La Bible peut devenir Parole de Dieu
Il y a une conviction très répandue comme quoi la Bible est « La Parole de Dieu ». En fait, la Bible est un livre, qui est pluriel, ce pour quoi elle est souvent appelée « Les Écritures bibliques ». Le texte n’est pas la Parole de Dieu et le livre non plus. Pourquoi ? Parce qu’il faut l’interprétation du texte d’une part, et la présence du Saint-Esprit d’autre part, pour que la lettre morte du texte devienne Parole de Dieu pour nous (voir 2 Corinthiens 3,6).
Un des plus vieux textes biblique qui nous explique cela est enNéhémie 8,8 quand il est dit : « Ils lisaient dans le livre de la loi de Dieu, en l’expliquant et en donnant le sens, afin qu’on comprît ce qui était lu. » Esdras doit donner du sens, et pas seulement lire. L’interprétation du texte permet son assimilation.
Même Jésus défend cette idée. À la fin de son séjour terrestre, avec les disciples d’Emmaüs (Luc 24,27), il est dit que « commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait. » Dans ce passage, Jésus ajoute la dimension de l’action du Saint-Esprit au verset 45 : « Alors il leur ouvrit l’esprit pour comprendre les Écritures. » Cela signifie que les Écritures sont fermées sans clé d’interprétation et sans l’action du souffle divin en nous.
Plus loin, dans les Actes des apôtres, en Actes 8,30-31, l’eunuque éthiopien a besoin d’aide. En effet Philippe lui demande « Comprends-tu ce que tu lis ? — Comment le pourrais-je, si quelqu’un ne me guide ? » Pour lui aussi la lecture seule est insuffisante, un travail interprétatif est nécessaire.
Pierre vient ajouter une dimension à la question de l’interprétation (2 Pierre 1,20-21).
« Sachant d’abord vous-mêmes qu’aucune prophétie de
l’Écriture ne peut être un objet d’interprétation particulière. » Certes
il faut interpréter mais pas de façon fantasque ou aléatoire. Les Écritures ne
s’interprètent pas de manière isolée ou arbitraire, elles doivent être
interprétées, mais avec méthode.
Paul soutient la même idée avec Timothée (2 Timothée 2,15) : « Efforce-toi
de te présenter devant Dieu comme un homme éprouvé, un ouvrier qui n’a pas à
rougir, qui dispense droitement la parole de la vérité. » Le verbe
grec orthotomounta (couper droit) implique un travail
d’interprétation ajusté : la vérité ne se livre pas sans effort
herméneutique.
Le dernier mot revient forcément à Jésus, dont les paraboles ont une double fonction (Marc 4,10-12 et 34). Il utilise les images des paraboles précisément parce que le sens ne va pas de soi. Il va expliquer les paraboles en privé à ses disciples. Mais surtout, Marc 4,11-12 énonce explicitement le jeu subtile du révéler et du voiler. « À vous il a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu, mais pour ceux qui sont dehors, tout se passe en paraboles, afin qu’en regardant ils regardent et ne voient point, et qu’en entendant ils entendent et ne comprennent point, de peur qu’ils ne se convertissent et qu’il ne leur soit pardonné. » La parabole apporte simultanément de la lumière pour ceux qui cherchent et un voile pour ceux qui n’interprètent pas. Le texte lui-même est structuré pour rendre indispensable le travail d’interprétation, sans quoi il reste opaque. Comme le précise Marc 4,34 : « il ne leur parlait point sans paraboles ; mais en particulier, il expliquait tout à ses disciples. »
Donc la Bible peut devenir Parole de Dieu, mais cela nécessite l’action de l’Esprit de Dieu et la pratique de l’interprétation ; une interprétation connectée aux interprétations de ceux qui nous ont précédés ou qui sont plus mûrs que nous, une interprétation qui laisse de la place à Jésus et au Saint-Esprit, une interprétation forcément communautaire puisqu’elle doit se confronter à celle des autres.
L’idée d’un texte « transparent » qui se lirait tout seul est donc étrangère à la Bible elle-même.