Je souffre, pourquoi ?

Je donne cet article à des personnes en désarroi face à la maladie notamment.]

Moi seul le sais
Le sens de la souffrance
Quand je souffre, c’est le sens de ma vie qui est mis en question :
– le sens, comme signification : ça veut dire quoi ?
– le sens, comme direction : vers où ça me mènera ?
Le pourquoi de la souffrance reste une question sans réponse, dans la mesure où il ne peut y avoir d’autre réponse que celle que chacun formule pour lui-même. Pas de théorie générale de la souffrance, pas de théologie de la souffrance, etc. Cela a-t-il un sens ? Cela doit-il avoir un sens nécessairement ?
Me voici à l’écoute de témoignages, pour me poser de bonnes questions plutôt que pour chercher de bonnes réponses.

De la douleur à la souffrance
Quelque chose s’est brisé
Je souffre dans mon corps, c’est ma douleur. Mais je suis éprouvé(e) plus largement encore, c’est ma souffrance. C’est comme l’ombre de la mort sur ma vie. Et rien ne peut le justifier, ni les humains, ni leurs idées, ni les religions, ni leurs idéologies.
Ma douleur, les médicaments peuvent l’apaiser, la plupart du temps. Mais ma souffrance ? Ceux que j’aime me manquent, je ne suis pas à ma place, mon temps et mon espace ne sont plus reconnaissables.
Il me faut à tout prix pouvoir le dire, mais je n’ai pas les mots. Je n’ai que les maux. Pourtant, je le sais, tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime, et je ne veux pas rester avec ça en moi, sur moi. Je n’ai pas de langage très compréhensible, sinon le cri, la larme, la colère, le silence…
Les autres ne comprennent pas vraiment. Certains ne le veulent même pas. D’autres voudraient, mais ne le peuvent pas. C’est ma souffrance parce que c’est mon corps, c’est ma vie, c’est mon chemin. J’essaye de ne pas m’y attacher mais c’est elle qui s’attache à moi. C’est mon problème mais comment faire pour que ce ne soit pas ma prison, mon tombeau ?

En Dieu
La confiance, coûte que coûte
Ayant dépassé la question de la cause de ma souffrance, je la vis dans la foi, dans l’espérance de la guérison, dans l’assurance de la victoire de la vie sur la mort, dans un lieu et un temps que j’ignore. Je place mon existence entre les mains du Seigneur pour qu’il la bénisse, avec ou malgré la maladie.

Sans Dieu
Penser sa vie sans Dieu, et sa mort aussi
J’ai toujours pensé à ma vie sans penser à ma mort. Et cette dernière vient se rappeler à moi, par l’épreuve de la maladie et les menaces qu’elle profile.
L’expérience de la souffrance m’est tellement personnelle, que nul autre ne peut la comprendre, pas même Dieu, surtout si je le crois élevé dans les hauteurs célestes, loin de ma réalité. C’est un athéisme pratique, vécu en fait par certains « croyants » pour qui Dieu n’est qu’une idée, qui est balayée par le vent de la souffrance dès la première rafale.
Et Dieu ne devrait-il pas faire quelque chose, s’il était là ? Y a-t-il vraiment quelqu’un qui puisse désirer ma souffrance, qu’on le nomme “diable”, “mal” ou pire encore, Dieu lui-même ?

Avec Dieu
Un Dieu qui aime est un Dieu qui souffre
Je souffre avec Dieu parce que Jésus a souffert. Le Christ comprend ce que je vis. Il a vécu la souffrance dans une injustice totale, dans son corps et dans sa tête.
Je vis ces moments avec Dieu parce qu’il se bat contre la maladie et la mort. Le Dieu de la bible a toujours combattu pour la vie et l’espérance, contre la mort et le désespoir. Ils s’est toujours dressé contre la maladie et tout ce qui brise l’humain.
Le dernier Ennemi, c’est la mort. La résurrection du Christ est le triomphe sur la mort. Elle ne vient pas l’annuler, mais la vaincre. Dans ma vie aussi, je dois vivre de cela, de ce combat et de cette victoire.

Contre Dieu
Quel sens tout cela peut-il avoir ?
Si Dieu conduit toutes choses, alors il me conduirait aussi dans cette souffrance, ou au moins, il laisserait faire les choses ? C’est contre ce dieu-là que peut se vivre le combat de ma souffrance. Mais ce dieu-là n’est pas le Dieu de Jésus-Christ.
Je peux avoir le sentiment d’être oublié par Dieu, et ma colère monte contre ce Dieu d’amour qui ne me manifesterait pas son amour, ce Jésus médecin qui ne me guérirait pas, ce tout-puissant qui n’aurait pas le dessus. Le Dieu de permet la colère : il n’a pas tout écrit d’avance.

Pour Dieu
Une drôle d’idée qui nous traverse parfois
J’entends dire « J’offre ma souffrance au Seigneur ». Il s’agirait de donner sens à l’absurde. Cet effort dans l’épreuve, je l’offrirais avec l’indicible espoir qu’il soit reconnu, décompté, et qu’il attire sur moi la bienveillance de Dieu. Cette idée n’est pas dans l’Evangile, même si elle peut traverser mon esprit divaguant au gré de ses souffrances.
Même si le Christ a ouvert un chemin de souffrance assumée, sur la croix, même s’il a vécu cette expérience jusqu’au bout, il a voulu donner fin à cette domination du mal et de la mort. Si ma souffrance est un écho à la souffrance du Christ, elle ne me sauve pas. Dieu seul le peut, par son amour. La souffrance ne rachète rien.

Du « pourquoi ? » au « Je ne sais pas… »
Renoncer sans fatalisme
Il y en a, des discours sur l’origine du mal, mais le chemin de paix le plus sûr pour mon cœur est celui qui me mène du “pourquoi ?” au “je ne sais pas…”.
Je renonce au rêve de tout savoir. Ce n’est pas un fatalisme qui me conduit à accepter tout, l’injustice de la souffrance, les discours des faux-consolateurs, les délires des moralisateurs.
“Je ne sais pas pourquoi…”, mais ce que je sais, c’est qu’une lutte est à mener, une lutte qui me dépasse, et pour laquelle j’ai du mal à compter sur autrui, le médecin, l’ami, ou même le Seigneur.

Je prie pour vous, mais vous, de votre côté…

[Voici ce que je donne aux gens qui me demandent de prier pour eux.]

Je prie pour vous
Je m’y engage
Il n’est pas toujours facile d’aider quelqu’un, mais en tant que chrétien, je peux en tout cas m’engager à prier pour vous. Concrètement, cela veut dire porter votre situation devant le Dieu de Jésus-Christ, en demandant qu’il puisse vous apporter un éclairage nouveau pour comprendre ce qui se passe, pour qu’il vous donne aussi de la paix, et que vous puissiez sortir de ce moment de vie en allant aussi bien que possible. Il faut aussi que vous me teniez au courant si les choses évoluaient pour que je puisse orienter ma prière de façon plus précise.
Et, j’espère, pouvoir un jour remercier Dieu pour sa présence dans ce passage.

La part de Dieu et la part de l’humain
Dieu fait bien son travail
Dieu nous a voulus libres, c’est-à-dire qu’il ne décide pas de tout à notre place. Dans la bible, Dieu est présenté plutôt comme le partenaire de l’humanité, qui désire une relation de qualité entre lui et l’humain. Nous avons donc notre part à faire, et Dieu fait la sienne.
Pour dire les choses simplement, nous faisons ce qui est possible ; et Dieu se charge de l’impossible.
Votre situation paraît difficile, inextricable ? Elle ne l’est pas pour Dieu. Le tout est que vous fassiez bien votre part, en ne demandant pas à Dieu des choses que vous pouvez tout à fait faire vous-même.
On rit souvent des enfants qui prient en demandant une bonne note en mathématiques, alors qu’ils feraient mieux de réviser. Mais les adultes font pareil !
Dans votre situation, essayez de bien faire le tri entre ce que vous pouvez assumer et ce qui revient au Seigneur.
Ne vous acharnez pas à tenter de faire des choses impossibles alors qu’il y a peut-être d’autres choses possibles que vous n’avez pas encore essayées.
Et demandez conseil, à de vraies personnes de confiance, ou au Seigneur lui-même.

De bonnes résolutions ?
Il faut tenir vraiment ferme
Je ne peux pas me sortir d’une situation tant que je n’ai pas vraiment décidé qu’il fallait que je m’en sorte. Avez-vous vraiment pris cette décision fermement ?
Après cela, il faut aussi pouvoir tenir ferme, car les bonnes résolutions du style de celles qu’on prend en début d’année, on connaît ce qui leur arrive après quelques jours ou quelques semaines…

Demandez et l’on vous donnera
Espérer contre toute vraisemblance
Ce que je crois, à la suite de Jésus-Christ, c’est que nous ne tombons jamais à un niveau qui soit tellement bas que la main de Dieu ne soit pas apte à venir nous y chercher, pour nous relever.
« Demandez, et l’on vous donnera », dit Jésus. Il y a donc un pas à franchir entre espérer et demander. J’espère dans mon cœur et dans ma pensée. Je demande dans ma prière. En demandant à Dieu, je marque ma confiance dans sa bénédiction, dans sa tendresse de Père aimant.
Quelqu’un a dit : « Il y a ceux qui espèrent peu, qui demandent peu, et qui reçoivent peu. Pourquoi ne pas espérer beaucoup, demander beaucoup et donc, recevoir beaucoup ? »

Soyez précis
Appelons les choses par leur nom
Vous savez que ce n’est pas en cassant son thermomètre que vous ferez baisser votre fièvre. Autrement dit, il faut combattre les problèmes à leur racine et non pas dans leurs apparences et leurs manifestations. Très souvent, un problème en cache un autre. Ou en tout cas, il y a une cause plus profonde qui a amené ce problème. L’avez-vous identifiée ? Cette opération-vérité est parfois difficile à admettre, parce que cela remet en cause beaucoup de choses dans votre vie. Pourtant, on ne soigne pas une maladie grave avec de la tisane. Il faut appeler les choses par leur nom pour pouvoir se battre.

Il n’y a que vous pour remercier
Je peux prier, mais c’est votre part
Quand Dieu répondra à votre attente, il ne répondra pas forcément en vous donnant exactement ce à quoi vous vous attendiez. Il sait ce qui est bon pour vous, et il n’est pas un « distributeur automatique » de bénédictions où il suffirait de glisser une petite prière pour être servi.
Je peux prier pour vous, mais vous êtes le seul, la seule, à pouvoir être reconnaissant(e) envers Dieu pour ce qui vous aura été donné. Le minimum que vous puissiez faire, c’est donc de remercier. C’est votre part. Et peut-être que votre confiance envers Dieu en ressortira grandie ; je l’espère.

Ma prière n’est pas une baguette magique
C’est Dieu qui est souverain
Ne pensez pas que la prière soit une recette magique. Ça se saurait, et tout le monde prierait. Plutôt que de croire à la puissance de la prière, je crois à la puissance de Dieu. C’est pour cela que je prie. Mais c’est lui qui reste celui qui décide. Ne dit-on pas dans la prière du Notre Père : « Que ta volonté soit faite ». C’est donc sa volonté qui est plus forte que ma volonté, plus forte que mon désir et mes rêves. Ce que je crois, c’est que tout concourt au bien de ceux qui placent leur confiance en Dieu.

Une lutte pour choisir la vie
L’humain n’est pas fait pour la mort
Les problèmes, la maladie, les épreuves sont toujours pour nous difficiles car ils évoquent d’une façon ou d’une autre la mort, l’ultime limite de notre vie.
Depuis très longtemps, Dieu essaye de faire comprendre à l’humain qu’il est fait pour la vie et non pas pour la mort. Il l’a montré de façon spectaculaire en ne permettant pas que la mort ait le dernier mot dans la vie de Jésus.
Nos combats de tous les jours sont un écho à cette victoire de la vie sur la mort qu’a connue Jésus-Christ. Dieu met devant nous ce qui fait vivre et ce qui fait mourir, et il nous conseille de toute sa force de choisir la vie. Toujours la vie.

Croyant, mais aussi pratiquant !

Série de témoignages de personnes qui sont (re)venus à Christ et à son Eglise.

L’Eglise parfaite, elle n’existe pas
Christiane, 71 ans
J’en ai parcouru des communautés… Je cherchais l’Eglise parfaite. Comme je ne l’ai pas trouvée, j’ai tout arrêté. Après plus de dix ans de « désert », j’ai lu dans une brochure cette formule amusante : « Si jamais vous trouvez l’Eglise parfaite, n’y entrez pas, car elle ne le serait plus ». Je n’ai fait ni une ni deux et je suis allé à l’Eglise la plus proche de chez moi. C’est ma paroisse désormais. Et je l’aime comme elle est, avec son sourire et ses cernes, avec ses joies et ses colères. Il y a une autre petite phrase que j’aime bien, toujours dans ma brochure : « L’Eglise, on n’y trouve que ce qu’on y apporte ». Ça aussi c’est vrai.

Nudiste, mais pas pratiquant
Joël, 67 ans
Je me suis aperçu que, quand je disais que j’étais croyant, mais pas pratiquant, c’était aussi bizarre que de dire que j’étais nudiste, mais pas pratiquant : je ne me promène jamais tout nu hormis chez moi, et encore dans la chambre ou la salle de bain, le temps de m’habiller. Ça ne fait pas de moi un nudiste pour autant. Soit c’est quelque chose d’important pour moi et je le fais vraiment, soit c’est le cadet de mes soucis, en réalité. A l’époque, la foi était pour moi le dernière des préoccupations, celle à laquelle on pense une fois qu’on a épuisé tout le reste. Autant dire, pas très souvent.

Pas meilleurs que les autres !
Marine, 15 ans
Quand tu vois les gens qui vont à l’Eglise, au début, tu es un peu effrayée. Avec mes amies on disait : « Mais, ils ne sont pas meilleurs que les autres ». C’est un pasteur que ma mère connaît qui m’a dit un truc qui fait réfléchir : « Imagine comment ils seraient, tous ces gens, si ils n’y allaient pas, au culte… ». Ça m’a fait penser que c’est vrai dans plein de situations : c’est pas parce que certains hommes politiques sont pourris qu’il ne faut pas aller voter ; c’est pas parce qu’il y a des athlètes qui se dopent que j’arrête le sport.

Libre d’aller au culte… tous les dimanches
André, 44 ans
Ah, liberté, liberté chérie. Chaque dimanche, je suis libre d’y aller ou pas. Et je pensais que ma liberté se jouait surtout dans le fait de… ne pas y aller. J’avais des justifications qui me font rire aujourd’hui : « Le protestant est libre par rapport aux institutions. Le culte est une institution. Donc, en n’y allant pas, je suis un bon protestant ». Excusez du peu ! Je redécouvre aujourd’hui une nourriture spirituelle nouvelle, et je suis désormais libre d’aller au culte… tous les dimanches. Avec beaucoup de joie.

Est-ce que je fais mes courses une seule fois par an ?
Rosette, 37 ans
Tu comprends, le culte, c’est comme ma nourriture pour toute la semaine. Est-ce que je pourrais tenir en ne faisant mes courses qu’une seule fois par an ? Noël seulement, ou même Pâques en plus, c’est pas suffisant, c’est pas nourrissant. Quand tu dis, dans le Notre Père : « Donne-nous notre pain quotidien », il faut bien aller le chercher, ce pain ; on le reçoit, mais on ne nous le met pas dans la bouche directement !

En fait, j’ai le temps
Stéphane, 32 ans
Quand j’ai commencé à travailler, c’était très dur au début. Le dimanche, c’était mon seul jour pour dormir. Alors pas question d’aller au culte. Il faut choisir, c’est une époque de la vie. Je me disais que j’irais plus tard, quand dans ma vie ce serait moins la course. Mais, vu mon métier et mon mode de vie, je crois qu’il faudrait que j’attende la retraite à cette condition. Pour moi, ça a plutôt été une question de volonté et d’organisation. Si je veux y aller, je peux. Et si je ne veux pas, alors, je trouve des tas de bonnes raisons de ne pas me lever. En fait, j’ai le temps.

Quel regard les autres allaient porter sur moi ?
Eliane, 54 ans
J’ai été baptisée, confirmée, j’ai été dans les activités de jeunes, je me suis mariée à l’Eglise, tout comme il faut. Et puis la vie a fait que je me suis arrêtée de venir. Mais vers 40 ans, quand mes enfants étaient en âge de recevoir une instruction religieuse à leur tour, j’ai voulu revenir. En fait, je me sentais bêtement coupable. Quel regard les autres allaient porter sur moi, surtout ceux qui m’avaient connue « à l’époque » ? Mais je n’ai pas du tout senti ce regard de jugement, bien au contraire, c’étaient des sourires, un peu comme dans l’histoire du Fils prodigue, finalement.

Curieux, puis intéressé, puis passionné
Fabien, 19 ans
Au début, c’est par curiosité que je suis venu. Je ne peux pas dire que j’avais vraiment la foi. Je voulais voir. J’avais un a priori favorable sur les protestants. Mais qu’est-ce que j’allais faire au milieu de tous ces gens ? Pourvu qu’ils ne me posent pas trop de questions ! Et en fait, ça m’a intéressé. J’ai pris des contacts, je me suis fait des amis, je me suis mis à lire la bible avec les autres jeunes et maintenant, je peux vraiment dire que je suis chrétien parce que j’ai découvert les merveilles de Dieu. Je ne suis même plus curieux ni intéressé, mais je suis passionné.

J’y vais, et j’invite des amis, même
Laure, 34 ans
La paroisse, j’y suis depuis que j’ai été au culte… dans le ventre de ma mère. C’est ma deuxième famille. C’est évident d’y aller. C’est un réflexe, comme de se lever le matin. Heureusement qu’un jour, dans la prière, j’ai vraiment été saisie par ce que je crois être la présence de Dieu. Ça a changé ma vie, mes habitudes. Parfois, pour rire, je dis que j’étais à l’époque « pratiquante, mais pas croyante ». J’ai eu la chance de vivre le « Déclic ». Maintenant, je suis les deux : croyante et pratiquante. Le culte ? J’y vais et j’invite des amis, même. Je ne peux plus garder ça pour moi seule.

Un chrétien peut-il être démonisé ?

Démonisé ? Squatté ? Possédé ?
Certains s’opposent à l’idée qu’un chrétien puisse être habité par une présence spirituelle qui soit autre que son propre esprit ou l’Esprit Saint, c’est-à-dire l’Esprit du Père ou l’Esprit du Fils. Ceux qui s’opposent le plus à cette idée sont paradoxalement des chrétiens, et plus bizarrement encore, des chrétiens professants, dans des milieux protestants et évangéliques. Il s’agit là du fruit d’une fausse doctrine.

L’argument principal pour refuser la démonisation d’un chrétien est biblique.

Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. (2 Corinthiens 5:17)

Quand la personne était sous une autre autorité, sous l’autorité du monde, elle pouvait aussi être sous l’autorité du Prince de ce monde, souvent appelé « l’ennemi du Christ, l’adversaire, le malin ou le diable. » Depuis qu’elle est passé par la nouvelle naissance, lavée par les eaux du baptême, sauvée par l’effusion de l’Esprit, il ne peut y avoir deux règnes qui la traversent. Tout est fait à nouveau. L’apôtre Paul ne dit-il pas par ailleurs :

Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? (1 Corinthiens 3:16)

Le temple ne peut être dédicacé à deux esprits et il ne peut pas y avoir en lui deux cultes contradictoires.

Ce refus d’admettre la démonisation du chrétien, même né de nouveau, est problématique. Pourquoi alors ne pas proclamer, avec des versets bibliques que le chrétien ne peut jamais être malade ?

C’est l’Eternel qui pardonne toutes tes iniquités, Qui guérit toutes tes maladies ! (Psaume 103:3)

Pourquoi ne pas proclamer que la dépression est impossible pour les chrétiens ?

Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. (Jean 15:11)

Les exemples pourraient être sans fin de doctrines falsifiées qui peuvent être étayées avec des versets bibliques tout à fait sincèrement utilisés mais franchement détournés. N’est-ce pas la tactique du diable lui-même que de tenter Dieu et l’humain en utilisant la bible ? (Matthieu 4:6 où le diable cite le Psaume 91)

Il faut donc se résoudre à constater que des personnes franchement consacrées peuvent être démonisées. Il est trop facile de contester leur consécration, leur conversion, leur foi, pour justifier que quelque chose d’autre que Dieu soit actif en eux.
Il s’agit en revanche de mener, au nom de Jésus, une guerre de libération qui n’a parfois rien à envier en rebondissements aux batailles qui ont formé les épopées bibliques, et notamment la sortie du peuple hébreu d’Egypte.

Laisse aller mon peuple, afin qu’il me serve ! (Exode 9:1)

Tel est le cri de ceux qui marchent à la suite de Moïse pour libérer le peuple de Dieu des pharaons de l’époque.
“Laisse aller mon peuple, afin qu’il me serve !” Tel est le cri de ceux qui marchent à la suite de Jésus pour obéir à son commandement explicite.

Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. (Matthieu 10:8)

Comment se fait-il que seuls certains commandements du Seigneur Jésus-Christ resteraient valides aujourd’hui ? Les commandements pour prêcher, baptiser, témoigner, etc… et pas les autres ?

Reconnaître et admettre que de nombreux chrétiens sont démonisés ne consiste pas à entrer dans une fascination morbide ou malsaine qui donnerait trop de pouvoir à l’ennemi du Christ. La victoire de Jésus à la croix et au tombeau vide est bien réelle, mais elle ne devient réalité pour le monde qui nous entoure que dans la mesure où elle est « réalisée » par les disciples du temps présent, par ceux qui se réclament de l’autorité de Jésus aujourd’hui. A quoi servirait-il que Jésus ait libéré des gens il y a deux mille ans s’il ne continuait pas cette œuvre par son corps qui est l’Église ?
Réaliser la victoire du Christ, c’est donc l’admettre, c’est reconnaître le réel d’une victoire déjà acquise au niveau spirituel, mais aussi d’une guerre de territorialité qu’il faut mener. Refuser cette bataille est un déni dangereux, et les combats refoulés par lâcheté ou par une mauvaise doctrine ne font qu’apporter de l’eau au moulin de l’ennemi, qui occupe le terrain, et qui se réjouit de cette providentielle « collaboration » de ceux qui devraient entrer en résistance.
Réaliser la victoire du Christ, après avoir reconnu et nommé la domination du Prince de ce monde, c’est donc étendre concrètement la bénédiction de cette victoire, la manifester dans le réel du monde et le réel des vies humaines qui nous sont confiées. C’est chasser les démons, relever les morts, etc.

Car le royaume de Dieu ne consiste pas en paroles, mais en puissance. (1 Corinthiens 4:20)

Si cette bataille n’est pas menée, alors toute prédication est vaine.

Si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine. (1 Corinthiens 15:14)

Si cette bataille n’est pas conduite, pourra-t-on encore prier autrement que dans le vide :

Que ton règne vienne; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. (Matthieu 6:10) ?

Servir, et non se servir ; ni asservir

Notes pour une prédication sur Marc 10:35-45 donnée au Temple du Marais le 22 octobre 2006. Chacun rétablira le style dans les passages qui ne sont pas rédigés.

Prédication
On ne peut pas dire à proprement parler que les disciples soient des imbéciles, mais pour employer un langage politiquement correct, ils sont tout de même un peu « mal comprenants ».
Ils ont tout compris de la gloire de Jésus. Ils ont tout à fait saisi que cet homme exceptionnels qu’ils suivent n’est pas seulement quelqu’un de brillant, mais qu’il est porteur de la lumière de Dieu. Et dans le récit de Marc ils viennent donc demander d’être associés à cette gloire. Dans le récit de Matthieu, c’est encore plus drôle parce que c’est leur mère qui vient le demander pour eux. Un petit piston céleste, Jésus, s’il-te-plaît, pour avoir une bonne place, à droite et à gauche.
Ils veulent être associés à cette gloire et bizarrement Jésus ne les rembarre pas d’office : il leur dit bien qu’ils auront eux aussi une coupe et un baptême, OK.
Mais ils veulent être à sa droite et à sa gauche
Ils veulent régner, siéger, juger, ordonner. Pas OK

Le plus surprenant dans le récit, c’est que Jésus se plie à leur demande : il ne veut pas seulement leur raconter qu’il est là pour servir, mais il veut le leur montrer concrètement. Ils lui demandent quelque chose, il les sert.
Mais leur demande est scandaleuse : fais ce que nous te demanderons
Jésus s’y soumet pour montrer ce qu’il dit
Cohérence entre l’agir et la parole
Leur demande consiste à « se servir » de la gloire de Jésus
Ils veulent leur part du gateau.
Pourtant il y a bien un commandement qui nous dit de ne pas utiliser le nom de Dieu en vain, ce qui signifie aussi de ne pas se servir de Dieu, de ne pas inverser les rôles dans la mesure où c’est nous l’outil entre les mains de Dieu et non pas Dieu qui serait instrumentalisé entre nos mains.

C’est une des choses les plus compliquées à comprendre spirituellement que d’assumer qu’on ne soit pas au centre de sa propre spiritualité. Tout nous conduit à croire le contraire et le fait d’être dans une société où les services à la personne sont devenus l’activité principale nous fait croire que nous sommes bien au centre du monde. Dans le même ordre d’idée, une certaine vulgarisation de la pensée de Freud a renforcé les mécanismes d’un narcissisme qui n’a pourtant pas beaucoup besoin d’être arrosé pour pousser et atteindre une belle taille…

Servir = se décentrer. C’est inverser les logiques du monde. La plupart du temps on est éduqué, on fait des études dans le but principal d’avoir globalement plus de gens en dessous de soi que de gens au-dessus de soi dans la hiérarchie de l’entreprise ou de l’institution qui nous emploie. On structure donc les 25 premières années de sa vie dans une logique de compétition qui fait qu’on doit être le premier ou le vainqueur des autres.
La venue de Jésus a eu pour but de nous rappeler de la part de Dieu que nous n’avons pas à considérer les autres comme des concurrents, pour ce qui concerne notre identité profonde en tout cas. Bien sûr nous sommes toujours contraints à concourir, parce que nous ne vivons pas hors du monde, mais nous ne faisons pas cette démarche dans le but d’obtenir des satisfactions narcissiques. S’il y a une quelconque gloire à obtenir elle ne nous revient pas ultimement, mais à celui à qui nous sommes soumis, à savoir Dieu. Nous avons fait ce que nous pouvions faire, nous avons essayé de tirer le meilleur de nous mêmes, mais ce meilleur, qui l’avait placé en nous depuis longtemps ? Est-ce nous-mêmes ? Donc, quoi qu’il arrive, nous sommes motivés à être dans les concurrences du monde, car c’est simplement l’occasion que le monde connaisse la gloire de Dieu, cette gloire de Dieu pouvant devenir lisible dans nos vies.
Nous sommes donc, à cause de Christ, plus enclins au service qu’aux asservissements qui sont la méthode conventionnelle d’administration des relations dans le monde.
Oui, l’autre est central. Tout autre, le prochain et Dieu. L’autre est central et cela m’apprend à me décentrer de moi-même. L’autre est au cœur de ma spiritualité, car le but de ma prière et de mon compagnonnage avec Dieu n’est pas le face-à-face solitaire et mystique avec le Tout-Puissant, mais bien l’incarnation continuelle de ce choix que Dieu a fait d’être au service des hommes alors que la logique voudrait que les hommes soient à son service.
C’est pour ça que l’on « sert » Dieu et que l’on « sert » le prochain.
Luther dira : Le chrétien n’est l’esclave de personne mais il est le serviteur de tous.
Le monde attend un Dieu au service de son confort et des humains asservis à notre autorité ?
Christ nous propose d’être esclaves volontaires de Dieu et serviteurs de tous, voilà notre destinée profonde.
Amen