Délivrance

Lettre ouverte à Torben S.

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Cher Torben,

Je fais partie de personnes qui se sentent très positivement stimulées par ton ministère. Tu réveilles le zèle des chrétiens pour vivre l’Evangile intégral, incluant le fait de vivre le baptême du Saint-Esprit, l’expérience de la guérison et de la délivrance, les charismes, etc. Ce sont les choses qui me passionnent le plus dans le ministère et depuis pas mal d’années. Nous en avons vu les fruits en Eglise.

Tu nous challenges et nous aiguillonnes pour être plus audacieux, pour aller chercher la centième brebis, pour oser prier pour les gens pas seulement dans les églises. Jésus amenait le Royaume au milieu de la vie. Parfois dans les synagogues, d’autres fois dans les places de marché, d’autres dans un face-à-face avec les gens.

Maintenant, nous constatons aussi que s’opère une réelle séduction sur des chrétiens qui ont encore du chemin à faire, qui ont parfois déjà été baptisés, déjà guéris, déjà baptisés du Saint-Esprit, mais qui sont dans une forme de boulimie de surnaturel, ou qui aiment le show, la culture du selfie. Ils ne sont peut-être pas si spirituels que ça. Un peu comme ces gens à qui Jésus ne voulait pas répondre parce qu’ils n’étaient friands que du miraculeux.

Si beaucoup de choses bonnes sont ramenées par ton ministère, comment gérer les rebaptêmes ?
Qu’est-ce que ça dit du respect des ministères qui ont fait un travail de formation, d’accompagnement spirituel, de guérison et de délivrance, avant lui. Pourquoi ce dénigrement des autres ministères, en permanence ? N’est-ce pas un peu orgueilleux ?

Si beaucoup de choses bonnes sont ramenées par ton ministère, que faire des personnes qui se laissent un peu forcer, voire qui doivent vivre une délivrance après une expérience par trop rapide ? C’est le cas de certains membres de nos Eglises.

Si beaucoup de choses bonnes sont ramenées par ton ministère, comment accepter le manque de pondération dans le discours sur les Eglises, dans l’enseignement à se méfier des pasteurs, à dénigrer toute forme d’Eglise dénominationnelle ? Nous ne sommes pas au Danemark. Il y a des Eglises qui sont apostates ici, oui, et nous dénonçons ça dans notre propre environnement d’Eglise ! Mais d’autres « font le job ». Et les dénigrer, les discriminer, n’est pas oeuvrer pour le Christ et pour le Royaume. Les traiter « en bloc » n’est pas fraternel ; c’est même mentir.

Si beaucoup de choses bonnes sont ramenées par ton ministère, que penser de l’obsession pour le parler en langues ? 1 Corinthiens 12:30 a-t-il été rayé de la Bible ? On peut être baptisé du Saint-Esprit sans parler en langues explique Paul. Comme lui je suis heureux de parler en langue. C’est très utile dans les délivrances. 

Alors voilà, je me suis vraiment régalé avec plusieurs vidéos d’enseignement qui sont précises et stimulantes. Je suis très reconnaissant que tu nous aiguillonnes, que tu nous défies, que tu nous « piques » même ! J’ai été le poil à gratter d’un grand nombre de collègues alors j’accepte ça pour moi-même. Et je loue Dieu pour cette part de ton ministère.
Mais le problème c’est qu’après, tu pars… et que ce sont ceux que tu dénonces par ailleurs qui vont s’occuper concrètement des gens.
Ce seront des Eglises qui seront aussi abîmées par les nouveaux zélotes qui passent leur temps à dire aux gens de quitter les Eglises, même les Eglises fidèles… J’ai déjà expérimenté ça en Afrique de l’Est. Le prédicateur sympa qui arrive du Nord, et qui met une pagaille terrible qui vous rajoute 50% de travail après pour « recoller les morceaux » de tout ce qui a été abîmé.
Ce seront des gens qui s’empareront de ce que tu leur auras donné, mais vont en faire mauvais usage. Et il n’y aura personne pour les corriger, puisque nous serons forcément ces « méchants pasteurs » que tu auras recommandé de ne pas écouter.

Torben, mon frère, merci pour qui tu es.
Merci pour ton audace.
Mais s’il-te-plaît, arrête de faire les choses « contre » nous en pensant que toi seul fais les choses du Royaume. Tu as besoin des Eglises parce qu’elles travaillent sur le plus long terme. Bien sûr que Jésus peut revenir demain, et si nous l’avons oublié, si nous ne l’avons pas assez prêché, que Dieu nous donne de retrouver ce zèle, mais pour autant, si Jésus ne revient que dans 30 ans, comment vont survivre ces gens qui seront juste tombés par terre, baptisés, parlant en langues, et hop en 3 heures ? Ce sont les Eglises aussi qui peuvent s’en occuper, et qui le feront. Alors arrête de jouer « contre » là où tu pourrais jouer « avec »…

Gilles Boucomont

(je découvre après coup une vidéo remplie de mensonges où, de fait tu me diffames, mais moi je te bénis de tout mon coeur !)

L’Eglise locale, havre de paix pour les homosexuels

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Le parlement français a voté l’ouverture de l’institution du mariage civil aux couples de même sexe. Cette saison n’a pas vraiment été un temps de débat, un temps de paroles, mais plutôt un temps pour des cris. Cris de douleur de la communauté homosexuelle qui s’est souvent construite, à raison, mais parfois aussi à tort, dans une identité de rejet. Cris de colère des défenseurs du mariage, chrétiens ou non, attachés à une institution qui s’est forgée en France pour délimiter et encadrer natalité, filiation et transmission. Après tant de bruit, nous nous retrouvons en Eglise pour penser les questions qu’ont fait surgir ces débats, avec un impératif que le Christ nous soumet : être dans sa vérité, et être dans la paix. En somme être en Lui, qui est Vérité et Prince de paix.

 

Morale « judéo-chrétienne » ?

Toute Eglise protestante ou évangélique va donc prendre la question comme elle en a l’habitude, à l’aune de ce qu’évoque le texte biblique, qui fait autorité en matière de foi et de règles (Sola Scriptura). L’Ecriture est une source centrale bien qu’elle ne soit jamais purement unique. Si c’est l’Ecriture seule qui fait foi, nous savons combien notre culture est marquée par le paternalisme et le puritanisme du XIXème siècle, que nous confondons avec la « morale judéo-chrétienne », concept créé par les sociologues athées et les journalistes de la fin du XXème siècle.

Et nous confondons sans nous en apercevoir l’Ecriture et ses interprétations, dont nous avons intégré les lignes fortes pour ne plus pouvoir revenir à la source sans y apporter un goût extérieur, extra-biblique. Après tout qui se choque encore du nombre d’épouses et concubines de Salomon ? Qui encore, sinon les pharisiens, crie au scandale quand Marie sèche les pieds de Jésus avec ses cheveux ? Qui s’étonne que Joseph aille sans problème à Bethléem avec une Marie enceinte avant le mariage, n’étant lui-même blessé que par le fait qu’il ne soit pas à l’origine de cette grossesse ?

Bref, il est objectif que la Genèse pose la complémentarité homme-femme. Mais trouver une morale immanente à la Bible en matière de sexualité, de conjugalité et de famille nécessite de tordre et déformer texte biblique, à partir de nos principes et de notre actualité. La morale au temps d’Abraham n’a rien à voir avec celle au temps d’Esaïe, qui n’a rien à voir avec celle au temps des apôtres. Elle n’a rien à voir avec la nôtre, qui s’est surtout forgée dans les 150 dernières années…

Quatre textes bibliques normatifs nous parlent d’homosexualités. Ils ne structurent pas une morale mais bien une Loi civile et religieuse, avec son aspect pénal. C’est le code de sainteté d’Israël. La première chose que nous remarquons c’est que, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, seul un texte interdisant l’homosexualité en Israël se trouve dans le premier testament (Lévitique 18,22 avec la punition assortie en Lévitique 20,13). Dans l’histoire de Loth, c’est le viol qui est condamné surtout (Genèse 19,5). De la même façon à Guibéah dans le viol d’un lévite (Juges 19,22). Trois textes se trouvent dans le nouveau testament, plus particulièrement dans les épîtres de Paul (Romains 1,28-31 – 1 Corinthiens 6,9 – 1 Timothée 1,8-11).

En 1 Corinthiens 6,9, Paul crée des mots nouveaux pour parler de l’homosexualité dans ses deux modes, passif (malakoï) et actif (arsekoïtai).

En Romains 1, il inclue l’homosexualité dans une série d’idolâtries comportementales. Son but est d’aboutir à Romains 3,23 : « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu ». Il ne met pas un accent particulier au point que l’homosexualité fait partie d’une liste bien plus vaste.

En 1 Timothée 1,8-11, il déploie la même argumentation.

 

La Loi et la morale

Les Ecritures parlent donc clairement de l’homosexualité comme d’un péché. N’en déplaise à ceux qui sont prêts à tordre le texte pour affirmer le contraire, jusqu’à dire que Jésus l’admettrait, car sinon, il l’aurait condamnée explicitement…

En revanche, c’est la posture de Jésus face au péché et au pécheur qui nous importe pour comprendre l’économie nouvelle, la norme du Royaume. Comment nous positionner à notre tour non pas dans une attitude de jugement comme si c’était toujours la Loi qui prévalait pour nous, mais bien pour intégrer la grâce dont le Christ a voulu faire preuve, de la part du Père.

Et c’est dans son attitude face aux pécheurs que nous pouvons comprendre la révolution Jésus. En Jean 8, Jésus fait face à une femme adultère. Mais il n’est pas seul ; les tenants de la Loi sont avec lui, prêts à la lapider, mais rebroussant chemin dans la honte que fait monter en eux la conscience de leur péché.

Les tenants de la morale sont les nouveaux docteurs de la Loi et les nouveaux scribes ou pharisiens. A ceci près que, s’ils sont chrétiens désormais, ils se trompent de loi. C’est au nom d’une autre Loi que celle de Christ qu’ils agissent, au nom de cette loi morale prétendument judéo-chrétienne qui n’est autre qu’un paternalisme conservateur qui est surtout le fruit de la révolution industrielle, indispensable pour que les ouvriers soient disciplinés et serviles.

Pourtant, bizarrement, si cette morale est très présente dans les Eglises, elle est exigeante contre l’homosexualité, mais elle est parfois moins véhémente contre l’adultère. Elle est tout à fait relâchée par rapport aux ivrognes, que l’on ne cherche pas toujours à sortir de leur mauvaise habitude au pays du bon vin. Que dire des cupides, qui eux sont dans les conseils pour administrer l’Eglise, alors que Paul en 1 Corinthiens 6,9-10 les met tous sur le même plan ? Sans distinction ni hiérarchie.

 

L’amour et la vérité

Il n’est pas insensé de considérer que tous ces péchés sont aussi graves les uns que les autres, dans la mesure où Paul proclame qu’ils nous privent du Royaume. Mais l’attitude de Christ en Jean 8 par rapport à la femme adultère devient la nouvelle norme du Royaume. L’Eglise, qui prolonge l’œuvre de Christ est donc le lieu où doit s’exprimer l’habile dosage de sévérité à l’égard du péché, et de compassion à l’égard du pécheur désireux de changer de vie.

C’est ainsi que les prostituées qui se convertissent sont souvent bien accueillies, les alcooliques en chemin vers la sobriété le sont aussi dans nos Eglises ; il doit en être de même pour ceux qui luttent en chemin contre l’homosexualité. L’Eglise est le lieu où les pécheurs (que nous sommes tous si nous relisons le sermon sur la montagne), viennent confesser leur misère devant celui qui les relève et leur dit :
– Je ne te condamne pas,
– Va,
– Ne pèche plus.

Les trois éléments de ce cheminement sont capitaux. Jésus, par son délicat « ne pèche plus », signifie clairement qu’il n’a pas aboli le fait que l’adultère avéré de cette femme soit une occasion de rupture avec le monde, et avec Dieu et sa Loi. Il n’a pas aboli le code de sainteté. Et il n’hésite pas à dire les limites du possible. Il n’a pas de honte à dire que c’est invivable. Que c’est même contre Dieu. Il ne lui dit pas « Rien n’est grave, avance maintenant ». Selon le code de sainteté, elle devait être lapidée. Elle ne le sera pas. Mais combien de personne se disant homosexuelles sont lapidés verbalement ou simplement ostracisées jusqu’à ne plus revenir, dans des Eglises où leur péché a été promu au rang de péché supérieur. Qui sommes-nous pour établir des catégories que les Ecritures et le Christ n’ont pas posées, pour hiérarchiser les vertus ou les vices ? Sommes-nous ceux qui fixent la Loi ? De quelle autorité sortirions-nous un péché de cette liste, pour le rendre plus infâme ou le qualifier, au contraire, de bénin ?

Seul quelqu’un de totalement saint peut être en droit de mettre en application le code de sainteté, si nous sommes cohérents. Dieu seul peut donc punir l’adultère, en toute logique. Alors « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre », lance Jésus, qui est sans péché, et a donc autorité pour la lapider, lui ! Mais il choisit de ne pas le faire. Il ouvre la possibilité au changement de vie, qui commence avec la capacité à se repentir. « Car là où le péché a abondé, la grâce a surabondé. » (Romains 5:20). Et c’est pourquoi il peut lui dire : « Va ».

 

Havres de paix

Les Eglises sont donc appelées à être des lieux de sécurité et de refuge pour les personnes se disant homosexuelles, où elles peuvent être sures d’être préservés de toute forme d’homophobie et de tout jugement. Nos Eglises doivent être des lieux où se dit la vérité, mais dans l’amour qui prévaut aux suiveurs de Christ. Elles sont appelées à être des lieux de grande sécurité spirituelle mais aussi émotionnelle pour que les pécheurs s’y retrouvent comme étant graciés, et apprenant à en tirer toutes les conséquences jusque dans chaque recoin de leur vie.

Mais comme pour tout pécheur, ce lieu de sécurité est aussi un lieu de vérité où la personne n’est pas confondue avec son comportement, mais définie dans ses vrais lieux d’identité. Personnellement, je ne suis pas un hétérosexuel, mais un homme marié à une femme. Nos Eglises ne bénissent pas des hétérosexuels. Elles bénissent des hommes et des femmes qui veulent vivre la conjugalité dans la fidélité que définit l’Ecriture, et qui fait de la vie comme de tout ce qui la constitue, une réalité éternelle.

 

Tu n’es pas ce que tu fais

La première étape est donc de pouvoir libérer ceux que nous accueillons de cette malédiction portée par la seule formulation « Je suis gay – Je suis lesbienne ». Non, tu es une femme qui n’arrive pas à envisager une conjugalité avec un homme. Tu es un homme qui n’arrive pas à s’imaginer dans le côte-à-côte et le face-à-face avec une femme. Ce n’est pas facile dans un environnement où le monde pousse à proclamer une prétendue identité homosexuelle, qui peut être même très valorisante dans certains milieux. Dans le Marais le ratio de personnes homosexuelles est de l’ordre du tiers de la population vraisemblablement, et cette revendication identitaire est omniprésente.

Cette première étape de liberté, les soi-disant hétérosexuels doivent la vivre aussi ! Car ils ont eux aussi à quitter cette idée qu’ils sont dans une totale disponibilité à toute présence du sexe opposé, pour pouvoir aller vers une recherche du vis-à-vis unique et adéquat, qui n’est pas un semblable, ni, dans le plan de Dieu, une créature interchangeable, seulement définie par le critère objectivé de sa génitalité. « Homosexuel » et « hétérosexuel » sont donc deux mensonges identitaires, en cela qu’ils qualifient de façon inadéquat notre être, par le seul prisme du comportement potentiel.

Est-ce que Dieu ou son Fils nous disent que l’hétérosexualité est une vertu suprême en soi ? En la matière, il semble que soient infiniment plus nombreux les passages qui décrivent les multiples formes d’une hétérosexualité dysfonctionnelle ! La personne bataillant avec l’homosexualité n’a pas pour but de s’installer dans l’hétérosexualité. Elle doit pouvoir se mettre à attendre son unique vis-à-vis de l’autre sexe, préparé sur mesure par le Père céleste.

 

Du temps et un espace pour la reconstruction

Ensuite, l’Eglise se doit d’offrir un espace d’attente, de conversion, d’évolution émotionnelle, de guérison, de sanctification. Accompagnant de nombreuses personnes de tous horizons, nous n’avons jamais vu quiconque pour qui la sexualité soit une expérience limpide et pure, simple et parfaite. Bien souvent les déplacements quant à l’identité sexuelle mettent beaucoup de temps. Autant l’esprit peut être délivré très rapidement, autant le corps peut guérir instantanément par miracle, autant la psychè (l’âme), même au bénéfice d’une intervention divine, a besoin de temps pour se construire ou se reconstruire. Les Eglises sont donc des espaces de patience et de confiance, où chacun peut mûrir dans sa destinée, pour marcher dans la ressemblance à Christ. Peu importe que nous ne soyons pas au bout du chemin du moment que nous sommes en route. Peu importe que nous ayons chuté du moment que nous ne nous complaisons pas à rester à terre.

Comme pour tout questionnement de vie, pour tout positionnement identitaire, nous n’hésitons pas à parler de délivrance et de guérison. Ce n’est pas bien reçu par les tenants d’une homosexualité intrinsèque, voire génétique. Et pourtant, ce discours sur la guérison et la délivrance peut être très bien reçu, mais dans la seule mesure où il ne cristallise pas l’attention sur des publics en particulier. De la même façon que les africains sont fatigués d’être toujours renvoyés à la sorcellerie, les homosexuels en ont assez d’être toujours stigmatisés comme étant des pervers, voire dans beaucoup de milieux, comme des candidats à la pédophilie ! Cette stéréotypie doit quitter nos têtes pour quitter nos langages. Pour autant, de la même façon que certaines dépressions ne sont pas que psychiques et nécessitent la prière de délivrance, plusieurs séquences de certains parcours homosexuels nécessitent la libération au nom de Jésus. Il ne s’agit pas de démoniser à tout crin, mais au contraire de s’offrir la possibilité d’un discernement acéré, avec l’aide du Saint-Esprit. Quoi qu’il en soit la plus grosse part revient à l’accompagnement et la cure d’âme, mais aussi à la communion fraternelle qui permet les chemins de construction et reconstruction.

 

Ne pas se tromper d’amour

L’Eglise est enfin l’espace où l’amour (agapè) régente les relations, et où nous avons la liberté de nous décaler avec la profusion des désirs et le règne de l’amour sensible (eros). Elle choisit aussi de se poser en rempart face au sentimentalisme qui prévaut pour justifier que tout est possible du moment qu’on aime. Ainsi la bénédiction n’est pas un geste qui dit que le couple béni est bien, mais que le mode relationnel qui s’installe entre eux est désiré de Dieu. La conjugalité homme-femme n’est pas une fin en soi mais bien un lieu où Dieu veut manifester sa complexité, lui qui a voulu que l’humanité soit à son image en étant « homme + femme ». S’imposent donc deux déplacements : de l’hyper-érotisation vers l’amour-charité et du sentimentalisme vers l’amour-charité. C’est un des lieux de conversion majeurs, et un défi pour la communauté locale.

 

Conclusion

Nous ne sommes donc pas du tout dans une perspective morale mais plus préoccupés par la sortie d’une idolâtrie qui menace tout humain et tout croyant, moi le premier.

Ce dont nous sommes redevables devant Dieu, c’est de faire bon usage de la grâce incomparable que nous avons reçue. Jésus va très loin à ce sujet, avec, pour qui le voudra, une probable évocation du péché de Sodome. En Matthieu 11,23-24, il affirme que Capernaüm sera traitée plus durement que Sodome au jour du jugement car elle n’aura pas administré comme Dieu le voulait le dépôt qui lui avait été fait ! Si l’on en juge aux paroles de Jésus quand il redéfinit la pureté dans la nouvelle alliance, c’est surtout ce qui sort de nos bouches qui est impur, et donc la parole homophobe semble être une impureté majeure. Pour autant, nous n’oublions pas de tenir un autre pôle de pensée qu’avait rappelé le prophète Esaïe : « Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, Qui changent les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres, Qui changent l’amertume en douceur, et la douceur en amertume ! ». Il ne s’agit pas d’une question de moralité, mais d’une question de foi, d’alliance au Seigneur et non pas d’alliance éthique avec le reste du peuple.

Havre de paix pour toute personne fatiguée et chargée, lieu de sécurité pour le pécheur en reconversion, l’Eglise a un grand rôle à jouer dans un monde en perte de repères.

 

Par Gilles Boucomont, Eglise Protestante Unie du Marais

publié dans « Homosexuel, mon prochain », hors-série n° 15 des Cahiers de l’Ecole Pastorale.
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© Reproduit avec autorisation de l’éditeur

Pourquoi pas la réincarnation ? – M.S.

Question de M.S. :
La réincarnation n’est-elle pas une croyance comme une autre ?

Réponse de Gilles Boucomont :

Parmi les rêveries exotiques des uns et des autres, on compte la croyance en la réincarnation. Il s’agit non seulement d’un désir de « changer d’air » spirituellement, pour nos contemporains, mais surtout d’une réappropriation frauduleuse d’une croyance extrême-orientale. Car la réincarnation à la sauce parisienne n’a pas du tout le même goût que la réincarnation extrême-orientale.
L’originale est vue par les fidèles hindous et bouddhistes comme une malédiction pour le croyant qui devrait avoir pour objectif de sortir du cycle terrible des réincarnations successives. Se réincarner, c’est avoir échoué. L’occident consumériste, fort de l’influence des jeux vidéos sur la jeune génération, a fait de la réincarnation un processus étonnamment positif. « Si je ne peux pas y arriver cette fois-ci, tant pis, j’y arriverai mieux la prochaine fois ». En somme, cette réincarnation occidentalisée est exactement l’inverse de la réincarnation extrême-orientale. C’est une chance de plus d’y arriver. On sent que pour une fois ce sont les européens qui font une copie frauduleuse d’un produit indien ou chinois…
Mais il y a plus grave. D’abord, parce qu’il ne faut jamais oublier que la réincarnation est un mensonge spirituel. On ne se réincarne pas. Un point c’est tout. Dieu nous donne une vie et une seule. L’enjeu est que cette vie devienne éternelle, en Christ, ou qu’elle reste mortelle, à tous les sens du terme.
Beaucoup de nos contemporains croient pourtant avoir des indices, des éléments qui leur font croire qu’il sont réincarnés. Il s’agit de situations de vie qui nécessitent d’être délivrés, car, dans la mesure où ils n’ont pas vécu d’autres vies préalables, c’est donc qu’il y a des puissances spirituelles actives en eux qui leur font croire qu’ils ont été quelqu’un d’autre avant.
Ces puissances sont la plupart du temps des esprits humains, c’est-à-dire l’esprit de personnes humaines qui, vivantes ou mortes, circulent loin de la personne chez qui ils devraient rester. Ces esprits humains projettent, sur mandat de Satan, des images à l’intérieur de l’esprit du croyant qui se met à croire qu’il a ou a eu une diversité d’existences successives. La personne peut alors même se mettre à croire qu’elle sera ceci ou cela dans une prochaine vie. Ce sont bien entendu des mensonges car il n’y aura pas plus de prochaine vie qu’il n’y aurait eu de vies précédentes.
Ces esprits humains suggèrent qu’il y aurait un dédoublement de la personnalité. Si ce dédoublement est contigu, présent dans le même temps, la personne sera facilement diagnostiquée comme schizophrène par un psychiatre. Alors qu’elle n’a pas une double personnalité, mais bien un esprit, le sien, plus un autre esprit, qui la squatte. Ce n’est pas un trouble psychique, mais bien spirituel. Si ce dédoublement n’est pas contigu, la personne aura donc le sentiment d’avoir plusieurs personnalités successives, d’où cette impression que la doctrine spirituelle de la réincarnation réponde à ce qu’elle ressent. Mais c’est un mensonge ! Il faut d’urgence être délivré des « personnalités » autres qui sont aliénantes, qui ne sont pas de Dieu.
Le Seigneur nous a créés avec un corps, une âme, un esprit, ce n’est pas pour que nous l’insultions avec des affirmations métaphysiques qui sont mensongères par rapport à la réalité de ce qu’il a créé.

Limite entre christianisme et spiritisme ? – B.O.

Témoignage de B.O. :
A un culte évangélique un frère a vu une personne dans la foule rentrer dans une sorte de transe, tremblant de toutes les parties de son corps, puis elle a élevé sa main au-dessus de la personne qui était devant elle mais qui n’avait rien vu, puis celle-ci s’est mise elle aussi en transe ! C’est bizarre non ?
Peut on comparer ceci à du spiritisme ? Ou sont les limites entre la prière et le spiritisme ?
Je tiens à préciser que je n’accuse pas du tout les cultes évangéliques de spiritisme mais que bien au contraire je les respecte et apprécie la bonne ambiance et les cultes vivants que l’on peut y retrouver !

Réponse :
Il y a toujours eu dans toutes les religions des phénomènes de transe. Il y en a plusieurs racontés dans les Ecritures bibliques (1 Samuel 16, Psaume 96,9 …). Et dans le christianisme, l’apôtre Paul essaye justement de trouver une façon de réguler ces manifestations de l’Esprit de Dieu (1 Corinthiens 12-14), pour les permettre, mais ne pas tout concentrer sur elles, car elles peuvent être un peu choquantes pour qui n’y est pas habitué. Il s’agit de les canaliser quelque peu.

Mais la limite entre ces manifestations et des phénomènes qui, extérieurement, peuvent paraître similaires mais seraient de l’ordre de ce que vous appelez du spiritisme, est très tranchée, en réalité.
Dans le spiritisme ou l’animisme, c’est un esprit qui prend autorité sur la personne (c’est pour cela qu’on parle de possession, pour dire cette autorité et ce pouvoir, cette puissance). Et dans un contexte de prière chrétienne, c’est l’Esprit Saint.
Ces phénomènes sont appelés charismatiques car ils sont liés à des dons de l’Esprit Saint (« charisma » en grec, ce mot venant de « charis », le don, et qui est aussi lié au champ sémantique de « chara », la joie).
Il s’agit d’une grâce offerte à la personne d’être saisie par l’Esprit de Dieu. Désormais, du fait de cette rencontre avec Dieu, elle ne sera plus en prise au doute quant à l’existence de Dieu et sa présence agissante.

Il y a deux façons de « trier » entre une manifestation qui serait vraiment de Dieu et une autre, d’un genre plus pénible, c’est :
– les fruits : est-ce que la personne retire de ce moment un réconfort et une meilleure assise dans sa foi ?
– le charisme de discernement des esprits, qui est un autre don de l’Esprit Saint et qui permet à ceux qui en sont dotés de reconnaître la nature réelle du phénomène.

Comme toute chose spectaculaire, on est impressionné quand on le voit, mais c’est surtout ce qu’on en fait après qui va importer.

Théologie des libérations

[Extrait d’un dossier sur Reforme.net du 13 janvier 2011]

La Bible est le seul livre qui ait été composé sur plus de 600 ans. Si elle sortait aujourd’hui comme une nouveauté des libraires, son premier auteur aurait commencé à écrire cet ouvrage en plein cœur du Moyen-Âge, et dans une toute autre langue que la nôtre. La Bible sédimente en elle toute une archéologie de représentations de l’humain et de Dieu. Pour autant, une constante demeure au travers des siècles : les femmes et les hommes y sont principalement décrits comme étant composés de trois entités symboliques. Dans notre héritage occidental, nous dirions qu’ils sont corps, âme et esprit, plutôt que seulement corps et âme.
Or nous avons traversé deux époques successives, qui ont laissé des séquelles dans nos imaginaires, en même temps qu’elles nous libéraient : les superstitions ont été une à une défaites par les découvertes révolutionnaires des sciences de la vie et de la matière.
Nous avons d’abord réalisé que bien des questions humaines étaient liées à notre corps, et à la chimie de nos organismes. Mais cette représentation scientiste s’est aussi laissée tenter par la croyance qu’elle arriverait à tout expliquer. Dès lors, la joie n’est plus qu’une affaire de tyroïde, l’amour une question de phéromones, la longévité de vie un problème d’alignement des vertèbres. A cette heure, les promesses réjouissantes de la génétique véhiculent aussi de nombreux fantasmes collectifs, dont le rêve d’une humanité parfaite, réparée chromosome par chromosome dans les laboratoires. L’être humain se résume alors à son seul corps : toute ce qui n’est pas matériel en lui ne serait qu’une question de molécules et d’électricité.
Après cette représentation restrictivement somatique, notre civilisation a connu une grande libération avec le mouvement initié par Freud et la psychanalyse. Notre psychè a ses mécanismes et la danse de ses désirs guide une bonne partie de ce que nous appelons nos choix. Notre sexualité n’est plus un tabou, et nous voyons qu’elle conditionne notre façon de vivre, avec nous mais parfois malgré nous. La psychanalyse nous a libérés d’une représentation trop mécaniste en nous ouvrant aux facéties du désir. Pourtant, elle s’est laissée attirer à plusieurs reprises par le désir de toute-puissance qu’elle dénonçait ; et certains psychologues ont voulu résumer la totalité des phénomènes non physiques au seul registre psychique, niant par là que le spirituel soit autre chose qu’une modalité de l’âme (le mot latin pour dire la psychè, qui elle, vient du grec).
A la suite de ces deux mouvements de libération qu’ont été la science et la psychanalyse, nous sommes invités, en tant que Juifs et chrétiens, à redécouvrir l’intuition biblique : il y a un ailleurs, et cet ailleurs s’appelle l’esprit. C’est le lieu où Dieu nous rejoint. Puisque Dieu est Esprit, il se connecte à nous au niveau de cet esprit qu’il a mis en nous. Distinguer l’âme de l’esprit est libérateur, car nous pouvons alors comprendre la différence entre des phénomènes psychiques et d’autres, qui sont spirituels. Nous avons mis cent ans à accepter le principe de maladies psycho-somatiques, qui se déploient dans le corps mais ont leur racine dans la psychè. Nous mettrons, espérons-le, moins de temps à admettre qu’existent aussi des phénomènes pneumato-somatiques, qui se développent dans le corps mais ont leur racine dans l’esprit (le pneuma grec), et non pas dans la psychè. Plus compliquées encore à accepter, certains troubles sont pneumato-psychiques, c’est-à-dire qu’ils sont enracinés dans le spirituel, et créent un trouble psychique et comportemental. Ainsi le fou de Gadarée en Matthieu 8 n’était pas un psychotique ou un schizophrène, mais bien un possédé, dont tout le comportement était conditionné par l’envahissement de son esprit.
S’autoriser à penser cette complexité tripartite de l’humain, nous permet de comprendre que Jésus discernait ces plans de l’existence, s’adressant à la personne dans sa globalité, mais aussi souvent avec précision, à son corps, à son âme, à son esprit, ou même, de façon plus étonnante pour nous, en s’adressant à sa fièvre ou à un esprit mauvais en elle.
Redécouvrir l’intuition biblique d’une humanité physique, psychique et spirituelle est aussi capital pour le christianisme contemporain, afin qu’il puisse être vivifié. Le catholicisme s’est laissé enfermer dans une représentation bipartite à cause de l’influence grecque dans sa doctrine. Un protestantisme intellectuel a souvent suivi la tendance d’une psychologisation à outrance, notamment parce que son désir légitime de penser la foi l’a conduit à soumettre la foi à la pensée, au lieu de soumettre la raison à Christ. Et certains courants évangéliques se hasardent à formuler une version biblique de la pensée positive de Monsieur Coué.
Ces thèses peuvent nous déranger. Elles nous déplacent en tout cas. Le livre « Au nom de Jésus, libérer le corps, l’âme, l’esprit », n’est pas une thèse de théologie académique, et il n’est pas non plus un livre de piété. C’est ce caractère intermédiaire qui déroute ses lecteurs. Il est inspiré par un désir d’étendre ce qu’on a appelé les théologies de la libération à d’autres plans que le seul plan politique, dans l’accompagnement pastoral notamment. Le Christ a été présenté par les premiers chrétiens comme sauveur du peuple et comme libérateur des personnes. C’est ce Christ qui se présente à nous.

[Cet article est paru le 13 janvier dans le journal REFORME. Abonnez-vous pour pouvoir lire l’autre article de la « Disputatio » (débat théologique) par le Professeur F. Rogon]

Que penser de l’exorcisme ? – G.G.

Les catholiques parlent effectivement d’exorcisme, ce qui fait référence à une pratique rituelle associée à une liturgie bien particulière, le petit ou grand exorcisme, qui a d’ailleurs été mis à jour récemment.

Les protestants et les évangéliques parlent plutôt de délivrance, comme dans la bible, pour décrire, dans la mesure du possible, une démarche d’accompagnement.
L’idée est simple : l’envoi en mission des disciples par Jésus, avec ses consignes, n’a pas de raison d’avoir changé. Il n’est pas un « à côté » ou un « en plus » par rapport à d’autres textes comme le sermon sur la montagne. « Guérissez les malades, réveillez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. » (Matthieu 10,8 – NBS).

Mais disons que cette pratique, qui a toujours existé dans l’Eglise, n’est pas faite pour être montrée à la télévision, pour donner à voir, et c’est pour cela qu’elle est méconnue. Cela conduirait à du voyeurisme, et l’enjeu est tout simplement la liberté et le respect de ces personnes qui sont sous influence d’esprits, de démons et autres entités spirituelles. Vous avez tout à fait le droit de ne pas y croire, mais je peux vous assurer que ceux qui en sont délivrés ont retrouvé une liberté sans commune mesure avec leur situation précédente.

Cela n’empêche pas d’être des personnes tout à fait raisonnables et même rationnelles. C’est très important d’avoir du recul au niveau anthropologique et psychologique pour ne pas voir des démons partout, et exercer le discernement. S’il fallait encore le souligner, dans ces processus de guérison, c’est le Saint-Esprit qui travaille. Et c’est aux fruits qu’on reconnaît le bien-fondé de la démarche. La personne était terrassée par ses problèmes avant, et elle est simplement libre maintenant, et en particulier libre de vivre une vie épanouie avec le Dieu de Jésus-Christ. Il n’y a que ce critère qui compte.