accompagnement et la cure d’âme, mais aussi à la communion fraternelle qui permet les chemins de construction et reconstruction.

 

Ne pas se tromper d’amour

L’Eglise est enfin l’espace où l’amour (agapè) régente les relations, et où nous avons la liberté de nous décaler avec la profusion des désirs et le règne de l’amour sensible (eros). Elle choisit aussi de se poser en rempart face au sentimentalisme qui prévaut pour justifier que tout est possible du moment qu’on aime. Ainsi la bénédiction n’est pas un geste qui dit que le couple béni est bien, mais que le mode relationnel qui s’installe entre eux est désiré de Dieu. La conjugalité homme-femme n’est pas une fin en soi mais bien un lieu où Dieu veut manifester sa complexité, lui qui a voulu que l’humanité soit à son image en étant « homme + femme ». S’imposent donc deux déplacements : de l’hyper-érotisation vers l’amour-charité et du sentimentalisme vers l’amour-charité. C’est un des lieux de conversion majeurs, et un défi pour la communauté locale.

 

Conclusion

Nous ne sommes donc pas du tout dans une perspective morale mais plus préoccupés par la sortie d’une idolâtrie qui menace tout humain et tout croyant, moi le premier.

Ce dont nous sommes redevables devant Dieu, c’est de faire bon usage de la grâce incomparable que nous avons reçue. Jésus va très loin à ce sujet, avec, pour qui le voudra, une probable évocation du péché de Sodome. En Matthieu 11,23-24, il affirme que Capernaüm sera traitée plus durement que Sodome au jour du jugement car elle n’aura pas administré comme Dieu le voulait le dépôt qui lui avait été fait ! Si l’on en juge aux paroles de Jésus quand il redéfinit la pureté dans la nouvelle alliance, c’est surtout ce qui sort de nos bouches qui est impur, et donc la parole homophobe semble être une impureté majeure. Pour autant, nous n’oublions pas de tenir un autre pôle de pensée qu’avait rappelé le prophète Esaïe : « Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, Qui changent les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres, Qui changent l’amertume en douceur, et la douceur en amertume ! ». Il ne s’agit pas d’une question de moralité, mais d’une question de foi, d’alliance au Seigneur et non pas d’alliance éthique avec le reste du peuple.

Havre de paix pour toute personne fatiguée et chargée, lieu de sécurité pour le pécheur en reconversion, l’Eglise a un grand rôle à jouer dans un monde en perte de repères.

 

Par Gilles Boucomont, Eglise Protestante Unie du Marais

publié dans « Homosexuel, mon prochain », hors-série n° 15 des Cahiers de l’Ecole Pastorale.
Vous appréciez cet article, achetez le volume plein sur http://www.publicroire.com/cahiers-ecole-pastorale
© Reproduit avec autorisation de l’éditeur

Guide de l’Ancien Testament

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Professeur d’Ancien Testament à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, Matthieu Richelle vient de sortir aux éditions Excelsis un excellent « Guide pour l’exégèse de l’Ancien Testament ».

Ce livre est une mine de ressources pour qui veut découvrir l’exégèse de façon à la fois intelligible et savante. Par le renvoi massif vers d’autres sources, il s’agit d’un vrai billet vers l’aventure exégétique. Truffé d’exemples, il vous permettra de comprendre les enjeux des différents types de lecture, les méthodes, et surtout où trouver d’autres outils pour pousser plus loin l’étude.

Ce n’est pas un ouvrage à lire comme un roman, mais vraiment un guide au sens touristique, qui permet de découvrir une multitude de paysages par la lecture, quand bien même on sait qu’on aura du mal à tout visiter.

Remarquable.

La proximité éclatée

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Extrait d’un article paru dans la revue « Regards Croisés » IDRH
D. Razzano – http://www.blogidrh.fr
Gilles Boucomont, Pasteur au Temple du Marais

[…]

Une « paroisse », c’est un territoire délimité. Est-ce pour vous un facteur déterminant de proximité  ?

Même si le territoire d’une paroisse correspond toujours au découpage qu’en a fait Napoléon, la paroisse parisienne est en fait redessinée par « l’effet RATP ». Notre territoire réel ne peut plus simplement s’apprécier géographiquement mais spacio-temporellement : certains paroissiens habitant l’arrondissement voisin du nôtre peuvent mettre 45 mn pour venir au temple, d’autres mettent moins de temps à venir d’au-delà de la Défense ! Puis il y a eu l’irruption d’internet et son effet de déterritorialisation. En diffusant nos cultes par internet nous sommes en proximité avec des personnes qui habitent Moscou ou Rio et qui ont le sentiment de faire partie de la paroisse car quasiment tous les dimanches elles suivent nos cultes sur leur iPhone ou leur ordinateur. J’ai une anecdote frappante à ce sujet : lors d’une journée bénévolat « grand nettoyage » une jeune fille se joint à nous que je n’avais jamais vue à l’un de nos cultes. Elle avait tout simplement entendu l’information de cette journée lors du culte retransmis sur internet et avait décidé de venir prêter main forte à l’occasion d’un passage sur Paris. En termes de rapport à la proximité, elle se sentait très proche, reconnaissant même certaines personnes qui étaient là alors que ces mêmes personnes ne l’avaient jamais vue ! La proximité est une question de représentation ; pour beaucoup de paroissiens qui ne l’ont jamais vue au temple, cette jeune fille ne peut pas être considérée comme « proche » de la communauté. C’est moi qui suis capable de dire ce qui m’est proche.

Quel est l’enjeu d’être une paroisse « connectée » ?

Il y a des sous-communautés qui se créent en fonction des appétences technologiques de chacun : telle personne répondra ou pas à un SMS ; telle autre répondra ou pas à un mail ; une autre encore sera sur Facebook ou n’y sera pas… En utilisant tel ou tel média, je toucherai un public qui sera plus ou moins connecté dans le réel ou le virtuel à l’Eglise. Avec Facebook je toucherai très peu de retraités de la paroisse mais à coup sûr tous les adolescents. Avec Twitter je toucherai une catégorie plutôt « intello-bobo ». En 2012, nous avons baptisé quatre adultes qui ont découvert la foi protestante grâce à internet.

Est-ce que la proximité est un ingrédient caractéristique de la culture d’une paroisse ?

Nous insistons beaucoup sur une limite de la relation virtuelle à la paroisse : ceux qui se connectent peuvent entendre une parole mais ne peuvent pas vivre ce niveau de communion unique du partage du repas eucharistique. Moi je me considère proche de quelqu’un lorsque j’ai mangé avec lui ! C’est peut-être une spécificité française mais c’est aussi très biblique puisque le Christ – qui aimait la table, les récits évangéliques en témoignent !- pose comme acte fondateur d’établissement de la proximité le fait de partager un repas – celui de la Cène. Après chaque culte nous partageons un repas avec ceux qui le souhaitent ce qui a pour vertu de renforcer les liens communautaires. C’est un signe de proximité authentique dans un quartier où les gens sont terriblement seuls.

A part quelques personnes en recherche philosophico-théologique, une grande majorité a surtout soif de vie communautaire, de proximité. Je crois beaucoup au principe établi par le penseur chrétien anglo-saxon Brian McLaren : « belonging before believing » ! Nos contemporains souhaitent d’abord ressentir qu’ils font partie d’une communauté avant de confesser une foi. Le repas est donc un outil d’intégration à nul autre pareil. Au Temple du Marais nous avons une contrainte d’espace qui, paradoxalement, est un avantage en termes de relation interpersonnelle : comme nous ne pouvons pas accueillir en même temps les 400 personnes qui fréquentent nos cultes dominicaux nous organisons 3 cultes de 140 personnes chaque dimanche, ce qui limite le  sentiment d’impersonnalité. Ce n’est pas gérable mentalement d’être en relation avec 400 personnes, par contre, lorsque vous êtes au milieu d’une assemblée de 140 personnes vous pouvez plus facilement tisser des relations, vous vous sentez moins écrasé par le nombre. Et puis pour permettre à ces personnes de se rencontrer, nous avons 19 sous groupes d’une quinzaine d’individus qui se réunissent partout dans Paris un soir de semaine, là encore autour d’un repas ! Nous avons donc différents niveaux de sociabilité pour retrouver l’échelon de la société pré-moderne, celui du « hameau » qui regroupait une vingtaine de personnes. Nous articulons ainsi la dimension du proche et du moins proche, du local et de l’universel. Une autre dimension de la proximité : on se rend proche d’autres structures paroissiales qui ont des besoins de renforts auxquels notre « richesse en ressources humaines » peut répondre. Et c’est là une autre conséquence vertueuse de notre contrainte d’espace puisque notre élan missionnaire et notre sens de la solidarité s’en trouvent renforcés !

Peut-on normaliser le comportement d’un pasteur sur la question de proximité ?

Selon les pasteurs il peut y avoir au moins deux  définitions de la proximité : « sont proches de moi ceux qui ont les mêmes idées que moi » ou alors « essayer de se rendre proche de ceux qui viennent » ; les raisons peuvent être diverses, idéologiques ou sociologiques… On ne peut pas normaliser, cela dépend beaucoup de la personnalité des pasteurs. Le type d’approche relationnelle qu’on a dira le type de personne qu’on accueillera. Les relations d’une personnalité chaleureuse seront différentes des relations d’une personnalité froidement polie et respectueuse. Nous avons mis l’accent sur la qualité de la relation et sur le fait que cette « Parole » que nous avons à transmettre, nous la disions dans la langue des gens, c’est-à-dire aussi selon les codes actuels de communication. Cela entend l’utilisation des médias dont nous parlions mais aussi une communication adaptée à la culture d’aujourd’hui qui donne envie d’écouter, de s’intéresser.

Est-ce que l’accueil des différents publics que vous recevez vous inspire une définition spécifique de la proximité ?

Le résumé de la foi chrétienne tient en une parole dans laquelle la proximité est essentielle : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée et ton prochain comme toi-même. » Bizarrement nous avons eu à faire face depuis 8 ans à plusieurs vagues de publics différents. Nous avons eu la vague des juristes, des homosexuels, des chefs d’entreprise, des clochards… par conséquent nous nous sommes régulièrement demandé comment nous devions nous positionner pour prendre soin de manière spécifique de tel type de public qui vient à notre rencontre, qui se fait proche de nous. Cela nous amène à la définition précise que le Christ donne du prochain dans la parabole dite « du bon samaritain » (Evangile de Luc, chap.10, 29-37). Après en avoir raconté l’histoire, Jésus pose la question : « qui a été le prochain de l’homme blessé ? » Mon prochain ce n’est pas tout le monde, ce n’est pas celui qui m’est proche géographiquement, c’est celui qui est venu vers moi, celui qui a fait la démarche de s’intéresser à moi. Jésus inverse la perspective car nous pensons souvent que le prochain c’est celui avec qui nous allons rentrer en communication. Dans une société marquée par l’impératif de la vente basée sur un mode relationnel qu’est le contrat, le prochain va être notre client. Si on s’appuie sur le référentiel entrepreneurial évangélique, le prochain, c’est le fournisseur ! Ce n’est pas celui que je vais chercher pour entreprendre, c’est celui qui me donne. Dans notre paroisse, nous ne sommes pas allés chercher les gens dans une démarche de type prospection commerciale en plaquant sur eux un message dont ils n’ont rien à faire ! Nous avons pris soin de ceux qui sont venus vers nous, qui nous étaient « prêtés » et dont nous ignorions tout des attentes personnelles. C’est ce qui nous a poussés à développer toute une activité d’accompagnement individuel avec 50 personnes qui reçoivent en entretien des personnes qui ont besoin de parler. Nous nous rendons proches de ceux qui s’approchent de nous mais nous restons vigilants de ne pas prendre la place de Dieu dans leur imaginaire ! Plus on travaille dans l’intimité de la personne, plus il faut gérer la juste distance.

La proximité est-elle une question légitime en période de crise ?

En période de crise, les gens ont besoin de se raccrocher à des niveaux de représentation qui sont accessibles. Or on peut plus facilement se représenter la proximité que la globalité qui est plus anxiogène. A mon avis, la crise pousse dans le sens de la représentation proche. Le cœur du message que nous avons envie de porter c’est de considérer l’humain comme valeur première, une valeur que la proximité bien pensée et bien vécue fait fructifier !

 Février 2013

Tout protestant, un pape ?

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Plusieurs personnes protestantes postent ces temps-ci sur leur mur la phrase suivante :
« Chaque protestant est un pape, une bible à la main ».

Outre le fait que cette citation sorte de la bouche d’un Boileau qui a fui la théologie pour la satire, elle est… fausse.
Chaque protestant est un prêtre, une Bible à la main, conformément aux paroles bibliques d’Exode* 19,5-6 et 1Pierre* 2,9. Cette idée développe le concept de sacerdoce universel du croyant, relu par la Réforme. Mais la théologie du sacerdoce universel va de pair avec une théologie du ministère.
« Maintenant, si vous écoutez mes paroles et si vous respectez mon alliance avec vous, vous serez pour moi comme un trésor parmi tous les peuples. Oui, le monde entier est à moi, 6mais vous serez pour moi un royaume de prêtres, un peuple choisi pour me servir. » – Exode 19,5-6 (Parole de Vie)
La prêtrise est un sacerdoce, donné à tous.
Le ministère, notamment épiscopal, ne revient qu’à un petit nombre.
Aucun protestant n’a en soi un ministère épiscopal, et encore moins un ministère épiscopal de type mondial. Un ministère épiscopal quand il existe en protestantisme, est soumis à un vote collégial et il est forcément temporaire, lié à un mandat à durée déterminé (parfois renouvelable). Rarement en protestantisme, un ministère épiscopal n’a le droit de prendre une décision sans qu’elle soit finalement prise par une assemblée.
« Mais vous, vous êtes la race élue, la communauté sacerdotale du roi, la nation sainte, le peuple que Dieu s’est acquis, pour que vous proclamiez les hauts faits de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière. » – 1 Pierre 2,9 (TOB)

Donc, peut-être faudrait-il changer nos formulations ?

GPA, grande pauvreté aujourd’hui

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Il y a quelques jours, le Parisien publiait un rectificatif après avoir reconnu s’être fait berner par une prétendue mère porteuse française qui aurait donné naissance à son/ses enfant/s en Belgique (voir l’article sur http://www.leparisien.fr/societe/rectificatif-fausse-mere-porteuse-11-03-2013-2633029.php).

Cette histoire est fâcheuse à plusieurs titres.

D’abord pour le journalisme, désormais si souvent dénué de sens critique. Les journalistes ont pris pour argent comptant ces déclarations agrémentées d’une vidéo, ne cherchant pas à recouper l’information. Il aura fallu l’intervention de la mère de la jeune femme pour que l’organe de presse réalise que Raphaëlla faisait oeuvre de mythomanie. Mais le goût du croustillant et du scoop ont gagné et la fausse information était publiée, créant un précédent, a minima en terme d’émoi collectif.

C’est fâcheux aussi pour cette jeune femme. Dans sa souffrance de s’être vu retirer la garde de ses enfants pour cause de mythomanie, la voilà exposée en pâture à la moquerie de tous, dans une exclusion que la télé-réalité va fixer pour longtemps. Comme si elle avait besoin de mourir un peu plus.

Mais c’est enfin regrettable pour les défenseurs de la Gestation Pour Autrui (GPA), et nous ne pouvons que nous en réjouir.
Par ce délire personnel de Raphaëlla, devenu collectif dans une expérience de faillite médiatique, est enfin montrée que la GPA sera toujours une arme des forts pour se jouer des faibles, une arme de la tristesse des riches pour acheter la tristesse des pauvres. Bref, la GPA est un outil de domination pitoyable qui enfonce ceux qui sont déjà dans les fossés de l’histoire…

Que Raphaëlla trouve sur sa route ceux qui pourront l’aider.
Et que le délire s’arrête.

Baudelaire prophète

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Le monde va finir ; la seule raison pour laquelle il pourrait durer, c’est qu’il existe. Que cette raison est faible, comparée à toutes celles qui annoncent le contraire, particulièrement à celle-ci : Qu’est-ce que le monde a désormais à faire sous le ciel ? Car, en supposant qu’il continuât à exister matériellement, serait-ce une existence digne de ce nom et du dictionnaire historique ? Je ne dis pas que le monde se réduit aux expédients et au désordre bouffon des républiques du Sud-Amérique, que peut-être même nous retournerons à l’état sauvage et que nous irons, à travers les ruines herbues de notre civilisation, chercher notre pâture, un fusil à la main.
Non ; car ce sort et ces aventures supposeraient encore une certaine énergie vitale, écho des premiers âges. Nouvel exemple et nouvelles victimes des inexplorables lois morales, nous périrons par où nous avons cru vivre.
La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous toute la partie spirituelle, que rien parmi les rêveries sanguinaires, sacrilèges ou anti-naturelles des utopistes ne pourra être comparé à ses résultats positifs.
Je demande à tout homme qui pense de me montrer ce qui subsiste de la vie. De la religion, je crois inutile d’en parler et d’en chercher les restes, puisque se donner encore la peine de nier Dieu est le seul scandale en pareilles matières. La propriété avait disparu virtuellement avec la suppression du droit d’aînesse ; mais le temps viendra où l’humanité, comme un ogre vengeur, arrachera leur dernier morceau à ceux qui croiront avoir hérité légitimement des révolutions. Encore, là ne serait pas le mal suprême.
L’imagination humaine peut concevoir, sans trop de peine, des républiques ou autres Etats communautaires dignes de quelque gloire, s’ils sont dirigés par des hommes sacrés, par certains aristocrates. Mais ce n’est pas particulièrement par des institutions politiques que se manifestera la ruine universelle, ou le progrès universel ; car peu m’importe le nom. Ce sera par l’avilissement des cœurs.
Ai-je besoin de dire que le peu qui restera de politique se débattra péniblement dans les étreintes de l’animalité générale, et que les gouvernements seront forcés, pour se maintenir et pour créer un fantôme d’ordre, de recourir à des moyens qui feraient frissonner notre humanité actuelle, pourtant si endurcie ! Alors, le fils fuira la famille, non pas à dix-huit ans, mais à douze, émancipé par sa précocité gloutonne ; il la fuira, non pas pour chercher des aventures héroïques, non pas pour délivrer une beauté prisonnière dans une tour, non pas pour immortaliser un galetas par de sublimes pensées, mais pour fonder un commerce, pour s’enrichir, et pour faire concurrence à son infâme papa, fondateur et actionnaire d’un journal qui répandra les lumières et qui ferait considérer le siècle d’alors comme un suppôt de la superstition.
Alors, les errantes, les déclassées, celles qui ont eu quelques amants, et qu’on appelle parfois des anges en raison et en remerciement de l’étourderie qui brille, lumière de hasard, dans leur existence logique comme le mal, alors celles-là, dis-je, ne seront plus qu’impitoyable sagesse, sagesse qui condamnera tout, fors l’argent, tout, même les erreurs des sens ! Alors, ce qui ressemblera à la vertu — que dis-je — tout ce qui ne sera pas l’ardeur vers Plutus sera réputé un immense ridicule.
La justice — si, à cette époque fortunée, il peut encore exister une justice —fera interdire les citoyens qui ne sauront pas faire fortune. Ton épouse, ô bourgeois ! Ta chaste moitié dont la légitimité fait pour toi la poésie, introduisant désormais dans la légalité une infamie irréprochable, gardienne vigilante et amoureuse de ton coffre-fort, ne sera plus que l’idéal parfait de la femme entretenue. Ta fille, avec une nubilité enfantine, rêvera dans son berceau qu’elle se vend un million. Et toi-même, ô bourgeois — moins poète encore que tu n’es aujourd’hui — tu n’y trouveras rien à redire ; tu ne regretteras rien. Car il y a des choses, dans l’homme, qui se fortifient et prospèrent à mesure que d’autres se délicatisent et s’amoindrissent, et, grâce un progrès de ces temps, il ne te restera de tes entrailles que des viscères ! Ces temps sont peut-être bien proches ; qui sait même s’ils ne sont pas venus, et si l’épaississement de notre nature n’est pas le seul obstacle qui nous empêche d’apprécier le milieu dans lequel nous respirons !
Quant à moi, qui sens quelquefois en moi le ridicule d’un prophète, je sais que je n’y trouverai jamais la charité d’un médecin.
Perdu dans ce vilain monde, coudoyé par les foules, je suis comme un homme lassé dont l’œil ne voit en arrière, dans les années profondes, que désabusement et amerture, et devant lui qu’un orage où rien de neuf n’est contenu, ni enseignement ni douleur.
Le soir où cet homme a volé à la destinée quelques heures de plaisir, bercé dans sa digestion, oublieux — autant que possible — du passé, content du présent et résigné à l’avenir, enivré de son sang-froid et de son dandysme, fier de n’être pas aussi bas que ceux qui passent, il se dit en contemplant la fumée de son cigare : Que m’importe où vont ces consciences ?
Je crois que j’ai dérivé dans ce que les gens du métier appellent un hors-d’œuvre. Cependant, je laisserai ces pages, parce que je veux dater ma tristesse.

Charles Baudelaire – Fusées

Quelques prédications à entendre

sheppherd

Tout est grâce, mais soit fort et très courageux –> Écouter

Être un « chrétien méchant » ? –> Écouter

Mes projets ou ceux de Dieu ? –> Écouter

Séminaire : L’autorité en Christ –> Écouter

Séminaire : L’autorité en Christ –> Écouter

Comment prier Dieu ? –> Écouter

Être revêtu de l’Esprit de Dieu pour témoigner – > Écouter

Que le Seigneur soit le gardien de nos bouches –> Écouter

Se laisser déplacer vers la confiance en Dieu –> Écouter

Pentecôte : se laisser transformer par l’Esprit saint –> Écouter

Culte de l’ascension, être présent spirituellement –> Écouter

Pourquoi reconnaître nos déséquilibres ? –> Écouter

Cherchez d’abord le royaume de Dieu ! –> Écouter

Parler de la résurrection ou vivre la résurrection? –> Écouter

Rester fidèle à Dieu dans nos moments difficiles –> Écouter

Arrêter de perdre notre temps dans nos mauvaises pensées –> Écouter

Qu’est-ce que la Vérité ? –> Écouter

L’urgence de se réconcilier avec Dieu –> Écouter

La Foi qu’est-ce que c’est ? –> Écouter

La Foi qu’est-ce que c’est ? –> Écouter

Concrétiser la justice de Dieu dans nos vies –> Écouter

Quelle est la bonne question à se poser face à une catastrophe ? –> Écouter

Etre renouvelé pour entrer dans l’appel de Dieu pour ma vie –> Écouter

Le modèle du Père prodigue –> Écouter

Noël en attendant –> Écouter

Passer à travers les épreuves de la vie –> Écouter

Quel est le meilleur instrument pour louer Dieu ? –> Écouter

Se reposer plus pour gagner plus ? –> Écouter

Le Seigneur donne un esprit de puissance, d’amour et de sagesse –> Écouter

Quel est le centre de votre vie ? –> Écouter

Vivre la Vérité –> Écouter

Etre Vivant en louant Dieu –> Écouter

Le dernier sacrifice > Écouter

Porter de bons fruits -> Écouter

La radicalité du choix que nous avons à faire –> Écouter

Recevoir la plénitude du Saint-Esprit –> Écouter

Attendre le retour de Jésus : quel impact ? –> Écouter

La Pentecôte : être rempli –> Écouter

S’embellir pour le Seigneur –> Écouter

Se laisser façonner pour entrer dans le projet du Seigneur –> Écouter

Connaître un Christ mort ou connaître un Christ vivant –> Écouter

Se détourner des Faux Dieux et des idoles –> Écouter

Comment mettre notre foi en pratique ? –> Écouter

Qu’est-ce qu’un croyant selon Jésus ? –> Écouter

Habiter dans l’Amour de Dieu par le Christ –> Écouter

Qui est dangereux pour qui ?

Marc 13,9-13 :
9. « Mais vous, écoutez bien ce qui va vous arriver ! Des gens vous livreront aux tribunaux. On vous frappera dans les maisons de prière, on vous conduira devant des gouverneurs et des rois, à cause de moi. Alors vous serez mes témoins devant eux.
10. En effet, il faut d’abord annoncer la Bonne Nouvelle à tous les peuples.
11. Et quand on vous emmènera pour vous juger, ne soyez pas inquiets d’avance en vous demandant : “Qu’est-ce que nous allons dire ? ” Vous direz les paroles que Dieu vous donnera à ce moment-là. En effet, ce n’est pas vous qui parlerez, mais c’est l’Esprit Saint.
12. Le frère livrera son frère pour qu’on le tue, le père fera la même chose avec son enfant. Les enfants deviendront les ennemis de leurs parents et ils les feront condamner à mort.
13. Tout le monde vous détestera à cause de moi, mais celui qui résistera jusqu’à la fin, Dieu le sauvera. »

Prédication

Au moment où Marc rédige son évangile, les chrétiens ont déjà commencé à avoir des problèmes. Ils proposent un type de vie qui est radicalement différent des autres propositions. Ce type de vie est suffisamment différent pour s’opposer au judaïsme dans sa forme de l’époque, parce que ce judaïsme s’était enfermé dans un type de religiosité qui lui faisait proposer de temps en temps de compromissions avec l’envahisseur romain. Ces Juifs convertis au Messie Jésus, ou ces païens de toutes origines, convertis encore plus à un Messie qu’ils n’attendaient même pas, se retrouvent dans une situation où ils sont en danger. Ils sont en danger parce qu’ils ne veulent pas se conformer au temps présent. Ils ne veulent pas se conformer à la pression du Temple et des prêtres, dont quelques histoires du Nouveau Testament nous font penser qu’elle était devenue plus économique qu’autre chose : il fallait d’abord acheter des animaux pour faire des sacrifices et entrer dans un système qui était devenu tout autre chose que ce que le Père avait prévu au commencement. Cela avait profondément agacé Jésus. Ils ne voulaient pas non plus se conformer à ce monde, à cette paix romaine, la Pax Romana, cette paix qui consistait finalement à rentrer dans un apparent respect universel de tous les dieux du bassin méditerranéen, puisqu’à chaque fois qu’un peuple était conquis, on rajoutait un temple à ce dieu du côté de Rome ; et comme ça César avait l’assurance d’être, au bout du compte, le seul à être vénéré, tandis qu’il laissait les peuples s’agiter devant leurs « dieux ».

Les chrétiens comprennent qu’il y a dans cette tolérance très militarisée quelque chose  qui ne convient pas. Quelque chose qui ne convient pas par rapport à ce que le Christ est venu apporter. Alors ces chrétiens vont être très rapidement en danger. C’est sûrement pour cela qu’un passage comme celui-ci dans l’évangile de Marc, et pour les lecteurs de Marc, va prendre une acuité très particulière. Parce que ceux qui adhèrent au message de Christ savent qu’ils prennent des risques. Pas simplement le risque de la foi comme nous l’évoquons dans nos sociétés relativement privilégiées, mais bien le risque… de leur vie. Ils risquent de devoir littéralement laisser leur vie pour avoir suivi le Christ. « Alors vous serez mes témoins » dit Jésus. Vous savez que ce mot témoin, dans la langue que Marc utilise, le grec, si nous le disons en français c’est mot martyre. Soyez mes témoins avec cette possibilité d’un prix à payer, qui est le prix du martyre. Voici donc une parole qui a été dite par le Christ et qui est entendue par ceux qui écoutent le témoignage de Marc comme quelque chose d’extrêmement présent, extrêmement actuel, parce qu’ils sont cette génération qui va prendre des risques et qui va permettre qu’à peine soixante ans plus tard la quasi totalité du bassin méditerranéen a entendu parler de Jésus-Christ ; et cela en refusant de prendre les armes, en refusant de s’opposer à ceux qui les battaient, qui les rouaient de coups, qu’ils soient dans les synagogues ou du côté des païens, notamment romains.

Ce sont des chrétiens en danger qui sont évoqués par avance dans cette parole prophétique de Christ.

Mais si nous regardons ce qui s’est passé dans ces années là, demandons-nous pourquoi ces chrétiens sont en danger ? Ils sont en danger parce qu’en réalité, ce sont eux qui sont vraiment dangereux. Ce sont eux qui sont puissamment dangereux pour les deux ordres établis que sont l’ordre du Temple et l’ordre de César. Ils sont puissamment dangereux parce que même sans porter les armes, même en refusant toute forme de violence, le message qu’ils portent et l’Esprit qui les habite sont en train de conquérir cette mer commune, la Mare Nostrum (notre mer) des romains. Ils sont en train de reconquérir tout l’empire romain… sans violence contre leurs opposants ! Ils sont équipés de la seule puissance de l’Esprit Saint.

Alors sont-ils des gens qui sont en danger, ou ne nous faudrait-il pas changer de regard à leur égard et les regarder comme des gens dangereux. Dangereux pour l’ordre établi et pour le prince de ce monde. Ce qui nous renvoie à nous-mêmes : si Jésus s’adressait sûrement aux chrétiens de son époque et à la génération qui suivrait, il s’adresse aussi à nous aujourd’hui. Es-tu à l’heure actuelle un chrétien en danger ? Sous nos latitudes, vraisemblablement pas. Mais le pendant de cela, c’est peut-être : « Es-tu un chrétien dangereux ? », dangereux pour certains ordres établis, dangereux pour ces puissances qui font que notre pays n’intervient pas en Syrie car nous vendons des armes qui arrivent en Syrie. Es-tu dangereux pour cela ? Non. Tu n’es pas en danger parce que tu n’es pas dangereux. Ah…

Puisque nous n’avons désormais même pas à être convoqués devant des tribunaux, nous n’avons même pas à répondre de notre foi devant des accusateurs religieux, les grands inquisiteurs de Mammon ou d’autres, la question pourrait se poser à nous comme cela : « N’est-il pas l’heure de nous inquiéter de ne pas avoir à être redevables ? », simplement parce que nous ne sommes pas dangereux ; nous sommes profondément gentils, profondément convenables, profondément conventionnels et fréquentables, y compris par les vendeurs d’armes. Parce que notre foi s’est quelque peu desséchée.

De la même façon que le Christ disait dans ces moments difficiles de faire appel au Saint-Esprit : « Lui parlera, ne parlez qu’en vous laissant traverser par sa parole ». N’essayons pas de raisonner selon nos principes philosophiques, théologiques, anthropologiques, humains. N’essayons pas de raisonner avec nos armes. Nos armes nous mettront forcément dans une situation où nous choisirons une violence qui est finalement une violence du monde et de la chair. Ne choisissons que les armes de l’Esprit.

Alors pour nous qui ne sommes ni en danger ni dangereux, peut-être que le Christ dit : « Comptez plus sur l’Esprit Saint », allez chercher plus de cet Esprit, parce que si sa puissance augmente en vous, alors vous allez commencer à changer le monde. Et si vous commencez véritablement à changer le monde, que ce soit dans le calme de votre prière personnelle ou dans des engagements d’un autre ordre, à ce moment-là, vous serez sûrement en danger, parce que vous serez dangereux.

Christ est venu renverser les puissances. Il est venu manifester ce que d’autres avaient déjà chanté, à savoir l’abaissement des forts et l’élévation des faibles. Christ est une puissance de Dieu, puissance pour la restauration, le renouvellement et la recréation du monde. Alors que le Saint-Esprit nous permette d’être à notre tour dangereux (et peut-être en danger), témoins (peut-être martyrs), mais habités de la puissance de l’Esprit-Saint.