COVID et relocalisation

Ce n’est pas tant le virus du COVID en lui-même mais plutôt les choix de la riposte gouvernementale qui auront créé, par le fait du confinement/déconfinement, un événement à la fois politique, économique, culturel, social, mais aussi certainement ecclésial.

Youtube, Facebook et Instagram sont devenus les principaux locaux d’Eglise fréquentés le dimanche et même la possibilité nouvelle de se retrouver en présentiel comme on le dit désormais avec cet horrible terme, cette possibilité retrouvée n’a pas permis aux assemblées chrétiennes de se retrouver à l’identique.

Un ami pasteur m’évoquait une statistique symbolique, fondée sur le seul ressenti, mais que je trouve intéressante de partager :
– 40% des paroissiens sont revenus au culte,
– 30% restent en contact avec l’Eglise par les vidéos et répondent aux mails et téléphones,
– 30% sont partis et ne donnent plus signe de vie,
– auxquels il faut rajouter, malgré les 100% déjà atteints, 30% de nouveaux, majoritairement jeunes (20-30 ans essentiellement) dont la moitié sont des gens qui ont été saisis par Dieu dans ce temps différent, et l’autre moitié sont des jeunes issus d’autres assemblées où ils ne peuvent ou ne veulent plus se réunir.

L’autre tendance, c’est la relocalisation. L’accès à une offre mondialisée, en français comme en anglais, a fait que les chrétiens ont pris l’habitude de vivre le culte de façon plus flottante, en pyjama, en différé, à la maison. L’idée d’un retour à la contrainte du temps et de l’espace est compliquée pour certains. C’est sans compter sur la belle diversité de théologies auxquelles ils ont été confrontés, jusqu’à en avoir les idées troublées. Pour ceux qui finissent par souffrir d’être des chrétiens de dénomination youtubienne vient l’heure du retour à l’Eglise réelle, c’est-à-dire l’Eglise en chair et en os et pas qu’en Esprit, puisqu’elle est le corps du Christ, lui même incarnation du Verbe de Dieu. Ce retour à l’Eglise en communion dans le temps et physiquement pose des questions en région parisienne notamment. Est-ce que je ne pourrais pas en profiter pour finalement éviter les trajets qui me font aller à l’autre bout du territoire pour retrouver l’Eglise que j’avais connue quand, justement, j’habitais là-bas. Et maintenant que je suis à l’autre bout de la ville ou même de l’Île-de-France, que faire ?

S’ouvre le temps de la relocalisation. Certaines assemblées d’élection sont totalement désincarnées du territoire où Dieu les a semées. Leur témoignage en est d’autant plus réduit. Nombreux sont donc ceux qui en ce moment réfléchissent à découvrir d’autres lieux d’Eglise, pour peut-être pouvoir plus profiter de l’Eglise locale. Car cette Eglise locale l’est aussi parce qu’elle correspond au quartier ou à la ville où j’habite. Ce qui change tout. J’y rencontre des gens que je rencontre aussi à la boulangerie ou dans la grande surface. Et le témoignage est tout autre donc, plus centré sur les autres du quartier que sur moi-même et mes besoins spirituels qui me font aller dans le lieu spirituel qui me fait du bien, mais se trouve souvent tellement loin de mon foyer.

Il est probable que ce soit la plus grande révolution — pour l’Eglise — que le COVID apportera, car la visibilité numérique était déjà très enclenchée par beaucoup d’assemblées, mais cette recomposition est bien plus structurelle qu’elle n’y paraît et risque de nous surprendre.

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