Archives pour l'Auteur : Gilles Boucomont

Pourquoi prier pour les autorités ?

1 Timothée 2:1-4
J’exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. Cela est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.

Juges 9:7-15
Yotam monte en haut du mont Garizim et il crie, aussi fort qu’il peut :
« Écoutez-moi, habitants de Sichem, et Dieu vous écoutera !
« Un jour, les arbres décident de choisir un roi.
Ils disent à l’olivier : ‘Sois notre roi !’
L’olivier répond :
‘Les dieux et les êtres humains aiment mon huile.
Est-ce que je vais laisser mon huile
pour aller m’agiter au-dessus des autres arbres ?’
Alors les arbres disent au figuier : ‘Viens donc, toi ! Sois notre roi !’
Le figuier répond :
‘Est-ce que je vais laisser mes bons fruits sucrés
pour aller m’agiter au-dessus des autres arbres ?’
Ensuite, les arbres disent à la vigne : ‘Toi, sois notre reine.’
La vigne répond :
‘Mon vin donne de la joie aux dieux et aux humains.
Est-ce que je vais laisser mon vin
pour aller m’agiter au-dessus des autres arbres ?’
Alors tous les arbres disent au buisson d’épines :
‘Viens donc, toi ! Sois notre roi !’
Le buisson d’épines dit aux arbres :
‘Si vraiment vous voulez me choisir comme roi,
venez vous mettre sous mon ombre.
Si vous ne le faites pas, un feu sortira de mes épines
et il brûlera même les cèdres du Liban !’ »

L’approbation de Dieu
Jésus savait bien que la gloire d’un jour allait le mener à la croix.
C’est pour cela qu’il n’arrive pas sur un char doré, mais bien sur un ânon, pour signifier qu’on ne l’aura pas au jeu de la gloriole. Sa gloire, il ne la tire pas de l’acclamation des humains mais de l’approbation de Dieu lui-même.
Il n’est pas le roi que les humains veulent, de toute façon.
La parabole de Yotam nous dit comment on fait les rois.
Tout rapport avec les élections ne serait en aucun cas fortuit ou indépendant de notre volonté.
Les arbres veulent un roi.
Ils le plébiscitent pour ses qualités.
Ils en plébiscitent tout une série, les uns après les autres.
Mais le besoin d’avoir un roi n’a d’égal que le dénigrement permanent que les arbres ont pour le pouvoir en place.

Voyez leur dédain
Ces politiques sont tous pourris ! (ce qui est parfaitement faux) et c’est nous qui les avons élus. Voyez la contradiction méprisante. Les arbres crient pour avoir un chef et en même temps quand c’est leur tour de prendre des responsabilités, on voit le mépris réel qu’ils ont pour les structures d’autorité, puisqu’ils qualifient le pouvoir qu’on leur demande d’exercer « d’agitation ».
‘Est-ce que je vais abandonner… pour aller m’agiter au-dessus des autres arbres ?’
Et le résultat est là, c’est le buisson d’épine qui va gouverner.
C’est donc au nom de l’évangile que nous devons réhabiliter la considération pour les institutions politiques, car sans cette considération et se respect, rien ne peut fonctionner. Nous ne pouvons pas détruire ceux que nous avons fait monter en autorité, car c’est bien nous qui les avons placés à ces postes.
Nous nous comportons comme cette foule qui s’enthousiasme aux portes de Jérusalem au jour des Rameaux, et pour le coup, nous devenons des rameaux qui s’agitent, qui s’agitent pour rien car ils ont été taillés sur les arbres alentours et dans trois jours ils seront complètement secs.

La lapidation comme remerciement ?
Si nous nous enthousiasmons, si nous faisons « monter » des gens, que ce soit en politique, dans les media, dans le show-business, pour après ça les lapider ou les crucifier, c’est la preuve que nous sommes vraiment immatures, que nous sommes des adeptes du feu de paille.
Or le type de feu que Jésus est venu mettre dans le cœur de ceux qui veulent bien l’écouter est un feu durable, un feu qui ne s’éteint jamais.
Le plan qu’il a semé est une petite graine de moutarde qui peut devenir un arbre gigantesque, et ce n’est pas un champignon qui pousse en une journée et qui est desséché deux jours après.
Jésus n’a pas voulu de ces royautés temporaires et temporelles. Et pourtant il a habité cette figure du roi, il s’est prêté au jeu de l’entrée à Jérusalem, avec le prix qu’il devra payer pour cette audace… Son autorité est d’un autre genre. Elle ne jette aucun discrédit, au contraire, sur les pouvoirs humains, mais le Royaume dont il est roi n’est pas de ce monde.

Réhabiliter le politique
Comment prendrons-nous au sérieux l’autorité de Dieu si nous avons été structuré dans la contestation de l’autorité de l’Etat ?
Comment grandirons-nous dans la foi en Dieu le Père, si les figures de la paternité sont toutes détruites, dans une vague d’extermination massive, et que trop peu de nos enfants ne savent vraiment ce qu’est un père ?
Comment pourrons-nous annoncer une parole sur la Paix qui vient de Dieu si les uns et les autres n’ont pas goûté à la paix même imparfaite d’une société apaisée ?
Celui qui est entré à Jérusalem, qui est passé par le mont Golgotha et qui est sorti du tombeau appelle aujourd’hui des personnes à laisser tomber l’agitation de leurs rameaux pour habiter les figures de la paternité, militer pour la paix, et s’engager dans la réhabilitation des structures de nos sociétés où les institutions ont été discréditées.
Que Dieu nous donne de comprendre la nature des enjeux prophétiques de ces guérisons collectives que nous avons à vivre.
Amen.

Pourquoi Dieu est Père et non mère ?

Prédication donnée à l’Église réformée du Marais, le dimanche 11 juin 2006
Les lectures bibliques d’appui étaient Deutéronome 4:32-40 et Romains 8 :14-17

Deutéronome 4:32-40
Moïse dit : Réfléchissez aux événements d’autrefois,
à ce qui s’est passé longtemps avant vous,
depuis que Dieu a créé les êtres humains sur la terre.
Demandez-vous ce qui est arrivé d’un bout du monde à l’autre.
Est-ce que quelque chose d’aussi extraordinaire a déjà existé ?
Est-ce qu’on a déjà entendu raconter une chose pareille ?
Est-ce qu’un peuple a déjà entendu la voix d’un dieu
lui parler du milieu du feu, tout en restant en vie,
comme cela vous est arrivé ?
Est-ce qu’un dieu est venu se choisir un peuple au milieu d’un autre peuple ?
Non, mais le Seigneur votre Dieu, lui, l’a fait pour vous, sous vos yeux.
C’est pourquoi il a envoyé de grandes souffrances aux Égyptiens,
il a réalisé pour vous des actions extraordinaires et étonnantes,
des exploits puissants et terribles.
Vous, vous avez pu voir clairement tous ces événements
pour que vous reconnaissiez ceci :
c’est le Seigneur qui est Dieu, et il n’y a pas d’autres dieux que lui.
Du ciel, il vous a fait entendre sa voix pour vous éduquer.
Sur terre, il vous a montré son grand feu,
et vous l’avez entendu parler du milieu du feu.
Le Seigneur aimait vos ancêtres.
C’est pourquoi il vous a choisis, vous qui êtes les enfants de leurs enfants.
Et il vous a fait sortir d’Égypte lui-même, avec grande puissance.
Maintenant, il va chasser devant vous
des peuples plus nombreux et plus forts que vous.
Il va vous faire entrer dans leur pays pour vous le donner en partage.
Reconnaissez donc aujourd’hui et gardez dans votre coeur cette vérité :
c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel et en bas sur la terre.
Il n’y a pas d’autres dieux que lui.
Respectez ses lois et ses commandements que je vous donne aujourd’hui.
Alors vous et vos enfants, vous serez heureux.
Et vous vivrez longtemps dans le pays
que le Seigneur votre Dieu vous donnera pour toujours.

Romains 8:14-17
Tous ceux que l’Esprit de Dieu conduit sont enfants de Dieu.
Et l’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous
des esclaves qui ont encore peur,
mais il fait de vous des enfants de Dieu.
Et par cet Esprit, nous crions vers Dieu en lui disant : « Abba! Père! »
L’Esprit Saint lui-même nous donne ce témoignage :
nous sommes enfants de Dieu.
Alors, si nous sommes enfants de Dieu,
nous recevrons en partage les biens promis par Dieu à son peuple,
et ces biens, nous les recevrons avec le Christ.
Oui, si nous participons à ses souffrances, nous participerons aussi à sa gloire.

Message :

Nous découvrons dans ces passages des Ecritures qu’il n’est pas du tout insignifiant d’appeler Dieu par un nom ou par un autre. Nous savons qu’il y a des tas de noms pour nommer Dieu, et chacun de ses noms s’appuie sur une identité particulière que nous voulons donner à celui à qui nous nous adressons.
Quand nous prions Dieu comme Tout-Puissant, nous ne prions pas du tout de la même façon que quand nous nous adressons au Christ, qui est passé par l’expérience de la croix. Prier le Dieu Tout-Puissant, c’est reconnaître que tous les possibles appartiennent à Dieu, qu’il est le Dieu de l’impossible qu’il est le Dieu qui peut tout (ce qui ne veut pas dire qu’il fait tout et en particulier qu’il ferait tout ce qu’on lui dit de faire…).
S’adresser à Dieu par un nom ou par un autre, c’est donc qualifier Dieu, de la même façon qu’on ne s’adresse pas sur le même ton à une même personne suivant les contextes. De temps en temps, un journaliste laisse échapper un « tu » à la place d’un « vous » qui dévoile qu’il connaît la personne au-delà de son rôle de journaliste, plutôt dans le registre de l’amitié.
Les protestants ont été appelés très tôt les tutoyeurs de Dieu. Non pas qu’il soit mieux de tutoyer Dieu que de le vouvoyer, mais simplement parce qu’en tutoyant Dieu on fait un choix. Et ce choix consiste à dire que la proximité, la confiance et l’intimité d’un « tu » sont plus importantes encore que la déférence et le respect d’un « vous ». Dieu n’a pas voulu être lointain mais bien proche, ce que nous reconnaissons et valorisons par l’usage du « tu ».
En qualifiant Dieu de « Père, Fils et Saint-Esprit », nos prédécesseurs dans la foi ont fait des choix très particuliers. Ils ont voulu mettre l’accent sur des facettes de Dieu bien particulières. Comme, de toute façon, Dieu nous échappe et que nous ne pouvons pas avoir de langage universel, nous ne pouvons pas faire de description scientifique de Dieu, il fallait bien utiliser des noms autres, des noms du langage courant qu’on emploierait comme des images, comme des métaphores pour essayer de raconter qui est celui qui échappe au langage et pour essayer de montrer qui est celui qui échappe aux regards.
En choisissant d’appeler Dieu par le nom de Père principalement, les premiers chrétiens ont pris un risque. Il est souvent rappelé que cela a exaspéré nos frères aînés Juifs qu’on puisse appeler Dieu Père. A la rigueur qu’on dise « Dieu est comme un père pour nous », c’était recevable, et le Psaume 103 ne s’en prive pas. Mais l’appeler, le héler, le prier en l’appelant Père, c’était choquant. Car non seulement quand on nomme quelqu’un le nom qu’on lui donne dit des choses sur ce qu’il est, mais en plus, le nom qu’on lui donne décrit aussi comment nous nous positionnons par rapport à cette personne. Si nous nommons Dieu Père, alors cela signifie que nous nous reconnaissons comme enfants. Et c’est très compliqué de dire cela car alors, comment fonctionne cette paternité et cette filiation. Si Dieu est notre Père, comment est-ce qu’il a fait ses enfants. Si Dieu est notre Père cela veut dire que nous avons un atavisme bien particulier, que nous avons en nous des qualités de Dieu. Est-ce à dire que génétiquement nous aurions au moins 50% de son patrimoine génétique ? Mais c’est insensé car notre père est bien sur la terre et il est fait de chair et de sang. Et si nous sommes des enfants, arriverons-nous un jour à quitter cette enfance ou sommes-nous condamnés à un infantilisme spirituel, à être d’éternels bébés nourris au lait ?
Paul, à la suite de Jésus-Christ tient fermement sur cette appellation de Dieu comme Père. C’est au cœur de sa foi.
Pourquoi Dieu a-t-il été appelé Père et non pas Mère ? Après tout on pourrait l’envisager ? Eh bien tout simplement parce que c’est bien comme Père que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Moïse et de Jésus-Christ, se comporte. Laissez tomber d’office l’argument ethnologique comme quoi Dieu serait père parce qu’il serait décrit comme tel dans une société patriarcale. Ce n’est pas là la vraie raison. Il est nommé Père tout simplement parce que le type de relation qu’il a avec l’humain est de l’ordre de la paternité beaucoup plus que de la maternité. Et ce n’est pas une histoire de féminisme ou de machisme. C’est simplement un type relationnel. On est toujours sûr de sa mère, tandis qu’on n’est jamais vraiment sûr de son père. Même avec les analyses ADN. L’être humain est complexe et si la maternité est un lien qu’il faut couper, la paternité est un lien qu’il faut construire. En tant que lien de personne à personne la paternité est beaucoup plus fragile que la maternité parce qu’elle naît d’une parole. Oui, la paternité ne tient qu’à la parole de la mère. On devient père dès que la mère d’un enfant dit à son enfant « C’est lui ton père ». Dès qu’elle le dit par des mots, par des gestes, par des attitudes et par une pratique. Un père est toujours adoptif. Alors bien sûr on souhaite à chacun que son géniteur naisse comme père assez rapidement après la naissance, mais c’est toujours conditionnel.
Dieu n’est pas en relation avec nous dans un mode relationnel où il faut couper un cordon. Il est devant nous comme cette relation paternelle qu’il faut au contraire tisser, construire et faire naître par une parole.
Si vous tenez à tout prix à chercher du maternel dans ce qui fait notre foi, n’allez – de grâce – pas chercher du côté de Marie. Non, la figure féminine qui construit notre foi, c’est tout simplement l’Église, la communauté. Elle est cette matrice, elle est cette mère où nous nous trouvons dès le début, elle exerce cette maternité qui nomme, qui essaye de dire à ses enfants, depuis le plus jeune âge : « Tu sais, tu peux avoir confiance en Dieu car c’est bien lui ton Père ». Quand nous accompagnons des enfants dans leur formation biblique, quand nous prenons soin des uns et des autres au moment où ils essayent de revivifier un lien avec Dieu dont ils sentent bien qu’il ne tient pas très bien, nous exerçons, à notre tour cette fonction maternelle qui essaye de nommer la paternité de celui qui est Père parce qu’il veut adopter tous ceux qui accepteront son amour.
L’enjeu est de taille pour la vie de nos communautés. En tant qu’Église, nous avons à apporter un amour bien particulier à ceux qui viennent nous rejoindre, car c’est la tendresse couvrante et aimante, une vertu maternelle, que nous pouvons leur communiquer. Mais cet amour n’est pas une fin en soi. Il est un soin que l’on prend des uns et des autres mais ne doit pas devenir un amour qui étouffe, comme ces mères dans le monde animal, qui étouffent leurs petits en voulant les protéger, les nourrir ou les couvrir. La tendresse maternelle que propose la communauté chrétienne a surtout pour fonction d’accompagner la découverte de l’amour bien particulier de ce Père qui paraît tantôt lointain, tantôt dur. C’est à l’Église que revient la tâche de contredire les mensonges qui courent autour de nous, comme quoi Dieu serait absent, parce que l’époque est aux pères absents, à la paternité décomposée, à la lâcheté quant aux responsabilités qu’il faut pourtant assumer. Et c’est à l’Église de contredire l’autre mensonge, comme quoi le Père serait nécessairement un violent, un dur, un insensible, seulement parce qu’effectivement, de temps en temps, c’est à lui que revient le devoir de marquer des limites, de poser des interdits, voire de sanctionner. Le monde et ses puissances essayent de troubler notre rapport à Dieu en lui attribuant toutes les défaillances des pères de chair et de sang qui ont du mal, en ce siècle, à assumer leur paternité. Et avec ce double prétexte que les pères sont parfois défaillants, on voudrait nous faire croire que Dieu est donc dans la terrible alternative de l’absence et de la violence. En somme un père molasson ou cogneur. Non, non et non. L’Église a une responsabilité, tant vis-à-vis de Dieu, à un niveau spirituel, qu’à un niveau social et éthique, vous le comprenez bien. Les deux sont liés. La restauration d’une paternité apaisée est une urgence à bien des égards. Sortir de l’alternative du trop et du pas assez est une des trajectoires indispensables pour l’Église d’aujourd’hui. Car le Père de Jésus-Christ est tout à la foi ferme et tendre. Sa fermeté n’est pas violence et sa tendresse n’est pas lâcheté.
Mesdames, votre rôle est important dans la consolidation de paternités humaines qui retrouvent un équilibre : c’est de la force de votre parole que naîtront les pères que nos enfants recherchent. Messieurs, ne vous prenez pas pour Dieu, mais cherchez à imiter celui qui a su offrir au monde un modèle de paternité harmonieuse. Et vous tous l’Église, n’ayez cesse de dire au monde : « C’est Lui, ton Père ». Nos contemporains sont en train de mourir de manque d’amour entre une société de consommation qui se comporte comme une mère mais qui nous fait mourir d’un gavage qu’elle ne sait interrompre et un Dieu dont certains aiment à dire qu’il est absent, mais qui l’est seulement parce qu’on lui a interdit le territoire.
C’est notre responsabilité et c’est notre héritage. A nous de ne pas le gaspiller, mais d’en vivre joyeusement, avec le plus grand nombre possible de ceux qui sont nos frères et nos sœurs et ne le savent pas encore.
Amen.

Quand la paranoïa se mord la queue

canstockphoto12683546

L’expérience de Christ est celle du serviteur souffrant et d’un ressuscité puissant. Bien que sans faute qu’on puisse lui imputer, il a été condamné. Et à sa suite, il nous avertit à de nombreuses reprises : « Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : ‘Le serviteur n’est pas plus grand que son maître.’ S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. » (Jean 15,20). Nous savons donc que nous serons persécutés, mais pire encore Jésus nous avertit que la persécution la pire viendra de l’intérieur, de la synagogue, de l’Eglise (comme expliqué en Luc 12,11).

Nous sommes avertis.

Il est donc légitime d’enseigner les chrétiens sur la difficulté qu’on peut rencontrer dans certaines Eglises. Sur le fait que dans certaines d’entre elles on y persécute vraiment ceux qui essayent de croire en vérité et de s’impliquer dans une théologie du Royaume. Et j’en sais quelque chose pour l’avoir moi-même expérimenté. Cela peut être le cas parce que ce sont de fausses Eglises dont Christ n’est pas le centre, empreintes d’un faux amour. Ou parce que ce sont des Eglises autoritaires, où Dieu n’est pas le Père mais que quelqu’un s’est mis à la place du Père. Soit parce que ce sont des Eglises légalistes où l’Esprit ne peut pas souffler. Nous devons enseigner les chrétiens à discerner comment une assemblée peut être un lieu de vie ou un lieu de mort.

Mais la difficulté, c’est qu’il n’y a pas d’Eglise parfaite. Or si vous avez visité de nombreuses Eglises sans trouver une qui soit à peu près bien pour vous, rappelez vous que l’ensemble des Eglises à qui écrivait Paul avaient des problèmes, et que donc, c’est peut-être qu’il y a un problème… en vous.
Comme il n’y a pas d’Eglise parfaite, les gens vont toujours trouver des choses qui ne vont pas ; et ils ont raison. Et c’est là où s’engouffrent quelques prédicateurs qui produisent un discours anti-Eglises, et anti-pasteurs, avec une radicalité qui est souvent née d’un zèle très beau et pur au premier regard, mais qui devient à force un discours paranoïaque : « Aucune Eglise ne peut apporter quelque chose de bon ; aucun pasteur ne peut être de bon conseil. » C’est là que le bât blesse. Car ces prédicateurs n’appliquent pas cette règle à eux-mêmes. Ils se marketisent sur les réseaux sociaux, ils créent des adeptes, visent des publics influençables, et posent une emprise sur eux. Désormais il faut se méfier de tout le monde. Sauf d’eux. Et si par malheur en tant que pasteur vous voulez alerter un frère ou une soeur entrain de se mettre sous emprise, vous prouvez par là même que vous êtres un pasteur terrible rempli d’un esprit de contrôle, et que donc… il faut faire attention à vous. La boucle paranoïaque est bouclée. Le poisson est harponné.

Alors qu’il y aurait de bonnes raisons d’être prudents car Jésus n’a pas voulu que nous entrions dans le discours paranoïaque. Il a voulu que nous prêchions, en étant libres, en guérissant les malades, en purifiant les lépreux, en ressuscitant les morts et en chassant les démons. Seul Jésus a été fidèle jusqu’au bout. Donc il faut absolument déminer ce discours paranoïaque en invitant les gens à être juste… libres ! S’ils veulent rester, ils restent dans les Eglises. S’ils veulent partir, ils partent. Mais qu’ils ne maudissent pas. Qu’ils montrent avec amour à leur frères les lieux où ils peuvent progresser, mais qu’ils ne proclament pas de discours de condamnation absolue discréditant l’oeuvre de Dieu dans ces lieux. Que ces prédicateurs prennent soin des gens sur le long terme, et pas quel dans des « shoots » de Saint-Esprit ou des expériences aussi fugaces que spectaculaires. Qu’ils arrêtent avec la naïveté de penser que quelqu’un baptisé à la va vite sans enseignement pourra juste s’en sortir avec sa Bible et sa prière seul dans la jungle du monde. Nous avons besoin les uns des autres, et ça s’appelle : l’Eglise…

Prédicateurs, aimez l’Eglise comme Christ l’a aimée. Il a donné sa vie pour elle. Pas pour une institution, évidemment, mais pour un corps vivant. Et donc, prédicateurs, arrêtez de créer des nouvelles institutions, parce que paradoxalement c’est ce que vous faites… Vous créez des mouvements qui vous mettent au centre, qui font que les gens se disent de Paul ou d’Apollos. Pourquoi ? Parce que ce qui se passe quand on produit le discours paranoïaque c’est que, en plus de renforcer des gens qui sont déjà dans une pathologie psychique et spirituelle, on met sur les petits trônes des Eglises de maisons qu’on fonde des Jézabels non enseignées qui deviendront des tyrans bien pire encore que ces médiocres pasteurs que vous dénoncez, comme on en parle dans l’Apocalypse. Elles mettront les gens sous emprise, multiplieront les situations d’abus. Et il y aura beaucoup de dégâts par cette séduction. Beaucoup de souffrance individuelle, et des milliers de rétrogrades, à juste titre dégoûtés par des promesses non tenues.

Donc oui. Discernons. Il y a des lieux de vie et des lieux de mort dans les Eglises, c’est vrai ! Et seul l’Esprit de vie peut les désigner. Mais il les désigne tout à fait à ceux qui le Lui demandent. Et nous n’avons pas à faire des guides ecclésiaux avec des bons-points ou à produire de la haine et du dénigrement.

Bénissez, et ne maudissez pas, comme il est dit en Romains 12,14

Lettre ouverte à Torben S.

thelast

Cher Torben,

Je fais partie de personnes qui se sentent très positivement stimulées par ton ministère. Tu réveilles le zèle des chrétiens pour vivre l’Evangile intégral, incluant le fait de vivre le baptême du Saint-Esprit, l’expérience de la guérison et de la délivrance, les charismes, etc. Ce sont les choses qui me passionnent le plus dans le ministère et depuis pas mal d’années. Nous en avons vu les fruits en Eglise.

Tu nous challenges et nous aiguillonnes pour être plus audacieux, pour aller chercher la centième brebis, pour oser prier pour les gens pas seulement dans les églises. Jésus amenait le Royaume au milieu de la vie. Parfois dans les synagogues, d’autres fois dans les places de marché, d’autres dans un face-à-face avec les gens.

Maintenant, nous constatons aussi que s’opère une réelle séduction sur des chrétiens qui ont encore du chemin à faire, qui ont parfois déjà été baptisés, déjà guéris, déjà baptisés du Saint-Esprit, mais qui sont dans une forme de boulimie de surnaturel, ou qui aiment le show, la culture du selfie. Ils ne sont peut-être pas si spirituels que ça. Un peu comme ces gens à qui Jésus ne voulait pas répondre parce qu’ils n’étaient friands que du miraculeux.

Si beaucoup de choses bonnes sont ramenées par ton ministère, comment gérer les rebaptêmes ?
Qu’est-ce que ça dit du respect des ministères qui ont fait un travail de formation, d’accompagnement spirituel, de guérison et de délivrance, avant lui. Pourquoi ce dénigrement des autres ministères, en permanence ? N’est-ce pas un peu orgueilleux ?

Si beaucoup de choses bonnes sont ramenées par ton ministère, que faire des personnes qui se laissent un peu forcer, voire qui doivent vivre une délivrance après une expérience par trop rapide ? C’est le cas de certains membres de nos Eglises.

Si beaucoup de choses bonnes sont ramenées par ton ministère, comment accepter le manque de pondération dans le discours sur les Eglises, dans l’enseignement à se méfier des pasteurs, à dénigrer toute forme d’Eglise dénominationnelle ? Nous ne sommes pas au Danemark. Il y a des Eglises qui sont apostates ici, oui, et nous dénonçons ça dans notre propre environnement d’Eglise ! Mais d’autres « font le job ». Et les dénigrer, les discriminer, n’est pas oeuvrer pour le Christ et pour le Royaume. Les traiter « en bloc » n’est pas fraternel ; c’est même mentir.

Si beaucoup de choses bonnes sont ramenées par ton ministère, que penser de l’obsession pour le parler en langues ? 1 Corinthiens 12:30 a-t-il été rayé de la Bible ? On peut être baptisé du Saint-Esprit sans parler en langues explique Paul. Comme lui je suis heureux de parler en langue. C’est très utile dans les délivrances. 

Alors voilà, je me suis vraiment régalé avec plusieurs vidéos d’enseignement qui sont précises et stimulantes. Je suis très reconnaissant que tu nous aiguillonnes, que tu nous défies, que tu nous « piques » même ! J’ai été le poil à gratter d’un grand nombre de collègues alors j’accepte ça pour moi-même. Et je loue Dieu pour cette part de ton ministère.
Mais le problème c’est qu’après, tu pars… et que ce sont ceux que tu dénonces par ailleurs qui vont s’occuper concrètement des gens.
Ce seront des Eglises qui seront aussi abîmées par les nouveaux zélotes qui passent leur temps à dire aux gens de quitter les Eglises, même les Eglises fidèles… J’ai déjà expérimenté ça en Afrique de l’Est. Le prédicateur sympa qui arrive du Nord, et qui met une pagaille terrible qui vous rajoute 50% de travail après pour « recoller les morceaux » de tout ce qui a été abîmé.
Ce seront des gens qui s’empareront de ce que tu leur auras donné, mais vont en faire mauvais usage. Et il n’y aura personne pour les corriger, puisque nous serons forcément ces « méchants pasteurs » que tu auras recommandé de ne pas écouter.

Torben, mon frère, merci pour qui tu es.
Merci pour ton audace.
Mais s’il-te-plaît, arrête de faire les choses « contre » nous en pensant que toi seul fais les choses du Royaume. Tu as besoin des Eglises parce qu’elles travaillent sur le plus long terme. Bien sûr que Jésus peut revenir demain, et si nous l’avons oublié, si nous ne l’avons pas assez prêché, que Dieu nous donne de retrouver ce zèle, mais pour autant, si Jésus ne revient que dans 30 ans, comment vont survivre ces gens qui seront juste tombés par terre, baptisés, parlant en langues, et hop en 3 heures ? Ce sont les Eglises aussi qui peuvent s’en occuper, et qui le feront. Alors arrête de jouer « contre » là où tu pourrais jouer « avec »…

Gilles Boucomont

(je découvre après coup une vidéo remplie de mensonges où, de fait tu me diffames, mais moi je te bénis de tout mon coeur !)

Pourquoi l’or, l’encens et la myrrhe

tej

Matthieu 2:1-12

Ils sont trois et ils arrivent d’Orient parce qu’ils ont vu une étoile. On n’a toujours pas très bien compris qui ils sont : on les dit rois, mais le texte biblique ne parle pas de rois. Ils sont plutôt astronomes, mais c’est quelques siècles avant Galilée et Copernic, alors on peut dire aussi qu’ils sont astrologues. En tout cas ils sont sensibles aux astres, puisque c’est une étoile qui les intéresse au point de les mettre en marche. Leur astronomie est vraisemblablement très proche de l’astrologie, car ils ne savent même pas qu’on ne peut pas marcher vers une étoile pour la voir mieux par en-dessous. Ce sont donc trois étrangers qui sont tout à la fois des magiciens, des mages, des astronomes, des stars d’Orient, des astrologues, un peu ce que vous voulez, mais du côté du mystérieux, du clinquant et du pouvoir. Ils ont suivi une étoile et viennent à la rencontre de quelqu’un dont ils ne doivent comprendre qu’à moitié qui il est, mais qui est une sorte de futur roi, suffisamment influent sur les nations d’à côté pour mériter un déplacement, des cadeaux et des vœux. C’est une histoire fantastique qui commence là et pourtant, c’est comme si Dieu voulait tout de suite vexer notre goût pour le fantastique, frustrer notre curiosité pour le magique, parce que tout atterrit dans la paille d’une étable, dans une ville minuscule et vieillotte, avec un enfant pauvre. Les hommes veulent de la magie mais Dieu, lui, semble vouloir faire dans le social.

Ces trois personnages difficiles à étiqueter vont donc arriver dans l’étable de Bethléem pour lui porter des cadeaux, pour offrir à l’enfant un hochet, une peluche et une layette, comme il se doit ? Non, car les mages sont dans le symbolique, ils ont la tête pleine d’étoiles et eux, contrairement à Dieu, ne sont pas dans le pratico-pratique. Ils font des cadeaux qui sont comme des poèmes, des cadeaux qui parlent. Et comme ils doivent avoir pas mal d’argent parce que l’astronomie comme l’astrologie sont assez lucratives, ils offrent trois beaux cadeaux, impressionnants pour qui sait saisir que leur valeur est bien au-delà de leur composition. Ils déposent devant cette pauvre petite famille de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Un cadeau de Noël original et qu’on ne peut pas traduire mot-à-mot dans notre environnement culturel : un bon Fnac (l’or), un pot-pourri (l’encens) et une crème antiride (la myrrhe). Non, c’est beaucoup plus que ça.
Car l’or, l’encens et la myrrhe représentent à la fois trois puissances qui sont offertes à tout homme, et trois abîmes qui menacent la vie même de l’humain, durant tout son parcours terrestre.

L’or est bien évidemment l’image même de la richesse et des pouvoirs terrestres. C’est la valeur refuge, même à l’époque de la monnaie électronique. L’or brille et donne à celui qui le possède l’illusion d’avoir capturé une pierre tombée du soleil, un rayon de feu solidifié. L’or est recherché dans toutes les civilisations pour dorer les couronnes des rois, les statues des empereurs, les trônes des papes, les dents des notables, les cous et les bras des actrices… L’or est l’objet de toutes les convoitises ; c’est une valeur sûre. Il y a des endroits de la planète où la valeur d’un collier en or est supérieure à la valeur d’une vie humaine. L’humanité ne brille pas suffisamment pour que tous conviennent enfin qu’elle vaut bien plus que de l’or. L’or est donc beaucoup plus qu’une richesse, c’est la visualisation d’un pouvoir, de la puissance du fort sur le faible, de la puissance de l’arrogant sur le peureux, de la puissance du beau sur le laid, du chatoyant sur le terne.
L’or est donc ce que l’on recherche. C’est rarement ce que l’on donne. Ou quand on le donne, c’est parce qu’on est liés l’un à l’autre, qu’on est tenus par des promesses, comme dans le couple ou les alliances internationales. On ne donne pas de l’or pour rien. Et un riche oriental ne donne pas de l’or à un nourrisson de Palestine pour rien. Parce que l’or est le signe de la domination et de la corruption, il fait aussi briller la lumière de la maltraitance de l’homme par l’homme. Il y a ceux qui ont l’or, et qui dominent ceux qui ne l’ont pas. Ceux qui n’ont pas d’or rêvent d’en avoir. Ceux qui l’ont craignent de le perdre… L’or scelle dans l’humanité le règne de la convoitise et de la peur.
En livrant à Jésus cet or qui vient de loin, les mages remettent les richesses du monde et les pouvoirs de ce siècle au pied du fils de Dieu. Ils confèrent au petit enfant une autorité incroyable, car sans qu’il ait le moindre soldat à ses côtés pour contraindre les courtisans de passage, le nourrisson voit trois riches orientaux plier le genoux devant lui, une attitude inattendue. « Toute autorité m’a été confiée dans le ciel et sur la terre » (Matt 28) dira plus tard le petit enfant. « Au nom de Jésus tout genou fléchira » (Phil 2) dira aussi l’un de ses apôtres.
Les mages confessent donc ainsi que la valeur du nourrisson de Bethléem est plus grande que les richesses des royaumes de ce monde. Ils disent au monde que la faiblesse du nouveau-né dans l’étable est plus puissante que tout l’or du monde. Les mages viennent au nom de l’humanité entière livrer la richesse et la puissance, afin que l’enfant les transfigure, les humanise, les domine dans leur capacité à détruire le monde, les remette à leur place dans l’échelle des valeurs. C’est bien ce Jésus qui va lier toute domination, tout artifice et tout placage, par soumission à celui qui est le seul à tout posséder, Dieu.
Et tous ceux qui courent après l’or pourront, s’ils le veulent bien, reconnaître désormais qu’il est au pied du Seigneur, que c’est là sa place, et que c’est celui qui a son pied dessus qui est le seul à valoir vraiment quelque chose, dans l’ordre de la richesse comme dans l’ordre du pouvoir. L’or des palais, l’or des temples, l’or des guerres, l’or des massacres est désormais au pied du Christ comme un métal, parmi d’autres, mais rien d’autre qu’un métal parce que son autorité n’est plus dans sa matière, mais elle est dans celui qui la surpasse.

Le deuxième cadeau, c’est l’encens. Après la richesse et le pouvoir, voilà la religion, la piété. L’encens est sensé être la béquille de la foi maladroite. Il est sensé faire monter plus haut les prières qui n’arrivent pas à décoller. Il est sensé porter dans ses fumées la bonne odeur de la prière du peuple qui doit régaler les narines du dieu. L’encens, c’est l’ascenseur pour nos prières boiteuses. En tout cas c’est ce que croient beaucoup d’être humains. Parce qu’on pourrait dire que c’est aussi le signe d’une piété fumeuse où tout est voilé derrière un brouillard artificiel afin qu’on n’en sache pas trop. On pourrait dire aussi que c’est l’outil bien pratique d’une piété trompeuse qui veut masquer la pestilence de ses hypocrisies. En tout cas, ces trois astro-quelque-chose viennent offrir à Jésus, avec cet encens, les religions du monde. Ils veulent dire au monde entier que toutes les religions ne mènent donc pas à Dieu. Au mieux, si les personnes religieuses sont des hommes et des femmes de bonne volonté, les religions peuvent les amener vers Jésus désormais. Car c’est lui qui est le seul chemin vers Dieu (Jean 14), la dernière station avant Dieu le Père.
Voilà la nature de cet étrange deuxième cadeau. L’humain ne peut pas se passer de religiosité, vraisemblablement. Mais ces religiosités sont de véritables opiums fumeux pour les peuples tant qu’elles ne sont pas déposées aux pieds de Jésus. Voyez combien de personnes déploient aujourd’hui des religiosités très enfumées ; même des athées arrivent à être intégristes de nos jours, c’est stupéfiant. Il n’y a pas un hebdomadaire qui n’ait son horoscope. Nous sommes à l’ère de la vulgarisation du religieux, une époque bénie où l’encens est vendu entre le détartrant pour WC et le cirage pour les chaussures. Et ces religiosités-là sont, bien entendu, des esclavages supplémentaires pour ceux qui ont réussi à nommer déjà l’esclavage de la richesse et l’aliénation du pouvoir. En déposant les religions aux pieds de Jésus, les mages lui donnent autorité sur elles. Une fois adulte, il gardera ses flèches les plus acérées pour les pharisiens et bigots qui « filtrent le moucheron et laissent passer le chameau » (Matt 23:24). Car Jésus tient à notre foi et non pas à nos religions, il tient à ce qui nous relie à Dieu et non à ce qui nous lie aux pouvoirs religieux. C’est un peu un cadeau empoisonné, comme le cadeau de l’or, mais l’encens offert au nouveau-né dans l’étable est le signe désormais qu’il a, lui, le pouvoir de nous libérer des oppressions superstitieuses, mystiques ou crédules, pour nous garantir « la glorieuse liberté des enfants de Dieu » (Rom 8:21)

En dernier lieu, la myrrhe est un cadeau très très particulier. Si elle est précieuse, elle est aussi chargée de sens, car on ne l’utilise que pour des usages liés à la gravité et à la mort. On la donne en décoction avec du vin pour ceux qui seront condamnés à mort afin qu’ils souffrent un peu moins. Mais elle entre aussi dans la composition des onguents pour la toilette mortuaire. Les morts en sont recouverts quand on les rend à la terre. C’est une troisième forme de domination qui est déposée aux pieds de l’enfant-Roi. La souffrance et la mort lui sont aussi offertes, en plus de la richesse, du pouvoir, et de la religion. Elles sont offertes comme une fenêtre qui resterait ouverte sur la fin de la destinée de Jésus, qui sera crucifié et mis au tombeau. Mais le miracle de son retour à la vie est bien subjuguant pour nous qui lisons l’évangile à l’envers, en connaissant la fin de l’histoire, nous savons que souffrance et mort sont désormais à ses pieds, comme une menace sur son existence, comme un chien méchant couché sur ses sandales, mais aussi, au même moment, comme un signe de sa victoire. Et aujourd’hui encore, avec les mages, nous portons nos pouvoirs, nos richesses, nos espérances et nos souffrances aux pieds de celui qui peut les vaincre, les vider de leur mort et les remplir de vie à nouveau, d’une vie au service du monde et non pas d’une vie qui se sert du monde. Avec les mages, mais aussi avec tous les enfants qui continuent à naître dans la boue des étables, nous portons au Dieu faible nos sécurités illusoires afin qu’il les transfigure et les transforme.
A vous qui êtes, pour les uns plutôt « or », pour les autres plutôt « encens » et pour les derniers plutôt « myrrhe », à vous s’adresse une étoile qui vous invite à vous mettre en marche pour déposer vos cadeaux et leurs ambivalences de force et de misère. Ce sont vos existences qui brillent d’or, qui sentent l’encens et goûtent la myrrhe. Ce sont vos existences que vous pouvez désormais porter en présent au Roi de roi et Seigneur des seigneurs, car lui livrer ces cadeaux vous libère de leur poison et vous libère de leurs prétendues valeurs. Venez à l’étable de Bethléem et débarrassez-vous de vos cadeaux pour repartir plus légers, « par un autre chemin » comme nous dit le texte, libres par rapport à Hérode, par rapport au temple et par rapport aux armées romaines. Car une vie nouvelle s’offre donc à ceux qui ont déposé leur offrande au pied du nourrisson qui règne avec puissance.

Amen

 

Gilles Boucomont
Epiphanie 2004

Répons de Noël 2015

L’Eglise protestante unie du Marais nous propose un fil liturgique complet (accueil, loi, péché, pardon, cène et bénédiction) pour le temps liturgique de Noël. Ces répons originaux ont été écrits par le pasteur Gilles Boucomont et mis en musique par la responsable de la louange de l’EPUdF du Marais, Tanya Gorbunova, qui interprète ces petites vidéos.

Vous trouverez au-dessus de chaque vidéo les paroles de ces répons ainsi que les accords pour la guitare. Les paroles sont des réécritures d’un vieux psautier réformé du XVIIIème siècle, et la musique est une composition originale.

 

ACCUEIL  (A, 6/8) Télécharger la partition pour piano et orgue

À Bethléem ont rendez-vous,                          |A-A/C#|C#-F#m|
Bergers et anges, enfants et mages.               |D-A/C#|E-A|
À Bethléem, oh tons-nous !                         |A-A/C#|C#-F#m|
Monde qui change, rends donc hommage    |D-A/C#|C#-F#m|
À Jésus-Christ, Dieu parmi nous.                   |D-A/C#|E-A|

 

VOLONTÉ DE DIEU   (Cm, 2/4) Télécharger la partition pour piano et orgue

Gloire à Dieu au plus haut des Cieux,         |Cm|Bb|Cm|
Paix sur la Terre à vous les Hommes,         |Eb|Ab|Eb|Fm|
alisez que Dieu nous donne                      |Cm|Gm/Bb|Ab|Gsus4-G7|
Un Sauveur : un enfant pcieux.                 |Ab|Bb|Ab-G7|Cm|

 

REPENTANCE (Em, 6/8) Télécharger la partition pour piano et orgue

Nos parents l’attendaient. Dieu leur avait promis _     |Em-Bm|Em-Bm|Em-Bm|Em-Bm|
Qu’il nous protègerait contre nos ennemis ;                   |Em|C|Am|D7|
L’ennemi est en nous : c’est l’attrait du péc !              |Gmaj|C|Am|B|
Seigneur, ôte ce joug, bien connu ou cac.                    |Am-D|Gmaj|Am-B|Em|

 

PARDON (E, 6/8) Télécharger la partition pour piano et orgue

Ta compassion m’a visi,                              |E-B/D#|A/C#-E/B|
Ton bras vengeur m’a éparg,                     |E/G#-A| E/G#-B|
Tu fais lever au temps propice                       |B7-E|E7-A|
Notre Soleil, notre Justice.                             |F#m-E/G#|B7-E|

 

SAINTE CÈNE (D, 3/4) Télécharger la partition pour piano et orgue

Ô re, viens pparer mon cœur                |D|A/C#-F#|Bm|D7/A|
Pour venir à Ta table.                                      |G|Em|Asus4-A7|
Qu’y puisse y loger mon Seigneur ;              |D|A/C#-F#|Bm|D7/A|
Mon cœur, sois son étable.                             |G|Em|Asus4-A7|
Eclaire-moi Esprit du Père :                           |D/F#|D7|G|G|
Voici son corps, son sang.                               |E/G#|E7|Asus4-A7|
Je communie avec mes frères                        |D|Am/C|G/B|Em|
Et mes sœurs : tes enfants.                             |D/F#|Asus4-A7|D|D|

 

BÉNÉDICTION (A, 4/4) Télécharger la partition pour piano et orgue

Nous l’avons vu, nous verrons ce Soleil.            |A-B7|Esus4-E|D-C#|F#m|
Cet astre majestueux, dont l’éclat sans pareil           |D|A/C#|D|Esus4-E|
Dissipera bientôt l’obscurité profonde                       |A-C#mMaj|D|A2/C#|
Qui depuis si longtemps a gné sur le monde.        |D-E|F#m|Bm-E|A|

L’Economie du Royaume

Mammon2first600

Prédication sur Luc 9, 23-27
donnée le 9 août 2015 au Temple du Marais à Paris.
Gilles Boucomont

 

Voilà une parole qui est l’inverse exact de ce que nous propose la société. Celle-ci nous propose d’administrer nos richesses. Tout est basé sur un principe : nous avons à épargner pour que le système financier ait quelques ressources, et en même temps, nous devons emprunter. Nous ne pouvons pas visionner quelque émission que ce soit à la télévision, sur les lions du Zimbabwe ou sur la Shoah, sans qu’il y ait des pauses avec une incitation à épargner ou dépenser. Notre vie doit s’articuler autour de ces deux verbes, inversant la philosophie française telle qu’elle s’est exprimée pendant des siècles. Nous avions « Je pense donc je suis » et désormais nous avons « Je DÉPENSE donc je suis »…

Exister parce qu’on a des moyens. Le niveau de vie, aujourd’hui, dans nos pays, est calculé restrictivement selon des paramètres financiers. Alors que quelqu’un qui est abîmé dans la préoccupation des richesses, de l’argent au quotidien, a un niveau de VIE très bas. Il vit très peu. Si on mesure l’intensité de sa vie, elle est très faible. Elle est morte, enfermée, dans quelques tombeaux, même pas dorés, plaqués or. Elle est enfermée dans la préoccupation matériel, la préoccupation de l’argent, cet argent, qui, de moyen qu’il était, est devenu une fin, pour beaucoup d’entre nous.

Alors Jésus fait résonner cette parole.
Vous savez qu’il était extrêmement préoccupé par cette primauté de l’argent, parce que le seul combat spirituel territorial qu’il ait mené a été de délivrer le Temple de Jérusalem de l’emprise de Mamon ! « Vous avez fait de cette maison de prière une maison de commerce ». Ce qui signifie que vous avez transféré la Seigneurie du Temple depuis Adonaï à Mamon. Vous vous êtes plus préoccupés des moyens que des fins, comme ce moyen de pouvoir sacrifier une colombe pour pouvoir recevoir le pardon… Vous avez même oubli l’intention première du Seigneur qui est de vous accorder le pardon. Bref, un détournement complet du projet initial. Alors Jésus vient faire résonner cette parole : « Celui qui voudra garder sa vie la perdra ». Celui qui sera obsédé par l’allongement de sa vie va perdre de la vie. J’ai un exemple très concret : si vous voulez améliorer votre santé et que vous décidez de faire très régulièrement du jogging, pendant ½ heure, vous allez gagner 2 ans de vie. C’est formidable. Sauf que si vous faites une demi-heure de jogging par jour pour le reste de votre vie, vous allez perdre TROIS années de vie à courir comme un fou dans les rues parisiennes.

Qu’est-ce qu’on y gagne, sincèrement ?
Celui qui veut gagner sa vie la perdra. Celui qui s’inquiète à chaque instant pour sa santé et choisit de manger ceci parce que cela n’est pas bon, etc. changeant au gré des modes et des sorties de bouquins de diététique, celui-ci découvre toujours après dix ans à s’être baffré d’Oméga 17 que ceux-ci sont extrêmement toxiques ! Les solutions d’hier sont les problèmes d’aujourd’hui. Alors si nous voulons garder, nous nous appuyons sur des sagesses, sur des réalités, sur des types de pensées qui ne sont pas les façons de penser du Seigneur. Quand nous voulons garder nous perdons. Celui qui veut protéger sa maison à grand renfort de caméras, d’alarmes et d’étiquettes, celui-ci attire les voleurs. Celui qui veut garder va perdre.

Mais celui qui accepte de perdre, au sens de lâcher, de lâcher prise, celui qui accepte d’être arrivé tout nu sur cette terre, et donc qu’il repartira aussi tout nu dans la tombe, sans la moindre richesse, lui, réalise que tout ce qu’il croit posséder, ou qui croit tout ce que la société lui dit qu’il possède, n’est en fait qu’emprunté pour un temps, cédé par le Seigneur, les parents, l’entreprise. Votre salaire n’est pas un dû c’est un cadeau.

Si nous voulons garder, maîtriser, construire par nous-mêmes, nous fonctionnons à l’inverse du Royaume de Dieu. Dans le Royaume, c’est ce qui est lâché, perdu, abandonné qui prend de la valeur.

Autre exemple que celui du footing : si vous aimez quelqu’un, que vous gardez cet amour, que vous avez chaque minute envie de lui dire que vous l’aimez ; si vous gardez ces paroles, pour ne pas déranger, ou parce que vous n’osez pas dire que vous aimez, vous allez garder. Ce que vous avez gardé va devenir un immense stress, une immense préoccupation pour votre vie alors qu’il aurait suffi de dire cette parole, de la lâcher, de la perdre, de l’offrir, de la donner, de la partager, afin qu’elle illumine la vie de celui ou celle qui la reçoit. Tant de bénédictions qui sont en nous, qui sont disponibles dans nos cœurs, tant de paroles d’encouragement, tant de possibilités d’envoyer un petit message avec son téléphone, envoyer un coup de fil, avoir une attention, donner quelque chose… Que sont 5€ même si tu es pauvre. Les 5€ que l’on donne sont beaucoup plus précieux que ceux que l’on garde. Les paroles que l’on donne sont beaucoup plus importantes, elles ont plus d’impact que celles que l’on garde. On le sait à cause de la puissance des paroles mauvaises. Celles-là, on n’a pas envie de les garder. Celles-là on les donne… les paroles de colère, les paroles de malédiction, de critique, de jugement, on n’oublie pas de les donner. Mais les paroles de bénédiction, qui sont des trésors. Est-ce que cela peut être un trésor si on le garde ? Non. Cela ne peut devenir véritablement un trésor que si on le donne ! En particulier pour cette chose extrêmement précieuse que le Seigneur est venu apporter à ce monde, à savoir : l’Amour. L’Amour est le carburant du Royaume. Plus vous en donnez, plus il augmente. Plus vous le donnez aux autres, plus il augment chez eux, mais aussi en vous. Une denrée incroyable. Il n’y a aucune denrée de cet ordre dans les sous-sols de nos nations. Les choses de cette création peuvent s’épuiser si on les administre mal, il faut être sage, pour le coup, se restreindre, épargner. Mais il est une denrée dans le monde, qui est remarquable, qui augmente quand on la dépense : l’Amour. Il en va de même avec la Vie. Plus on accepte de la donner, de la partager, de la donner, de la transmettre, y compris de la perdre, plus elle augmente dans le monde. Quel plus grand amour que de laisser sa vie pour ceux qu’on aime ? Si on accepte de ne pas se laisser tenter par la capitalisation de quelques années supplémentaires, ne pas dépenser toutes ses ressources dans des crèmes antirides, de ne pas être dans tous ces réflexes de capitalisation, à ce moment-là le monde s’enrichit extrêmement. Ceux qui sont autour de nous sont riches de nos paroles, ils sont riches de notre générosité. Le monde s’enrichit d’une économie du Royaume qui fait mentir la pseudo-providence de l’économie de Mamon. Le monde s’enrichit d’une économie du Royaume pour laquelle le partage devient la richesse de tous. Le monde s’enrichit d’une économie du Royaume où on ne retient pas, mais où on surabonde. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est le geste de Dieu fait sur nos vies. Il fait surabonder sa grâce sur nos péchés. Il aurait de multiples raisons de se mettre en colère, de laisser tout exploser, de laisser tout partir vers le n’importe quoi, cette réalité que nous administrons si bien. Et pourtant, il fait surabonder sa grâce. Il dépense, il lâche, il lâche sa parole, ses prophètes, son Fils. Il lâche sa bénédiction, il lâche son Esprit Saint. Il laisse aller tout ça. Il dépense. Il gaspille. Gaspiller, commencez à gaspiller, c’est urgent de gaspiller. Commencez à gaspiller ces ressources merveilleuses que le Seigneur a mis en vous. Dépensez, dépensez beaucoup plus que ce que vous avez. S’il-vous-plait, soyez complètement irresponsables. Devenez irresponsables comme on l’est dans le Royaume de Dieu. Soyez dispendieux, soyez prodigues. Envoyez les bénédictions, offrez-les, donnez-les, dépensez-les, massivement. Pour ce monde qui en a infiniment besoin parce qu’il veut garder, retenir, construire par lui-même, sans Dieu. Nous, nous voulons reconstruire ce monde avec Dieu, et donc avec des méthodes qui sont tout autres. Que tout ce qui est bon, édifiant, qui construit, fait vivre, puisse être l’objet d’un gaspillage infini et totalement irresponsable. Que tout ce qui permet aux autres de se relever soit donné. Que tout ce que vous pensez pouvoir garder soit rendu disponible. Vous verrez des miracles de vie, de restauration, de résurrection arriver. Parce que se savoir aimer, se savoir béni, se savoir sauvé, se savoir important, sont les choses les plus précieuses qui existent au monde. Pas un seul compte en banque aux Bahamas ne peut les acheter. Pas un seul Livret A plein à craquer ne peut même les louer. Ces choses-là il faut les donner pour qu’elles adviennent. Alors oui, découvrez cette économie du Royaume, entrez dedans, surabondez, perdez du point de vue du Royaume, mais investissez du point de vue de Dieu.

Amen

Bénir n’est pas “dire du bien”

couplebible

Longtemps j’ai aimé cette phrase et je l’ai utilisée dans les liturgies de bénédiction de couples mariés : “Bénir c’est dire du bien de quelqu’un et faire tout son possible pour que ce bien arrive. Le Seigneur vous bénit…”

Aujourd’hui, je crois que cette phrase est un mensonge.

Bénir, ce n’est pas dire du bien
[ce paragraphe a été entièrement réécrit le 7 mai sous les conseils avisés des pasteurs Benoît Ingelaere et Eric George que je remercie]
Les théologiens sont avides d’étymologie. Mais en gardant l’étymologie latine comme critère de réflexion, pour un concept dont nous cherchons l’enracinement sémitique, nous commettons une erreur. Et notre théologie ne se fonde pas dans notre latinité mais dans le sémitisme de la Bible. Cherchons donc, plutôt que le bene-dicere, le barak des Ecritures.

Bénir, ce n’est pas dire du bien, mais énoncer ce qui est bien
Un groupe bénit ce qu’il cautionne. Pas ce qu’il trouve gentil ou joli. Ce qu’il pense bon et bien pour l’existence à long terme du groupe. Mais il faut aller plus en profondeur dans la réalité biblique pour comprendre ce que bénir veut dire dans les Ecritures. La bénédiction première dans le fil du récit biblique est celle du créateur qui lance son “C’est bon !” (TOV) au fil des réalités qu’il a créées en ordonnant le chaos (TOHU wa BOHU) initial. C’est bon quand la confusion entre le lumineux et le ténébreux cesse, quand l’entremêlement du mouillé et du sec touche à sa fin. Et ce n’est pas bon comme une catégorie de la morale, mais comme un décret divin. C’est bon parce que Dieu dit que c’est bon. C’est bon parce que Dieu décide et proclame haut et fort que c’est bon.

Bénir légèrement
Les adeptes de la bénédiction légère, celle qui dit du bien, restent au stade de la morale en pensant que le bien qui est proclamé par la bénédiction est quelque chose de l’ordre du cool, ou du sympa, qui sont les versions modernes du bien. Ces gens sont bien sympathiques alors on les bénit.
Mais la bénédiction biblique n’est pas un bien qui est socialement paramétré, le fruit d’une mode, d’une pensée majoritaire ou d’un sentiment collectif. Le bien de la bénédiction divine est le “Bien !” de Dieu.
Or c’est justement au moment où l’humain est créé masculin et féminin, en complémentarité, que Dieu dit que c’est “Très bon !” pour la première fois ! C’était déjà bon avant, mais ça c’est très bon, parce que ce ne sont pas seulement des jolies lampes (soleil et lune), des arbres sympathiques ou des grenouilles potelées, ce n’est pas de l’indifférentiation chaotique, c’est l’image du Dieu vivant qui est là dans l’humain différencié sexuellement.

Ainsi, bénir un couple ce n’est pas dire :
– vous êtes des gens géniaux,
– votre amour vous sauve,
– vous êtes conformes socialement,
– vous avez un projet qui est vraiment bien.

Bénir c’est dire de l’homme et de la femme, c’est dire à l’homme et la femme : “Vous êtes l’image du Dieu créateur, et votre couple dit l’union du Christ avec son Eglise, l’Épouse. Et cette union sera célébrée à la fin de l’Histoire, aux noces de l’Agneau. Votre unité est bien au-delà de vous. Elle vient de bien avant vous. Elle ne tient pas à vous. Elle ira bien au-delà de vous. Elle tient à la beauté et la bonté du projet de Dieu.”

Et ça ce n’est pas dire du bien.
C’est bénir Dieu, lui rendre grâce.
C’est dire “Très bon !” quand Il a dit “Très bon !”.
Ni plus, ni moins.

 

Pasteur Gilles Boucomont, le 5 mai 2015,
à la demande du groupe Facebook “UEPAL en débat – bénédiction de couples mariés de même sexe”,
en guise de pendant aux articles notamment du pasteur Marc Pernot dans “Evangile et Liberté”.

Après la loi sur la fin de vie

death

Face à l’afflux d’affirmations péremptoires et maximalistes des pros et des antis, comment pratiquement donner suite pour soi-même et ses proches à la récente Loi sur la Fin de Vie (LFV) récemment adoptée à la très grande majorité par le Parlement ?

Le moindre mal, logique du contrat social

Le débat passionné et passionnel ne doit pas nous priver de notre capacité de jugement.

Aux pro-euthanasie, la loi LFV rappelle que la France a adopté une attitude courageuse qui consiste à ne pas voter ni le suicide assisté, ni l’assistance au suicide, ni l’euthanasie active. C’est une démarche extrêmement limitative et surprenante par rapport à l’offre d’autres pays occidentaux dont nos deux nations-sœurs, la Belgique et la Suisse, ou encore par rapport à ce que laissait présager le programme présidentiel.

Aux anti-sédation, nous pouvons rétorquer qu’effectivement, il faudra exercer une vigilance sur les modalités de la sédation finale, pour qu’elle ne vire pas en une euthanasie déguisée. Mais pour autant, la sédation finale crée une limite à des gestes qui s’opéraient déjà depuis longtemps dans la pratique hospitalière.

Un contrat social, une éthique collective se construisent donc toujours dans la logique du moindre mal. C’est une morale simpliste qui fait du choix éthique une alternative entre un bien manifeste et un mal objectif. Le réel nous pose toujours le défi de trier entre deux maux. Et à ce titre la loi LFV est bien un moindre mal.

Mais… car il y a un mais : en tant que chrétiens nécessairement préoccupés par la souveraineté de Dieu sur notre vie, nous avons à exercer, suite à cette loi, une pédagogie qui tient, de façon résumée, en deux points.

Rédigez vos directives anticipées !

La généralisation des directives anticipées peut être une bonne nouvelle même pour ceux qui défendent une posture anti-euthanasie ! Elles fixent pour trois ans (et trois ans seulement !) vos choix en matière de prise en charge par l’institution médicale et hospitalière de votre possible situation de fin de vie. Téléchargez le modèle de directives présent sur le site de la Sécurité sociale. Si vous ne pouvez pas écrire vous-même, vous pouvez faire appel à deux témoins qui doivent attester par écrit, en précisant leur nom et qualité, que ce document, écrit par l’un des deux ou par un tiers, correspond bien à votre libre volonté.

Le document doit être rempli avec précision, et pour éviter une euthanasie de fait, il faut bien indiquer que l’on souhaite maintenir une hydratation et une alimentation artificielles !

Tant que la démarche de centralisation du fichier des directives anticipées n’est pas opératoire, il est conseillé d’en remettre un exemplaire à votre médecin traitant, d’en conserver un exemplaire sur vous, et d’en confier un autre à un de vos proches. Le projet de loi supprime la clause limitative à trois ans, mais tant que les décrets d’application ne sont pas actez, pensez donc à réécrire vos directives anticipées dans trois ans, notamment en stipulant la date dans votre agenda électronique. Vous pouvez juste indiquer sur le document initial que vous confirmez le choix initial en datant et signant à nouveau. Vous pouvez aussi les annuler ou les modifier à tout moment et, dans ce cas, le délai de trois ans recommence à courir.

Veillez sur les mourants et informez les vivants

Veiller sur les mourants signifiera pour les chrétiens du corps médical comme pour les familles, de s’assurer que la sédation, fût-elle finale et extrême, ne crée pas une situation d’euthanasie de facto, notamment en interrompant l’alimentation et l’hydratation. Considérer ces deux actes médicaux comme thérapeutiques est fallacieux, car ce sont des conditions nécessaires au maintien en vie.

Informez-vous sur les substances qui sont données au patient en fin de vie. Faites valoir d’éventuelles directives anticipées qui poseraient une restriction à certaines formes de sédation finale. C’est l’absence de familles ou de veilleurs auprès des malades qui pourra pousser certains praticiens velléitaires à pratiquer des gestes qui vont au-delà de ce que la loi prévoit. Manifester une présence crée de fait une limite symbolique à cette toute-puissance médicale qui peut vouloir s’arroger un droit de vie ou de mort sur des patients que la médecine n’est censée que soigner.

Informez vos proches au sujet des directives anticipées, dans l’Eglise, autour de vous, dans vos familles, en les sensibilisant au fait qu’elles sont souvent remplies à l’heure où l’on est bien-portant, et que, de fait, notre opinion pourra être différentes plus tard, notamment du fait de la souffrance. Mais aidez-les à concevoir en quoi une loi LFV, relativement consensuelle, crée comme toute loi des angles morts qu’elle ne peut administrer.

Pour conclure

Le point fort de cette loi, c’est la généralisation des soins palliatifs. Une agences regroupant plusieurs acteurs du soin palliatif va être créée qui aura pour mission de rendre la lutte contre la douleur, et l’accompagnement de la souffrance en fin de vie, une priorité pour le monde soignant, avec l’objectif d’inverser les proportions française : 75% de décès à l’hôpital et 25% à la maison (alors que c’est l’inverse dans les autres pays occidentaux). Pour plus d’humanité pour chacun.

En somme, pour accompagner une loi du moindre mal, c’est à nous que revient d’éveiller les consciences sur le sens profond de certains gestes médicaux, et leur portée factuelle.

Bonne pédagogie à vous !

C’est compliqué de faire simple…

Baby Holding Great Grandma’s Finger

Le débat sur la fin de vie a atteint son paroxysme avec la la proposition de loi Léonetti-Claeys. Après la surprise première d’une réaction protestante exprimée au niveau de l’Eglise protestante unie de France (EPUdF) et non pas, comme souvent pour les questions sociétales au niveau de la Fédération protestante de France (plus large), la lecture du communiqué a donné lieu, sur les réseaux sociaux, à des débats nourris.
[On trouvera ce communiqué en cliquant ici].

La déclaration du 26 janvier 2015 du Conseil national de l’EPUdF a choisi et offert une parole de vie, parole d’ouverture et d’apaisement sur un sujet qui peut diviser, comme d’autres sujets d’actualité sociétale traités en Eglise. Elle fait écho à un processus synodal où une direction a été donnée pour qu’une parole résonne sur ce sujet si important, propice à tous les fantasmes, qu’ils soient réels ou surréalistes, autour de l’euthanasie. Cette déclaration essaye donc de maintenir les portes ouvertes avec un choix argumentatif fort : la vie est un processus relationnel. C’est une parole forte car elle valorise l’existentiel au-delà du biologique seul, refusant de réduire l’humain à une mécanique vivante.

Trois questions surgissent pourtant à la lecture de ce texte.

 

1. La sacralité de la vie

Une formulation réduite à une phrase dans la déclaration a retenu l’attention de ses lecteurs, jusqu’à susciter de vifs débats dans les réseaux sociaux : « La vie n’est pas sacrée en soi ». Il faut quelques explications pour pouvoir comprendre cette formulation étonnamment polémique pour un texte qui choisit résolument le consensus, par ailleurs. D’où vient cette phrase si courte, issue d’un cheminement pourtant long et profond ?

Le sacré, c’est ce qui est d’une autre valeur que le profane, le banal, l’ordinaire. En judéo-christianisme, une des catégories du sacré est la sainteté (ce qui est « à part » littéralement). Les Ecritures bibliques proclament que « Nul n’est saint comme l’Eternel » (1 Samuel 2,2). « Dieu seul est bon » dira Jésus en Marc 10,18. Ou encore en Jude 25 : « A Dieu seul sont la gloire, la majesté, la force et la puissance ». C’est sur cette base-là que le protestantisme réformé a affirmé que rien d’autre que Dieu ne pouvait être considéré comme sacré ; c’est même un des pivots de la Réforme, « A Dieu seul la Gloire » (Soli Deo Gloria). A ce titre, même la vie, et les vivants ne peuvent pas prétendre être sacrés puisque ce sont des créations, des créatures et que seul le Créateur est saint, sacré.

Ceci étant posé, que comprendront des lecteurs non instruits de ces finesses théologiques, quand ils entendendront : « La vie, reçue de Dieu, prend sa pleine signification selon le cadre relationnel dans lequel elle s’inscrit ; elle n’est donc pas sacrée en soi » ? La première réaction de ce lectorat a été vivement étalée dans le débat immédiat qui a surgi sur les réseaux sociaux. Elle consiste à ne retenir que la dernière partie de la phrase, à l’heure du « penser bref ». Si donc la vie est désacralisée, alors tout est possible. C’est comme si cette parole remettait en cause l’interdit du meurtre du sixième commandement. Mais, même remise dans son contexte, cette phrase demeure choquante, car sa première partie indique qu’en dehors d’un cadre relationnel, la vie n’aurait plus de sacralité propre.

Comment alors justifier des choix radicaux très tôt imposés au peuple de Dieu comme dans cette parole de Moïse en Deutéronome 30,19-20 : « J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité, pour aimer l’Eternel, ton Dieu, pour obéir à sa voix, et pour t’attacher à lui : car de cela dépendent ta vie et la prolongation de tes jours, et c’est ainsi que tu pourras demeurer dans le pays que l’Eternel a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob. » Il est bien ici vital de choisir la vie, pour soi, en soi, ce qui lui confère de fait une valeur propre. Si c’est le mot de sacralité qui dérange les protestants à cause des débats sur le sacré au XVIème siècle, alors disons que si elle n’est pas sacrée au sens protestant, la vie a une vraie valeur en soi !

Quand le Christ évoquait qu’il était le vrai Temple, le lieu de la présence de Dieu, « il parlait du temple de son corps » (Jean 2,21). Et c’est à partir de cette affirmation que l’apôtre Paul dira aux Corinthiens dans sa première épître (3,17) : « Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira ; car le temple de Dieu est saint, et c’est ce que vous êtes. »

Bref, si l’étiologie de la formule « la vie n’est pas sacrée en soi » peut se comprendre dans l’histoire des idées théologiques, sa formulation est non seulement irrecevable si brièvement dans le cadre de pensée de ce siècle, et plus encore objet de scandale par rapport à ce qu’affirme le texte biblique lui-même, et le Christ en particulier. Ce qui explique la levée de boucliers des catholiques, orthodoxes, évangéliques et autres protestants à la lecture de cette phrase, que j’aimerais qualifier de maladroite, si son imprécision n’en faisait pas une pierre d’achoppement pour nos relations entre Eglises, et notre rapport à la vérité enracinée dans la Bible.

 

2. La sacralité de la relation ?

Le refus radical de la sacralité, une fois appliqué à la vie, ne pourrait-il pas, en retour, s’appliquer à la relation, qui semble quelque peu sacralisée dans cette déclaration ? Si c’est le cadre relationnel qui vient donner sens à la vie, et si le fait que Dieu la donne n’est pas suffisant en soi, qu’adviendra-t-il de ce vieillard qui n’a ni famille ni ami et qui se meurt à l’hôpital ? Ne sera-t-il pas proposé, à terme, qu’on écourte la durée de ses jours, que ce soit pour des impératifs de gestion, ou au nom d’une compassion obsédée par la « dignité » ? Que penser des enfants qui naissent (et c’est loin d’être une minorité insignifiante) en dehors d’un vrai « projet parental » ? Est-ce ce cadre relationnel, certes idéal, et qu’on pourrait souhaiter pour tout un chacun, qui prévaut comme argument ultime ? N’arrogera-t-il pas tôt ou tard un droit de vie ou de mort sur l’autre à ceux qui détermineront la réalité ou le bien-fondé de la relation ?

Oui Dieu est relationnel, c’est inscrit dans l’ontologie de la Trinité. Oui Dieu a envoyé Jésus le Christ pour rétablir une relation qu’il n’a eu de cesse d’essayer de réparer au fil des générations. Oui la relation que suscite la grâce et à laquelle répond la foi est relation par excellence. Mais pour autant, l’étrange sacralisation de la relation dans le communiqué ici commenté questionne : pourquoi sacraliser la relation et pas la vie ?

 

3. Le piège de la simplicité

Finalement, ce qui surprend le plus le lecteur, c’est qu’une phrase aussi péremptoire surgisse au cœur d’un texte aussi pondéré. Pour le coup c’est une atteinte forte à la qualité des relations qui prévalent entre Eglises, car cette formulation sonne pour beaucoup comme une sorte de Credo inversé, dont le caractère apparemment raisonnable peut confiner à la déraison. Arguer du fait que la vie dont parle le Christ est davantage la vie éternelle que la vie biologique ne suffirait pas à défendre cet abandon de la vie infra-relationnelle, biologique, en soi. Car c’est bien la vie du corps, de l’âme et de l’esprit que le Christ est venu manifester comme éternelle. Et cette éternité ne s’étend pas que vers la fin des temps.

De cette analyse découle que l’exercice d’un communiqué comme celui-ci sur un sujet aussi important est périlleux, et que le processus de rédaction communautaire, tout comme la décision synodale dont il s’inspire, produit sur un mode faustien des aberrations. Cette formulation n’est pas aberrante en soi, mais par ajustements progressifs, le texte trop travaillé finit par dire paradoxalement l’inverse de l’intention première de son auteur.
Il est impossible de dire des choses complexes en une page.
Quitte à ne pas être recevables médiatiquement, les chrétiens, en particulier les protestants luthéro-réformés, devraient tirer la leçon quant à l’insoumission aux impératifs de brièveté qu’imposent la pensée en aphorismes de Twitter ou des brèves AFP. Des affirmations lapidaires fonctionnent pour beaucoup de sujets, mais pas pour des sujets aussi cruciaux, qui impliquent de situer chaque phrase dans un nuage de sens très ciselé, obligeant à pondérer chaque idée. Sur un sujet comme celui-ci comment dire en une page le refus de la surmédicalisation et le refus de la technicisation du meurtre ?

 

En guise de conclusion temporaire…

Le débat est là, les paroles fusent. Ce sont de vraies vies qui sont concernées par ces questions. Comme sur d’autres sujets sur lesquels débattent nos Eglises, comment la voix de Dieu pourra-t-elle se faire entendre si ses canaux principaux sont en partie obstrués (le Sola Scriptura protestant) au titre d’une intelligence supérieure, raisonnable, souveraine, certes humaniste, mais ayant évacué les impératifs qu’énonce le Dieu vivant ?

Le communiqué affirme plus facilement ce que la vie n’est pas, plutôt que ce qu’elle est vraiment aux yeux des hommes, des croyants et de Dieu ; alors nous sommes là ensemble, dans la vie, voulant être avec nos frères et nos sœurs chrétiens porteurs d’espérance… mais nos ratiocinations nous perdent et nous disons parfois le contraire de ce que nous pensons, le contraire de ce que beaucoup croient, le contraire de ce que pointe la révélation biblique, par erreur, par ignorance, par arrogance peut-être même parfois, par notre incapacité à maîtriser le réel, toujours.

A une phrase près, cette déclaration est remarquable.

Le 28 janvier à 21h30

Gilles Boucomont
Pasteur de l’EPUdF en poste à Paris le Marais