Noël, les courses (4/4) : allez, allez, allez…

Noël, course en Avent
Allez, allez, allez !

La Bible, Premier testament – Esaïe 55:3-7
« Tendez l’oreille et venez vers moi. Écoutez, et vous vivrez. » Le Seigneur dit :
« Je ferai avec vous une alliance qui durera toujours.
Je vous assure pour toujours les bienfaits que j’ai promis à David.
J’avais fait de lui un témoin de mon pouvoir pour les peuples,
un chef qui commande des populations.
Toi aussi, Israël, tu feras appel à des peuples inconnus,
et ces étrangers qui ne te connaissent pas se dépêcheront de venir vers toi.
Ils viendront à cause de moi, le Seigneur ton Dieu,
le Dieu saint d’Israël, qui veux t’honorer. »
Cherchez le Seigneur pendant qu’il se laisse trouver.
Faites appel à lui pendant qu’il est près de vous.
Les gens mauvais doivent abandonner leur conduite.
Celui qui fait le mal doit abandonner ses pensées méchantes.
Tous doivent revenir vers le Seigneur, car il aura pitié d’eux.
Tous doivent revenir vers notre Dieu, car il pardonne généreusement.

La Bible : Nouveau testament
Luc 2:40-52

L’enfant grandit et se développe. Il est rempli de sagesse, et le Dieu d’amour est avec lui.
Chaque année, les parents de Jésus vont à Jérusalem pour la fête de la Pâque.
Quand Jésus a douze ans, il vient avec eux, comme c’est la coutume. Après la fête, ils repartent, mais l’enfant Jésus reste à Jérusalem, et ses parents ne s’en aperçoivent pas.
Ils pensent que l’enfant est avec les autres voyageurs. Ils marchent pendant une journée, puis ils se mettent à le chercher parmi leurs parents et leurs amis. Mais ils ne le trouvent pas. Alors ils retournent à Jérusalem en le cherchant. Le troisième jour, ils trouvent l’enfant dans le temple. Il est assis au milieu des maîtres juifs, il les écoute et leur pose des questions. Tous ceux qui entendent l’enfant sont surpris par ses réponses pleines de sagesse. Quand ses parents le voient, ils sont vraiment très étonnés, et sa mère lui dit :
« Mon enfant, pourquoi est-ce que tu nous as fait cela ? Regarde ! Ton père et moi, nous étions très inquiets en te cherchant. » Il leur répond : « Vous m’avez cherché, pourquoi ? Vous ne savez donc pas que je dois être dans la maison de mon Père ? » Mais ses parents ne comprennent pas cette parole.
Ensuite, Jésus retourne avec eux à Nazareth. Il obéit à ses parents. Sa mère garde toutes ces choses dans son coeur.
Jésus grandit, sa sagesse se développe et il se rend agréable à Dieu et aux hommes.

Prédication :

[Ce culte a lieu le lendemain de Noël]

Nous avons parcouru l’Avent avec cette métaphore sportive employée par l’apôtre Paul lui-même (1Cor 9 :24) qui compare l’attente de la foi non pas à un processus passif où l’on reste assis comme quand on attend Godot, mais comme un processus actif, où l’on court vers ce que l’on attend.
Le premier dimanche de l’Avent, nous avions pris nos marques dans le starting bloc que sont les Ecritures pour le pied qui se trouve le plus en arrière, et dans le starting bloc de l’amour de Dieu pour le pied qui se trouve devant.
Le deuxième dimanche de l’Avent, nous nous sommes relevés, pour être « prêts », dans la tension et l’attention extrême, avec la vigilance qui précède le départ.
Le troisième dimanche de l’Avent, nous sommes partis, du bon pied, dans le bon sens, forts de l’expérience du prophète Jonas.
Et ce dimanche qui n’est pas de l’Avent mais de l’Après, si j’ose dire, nous allons porter notre attention à la course en elle-même.

Car, on ne le répètera jamais assez, ce n’est pas parce que le 25 décembre était hier que Noël est derrière nous. Ce sont les aléas des années liturgiques de nous faire vivre en un an et en concentré, comme les religions païennes, toutes les aventures du dieu.
Jésus est bien né il y a 2000 ans et son retour est devant nous ; ne soyons pas désorientés.
Nous avons eu besoin de quatre semaines pour mimer les neuf mois d’attente et de grossesse de la bienheureuse Marie.
Et voici que, selon nos traditions, nous sommes sensés attendre désormais le 6 janvier qui est la prochaine fête en perspective. Toujours appelée épiphanie, cette fête est dans certaines traditions chrétiennes celle des rois mages ; elle évoque pour certains aussi la circoncision du Christ, huit jours après sa naissance ; et dans d’autres traditions celle du baptême du Christ.
En somme, après Noël on ne sais plus trop ce qu’il faut attendre et vers où courir. C’est quelque peu la confusion : les mages ? la circoncision d’un nourrisson ? le baptême de Jésus adulte ?

Jésus naît dans l’étable ;
Christ naît des eaux du Jourdain

N’est-il pas étonnant que treize jours après la célébration de Noël on fête le baptême de Jésus ? C’est, me semble-t-il, une façon de dire que sa naissance véritable ne réside pas seulement dans l’expérience de l’étable, mais d’abord dans sa « naissance d’en haut », ainsi que sera nommé le baptême dans l’évangile de Jean.
Car si Jésus naît dans l’étable, le Christ, lui, naît dans les eaux du Jourdain.
Cet énoncé est très théologique et un peu complexe. Mais il revient tout de même à dire que Jésus a eu besoin de temps, de beaucoup de temps, puisque cela a duré trente ans, pour atteindre sa stature de Christ et de Messie, de Sauveur d’Israël, de Prince de la Paix, de Dieu fort, de Conseiller Admirable. Et tout ce temps, ces trente années nécessaires à la croissance messianique de Jésus, ces trente années sont compressées en treize jours de notre calendrier liturgique. C’est dire si nous avons du mal à prendre l’attente au sérieux. C’est dire si nos calendriers sont de vastes tromperies sur la marchandise.

Marie a dû attendre neuf mois pour que naisse Jésus.
Mais elle a dû attendre trente ans pour qu’advienne le Messie.

Trente ans à porter une promesse faite par un ange avant de la voir s’accomplir et prendre toute son ampleur. Trente ans à fonder toute son espérance personnelle et celle de son peuple sur ce qui pourrait n’avoir été qu’un rêve, qu’une autosuggestion assez conventionnelle chez les mères juives ou non-juives : croire que son fils était quelqu’un d’exceptionnel.
Marie a été physiquement enceinte neuf mois de son fils.
Elle a été spirituellement enceinte trente ans du Messie d’Israël.

C’est certainement pour cette raison que Luc a tenu à mentionner un épisode inattendu, une sorte de flash, une photo égarée dans un album de famille, une  histoire qui sort d’on ne sait où et qu’on raconte à la veillée dans les réunions familiales : Jésus au temple à l’âge de douze ans.
Pour ma part, je lis ce passage comme si Luc nous avais laissé quelques notes en bas de page : « La naissance de Jésus dure 92 versets, moins de deux chapitres, et moi, Luc, je ne peux pas me permettre de passer du nourrisson âgé de trente heures à l’adulte âgé de trente ans tout d’un coup. Alors je vous laisse un trait d’union de 12 versets sur Jésus à l’âge de 12 ans, et ce trait d’union est lui-même agrémenté d’une idée qui est répétée un peu lourdement, j’en conviens, d’un point de vue littéraire : Jésus croissait en stature, en sagesse et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. »

Douze versets bien marqués pour dire une longue maturation, une course de trente ans, pour dire que le mûrissement d’un Messie se fait petit à petit.
Et au cœur de ce passage, à nouveau ce refrain : une course vers Jérusalem, puis une course de retour vers Nazareth. Et aussi ce Jésus qu’on cherche, qui n’est jamais là où on croit qu’il est. Et donc une course à nouveau. Son père pense qu’il est avec sa mère. Sa mère pense qu’il est avec son père. Ça part dans tous les sens. On le croit avec les enfants alors qu’il est désormais, à l’occasion de sa bar-mitzva à Jérusalem, avec les adultes, à interpréter la loi. Et on court après lui.

Finalement, on court toujours après Dieu comme après un enfant perdu.
On court toujours comme si Dieu n’arrivait pas à s’en sortir sans nous. On court toujours en croyant que Dieu ne se débrouillera pas tout seul et que notre agitation est le complément nécessaire, suffisant et efficace de sa puissance ; cette puissance divine que nous passons nos journées à contester et à questionner. On court toujours après Dieu comme après un enfant perdu, avec angoisse. On a peur pour lui. Comment fera-t-il, ce vieux Dieu éternel, dans un monde sécularisé, avec toutes les menaces de la société contemporaine ? Comment va-t-il se débrouiller pour rejoindre les gens si nous ne l’aidons pas ?
Et c’est réjouissant de voir Jésus, là, dans le temple, aussi calme que ses parents sont agités, aussi paisible que Joseph est inquiet, se sentant aussi libre que Marie se sentait coupable.
Alors oui, on court toujours après Dieu, mais cette course n’a pas besoin d’être angoissée. Car, au début comme à la fin, il y a cette parole : ne vous inquiétez pas, tout cela grandit gentiment, tout est en place, les choses prennent tournure paisiblement et sûrement, comme un enfant qui grandit, en stature, en sagesse et en grâce.

Notre agitation n’est pas le centre de notre vie.
L’enjeu de notre course spirituelle consiste en revanche à lever une confusion : car au cœur de ce texte, il y a aussi toute l’ambiguïté de cette expression que Jésus retourne à Marie avec assurance : « Je dois être aux affaires de mon Père ». Notre vie spirituelle consiste à prendre trente ans pour comprendre, non seulement intellectuellement, mais surtout spirituellement en quoi consiste la différence entre les affaires de son père et les affaires de son Père. Nous avions insisté précédemment sur l’importance de courir dans le bon sens dans le stade olympique, mais là, l’enjeu s’affine : il faut choisir quelle course on court. Certes Jésus apprendra vraisemblablement le métier de charpentier, puisqu’il est reconnu comme tel plus tard dans l’évangile de Matthieu (ch. 13). Mais son ultime destinée n’est pas dans son métier, dans son aisance ou son activité de charpentier, qu’il tient de son père.
Les paternités terrestres ont aussi pour fonction de façonner notre regard et notre capacité à accueillir la paternité céleste. Et quand Joseph cherche son fils avec angoisse, il n’est que maladroitement dans la posture de Dieu lui-même, qui a cherché son fils, mais sans angoisse, et qui l’a donc trouvé en toute quiétude.

Tout grandit gentiment,
stature, sagesse et grâce

Au final, nos courses effrénées comme nos courses sereines nous font toutes arriver au même endroit, auprès de Dieu, comme Joseph et Marie se retrouvent au temple avec Jésus après tant d’inquiétudes. Et après avoir couru à droite et à gauche, après avoir cherché Dieu au Nord et au Sud, à l’Est et à l’Ouest, on s’aperçoit qu’il est tout simplement là où on était déjà. Il est là où il doit être, dans ce temple dont on découvrira plus tard qu’il est notre corps, notre vie.

Vous pouvez toujours courir, car la vie est toujours une course en Avent. Mais à chaque fois que vous aurez couru vers Dieu, vous vous apercevrez que c’est lui qui s’était approché de vous et que votre agitation ne vous rendait pas nécessairement plus proche de lui.
Si vous vous contentez de prendre le temps de courir sereinement, vous vous apercevrez que sur cette terre, personne ne court vers Dieu, mais qu’en revanche, Dieu a souvent été vu, notamment ces derniers temps, courant à vos côtés.
Amen

Noël, les courses (3/4) : partez !

Noël, course en Avent
Partez !

La Bible : Premier testament – Jonas 1:1-3
Un jour, le Seigneur adresse cet ordre à Jonas, le fils d’Amittaï :
« Debout, va à Ninive, la grande ville.
Tu menaceras ses habitants en disant :
‘Le Seigneur en a assez de voir vos actions mauvaises.’ »
Jonas se met en route, mais pour fuir à Tarsis, loin du Seigneur.
Il arrive à Jaffa. Là, il trouve un bateau qui part pour Tarsis. Il paie son voyage.
Puis il monte dans le bateau, pour aller avec les marins à Tarsis, loin du Seigneur.

La Bible : Premier testament – Esaïe 35
Désert et terre sèche, soyez dans la joie ! Région sans eau, réjouis-toi et fleuris !
Couvre-toi de fleurs des champs. Réjouis-toi, réjouis-toi et crie de joie!
Le Seigneur te rendra magnifique comme les montagnes du Liban,
il te donnera la beauté du mont Carmel et des plaines du Saron.
Alors tout le monde verra la gloire du Seigneur, la beauté de notre Dieu.
Redonnez de la force aux bras fatigués, rendez plus solides les genoux tremblants.
Dites à ceux qui perdent courage :
« Soyez forts ! N’ayez pas peur ! Voici votre Dieu.
Il vient vous venger et rendre à vos ennemis le mal qu’ils vous ont fait,
il vient lui-même vous sauver. »
Alors les yeux des aveugles verront clair, les oreilles des sourds entendront.
Les boiteux bondiront comme des gazelles,
et la bouche des muets s’ouvrira pour exprimer leur joie.
De l’eau jaillira dans le désert, des fleuves couleront dans la terre sèche.
Le sable brûlant se changera en lac, la terre de la soif deviendra une région de sources.
À l’endroit où les chacals habitaient, le roseau et le papyrus pousseront.
Il y aura là une route qu’on appellera « le chemin de Dieu ».
Aucune personne impure n’y passera, il sera réservé au peuple du Seigneur.
Les gens stupides ne viendront pas s’y perdre.
On n’y rencontrera pas de lion, pas de bête sauvage, aucune ne viendra là.
Seuls ceux que le Seigneur aura libérés prendront cette route.
Ceux que le Seigneur aura délivrés reviendront. Ils arriveront à Sion en criant de joie.
Un bonheur sans fin éclairera leur visage, une joie débordante les accompagnera,
souffrance et plaintes disparaîtront.

Prédication :

[Ce culte était un culte adultes-enfants à l’occasion de l’approche de Noël et regroupait les enfants de l’école biblique pour une synthèse de leur trimestre d’étude du livre de Jonas — Le pasteur s’adresse aux enfants]

Le matin, les parents vous réveillent pour vous dire qu’il est l’heure de se préparer car il faut partir à l’école.
Jonas, réveille-toi, c’est l’heure de partir.

Jonas est un petit prophète qui a beaucoup à apprendre, d’autant plus qu’il est à l’école de Dieu. Son maître à lui est Dieu lui-même et cette fois-ci Dieu a décidé de lui apprendre une chose toute nouvelle pour lui : prendre des responsabilités. Mais pour « prendre des responsabilités », il faut toujours, d’une façon ou d’une autre, partir.

Il faut quitter la proximité du maître, même si on est rassuré par sa présence.
Il faut se préparer à rencontrer des choses que n’on ne connaît pas.
Il faut un jour quitter les jupes de sa mère.
« Tu partiras de chez ton père et ta mère » dit la bible à plusieurs reprises.
Finalement, prendre des responsabilités, devenir « un grand », c’est partir.

Devenir adulte,
c’est partir

Vous avez peut-être déjà entendu des parents se réjouir en disant : « Ouf, il est parti, elle est sortie de son âge bêbête ; il en a fini de sa période ingrate ».
Il faut toujours, pour grandir, dans la vie, quitter quelque chose pour atteindre autre chose.
Ce qui définit un petit, c’est qu’il n’est pas encore capable de partir. Un petit bébé n’est pas capable de quitter son berceau. Un petit enfant n’est pas encore en âge de quitter sa mère. Un enfant n’est pas en âge de partir de la maison de ses parents.
On devient grand quand on part.

Mais la difficulté, c’est que, beaucoup de gens qui ont réalisé qu’on devient grand quand on part oublient d’écouter la suite.
On devient grand quand on part, mais ce n’est pas pour cela qu’il faut partir à tout prix, ou partir n’importe où. Ce n’est pas être vraiment adulte que de partir simplement pour le plaisir de partir, de quitter, à n’importe quel moment, selon ses caprices.

Ce que nous apprennent beaucoup d’histoires de la bible, dont celle de Jonas, c’est que ce n’est pas facile de partir.
Si on n’en fait qu’à sa tête, partir nous conduit à l’échec.
Si on veut bien écouter la voix de Dieu et ses conseils, partir est une formidable expérience.

Jonas, réveille-toi, il est l’heure de partir, dit Dieu.
Et Dieu demande quelque chose de pas agréable à Jonas. Il lui demande de porter un message de condamnation à la ville de Ninive. Bien sûr, Jonas a peur car il se dit qu’il est bien content là où il est, et qu’il ne va pas aller se faire casser la figure à Ninive simplement parce que ça fait plaisir à Dieu. Imaginez, quitter sa maison pour aller très loin dire à des gens qu’on ne connaît même pas qu’ils font vraiment n’importe quoi ?
Et pourtant c’est bien le projet de Dieu.
Est-ce que Jonas veut être fidèle ou ne le veut-il pas ?
On dit dans un proverbe français que partir c’est mourir un peu. Pour Jonas c’était vrai car son aventure l’a conduit dans une petite mort, alors qu’il était dans le ventre du gros poisson… Il n’était plus comme vraiment comme nous. Sa vie ne tenait plus qu’à un fil. Et tout ça parce qu’il a bien accepté de partir, mais juste de l’autre côté de là où Dieu lui avait dit de partir !

C’est exactement comme si, sur un stade, dix personnes se préparaient pour une course « à vos marques, prêts, partez » et là tout le monde s’élance, mais, mais, que se passe-t-il, il n’y en a que neuf sur les dix qui ont démarré ? Non, non, regardez, là de l’autre côté, il y en a un qui court à l’envers, dans l’autre sens !
Ce serait vraiment très étonnant, et la personne qui court dans l’autre sens serait sifflée par le stade entier. Tout le monde se moquerait d’elle.

Eh bien Jonas est exactement dans cette situation, il court à l’envers de la course à laquelle il doit participer. Il doit aller à l’est et il court à l’ouest.
On en rigole dans l’image du stade, mais si on regarde comment nous vivons, nous sommes très souvent comme ce coureur distrait, qui part dans le mauvais sens. Pourtant Dieu nous a donné une direction bien lisible, bien compréhensible.
Il nous dit : « La bonne direction, c’est d’aimer les autres ». Et nous, dès qu’on a reçu la consigne, qu’est-ce qu’on fait ? On se moque, on critique, on éprouve de la haine ou de l’amertume…
Dieu nous dit : « La bonne direction, c’est d’écouter mes conseils avant de se lancer ». Et nous, nous entendons « Grandir, c’est partir », alors on fait n’importe quoi, on suit le premier venu et on s’expose à de grandes déceptions.

Alors oui, il faut partir, c’est un conseil de Dieu. Mais il ne faut pas partir là où nous l’avons décidé, mais vers là où Dieu nous propose d’aller. Finalement Jonas va y arriver, à Ninive, et ça se passera plutôt bien, même s’il est un peu vexé.
Il y a beaucoup de gens qui sont comme lui. Ils passent les soixante premières années de leur vie à penser « Je suis le maître de ma vie, je sais ce qui est bon pour moi, je me fraye mon chemin selon mes désirs, car je suis l’auteur et l’acteur de mon existence ». Et puis au bout de soixante ans, ils s’aperçoivent que le conseil qui leur a été donné alors qu’ils avaient sept ans, le conseil d’écouter un peu plus les projets de Dieu, c’était un bon conseil.
C’est pour ça souvent que dans les Eglises il y a des gens très jeunes et des gens très vieux. Vous savez où son les autres ? Ils sont en train de courir vers Tarsis, ils sont en train de faire du bateau dans les tempêtes de la vie. Et il y a en a même qui sont dans une déprime totale dans le gros poisson de la déception.

Oui Jonas, il faut partir. Comme Abraham qui a du quitter à 72 ans le pays où il avait toujours habité. Comme Moïse qui était esclave en Egypte, il faut partir. Comme Paul qui veut annoncer cette bonne nouvelle au monde entier, il faut partir. Car partir, c’est mourir un peu si on n’en fait qu’à sa tête, mais… partir, c’est vivre beaucoup si on place ses pas là où Dieu nous conseille d’aller.

En Christ, partir,
c’est vivre beaucoup

Jonas, il faut partir, et ne pas se tromper de direction, ne pas courir dans le mauvais sens.
Joseph et Marie, vous aussi, il vous faut partir car on vous attend là-bas, très loin, dans une modeste étable, pour vous faire recenser, mais aussi pour que la parole des prophètes s’accomplisse, cette parole qui assurait que le Sauveur naîtrait dans la petite ville de Bethléem.
Et vous les bergers, il faut partir aussi de vos pâturages car le Messie naît à quelques kilomètres de là. Il vous faut partir pour entrer dans votre destinée profonde et dans le projet que le Seigneur a pour vous.
Et vous aussi, les mages, il vous faut partir. Quitter l’orient qui fascine, quitter Jérusalem et la fréquentation des rois de ce monde, partir vers un lieu que vous ne comprenez pas et qui n’est visible que par une étoile.

A vos marques, prêts ? Accrochez votre destinée à une étoile et… partez.

Amen

Noël, les courses (2/4) : prêts ?

Noël, course en Avent
Prêts ?

La Bible, Nouveau testament – 1 Pierre 3:8-16
Enfin, ayez tous les mêmes pensées et les mêmes sentiments,
aimez-vous comme des frères et des soeurs.
Soyez bons, et faites-vous petits les uns devant les autres.
Ne rendez pas le mal pour le mal, ne rendez pas l’insulte pour l’insulte.
Au contraire, répondez : « Que Dieu te bénisse ! »
En effet, quand Dieu vous a appelés, c’était pour vous donner une bénédiction.
Les Livres Saints disent :
« Est-ce que tu veux avoir une vie agréable
et connaître des jours heureux?
Alors ne dis pas de mal des autres.
Évite les mensonges.
Fuis le mal, et fais le bien.
Recherche la paix et poursuis-la.
Oui, les yeux du Seigneur se tournent vers ceux qui lui obéissent.
Ses oreilles entendent leurs cris,
mais il s’oppose à ceux qui font le mal. »
Si vous cherchez à faire le bien de tout votre coeur, qui vous fera du mal?
Et puis, si un jour vous souffrez parce que vous faites le bien, quel bonheur pour vous! N’ayez pas peur des gens et ne vous laissez pas troubler!
Mais reconnaissez dans vos coeurs que le Christ seul est saint, il est votre Seigneur.
Quand on vous demande pourquoi vous espérez,
soyez toujours prêts à donner des explications.
Mais faites-le avec douceur et respect, avec une conscience pure.
Alors, quand des gens vous accusent faussement sur un point,
quand ils vous insultent parce que vous vous conduisez en chrétiens,
ils seront couverts de honte.

Prédication :

Nous allons donc vivre de dimanche en dimanche les quatre temps de course de Noël : à vos marques, prêts, partez, allez allez allez. La semaine dernière, vous vous étiez mis « à vos marques », et là, vous êtes « prêts ».
Ce temps où le starter dit « prêts » est difficile car il peut durer plus ou moins longtemps. Et c’est la question clé de notre attente : il n’y a pas le même temps entre « à vos marques » et « prêts » qu’entre « prêts » et « partez ».

Le temps de préparation est résolument un entre-deux qui n’est pas pratique. Tant qu’on sait qu’on n’a à attendre qu’un peu, ça va. Tant qu’on sait qu’on nous dit « prêts » une ou deux secondes avant l’événement tant attendu, on supporte. Mais ce qui est difficile pour nous dans la vie, c’est qu’il faut la plupart du temps attendre quelque chose dont on ne sait pas si cela va venir dans l’heure qui suit ou dans trente ans.
Malgré tout nous sommes sensés nous tenir prêts.

Et la course dans le stade nous dit combien cette posture de l’attente est difficile. Tout le corps est en tension dans les starting-blocs avant de s’élancer. Les muscles sont gonflés, l’adrénaline est à son comble, le souffle est comme suspendu. Vous avez peut-être vu des compétitions où le juge semblait faire durer, durer, durer ce temps dont on pense qu’il ne sera que très bref.

La posture est difficile à tenir sur la durée, mais en même temps, elle est belle pour nous comme métaphore de ce qu’est la foi. Une attente plus que vigilante, une attente de Dieu qui nous mobilise entièrement, corps tendu, oreille à l’écoute, cerveau concentré pour lancer au bon moment tous les signaux à la mécanique du mouvement. On est prêt à courir.

Il y a beaucoup d’histoires qui évoquent ce temps de vigilance extrême, dans la bible. Vous connaissez aussi toutes ces situations, notamment dans le premier testament, où l’on décrit le croyant comme un veilleur, comme un guetteur sur une muraille, ou encore les passages des vierges folles et des vierges sages, qui elles savent rester vigilantes jusqu’au bout. Il y a aussi l’attente des bergers qui ne dorment que d’un œil pour surveiller leur troupeau, etc.
L’attente est une posture fondamentale de la foi. Mais pas une attente fataliste où l’on se couche sous une couette en attendant la mort, pas une attente de type « Inch’ Allah », mais une vigilance de tout l’être pour percevoir le signal qui ne sera pas nécessairement tonitruant.

Mais, au fait…
Qu’attendons-nous ?

Mais voilà, il manque souvent l’essentiel à notre attente : savoir ce que l’on attend, en fin de compte. Vous êtes prêts à être prêts, tant mieux, mais pour quoi, pour courir vers quoi ?

Finalement, qu’attendons-nous dans la foi, quel est ce signal qui nous fera démarrer et pour quelle course ?
Nous devons ici tirer plusieurs enseignements de l’expérience d’Israël, qui s’est structuré dans l’attente d’un Messie pendant près de cinq siècles, et qui a tellement tout basé et tout construit autour de cette posture de l’attente, qu’il a souvent été incapable de reconnaître le Messie au moment où il était là. Israël fut comme ces athlètes grecs que les sculpteurs immortalisaient dans la position cruciale de leur art : figé dans la pierre, de marbre face au signal lancé par Dieu, attendant tellement qu’il était incapable d’accueillir ce qu’il attendait, incapable de passer à autre chose que cette attente qui était devenue un mode de vie, une culture.
Alors, après non pas cinq siècles, mais vingt siècles de christianisme, à force de prédications sur l’attente et la vigilance, ne sommes-nous pas complètement endormis, figés et comme de marbre, ne sachant même plus ce que nous attendons ?

Frères et sœurs, voilà ce à quoi je voudrais vous inviter à être prêts aujourd’hui.
Nous devons nous préparer à en finir avec un christianisme culturel et social, un christianisme de surface, figé dans des théologies et des certitudes qu’on a adoucies pour les rendre plus faciles à digérer, plus « light ». C’en est fini de ce christianisme, et que Dieu soit loué pour cela. Ce christianisme est mort, christianisme de confort, moralisme convenable et bienséant qui n’était que l’arme adéquate pour quelques puissants dans leur projet de domination.
Nous devons nous préparer donc à quitter les célébrations passéistes qui n’ont leur regard tourné que vers un événement lointain, comme si l’on pouvait se lancer dans la course en regardant en arrière. Nous le disions dimanche dernier, la bible, ainsi que l’amour de Dieu, sont nos deux starting-blocs et ils sont nos bases arrières, notre appui fondamental, pour une course vers l’Avent/avant, et pas vers l’arrière. Ce vers quoi nous courons dans ce temps de Noël c’est vers une rencontre avec Dieu, vers un surgissement bouleversant qui peut tout déplacer dans nos vies. Nous ne courons pas vers Bethléem et vers l’étable. Nous ne courons pas vers des sapins au pied desquels tous les faux-dieux païens sont aussi conviés. Nous courons vers l’étincelle lumineuse qui se produit quand notre vie se frotte soudainement à la vie de Dieu. Nous courons vers l’ad-venir de Dieu, vers le choc d’une rencontre, et nous ne reculons pas dans un mémorial qui nous ferait régresser vingt siècles en arrière.

Nous devons donc nous préparer à en finir avec nos célébrations cultuelles, qui, à la manière d’un calembour, par glissements successifs, sont devenues des cérébrations culturelles. Elles ne communiquent plus assez d’espérance à nos contemporains.

Nous devons nous rendre prêts à accueillir une théologie du Royaume, ce qui très concrètement veut dire, à la suite de Paul (2 Cor 4) que l’évangile n’est pas que paroles, mais qu’il est une dynamique puissante, que le Saint-Esprit mobilise pour nous faire sortir de nos vies qui trop souvent manifestent plus la faillite et le désarroi, que la liberté et la joie qui résident en Christ.

Êtes-vous prêts à ce que le Christ vous demande de changer pour entrer dans la dimension du Royaume ?
Être prêts à accueillir le Royaume ça veut dire quoi ? Simplement faire la même chose que Jésus-Christ quand il était sur cette terre : libérer les captifs, guérir ceux qui ont le cœur brisé (Luc 4:18), ressusciter les morts, purifier les lépreux et chasser les démons (Matt 10:8). C’est une tâche concrète, ce n’est pas une métaphore.

Je voudrais m’engager devant vous à arrêter de tout rendre digeste et « light » en prenant la bible comme une gigantesque métaphore, ou un simple projet littéraire. Elle n’est pas que parole, elle est une dynamique puissante, suffisante pour nous lancer en avant.
Il nous faut aussi être prêts à déranger le monde et non à être « conformes ». Car la bonne nouvelle que nous annonçons est une mauvaise nouvelle pour les royaumes de ce monde. Elle est une mauvaise nouvelle pour ceux qui veulent asservir l’humain, pour ceux qui veulent que la créature de Dieu soit avilie.

Prêts à déranger le monde
en étant « non conformes »

C’est tout cela, tout ce foisonnement d’espérance que Pierre résume en cette parole à laquelle nous tenons ferme ce matin : « Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous ».
Est-ce qu’on le fait dans nos familles, est-ce qu’on le fait dans nos quartiers ?
Est-ce que notre vie, et principalement nos paroles et nos actes, rendent compte de l’espérance que Dieu a mise en nous ? Et pourtant qu’elle est douce cette espérance que Dieu a versée dans nos cœurs. Qu’il est savoureux cet amour qui nous porte et nous fait tenir debouts. Qu’elle est fine, cette joie que le Seigneur laisse goutter dans nos existences.

C’est à cela qu’il nous faut nous tenir prêts : rendre compte de l’espérance que Christ a mise en nous. Et pas seulement dans nos cultes, car c’est facile de le faire avec des gens plutôt déjà convaincus, mais témoigner de l’espérance à tous les désespérés du quotidien, qui nous entourent.

Tenez-vous prêts, prêts à la profusion de l’espérance, prêts à recevoir et à donner un amour dont vous n’avez même pas encore idée de la démesure qui le caractérisera, prêts à vous lancer dans l’œuvre du Royaume que le Seigneur vous donnera d’accomplir.

A vos marques, prêts,… amen

Noël, les courses (1/4) : à vos marques !

Noël, la course en Avent

A vos marques !

La Bible, Premier testament – Psaume 62:1-8
Psaume de David, pris dans le livre du chef de chorale.
D’après Yedoutoun.
Oui, auprès de Dieu seul, je connais le repos, mon salut vient de lui.
Lui seul est mon solide rocher, lui seul me sauve.
Il me protège avec puissance, je ne peux pas tomber.
Jusqu’à quand vous jetterez-vous tous ensemble sur un homme ?
Vous voulez donc le renverser comme un mur qui penche, comme une barrière qui tombe ?
Vous pensez seulement à lui faire perdre son honneur, et vous aimez mentir.
Vous dites des paroles de bénédiction, mais votre coeur est rempli de malédictions.
Oui, je dois me reposer près de Dieu seul, c’est lui qui me donne espoir.
Lui seul est mon solide rocher, lui seul me sauve.
Il me protège avec puissance, je ne peux pas tomber.
Mon salut et mon honneur viennent de lui.
Mon protecteur puissant et mon abri, c’est lui.

La Bible, Nouveau testament – 1 Corinthiens 3:8
Les fondations sont déjà là : c’est Jésus-Christ. Personne ne peut en placer d’autres.


Prédication :

Puisque nous sommes quatre dimanches avant la date fatidique du 25 décembre, nous sommes en chemin vers Noël. Ce mois de l’Avent est un temps de préparation, un temps d’attente.
C’est un mois un peu particulier pour nous car il est devenu mécanique, machinal, annuel et répétitif. Nous sommes dans une attente spéciale où il n’y a jamais le moindre doute que ce que nous attendons pourrait ne pas arriver. Mais c’en est ainsi des célébrations régulières.
On joue à l’attente.

Bien des métaphores, bien des images sont utilisées dans le temps de l’Avent. L’image de la grossesse et de ses neuf mois évidemment, l’image du tricot fait et refait maintes fois, comme le fameux débardeur d’Ulysse dans la mythologie grecque, l’image des heures qui précèdent le lever du soleil quand on s’est réveillé un peu trop tôt.
Mais comme pour certains d’entre vous c’est le quatre-vingt dixième Noël qui se prépare, ces métaphores commencent peut-être à s’épuiser quelque peu ; c’est pourquoi je vous propose tout autre chose cette année.
En effet l’attente n’est pas nécessairement passive, comme quand on est dans un aéroport dans un pays lointain et qu’on n’a ni téléphone, ni journal, ni la possibilité de vraiment parler avec qui que ce soit.

L’attente peut être active, elle peut même être un chemin. On peut attendre en marchant vers ce qu’on attend. Et c’est cette image que je vous suggère de creuser tout au long de l’Avent cette année.
On parle souvent des courses de Noël, je vous proposerai donc de relire l’Avent comme une course, comme un 400 m. : quatre fois cent mètres. Nous aurons donc quatre étapes, logiques. Aujourd’hui, à vos marques. Dimanche 5 : prêts. Dimanche 12 : partez. Dimanche 26 : allez allez allez !
Ce n’est pas une nouveauté d’utiliser la métaphore sportive pour parler de la foi, puisque l’apôtre Paul l’a déjà employée pour parler de son apostolat (1 Corinthiens 9:24).

Le peuple d’Israël a vécu
un Avent de plusieurs siècles

Finalement nous pouvons tout à fait vivre l’Avent comme le peuple d’Israël, qui a vécu un Avent de plusieurs siècles, et qui l’a entrepris comme une migration dans l’espace et dans les idées. Il a fallu beaucoup se déplacer, de l’Egypte à Babylone, en traversant rivières et déserts, une course vers le Sauveur, vers un Messie attendu, mais qu’on attend en marchant.
Il est aussi légitime de vivre l’Avent comme Joseph et Marie, obligés à se déplacer, alors que le dernier mois de grossesse est habituellement un mois calme où l’on ne fait pas trop de route, voilà qu’ils doivent changer de lieu pour pouvoir eux aussi accueillir le Messie. L’Avent est une course.
Une course de témoins.

Et aujourd’hui retentit la parole du directeur de course : A vos marques !
C’est le temps de se caler dans les starting blocs. C’est frappant de voir le temps que mettent les athlètes pour caler leurs pieds dans ces plaques métalliques. Sur certaines distances, ce temps de placement des pieds est même plus long que la course en elle-même. C’est que l’essentiel de la course se joue dans le départ, dans la qualité du départ que l’on prend. Et l’invention des starting blocs a permis d’améliorer de beaucoup la course. On va beaucoup plus vite si l’on prend un bon appui, si l’on prend la juste posture, étudiée pour démarrer au mieux.
Comme dans la vie.

Sur quoi est-ce que je fonde la course de ma vie ?
Sur quoi est-ce je fonde ma vie ?
Sur quoi est-ce que je m’appuie dans l’existence ?
Est-ce que je me lance en escarpins sur un dallage de grande surface juste après que la nettoyeuse soit passée ?
Sur quoi est-ce que je me repose pour me lancer ?
L’enjeu est capital : c’est toute la suite qui en dépend. Le psalmiste dit au psaume 71 : « Dès le ventre de ma mère je m’appuie sur toi [Seigneur] ».
C’est aussi important que le pilier central de la crypte de cette Église, solide appui sans lequel nos vies seraient en danger.
Dans la course en Avent qui nous mène à Noël, vers celui qui advient, nous nous appuyons sur les starting-blocs solides de l’Ecriture.
Noël a été attendu pendant non pas quelques semaines mais pendant plusieurs siècles par un peuple assuré de la venue d’un Messie, d’un sauveur, par les promesses de Dieu. Cette espérance s’est façonnée petit à petit dans un processus assez long, pour devenir un solide appui pour les croyants. Suffisamment solide pour se lancer dans la course courageuse de la foi. Cette parole tient fermement et je peux compter sur elle, qui me dit que le Seigneur m’ouvre un avenir.
Et à ce jour encore la parole biblique demeure notre appui le plus solide pour l’existence.

Longtemps j’ai cru que la tâche du chrétien était d’interpréter la bible avec pour critère et pour appui la grille de lecture que nous propose la pensée contemporaine. Je pensais qu’être chrétien, c’était avoir la bible en ligne de mire et la lire avec les lunettes de l’historien, du psychanalyste, du professeur de lettres.  Je m’aperçois aujourd’hui que notre tâche de chrétien est en fait exactement l’inverse : il faut prendre la bible comme grille de lecture pour interpréter le monde. C’est beaucoup plus fécond car la bible devient alors un moyen et la vie devient le but. Ce qui est bien plus intéressant et utile.
Ainsi je ne viens plus plaquer mes préoccupations d’homme moderne sur un texte qui va me dérouter par ses questionnements à mille lieues des miens. Mais je vais à l’inverse prendre les réponses que le peuple de Dieu a tenté d’offrir aux questions de son époque pour tenter d’adopter la même posture face aux questions toutes autres de mon époque.
En d’autres termes, est-ce vraiment passionnant pour des gens de nos générations de se préoccuper de la façon dont les hébreux sont traités à Babylone en 589 avant Jésus-Christ ? En soi, non. Mais quand je découvre que c’est en captivité que surgit une espérance à toute épreuve, une confiance radicale en son Dieu, cela m’intéresse car je peux certainement recueillir quelque chose pour devenir capable d’espérer autre chose, en ce jour de ma captivité dans le grand hypermarché mondial.

La parole biblique est mon starting bloc pour me lancer dans la course de l’espérance, dans le bond vers un monde différent, vers cette réalité nouvelle mais si fine et délicate qu’est le Royaume de Dieu.

Vers un lieu désigné
par une étoile

A bien y regarder , il y a deux éléments dans le starting bloc. Les deux cale-pieds sont décalés, un bien en arrière pour le pied gauche, et un en avant pour le pied droit (si on est droitier).
Dans notre course en Avent, ce que l’on peut reconnaître comme notre starting-bloc de gauche, désormais c’est la parole biblique sur laquelle nous pouvons nous caler vers l’arrière pour être bien stables. Et le cale-pied de droite, c’est… en fait c’est l’amour de Dieu qui est la seule chose solide sur laquelle on puisse s’appuyer significativement pour faire face à toutes les échéances de l’existence. C’est sur celui-ci que allons pouvoir faire reposer notre dynamisme pour nous lancer. C’est lui qui est très important car c’est sur lui que tout le poids de l’accélération va se placer. C’est lui qui résiste encore plus à la pression que nous faisons au moment de nous lancer. C’est vraiment la certitude de me savoir aimé de Dieu qui me fait avancer dans la vie. La certitude que son amour m’invite à me lancer vers une rencontre, vers le lieu du rendez-vous, que, dans ce temps de Noël, nous appelons : Bethléem. C’est à cause de l’amour de Dieu que Joseph, Marie, les bergers, les mages, et la foule des anges célestes vont avoir le désir de se lancer dans cette aventure qui les fait courir vers l’étable.
Alors, à vous marques…

Prenez bien le temps qu’il faut pour caler votre pied vers l’arrière sur l’espérance biblique, et l’autre pied vers l’avant sur l’amour du Père.
A vos marques pour la course de Noël.

Non plus la course aux marques dans les courses de Noël, dans l’ivresse titubante du consumérisme ambiant, mais à vos marques pour une belle trajectoire qui doit nous mener vers un lieu désigné par une étoile.
Amen.