Baptiser les bébés ? un point de vue

Voici une note que j’ai écrite pour une amie évangélique qui ne comprenait pas pourquoi les réformés baptisent les bébés.

1. L’Eglise Réformée baptise les enfants des fidèles.

2. Il y a de plus en plus de gens qui pratiquent la présentation d’enfants.

3. Un pasteur a le droit de demander un « dispense » de baptême de bébés.

4. L’idée est que les protestants de la première Réforme, majoritairement, accentuent plus l’aspect de la grâce que celui de la repentance. Ils justifient cela de la façon suivante :
– le baptême est le signe visible d’une grâce invisible. Être conscient pour y répondre n’est pas le critère ultime, puisque de toute façon la grâce de Dieu nous dépasse, nous précède et ne peut pas être « réalisée » même par quelqu’un de conscient et d’adulte ;
– le baptême de Jésus est autre que celui du baptême de Jean-Baptiste. Ce dernier ne prêchait que la repentance, accentuant sur une « baptême de mort du vieil homme, du péché » plus que comme un « baptême de naissance nouvelle », comme l’a fait Jésus ;
– il y a trois histoires qui disent que des gens ont été baptisés avec toute leur famille (Ac 16:15 – Ac 18:8 – 1Co 1:16) ce qui sous-entend que tout le monde était baptisé à partir du moment où le chef de famille le décidait.

5. Outre les raisons classiques des baptistes et évangéliques, voilà comment je milite ou plutôt j’exprime le fait de ne pas encourager le baptiême de bébés dans la mesure du possible : je pense qu’on peut comprendre que dans une société qui se croyait (!) entièrement chrétienne, le baptême avait une fonction d’état-civil. Depuis 1787 puis sous Napoléon il y a un Etat-civil. Depuis 1945 on est sorti de ce qu’on appelle la « chrétienté », c’est-à-dire d’une société qui se comprend comme entièrement (ou presque) chrétienne. Si on est sorti de ça, cela implique qu’il n’y a plus de transmission linéaire de génération en génération, qu’on ne peut même plus défendre l’idée qu’on est chrétien parce que nos parents le sont. Ce qui fait qu’on revient à la situation du Christ : on est chrétien par adhésion. Et c’est plus facile à prêcher aujourd’hui qu’au XIXème siècle.

6. La présentation chez les réformés n’est pas une « présentation au Seigneur » car ce serait une confusion avec un rituel Juif (qu’a vécu Jésus à l’âge de huit jours) qui avait pour fonction de racheter les premiers-nés et de circoncire les garçons. Donc on ne substitue pas un rite qui évoque la circoncision pour proposer une alternative au baptême des bébés ! Ce serait pire encore, un retour en arrière qui ferait frémir l’apôtre Paul. C’est une « présentation à la communauté », où il est dit que l’Eglise constitue une famille d’adoption, qui accueille le désir des parents d’élever chrétiennement leur enfant, et d’espérer le conduire, par la grâce de Dieu, à la décision d’être baptisé quand il sera grand.

C’est Dieu qui l’a cherché

Je crois que si je suis chrétien
c’est Dieu qui l’a cherché !

Par la bouche du Christ,
il a tout fait pour que je ne l’appelle plus du nom lointain de Dieu,
Par la parole du Christ,
il a tout fait pour que je l’appelle du nom tendre de Père.
Par la prédication du Christ,
il a tout fait pour que je sorte de mon esclavage au pays des angoisses.

Je crois que si je suis chrétien
c’est Dieu qui l’a cherché !

Par les gestes du Christ,
il m’a fait naître de nouveau, il m’a fait naître d’en-haut,
Par les attitudes du Christ,
il m’a fait connaître que tous les humains peuvent devenir mes frères et mes soeurs,
Par la démarche du Christ,
il m’a fait comprendre la puissance de la douceur et la force de la faiblesse.

Je crois que si je suis chrétien
c’est Dieu qui l’a cherché !

Par la tendresse du Christ,
il m’a montré la quantité d’amour et de souffle que peut contenir une vie,
Par l’inspiration du Christ,
il m’a fait respirer le grand air et la paix du Royaume,
Par l’Esprit du Christ,
il m’a donné d’être ressuscité, relevé, réveillé, aujourd’hui

Je crois que si je suis chrétien
c’est parce que Dieu m’a cherché ! Amen

Gilles Boucomont – 2004

Le combat de la prière

Notre Dieu,
nous savons bien qu’il y a des gens
qui ne demandent que ce qu’ils ont déjà,
de peur d’être déçus.
Parfois il nous arrive aussi
de craindre que tu exauces nos prières,
si nous demandions l’inimaginable.
Donne-nous aujourd’hui le courage du combat dans la prière.
Nous prenons notre tour de garde maintenant
pour exercer une vigilance sur la liberté et sur la justice.
Nous prenons position avec ton aide et sous ton regard
pour nous opposer aux logiques de dominations
qui gouvernent nos pays, nos entreprises et parfois aussi nos cœurs.
Nous levons l’arme de ta bénédiction
sur ceux qui nous entourent et qui sont obnubilés par leur rage et leur ressentiment
sur ceux qui sont en duel quotidien avec la maladie
Nous levons l’arme de ta bénédiction
sur ceux qui sont aux prises avec la folie, avec les intégrismes, avec la confusion,
sur ceux qui se laissent berner par de fausses lumières,
sur ceux qui sont terrassés par le deuil et tentés de croire à la victoire de la mort.
Sur eux, et sur tous ceux dont les visages défilent dans nos esprits,
nous levons une arme de bénédiction massive : ton amour, Père.
A chacun donne sa place au sein de ton Église.
Offre-nous de justes engagements dans la société civile,
façonne-nous dans la posture prophétique
qui est le seul vêtement à la mode dans ton Royaume
et que ton amour vienne bouleverser les règles du monde.
Oui, que ton Église se soumette à ta volonté
et qu’elle voie ton Royaume s’approcher.

C’est aussi ce que nous te demandons ensemble,
en te priant d’une même voix la requête de Jésus :
Notre Père qui es aux cieux
Que ton nom soit sanctifié
Que ton règne vienne
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour,
Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi
À ceux qui nous ont offensés
Et ne nous soumets pas à la tentation mais
Délivre-nous du mal
Car c’est à toi qu’appartiennent
Le règne, la puissance et la gloire,
Pour les siècles des siècles, Amen

Gilles Boucomont, septembre 2005

Un chrétien démonisé ? – D.F.

Question de D.F. :
Un chrétien peut-il vraiment être démonisé ?

Réponse de Gilles Boucomont :

Démonisé ? Squatté ? Possédé ?
Certains s’opposent à l’idée qu’un chrétien puisse être habité par une présence spirituelle qui soit autre que son propre esprit ou l’Esprit Saint, c’est-à-dire l’Esprit du Père ou l’Esprit du Fils. Ceux qui s’opposent le plus à cette idée sont paradoxalement des chrétiens, et plus bizarrement encore, des chrétiens professants, dans des milieux protestants et évangéliques. Il s’agit là du fruit d’une fausse doctrine.

L’argument principal pour refuser la démonisation d’un chrétien est biblique.

Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. (2 Corinthiens 5:17)

Quand la personne était sous une autre autorité, sous l’autorité du monde, elle pouvait aussi être sous l’autorité du Prince de ce monde, souvent appelé « l’ennemi du Christ, l’adversaire, le malin ou le diable. » Depuis qu’elle est passé par la nouvelle naissance, lavée par les eaux du baptême, sauvée par l’effusion de l’Esprit, il ne peut y avoir deux règnes qui la traversent. Tout est fait à nouveau. L’apôtre Paul ne dit-il pas par ailleurs :

Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? (1 Corinthiens 3:16)

Le temple ne peut être dédicacé à deux esprits et il ne peut pas y avoir en lui deux cultes contradictoires.

Ce refus d’admettre la démonisation du chrétien, même né de nouveau, est problématique. Pourquoi alors ne pas proclamer, avec des versets bibliques que le chrétien ne peut jamais être malade ?

C’est l’Eternel qui pardonne toutes tes iniquités, Qui guérit toutes tes maladies ! (Psaume 103:3)

Pourquoi ne pas proclamer que la dépression est impossible pour les chrétiens ?

Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. (Jean 15:11)

Les exemples pourraient être sans fin de doctrines falsifiées qui peuvent être étayées avec des versets bibliques tout à fait sincèrement utilisés mais franchement détournés. N’est-ce pas la tactique du diable lui-même que de tenter Dieu et l’humain en utilisant la bible ? (Matthieu 4:6 où le diable cite le Psaume 91)

Il faut donc se résoudre à constater que des personnes franchement consacrées peuvent être démonisées. Il est trop facile de contester leur consécration, leur conversion, leur foi, pour justifier que quelque chose d’autre que Dieu soit actif en eux.
Il s’agit en revanche de mener, au nom de Jésus, une guerre de libération qui n’a parfois rien à envier en rebondissements aux batailles qui ont formé les épopées bibliques, et notamment la sortie du peuple hébreu d’Egypte.

Laisse aller mon peuple, afin qu’il me serve ! (Exode 9:1)

Tel est le cri de ceux qui marchent à la suite de Moïse pour libérer le peuple de Dieu des pharaons de l’époque.
« Laisse aller mon peuple, afin qu’il me serve ! » Tel est le cri de ceux qui marchent à la suite de Jésus pour obéir à son commandement explicite.

Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. (Matthieu 10:8)

Comment se fait-il que seuls certains commandements du Seigneur Jésus-Christ resteraient valides aujourd’hui ? Les commandements pour prêcher, baptiser, témoigner, etc… et pas les autres ?

Reconnaître et admettre que de nombreux chrétiens sont démonisés ne consiste pas à entrer dans une fascination morbide ou malsaine qui donnerait trop de pouvoir à l’ennemi du Christ. La victoire de Jésus à la croix et au tombeau vide est bien réelle, mais elle ne devient réalité pour le monde qui nous entoure que dans la mesure où elle est « réalisée » par les disciples du temps présent, par ceux qui se réclament de l’autorité de Jésus aujourd’hui. A quoi servirait-il que Jésus ait libéré des gens il y a deux mille ans s’il ne continuait pas cette œuvre par son corps qui est l’Église ?
Réaliser la victoire du Christ, c’est donc l’admettre, c’est reconnaître le réel d’une victoire déjà acquise au niveau spirituel, mais aussi d’une guerre de territorialité qu’il faut mener. Refuser cette bataille est un déni dangereux, et les combats refoulés par lâcheté ou par une mauvaise doctrine ne font qu’apporter de l’eau au moulin de l’ennemi, qui occupe le terrain, et qui se réjouit de cette providentielle « collaboration » de ceux qui devraient entrer en résistance.
Réaliser la victoire du Christ, après avoir reconnu et nommé la domination du Prince de ce monde, c’est donc étendre concrètement la bénédiction de cette victoire, la manifester dans le réel du monde et le réel des vies humaines qui nous sont confiées. C’est chasser les démons, relever les morts, etc.

Car le royaume de Dieu ne consiste pas en paroles, mais en puissance. (1 Corinthiens 4:20)

Si cette bataille n’est pas menée, alors toute prédication est vaine.

Si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine. (1 Corinthiens 15:14)

Si cette bataille n’est pas conduite, pourra-t-on encore prier autrement que dans le vide :

Que ton règne vienne; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. (Matthieu 6:10) ?

Oser être déçus

Texte biblique :
Moïse monta des plaines de Moab sur le mont Nebo, au sommet du Pisga, vis-à-vis de Jéricho. Et l’Éternel lui fit voir tout le pays: (34:2) Galaad jusqu’à Dan, tout Nephthali, le pays d’Éphraïm et de Manassé, tout le pays de Juda jusqu’à la mer occidentale, le midi, les environs du Jourdain, la vallée de Jéricho, la ville des palmiers, jusqu’à Tsoar. L’Éternel lui dit: C’est là le pays que j’ai juré de donner à Abraham, à Isaac et à Jacob, en disant: Je le donnerai à ta postérité. Je te l’ai fait voir de tes yeux; mais tu n’y entreras point. Moïse, serviteur de l’Éternel, mourut là, dans le pays de Moab, selon l’ordre de l’Éternel. (Deutéronome 34:1-5).

Méditation
Celui qui cherche à regonfler le moral de ses troupes cherche toujours des motifs d’espérance qui soient faciles à atteindre. Se fixer des objectifs peu ambitieux, c’est un bon moyen de remporter des victoires à bon compte.
C’est un peu comme les enfants qui, sur le chemin de l’école disent : “Si j’arrive à ne marcher que sur les bandes blanches, alors je suis un héros”. Ça fait rire les adultes de voir que la réalisation de ce désir d’être fort, d’être grand, d’être un héros, passe par un exercice de sautillement entre les bandes du passage piéton. En voilà un drôle d’héroïsme !
Regardez l’adolescent à sa table du lycée : “Si Caroline me regarde trois fois d’ici la fin du cours, c’est que je la fais craquer, et qu’elle est complètement amoureuse de moi”. L’adolescent est sûr à 90% que la princesse de ses rêves va tourner la tête à plusieurs reprises d’ici la fin du cours. Il va même s’autoriser à interpréter certains tours de tête de la jeune fille comme étant intentionnellement et langoureusement orientés vers lui, alors qu’il n’en est rien. Mais il est prêt à se mentir à lui-même pour parvenir à cet objectif symbolique qu’il s’est fixé pour l’heure à venir : être regardé trois fois, et derrière ce petit jeu nigaud, se savoir ou se croire aimé. Il a 9 chances sur 10 de parvenir au terme du pari qu’il s’est donné, et d’accéder au titre de “prince charmant, amoureux éperdu”. Comme l’enfant sur le passage piéton, qui a lui aussi 9 chances sur 10 d’accéder au titre de “superman”.
Et les plus vieux commencent à rire jaune car ils s’aperçoivent qu’ils font de même. Peut-être pas seulement par jeu. Nous nous fixons des objectifs faciles, des petits paris à bon marché, pour nous rassurer, pour avoir des points de repère sur notre parcours. Nous avons besoin de faire de ces petits paris tout bêtes comme celui du passage piéton. Un pari facile qui ne décevra pas ou, s’il déçoit, qui ne décevra pas trop.
Les personnes âgées en maison de retraite se disent : si je reçois plus de deux visites cette semaine, ce sera une bonne semaine, sinon, ce sera une mauvaise semaine. C’est un petit objectif pour leur vie, suffisamment peu ambitieux pour qu’il ait de grandes chances d’être atteint.
Pour certains, ces petits paris en viennent à prendre de plus en plus d’importance, et ça devient de la superstition. “Si le vendredi 13 je prends un billet de loto avec ma date de naissance, je serai millionnaire”. Aucune différence avec l’objectif des bandes blanches du passage piéton. Vous y croyez, vous, que vous allez être millionnaire ? Vous aurez la même déception que le petit garçon qui s’aperçoit que malgré les bandes blanches, il n’est finalement pas “Superman”.
Les petits paris de notre vie sont là pour nous donner du rêve, mais en fait, plutôt que de nous faire avancer, ils nous font bien souvent stagner. Et tous, je dis bien tous, nous faisons ce genre de petits paris, jusque dans notre relation avec Dieu.
“Seigneur, si tu guéris mon rhume, alors je te promets que je serai un bon chrétien”.
“Si mon amoureux n’est pas là dans un quart d’heure, je ne crois plus en Dieu”.
“Si je réussis cet examen, ça veut dire que la bénédiction de Dieu est sur moi et qu’elle ne me quittera jamais et que je réussirai tout ce que j’entreprendrai”.

Derrière ces objectifs que nous nous fixons, ces petits paris peu ambitieux, il y a une angoisse existentielle très forte. Cette angoisse, c’est que nous avons très très très peur d’être déçus, dans notre vie. Le petit pari, c’est un outil contre la déception, une façon de s’assurer au moins quelques victoires dans une vie où il y a de réelles défaites.
Nous avons bien peu de force pour lutter contre la déception. Il y a les déceptions amoureuses contre lesquelles on lutte en courant dans les bras d’un autre ou en disant qu’on a une vocation à rester seul. Il y a les déceptions professionnelles quand on n’a pas atteint un objectif qu’on s’était donné, beaucoup luttent avec l’alcool ou les médicaments pour compagnons. Il y a les déceptions personnelles, quand la vie ne se présente pas aussi bien que ce qu’on avait rêvé. Il y a les déceptions religieuses, les déceptions spirituelles, quand on a l’impression que Dieu nous a abandonné, qu’il nous veut du mal, peut-être, quand nous croyons qu’il est en train de nous retirer sa bénédiction. Dans toutes ces déceptions de la vie, on lutte en fuyant, en s’échappant, en se sauvant. On peut fuir dans une autre région. On peut s’échapper dans la drogue. On peut se sauver dans une secte ou dans des idées rassurantes à bon marché genre réincarnation (ça se passera mieux dans la prochaine vie…).

Et pourtant, ne serait-il pas plus simple de dire qu’on est déçu, plutôt que de fuir dans des paradis artificiels ?
Ne serait-il pas plus sain de faire face aux déceptions que nous rencontrons ?
Oui, nous avons le droit d’être déçus par la vie.
Oui, nous avons le droit d’être déçus par Dieu.
Et nous avons même le droit de le dire.
Pourquoi faudrait-il toujours dire que tout va bien, que Dieu est formidable, si on a la certitude inverse, à savoir que tout va mal et que Nous avons l’impression que Dieu est bien absent ?
Et non seulement nous avons le droit de le dire, mais en plus, dans la Bible il y a des tas de passages où des croyants disent leur déception : “Seigneur, jusques à quand te tiendras-tu loin de ton peuple ?”
Il n’est pas inscrit dans la déclaration des droits de l’homme, mais nous réclamons, au nom du message du Christ, le droit à la déception. Les media veulent nous le refuser, ils ne parlent que de ceux qui réussissent. Mais nous demandons le droit à la déception.

Regardez Moïse. Il a grandi auprès du Pharaon. Il a du quitter ce luxe pour libérer son peuple. Il a beaucoup perdu, même s’il a beaucoup gagné. Et combien de fois n’a-t-il pas été déçu, avant et pendant l’expérience des quarante années au désert. Il redescend avec les tables de la loi et voilà que le peuple que Dieu a libéré par lui est en train d’adorer le veau d’or. Moïse a été déçu mille fois. Et mille fois, il a fait face à sa déception, il l’a assumée. Mille fois, il a dû voir passer dans sa tête la tentation qui consiste à se croire abandonné de Dieu. Mais mille fois, il s’est reconnu déçu, et il a fait ce geste que chacun nous devons faire, c’est-à-dire qu’il n’a pas fui, il ne s’est pas réfugié dans l’alcool ou dans des idéologies falacieuses, il a pris sa déception à pleines mains, et il l’a déposée entre les mains de Dieu. Il a tout remis entre les mains de son Seigneur, car lui seul peut façonner la boue de nos désillusions pour en faire des briques pour un édifice nouveau. Constamment Moïse s’est reconnu déçu par la vie mais il s’est replacé face à Dieu, et c’est ça qui lui a donné la force d’avancer, la force de faire des miracles.
Et Dieu a transfiguré les déboires de son élu, il en a fait l’épopée fondatrice de plusieurs civilisations. Dieu a fait un grand conducteur de peuple d’un homme qui avait dû rencontrer mille déceptions. La dernière n’est pas des moindres. Après tant de batailles, alors qu’il est âgé, Moïse arrive sur le mont Nébo et l’Eternel lui fait voir tout le pays. Et il lui dit : “C’est là le pays que j’ai juré de donner à Abraham, à Isaac et Jacob, quand j’ai dit : “je le donnerai à ta postérité”. Je te l’ai fait voir de tes yeux, mais tu n’y entreras pas”. Quelle déception parmi les déceptions ! Quarante ans de désert et des dizaines d’années de lutte acharnée pour le peuple hébreu, et voilà que Moïse meurt sur le seuil de la Terre Promise. Tu n’y entreras pas.
S’agit-il d’une déconvenue ? En fait je ne crois pas. Ce qui pourrait être l’ultime déconvenue est en fait peut-être l’accomplissement, le sommet d’une vie. C’est une déception si l’on pense que l’objectif de Moïse était de goûter au lait et au miel de la Terre Promise, mais en fait, tel n’était pas son objectif. Le but ultime de sa vie, c’était de pouvoir rester confiant en Dieu jusqu’au bout, de pouvoir rester fermement attaché aux promesses de Dieu. Ces promesses, c’étaient la libération et l’arrivée en Canaan. En fait, elles sont accomplies quand au sommet du mont Nébo, Moïse voit tout le pays. Il est temps pour lui de mourir. Ce qu’il aurait interprété dans sa jeunesse comme une désillusion par rapport aux promesses de Dieu, il peut désormais le lire comme l’aboutissement de sa vie.

Comme Moïse, un autre témoin de Dieu a été conduit en haut d’une montagne. Et il a dû, lui aussi, faire face à l’extrême déception de n’avoir pas pu faire changer le monde, le coeur des gens. Sur cette montagne, et bien qu’il fût le Fils de Dieu, il s’est cru abandonné. Il est mort, lui aussi, à cet endroit, sur une croix. Mais au coeur de l’apparente ultime déception de sa vie, Dieu lui a fait contempler la Terre Promise de son Royaume, et il a pu remettre son esprit entre les mains de Dieu.

C’est dans la foi qu’ils sont tous morts, sans avoir obtenu les choses promises ; mais ils les ont vues et saluées de loin, reconnaissant qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. (Hébreux 11:13).

Pourquoi pas la réincarnation ? – M.S.

Question de M.S. :
La réincarnation n’est-elle pas une croyance comme une autre ?

Réponse de Gilles Boucomont :

Parmi les rêveries exotiques des uns et des autres, on compte la croyance en la réincarnation. Il s’agit non seulement d’un désir de « changer d’air » spirituellement, pour nos contemporains, mais surtout d’une réappropriation frauduleuse d’une croyance extrême-orientale. Car la réincarnation à la sauce parisienne n’a pas du tout le même goût que la réincarnation extrême-orientale.
L’originale est vue par les fidèles hindous et bouddhistes comme une malédiction pour le croyant qui devrait avoir pour objectif de sortir du cycle terrible des réincarnations successives. Se réincarner, c’est avoir échoué. L’occident consumériste, fort de l’influence des jeux vidéos sur la jeune génération, a fait de la réincarnation un processus étonnamment positif. « Si je ne peux pas y arriver cette fois-ci, tant pis, j’y arriverai mieux la prochaine fois ». En somme, cette réincarnation occidentalisée est exactement l’inverse de la réincarnation extrême-orientale. C’est une chance de plus d’y arriver. On sent que pour une fois ce sont les européens qui font une copie frauduleuse d’un produit indien ou chinois…
Mais il y a plus grave. D’abord, parce qu’il ne faut jamais oublier que la réincarnation est un mensonge spirituel. On ne se réincarne pas. Un point c’est tout. Dieu nous donne une vie et une seule. L’enjeu est que cette vie devienne éternelle, en Christ, ou qu’elle reste mortelle, à tous les sens du terme.
Beaucoup de nos contemporains croient pourtant avoir des indices, des éléments qui leur font croire qu’il sont réincarnés. Il s’agit de situations de vie qui nécessitent d’être délivrés, car, dans la mesure où ils n’ont pas vécu d’autres vies préalables, c’est donc qu’il y a des puissances spirituelles actives en eux qui leur font croire qu’ils ont été quelqu’un d’autre avant.
Ces puissances sont la plupart du temps des esprits humains, c’est-à-dire l’esprit de personnes humaines qui, vivantes ou mortes, circulent loin de la personne chez qui ils devraient rester. Ces esprits humains projettent, sur mandat de Satan, des images à l’intérieur de l’esprit du croyant qui se met à croire qu’il a ou a eu une diversité d’existences successives. La personne peut alors même se mettre à croire qu’elle sera ceci ou cela dans une prochaine vie. Ce sont bien entendu des mensonges car il n’y aura pas plus de prochaine vie qu’il n’y aurait eu de vies précédentes.
Ces esprits humains suggèrent qu’il y aurait un dédoublement de la personnalité. Si ce dédoublement est contigu, présent dans le même temps, la personne sera facilement diagnostiquée comme schizophrène par un psychiatre. Alors qu’elle n’a pas une double personnalité, mais bien un esprit, le sien, plus un autre esprit, qui la squatte. Ce n’est pas un trouble psychique, mais bien spirituel. Si ce dédoublement n’est pas contigu, la personne aura donc le sentiment d’avoir plusieurs personnalités successives, d’où cette impression que la doctrine spirituelle de la réincarnation réponde à ce qu’elle ressent. Mais c’est un mensonge ! Il faut d’urgence être délivré des « personnalités » autres qui sont aliénantes, qui ne sont pas de Dieu.
Le Seigneur nous a créés avec un corps, une âme, un esprit, ce n’est pas pour que nous l’insultions avec des affirmations métaphysiques qui sont mensongères par rapport à la réalité de ce qu’il a créé.

Le passé, derrière ou devant nous ?

Ainsi parle l’Éternel,
Qui fraya dans la mer un chemin,
Et dans les eaux puissantes un sentier,
Qui mit en campagne des chars et des chevaux,
Une armée et de vaillants guerriers,
Soudain couchés ensemble,
pour ne plus se relever,
Anéantis, éteints comme une mèche :
Ne pensez plus aux événements passés,
Et ne considérez plus ce qui est ancien.
Voici, je vais faire une chose nouvelle,
sur le point d’arriver :
Ne la connaîtrez-vous pas ?
Je mettrai un chemin dans le désert,
Et des fleuves dans la solitude.
Les bêtes des champs me glorifieront,
Les chacals et les autruches,
Parce que j’aurai mis des eaux dans le désert,
Des fleuves dans la solitude,
Pour abreuver mon peuple, mon élu.
Le peuple que je me suis formé
Publiera mes louanges.

Des mots pour parler
L’identité profonde d’un peuple vient se loger de façon très visible dans sa langue.
Combien de mots différents en français pour nommer ce pavé de lait fermenté qu’on appelle fromage ? Le Général de Gaulle ne disait-il pas son désarroi à gouverner un pays qui possède plus de 400 fromages ? Quelle richesse lexicale aussi, dans notre langue, pour qualifier un vin !
Les Inuits et les esquimaux ont pour leur part plus de vingt mots pour parler de ce que nous appelons d’un seul nom : la neige.
A quoi servirait-il à un Inuit de pouvoir dire la différence entre un camembert et un livarot ? A quoi servirait-il à un parisien de différencier dans les termes une neige dont les cristaux ont légèrement fondu durant leur chute d’une neige qui a au contraire légèrement gelé ?

Deux temps, trois mouvements
Un des points de particularisme de la langue des hébreux réside dans l’usage des temps. Pour nous il en a au moins trois temps : le passé, le présent et le futur. Mais, en simplifiant quelque peu, il y a globalement deux temps pour les descendants d’Abraham, il n’y a que le passé et le « pas-passé ». C’est plein de bon sens si on y réfléchit parce que soit les événements ont déjà eu lieu, soit ils n’ont pas eu lieu, on peut le dire de toute chose. A peine ai-je eu le temps de dire que je suis dans le présent que déjà ma parole appartient au passé.
Nous sommes très préoccupés par le présent en Occident. « Il faut vivre au présent » ne cessent de répéter les parents dont les enfants se projettent dans un avenir hypothétique. « Il faut vivre au présent » ne cessent de répéter les adultes à leurs vieux parents qui ne font que raconter des histoires d’autrefois. « Il faut vivre au présent », d’accord, mais un hébreu vous dirait que le présent n’existe pas. Donc difficile de vivre dans un temps qui n’existe pas ! Si le présent est le point de jonction entre le passé et le « pas-passé », c’est donc simplement une ligne, une frontière. Et on ne peut pas tenir sur une frontière. On ne peut que la traverser. On se tient toujours d’un côté ou de l’autre d’une frontière, mais jamais dessus.
Notre rapport au temps est donc inscrit jusque dans les règles de notre langue. Et il conditionne notre rapport au monde d’une façon que nous soupçonnons à peine. J’ai déjà eu l’occasion d’expliquer à certains d’entre vous qu’en plus d’ignorer le présent, le peuple hébreu se représente l’avancée dans le temps non pas comme une marche en avant mais comme la conduite d’une barque. Quand on est dans une barque, on rame en tournant le dos à ce qui est « devant » la barque. C’est assez logique de se représenter le temps de cette façon-là. En effet, nous ne connaissons rien du futur. Notre regard est donc tourné vers le passé. Le futur est hypothétique, il est certes « devant nous », mais nous ne le voyons pas, donc la réalité de notre avancée sur la ligne du temps est plutôt celle du rameur que celle du coureur. Seul ce qui est passé peut être connu.

Regarder le passé pour s’en libérer ?
Voilà donc pourquoi dans ce texte étonnant que nous avons lu ce matin, les formulations du prophète sont tellement paradoxales, dans notre culture. Le but de sa prise de parole se concentre dans cette phrase :
« Le Seigneur dit :
Ne pensez plus aux événements passés,
Et ne considérez plus ce qui est ancien.
Voici, je vais faire une chose nouvelle ».
En somme, il ne faut plus se préoccuper des choses du passé. Mais justement, c’est la seule chose qui se présente à notre regard. Le passé nous fascine parce qu’il présente des preuves, des faits, des objets, des archives, des traces. Mais le futur, nous l’ignorons. C’est le but de la prophétie que de lever un coin du voile posé sur ce futur qui échappe à nos yeux. La prophétie nous donne un point d’assurance, par la foi, au sujet de choses qui arriveront, parce que Dieu n’est pas que le maître du passé, mais il est aussi le chef de projet du futur.
Le passé a un caractère irrémédiable. « Jamais deux sans trois ». La répétition est un phénomène qui nous rassure en un sens, mais qui nous hypnotise ou nous paralyse, dans un autre sens. Comment ce qui s’est toujours fait pourrait ne plus advenir ? Comment se peut-il qu’on « ait toujours connu ça » et que ça s’arrête ? Un hiver sera toujours un hiver. En êtes-vous si sûrs que ça ? C’est bon que l’hiver soit hiver, qu’il soit froid. Mais n’allons-nous pas découvrir que cette permanence n’a pas forcément la stabilité qu’on aurait pu croire ?
Par la bouche du prophète, le Seigneur nous invite donc à ne pas nous laisser tétaniser par le passé. Dans le cas du peuple auquel il parle, son actualité est bien particulière, puisqu’ils sont en exil et que cet exil va durer soixante-dix ans. Trois générations, à l’époque ! Comment espérer un rétablissement après trois générations d’oppression et d’exil ? Comment ne pas se laisser gagner par la désespérance ou par la version light de la désespérance qu’on appelle la résignation, le fatalisme, l’acceptation ? Pourquoi accepter l’inacceptable ? Mais que fait Dieu ? Six ans de guerre ou de captivité auraient suffi à nous faire comprendre que nous avions laissé le cours de l’histoire partir en vrille ! Cela aurait été suffisant pour que nous nous reprenions et que nous remettions les pendules à l’heure. Mais là, soixante-dix ans, comment ne pas croire à l’irrémédiable d’un passé qui s’est installé dans la durée ? Notre condition n’est-elle pas fixée dès lors dans cet inévitable ?
« Ne pensez plus aux événements passés,
Et ne considérez plus ce qui est ancien.
Voici, je vais faire une chose nouvelle. »

Quel passé ?
Est-ce que nous avons vraiment envie que Dieu fasse une chose nouvelle ? Nous nous sommes mariés avec les filles de nos persécuteurs, nous nous sommes intégrés. Nous avons composé des cantiques éplorés pour chanter notre détresse. Nous sommes résignés maintenant. Une chose nouvelle ? Le voulons-nous vraiment.
Pourtant la parole de l’Eternel retentit dans cette promesse. Mais ce qui est étonnant et fascinant, c’est que le Seigneur qui fait cette promesse n’est pas n’importe quel Seigneur. C’est le maître de l’histoire. Superbe formule dans la bouche du prophète : « Ne pensez plus aux événements passés, Et ne considérez plus ce qui est ancien. » Alors que justement le Seigneur vient de se présenter comme le maître des choses anciennes. Il est l’Eternel qui fraya dans la mer un chemin, Et dans les eaux puissantes un sentier, Qui mit en campagne des chars et des chevaux, Une armée et de vaillants guerriers, etc. Il est le Dieu de la sortie d’Egypte. C’est donc parce qu’il règne sur le passé qu’il peut nous indiquer ses projets et la nouveauté des plans qu’il fait pour son peuple. Cela induit aussi qu’il n’était pas absent du temps de la captivité.
En somme, pour nous dire de ne pas nous fixer sur le passé, le Seigneur ne fait que nous parler du passé !
En quelque sorte, il dit à son peuple : « Quel est le passé qui va faire loi dans ta vie ? Quelles sont les espaces de ton passé dont tu vas concevoir qu’ils étaient comme un tremplin pour ton avenir ? »
Est-ce que tu veux à tout prix fixer ton intelligence sur des déterminismes qui te tirent vers la mort ? Est-ce que tu veux vraiment ne considérer comme déterminants que tes malheurs ? Est-ce que tu veux que seules les batailles perdues soient racontées à tes enfants ? Est-ce que tu veux témoigner d’une histoire dont Dieu serait nécessairement absent ? Est-ce que tu veux te focaliser jusqu’à l’hypnose sur ces points fixes que sont tes cicatrices, tes blessures, et à commencer par la première de toutes tes cicatrices et de toutes tes blessures qu’on appelle le nombril ? Est-ce que tu veux être fixé par la momification de ta vie que produit l’obsession de tes malheurs ?
Parce que si tu le veux, c’est clair que tu l’auras.

Au choix
Mais si tu te hasardes à écouter la parole de l’espérance, si tu prends le risque du bonheur contre l’évidence apparente de toutes les fatalités, alors… alors tu vas vivre autre chose !
Quel est le passé sur lequel tu voudras t’appuyer ? Ne dit-on pas que si on ne sait pas où l’on va, il faut alors regarder d’où l’on vient ?
Si Dieu a permis à son peuple de quitter l’esclavage de Pharaon et de l’Egypte, ne fera-t-il pas qu’une bouchée, quand il le voudra, du roi de Babylone ?
Si Dieu a fait traverser une mer infranchissable à son peuple pour le conduire de la servitude à la liberté, ne trouvera-t-il pas une solution pour franchir l’Euphrate ?
Si Dieu a permis que son peuple survive dans le désert du Sinaï pendant quarante ans, n’aura-t-il pas une solution pour traverser les zones arides de la Syrie et retourner enfin à la terre promise ?
« Je mettrai un chemin dans le désert,
Et des fleuves dans la solitude.
Les bêtes des champs me glorifieront,
Les chacals et les autruches,
Parce que j’aurai mis des eaux dans le désert,
Des fleuves dans la solitude,
Pour abreuver mon peuple, mon élu.
Le peuple que je me suis formé
Publiera mes louanges. »
Et pour nous-mêmes, aujourd’hui, cette parole du prophète dont nous savons qu’elle s’est réalisée résonne à nouveau mais cette fois-ci comme un chant de victoire à deux voix :
Tes entraves sont-elles vraiment plus puissantes que celle de Ramsès ou de Nabuchodonosor ?
Tes limites sont-elles plus infranchissables que la Mer Rouge et l’Euphrate ?
Tes solitudes sont-elles vraiment pires que le Sinaï et le désert de Palmyre ?
Ce que Dieu a fait une fois, ce qu’il a fait deux fois, ne le fera-t-il pas une troisième fois ?
Quitte à choisir ses déterminismes, j’ai personnellement fait le choix de ceux que le Seigneur conduit. Quitte à autoriser qu’une partie de mon passé soit l’image de mon futur, j’ai choisi l’œuvre de libération que le Seigneur a offerte à tous ceux qui ont marché avec lui jusqu’à aujourd’hui. Quitte à prendre partie entre la victoire vraisemblable de la mort et l’improbable victoire de la vie, je choisis de me placer aux côtés du Vivant, de celui qui vit et veut vivre éternellement. En faisant ce choix je ne nie pas qu’il aura été rejeté, qu’il aura été crucifié. Pas plus que je n’écarte les quarante ans au désert ou les douleurs du retour à Jérusalem.
Mais en faisant ce choix, j’écoute la voix du prophète, je retiens la fidélité de Dieu, et je refuse que mes souvenirs ou mon passé m’empêchent d’avancer. Oui :
« Ne pensez plus aux événements passés,
Et ne considérez plus ce qui est ancien.
Voici, je vais faire une chose nouvelle. »
Amen

Nous n’avons aucun savoir sur Dieu

Parce que nous n’avons aucun savoir sur Dieu,
parce que Dieu ne peut pas se prouver ni se démontrer,
nous refusons de dire “Je sais…” en parlant de Dieu.

Et malgré cela nous savons que certaines réalités
invisibles au yeux existent bel et bien :
il y a l’amitié, il y a l’amour, il y a la bonté,
et tant d’autres choses encore.

Parce que nous craignons les visions étriquées du monde,
parce que nous nous méfions de ceux qui sont persuadés
d’avoir la vérité contre tous les autres,
nous refusons de dire “Je suis sûr…” en parlant de Dieu.

Et malgré cela nous sommes sûrs que ce qui a été vécu
par Jésus quand il était sur cette terre,
c’était l’humanité véritable, ouverte, constructive,
humble et pleine de tendresse.

Parce que nous ne pouvons croire que Dieu a voulu
la souffrance, la maladie, la mort ou la guerre,
parce que nous ne pouvons pas croire en un Dieu horloger,
en un Dieu policier, en un Dieu pervers,
nous refusons de dire “Je crois…” face à tout ce que les gens disent de Dieu.

Et malgré cela nous croyons jusqu’à l’incroyable présence de Dieu
dans le monde dans lequel nous vivons,
nous croyons à l’infinie bonté de Dieu et à son invraisemblable amour
pour notre terre et pour nous.

Amen

Être ou devenir parfaits

Prédication donnée au Temple du Marais

Lectures bibliques

Philippiens 3:4-16 – Nous qui sommes parfaits
Moi, je pourrais avoir confiance en moi-même. Si quelqu’un d’autre peut penser qu’il a raison d’avoir confiance en lui-même, moi, je peux le penser encore plus.
J’ai été circoncis huit jours après ma naissance, je suis né Israélite, de la tribu de Benjamin. Tous mes ancêtres sont juifs, et j’obéissais à la loi de Moïse, comme un Pharisien fidèle. J’y tenais tellement que j’ai fait souffrir l’Église. Au sujet de la justice qui vient de la loi, on ne pouvait rien me reprocher.
J’ai cru gagner beaucoup avec ces choses-là, mais maintenant, à cause du Christ, je trouve que c’est une perte. Connaître le Christ Jésus mon Seigneur, voilà le plus important. À mon avis, tout ce qu’on gagne, ce n’est rien à côté de cette connaissance. Pour lui, j’ai tout abandonné. Pour gagner le Christ et pour être uni à lui, je considère toutes ces choses-là comme des ordures. Je ne suis pas juste parce que j’obéis à la loi, mais parce que je crois au Christ. C’est Dieu qui rend juste, et il rend juste celui qui croit.
La seule chose que je veux, c’est connaître le Christ, et connaître la puissance qui l’a fait se lever de la mort. Ce que je veux, c’est souffrir avec lui et lui ressembler dans sa mort. Ainsi, j’espère que je pourrai, moi aussi, me lever de la mort.
Je ne veux pas dire que j’ai déjà atteint le but, ou que je suis déjà parfait! Mais je continue à courir pour saisir le prix, parce que le Christ Jésus m’a déjà saisi. Non, frères et soeurs, je ne pense pas que j’ai déjà obtenu le prix. Mais j’oublie la route qui est derrière moi, je suis tendu en avant, et je fais la seule chose importante : courir vers le but pour gagner le prix. Dieu nous appelle d’en haut à le recevoir par le Christ Jésus.
Nous qui sommes parfaits, nous devons penser de cette façon. Et si, sur un point, vous pensez autrement, Dieu vous éclairera aussi là-dessus. En tout cas, continuons la même route que nous avons suivie jusqu’à maintenant!

Matthieu 5:43-48 – Soyez parfaits comme votre père céleste est parfait
Vous avez appris qu’on a dit : « Tu dois aimer ton prochain et détester ton ennemi. » Mais moi, je vous dis: aimez vos ennemis. Priez pour ceux qui vous font souffrir. Alors vous serez vraiment les enfants de votre Père qui est dans les cieux. En effet, il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons. Il fait tomber la pluie sur ceux qui se conduisent bien et sur ceux qui se conduisent mal. Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, quelle récompense est-ce que Dieu va vous donner? Même les employés des impôts font la même chose que vous ! Et si vous saluez seulement vos frères et vos soeurs, qu’est-ce que vous faites d’extraordinaire? Même les gens qui ne connaissent pas Dieu font la même chose que vous !
Soyez donc parfaits, comme votre Père des cieux est parfait !

Prédication
Qu’est-ce donc que la perfection puisque Jésus nous invite et nous incite à être parfaits comme le père céleste est parfait ? Cela fait partie des paroles inquiétantes de la bible, parce que par ailleurs, nous croyons que la perfection n’est pas de ce monde. Cette petite phrase toute faite aux allures de proverbes — la perfection n’est pas de ce monde — imprime nos esprits de façon profonde et, comme toute phrase proverbiale, nous ne sommes pas prêts à la contester intelligemment. Il y a des tas de phrases comme celle-là qui n’ont rien de biblique, qui sont des idées tout à fait contraires à l’Evangile, mais qui sont comme des paroles d’Evangile en nous simplement parce que ce sont des ritournelles proverbiales.
« Jamais deux sans trois ». Honnêtement, c’est stupide, comme parole. Quelle est la fatalité qui me lierait à ce qu’un phénomène qui est arrivé deux fois arrive une troisième fois ?
Alors, dans le même ordre d’idées, pourquoi est-ce que « la perfection ne serait pas de ce monde » si Jésus nous dit d’être parfaits comme le père céleste est parfait ?
Ce qui est certain c’est que le mot parfait ne veut peut-être pas dire la même chose dans notre bouche que dans celle de Jésus. Qu’est-ce qu’une femme parfaite ? Dans notre monde, c’est une femme qui a entre 21 et 22 ans, qui est globalement anorexique, qui a eu une mention au baccalauréat et qui veut faire de l’humanitaire. Dans notre monde, un homme parfait, c’est quelqu’un de 31 à 32 ans, qui gagne beaucoup d’argent mais qui passe son temps à dire que l’argent n’a aucune importance, qui a un tableau de chasse impressionnant dans les milieux de la mode, et qui fait un chèque d’un million d’euros en toute discrétion pour le Téléthon, mais qui est malheureusement surpris par une caméra au moment même où il fait ce geste (notez que son chèque est toujours bizarre, au lieu de faire 8cmX20cm, il fait environ 80cmX2m…).
C’est beau, la perfection dans ce monde.

Le Seigneur a une autre conception de la perfection
Vous vous doutez bien que le Seigneur a une autre conception de la perfection. Le mot que Jésus emploie, dans le grec du Nouveau Testament, est un mot (teleios) qui ne nous parle pas d’une perfection où tout est beau, bien rangé, séduisant, complet et le reste. Ce mot veut dire qui est parvenu à ses fins, qui a atteint un certain accomplissement. L’idée de la perfection dont nous parle Jésus, c’est simplement qu’on ait atteint certains buts que le Seigneur a fixés. Et nous avons être parfaits comme le Père céleste est parfait, dans la mesure où, pour Dieu, il n’y a pas de décalage entre ce qu’il ambitionne de faire et ce qu’il fait vraiment. Il y a pour lui une parfaite conformité entre ses projets, ses paroles et ses actes. Nous sommes plus approximatifs, dans ce registre…
Il nous arrive de bien comprendre ce que Dieu désire pour nous, mais c’est comme si nous étions en incapacité complète d’y parvenir. Les plus optimistes se disent qu’à force, on va bien y arriver. Certains sont enclins à la culpabilité en disant qu’ils ne sont bons à rien car ils savent fort bien quelle est la cible que le Seigneur leur a demandé de viser, et qu’ils n’y arrivent pas. D’autres encore essayent de se disculper en accusant l’adversaire, Satan, ou encore la société, qui est (par définition…) méchante, les parents qui nous ont laissé différentes ardoises dans l’existence, etc. Il y a des tas de bonnes raisons pour que nous vivions un pareil décalage entre les buts que Dieu nous donne, et le réel de ce que nous parvenons à vivre. Et il y a aussi des tas de mauvaises raisons que nous invoquons pour fuir nos responsabilités dans la foi. Nous sommes prêts à accuser tout le monde pour le fait que nous ne soyons pas des êtres accomplis. Et, ultimement, nous sommes même prêts à accuser Dieu, ce qui est assez présomptueux de notre part… Qui sommes-nous pour juger Dieu et lui reprocher de ne pas faire son travail ?

Déjà parfaits ?
Soyez parfaits comme le Père céleste est parfait.
Mais bizarrement, alors que notre expérience nous fait croire que cette perfection est inaccessible, alors que sévit dans nos têtes le proverbe sur la perfection qui ne serait pas de ce monde, Paul dit aux Philippiens : « Nous qui sommes parfaits, … ». Ce qui veut dire que Paul pense que les chrétiens de la ville de Philippes ainsi que lui-même sont des gens parfaits selon la définition du Seigneur. Quel orgueil, allons-nous penser ? Oui, quel orgueil, si nous gardons nos définition de la perfection, si nous nous appuyons sur nos sagesses humaines. Mais selon la définition de la perfection qui était dans l’esprit de Jésus, cette perfection est tout à fait de ce monde. Car ce n’est pas nous qui l’accomplissons, mais c’est Dieu qui l’accomplit en nous.
Voyez comment Paul argumente son propos.
Il a bien montré combien il se croyait parfait autrefois, dans la mesure où il répondait à tous les critères de son groupe d’appartenance ; il était un bon pharisien, qui obéissait en tout point à la loi, etc. Mais il a vu tout l’orgueil et toute la vanité de cette perfection qui ne tient qu’à des critères de conservatisme et de conventions sociales. La rencontre avec Christ a été radicale. C’est fini, maintenant ; tous ces critères sont invalides. Ils ne fonctionnent plus. La mode et les références du monde, de notre monde, il faut les abandonner à tout prix. Car en Jésus, Paul a réalisé que c’est Dieu qui s’est approché de lui. Il a été choqué de voir que Dieu, dans sa perfection céleste, avait pour projet de le rejoindre. Et donc tout ce qui faisait son orgueil, sa réputation, sa bonne conscience, sa morale, sa notoriété et sa gloire, tout est devenu caduc. Il le considère même comme une chute, comme quelque chose qui peut le perdre. Quand nous croyons que nous sommes bons par nous-mêmes, nous nous précipitons dans les bras du malin, qui adore que nous pensions que nous sommes bons, alors que Dieu seul est bon.
Tout ce qui faisait la gloire de Paul, sa perfection aux yeux de ses contemporains, c’est devenu au contraire quelque chose de répugnant dans sa tête. Ce qui faisait qu’il était somptueux est devenu pour lui quelque chose de hideux.

Changer de « gloire »
Racheté par le Christ, Paul découvre que désormais il est « parfait » dans le sens du Seigneur, c’est-à-dire qu’il a reconnu que ses objectifs dans la vie étaient complètement nuls, vaniteux et hautains. C’est donc dans le recadrage de ses objectifs de vie que Paul est parfait, au sens biblique. Il a abandonné toutes ses ambitions mondaines pour n’ambitionner que ce que Dieu désire pour lui. Et ce que Dieu désire pour lui est ce qu’il y a de meilleur. Abandonnant le désir de gloire pour ses contemporains, découvrant la vertu de l’humilité, bizarrement, Dieu l’a élevé car il y a peu de chrétiens qui soient aussi connus pour l’ampleur de leur ministère que l’apôtre Paul. C’est ça, la perfection selon Dieu. C’est se soumettre aux projets de Dieu en toute humilité, et alors Dieu décide de ce qu’il fera pour nous, il nous donne des moyens que notre intelligence et notre force ne nous auraient jamais donnés. Le Paul « ancienne version », persécuteur de chrétiens, parfait selon la loi, aurait peut-être acquis une petite célébrité. Au mieux, on en parlerait dans un des livres sur l’histoire des Juifs du romain Flavius Josèphe, mais pas plus. Parce qu’il a abandonné son désir de se hisser par sa propre force sur l’échelle de la réussite, mais qu’il s’est mis humblement à l’écoute de la voix de Dieu, Paul est le chrétien le plus célèbre du monde, vraisemblablement. Il n’avait que faire de cette réputation. C’est Dieu qui lui a permis de transmettre la liberté de Jésus à des millions de personnes, des milliards même à cette heure. Qui aurait pensé à une pareille destinée ?
Paul a donc renoncé aux perfections du monde pour recevoir la force de la part de Dieu de mettre en conformité ses désirs, ses paroles, ses actes avec le projet de Dieu pour lui.
« Je ne veux pas dire que j’ai déjà atteint le but, ou que je suis déjà parfait ! Mais je continue à courir pour saisir le prix, parce que le Christ Jésus m’a déjà saisi ». Vous entendez bien que Paul dit dans le même passage qu’il n’est pas parfait et qu’il est parfait. Qu’entendre derrière cette contradiction du discours ? Eh bien tout simplement qu’il y a plusieurs phases dans la vie chrétienne et qu’il est bon de savoir les vivre en conformité avec le souffle de Dieu.
Paul est parfait en ce sens que Dieu est venu le faire naître de nouveau, qu’il l’a conduit à une révision complète de ses ambitions. Ses buts sont bien calés, il est parfait selon Dieu. Et pourtant, au-delà de cette grande révision qui intervient à notre conversion ou encore à notre baptême, il faut reprendre chaque jour le projet qui consiste à ajuster nos espérances sur le programme de Dieu. Ce n’est plus le temps de la conversion, mais plutôt celui de la libération et du perfectionnement. Dieu veut toujours aller plus loin avec nous, car il n’a pas les mêmes limites que nous. Une fois que nous avons été saisis par le Seigneur, nous devons nous saisir de ses plans pour les accomplir, et vivre la perfection dans ce sens que nos ambitions seront toujours en harmonie avec les ambitions de notre Seigneur. La tâche est importante, mais elle est indispensable. Certains l’appellent « sanctification », ce qui veut dire que nous devenons saints, des gens spéciaux, des gens à part.
Paul est donc parfait car Dieu a opéré les révisions fondamentales de ses ambitions, mais il est aussi dans un chemin de perfectionnement parce que Dieu ne l’invite pas à s’endormir passivement sur le lieu de sa conversion. Il doit partir, jusqu’aux extrémités de la terre, pour accomplir sa vraie destinée. Il est donc à la fois parfait et appelé chaque jour à devenir parfait.
Qu’il en soit ainsi pour chacun d’entre nous. Que Dieu nous inspire ces ajustements de chaque jour, afin que, nous aussi, puissions être parfaits comme notre Père céleste est parfait.
Amen

Je croyais…

Je croyais…
que ma foi ne regardait que moi.
J’ai découvert que Dieu regardait ma foi.

Je croyais…
que ma foi ne dépendait que de moi.
J’ai découvert que Dieu croyait en moi.

Je crois…
que Dieu est un Père, tendre et exclusif,
que Jésus, son Fils, est un frère, doux et exigeant,
que son Esprit est un feu, subtile et dévorant.

Je crois…
que Dieu est à la pointe de ma vie,
que son désir est plus pertinent que mes rêveries,
que beaucoup ont vraiment besoin de Lui.

Amen