Dieu nous sauve (4) de nous-mêmes

Dieu sauve
Nos contemporains sont sûrs que la question des origines est une préoccupation théologique première pour les Juifs et les chrétiens. Le texte de la Genèse est bien connu de tous, même au-delà du cercle des croyants. Pour autant, la question des origines n’a pas beaucoup préoccupé le peuple de Dieu à travers les siècles, mais bien plutôt la question de la survie, du salut : “Comment fait-on pour être sauvé ?”. Nos contemporains se demandent plutôt : “De quoi Dieu nous sauverait-il ?”.

Texte de référence : Premier testament, Exode 3:11-15 et Nouveau testament, Jean 8:58
Prédication donnée l’été 2005 à l’Eglise Réformée du Marais

Prédication

« L’être humain est un éternel enfant. Il aime qu’on le regarde.
L’enfant, dans ses jeux, pousse des cris pour qu’on tourne ses regards vers lui. Il en appelle au ciel et à la terre, à tout ceux qu’il entourent, il déclare la mobilisation générale au moment de faire quelque chose qu’il estime périlleux, et qui va pouvoir lui attirer quelque gloire. » [Christian Bobin]
Regarde-moi, regarde-moi, font tous les enfants, au moment où ils vont sauter de bande blanche en bande blanche sur un passage clouté. Et à 70 ans, ce sera toujours pareil. Non, nous ne sauterons plus d’une bande blanche à l’autre, mais nous aimons tellement qu’on nous prête attention, que nous inventerons encore une infinité de ruses pour capter le regard des autres. On brasse beaucoup d’air, on s’agite, on se plaint, on râle, on fait l’intéressant, on raconte à tous ceux qui veulent l’entendre nos gloires du passé, ce temps où nous étions un héros que nous ne sommes plus vraiment,… ou que nous n’avons peut-être jamais été.

Toutes les créatures aiment à être regardées. Les buissons et les arbres à la chaude saison rivalisent de couleurs. Les fleurs sont prêtes à n’importe quoi pour séduire le papillon ou l’abeille. Les oiseaux sifflent dès le lever du jour. La campagne se pare d’un voile de brume au petit matin. Mais de toutes les créatures, c’est l’homme qui dépense le plus d’énergie pour attirer l’attention des autres. Etre aimé, être reconnu, pouvoir trouver refuge dans la demeure du regard de l’autre.

« Regarde-moi, regarde-moi » fait l’humain, de 0 à 100 ans.

Derrière ce cri de chaque jour se trouve un appel. Derrière toutes ces demandes, et ces “regardez-moi” il y a le désir de recevoir de l’amour. Les gens pensent que c’est la santé ou l’argent qui nous font vivre. Mais si l’on prend suffisamment de recul, on s’aperçoit alors qu’on peut survivre avec une mauvaise santé, ou avec peu d’argent, tandis qu’on ne peut pas vivre longtemps sans amour.
Nous passons donc toute notre existence à mendier un peu d’amour à droite ou à gauche, comme si l’amour pouvait être donné comme une aumône, alors qu’il doit être offert comme un cadeau. Nous sommes là, sans cesse, à guetter un regard, à quémander un peu d’amour de nos parents, de nos amis, de nos bien-aimés. Car nous savons bien que c’est la seule chose vraiment nécessaire pour faire tenir notre vie debout.
Derrière tant d’agitations de nos existences, derrière la plupart de nos petites maladies psychosomatiques, derrière nos projets qui paraissent si rationnels parfois, il y a cette quête effrénée d’un amour qui puisse irriguer notre existence.
Pour nombre d’entre nous cette quête d’amour prend tout son sens quand elle se révèle sous son vrai visage, car derrière la quête d’amour, pour nous, il y a la recherche de Dieu. Simplement que parce que Dieu est amour, parce que nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous, que nous y avons cru, et que celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui. (1 Jean 4:16)

Aime-moi, disons-nous à toutes les créatures qui nous entourent. Aime-moi, demandons-nous aussi à Dieu, alors que c’est lui la source de l’Amour et que de toute éternité, il n’a fait que nous aimer, depuis qu’il nous a fait naître sous sa bénédiction. Mais ça, nous avons du mal à le réaliser. Nous avons du mal à reconnaître que nous sommes submergés de l’amour de Dieu. Nous sommes comme ce poisson qui toute sa vie a cherché l’Océan, le fameux océan, le merveilleux océan, mais qui n’a jamais trouvé autre chose que de l’eau salée. Nous sommes tellement environnés de l’amour de Dieu que nous n’arrivons pas à le voir.
Alors nous nous agitons. Parce que nous croyons qu’en attirant l’attention, on attire aussi l’affection. Aime-moi, mon frère, aime-moi, ma sœur, aime-moi, toi le passant. Aime-moi, Seigneur. Nous voudrions attirer tout l’amour du monde vers nous, alors que nous sommes déjà engloutis, submergés, couverts de la bénédiction et de l’amour de Dieu.
Dieu, lui a raison de se préoccuper qu’on l’aime, car nous avons plus de mal à l’aimer que lui n’aurait de difficulté à nous aimer. Lui est amour. Nous, nous sommes des comptables de la grâce. Débit, crédit, dettes et créances.
Aime-moi, nous demande Dieu dans le commandement de Jésus-Christ : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. Et tu aimeras ton prochain comme toi-même. Aie confiance et je te donnerai la capacité d’aimer. Oui, tu aimeras la source et tu aimeras le ruisseau. Car si tu n’aimes pas la source, tu ne peux aimer le ruisseau. Si tu n’aimes pas Dieu, qui est la source de l’amour, tu ne pourras pas vraiment aimer ton prochain, qui découle de Dieu.

Mais voyez quelle différence il y a entre la demande d’amour telle que Dieu la formule et la demande d’amour telle que nous la formulons.
Quand nous disons “aime-moi”, nous voulons que tout se centre sur nous-mêmes, que les regards, les attentions, les bénédictions se tournent vers nous, que nous soyons au moins l’espace d’un instant au centre du monde. Sauf que ce n’est pas à nous qu’il revient d’être au centre dans le monde, c’est à Dieu.
Et quand Dieu, lui, nous dit “aime-moi”, ce n’est pas pour qu’il se complaise dans sa supériorité de Dieu, mais c’est pour que jaillisse du sens, pour que la relation s’enclenche,… car il nous a aimés le premier.
Nous voulons qu’on nous-aime-un-point-c’est-tout ; Dieu veut qu’on l’aime pour que le monde ait du sens. Ça signifie : pour que nous soyons libérés de cet égocentrisme qui conduit à la mort, pour que l’amour devienne la nouvelle loi d’échange dans ce monde. Dieu n’a pas un ego à flatter, il a un projet pour lui-même et pour le monde, l’écriture du poème de la création.

Tout réside dans cette différence qualitative infinie entre le “C’est moi” de Dieu et le “C’est moi” des hommes et des femmes, entre un “c’est moi” qui ferme et un “c’est moi” qui ouvre, qui libère.
Vous savez, quand vous allez chez quelqu’un que vous connaissez, ou quand vous lui téléphonez, il vous demande “Qui est-ce ?” et vous, vous répondez “C’est moi”. L’espace d’un instant vous êtes pris de folie…, en oubliant qu’il y a près de 6 milliards de personnes qui sont en mesure de donner la même réponse que vous. L’être humain a l’arrogance de croire qu’en disant “c’est moi”, tout le monde devrait le reconnaître. L’être humain oublie toujours qu’il n’est pas le centre du monde. Il se croit peut-être au centre de son monde à lui, mais il n’est jamais le centre du monde dans l’absolu. Nous, nous disons “Moi” ou “C’est moi” par opposition aux autres, pour nous différencier, pour marquer que “Moi c’est moi, et toi t’es toi, tu as compris, tais-toi”. [J. Salomé].
Dieu, lui, dit “Moi” ou “C’est moi”, non pas pour que l’autre se taise, mais pour qu’il soit apaisé, pour qu’il soit libéré de ses angoisses, de son Égypte, afin qu’il puisse prendre la parole, qu’il puisse relever le défi de l’amour, le défi de la loi d’amour pour le monde. Dieu seul est habilité à dire “C’est moi” depuis la révélation du Mont Sinaï, ou plutôt, comme le dit E. Wiesel, il est le seul qui puisse dire “C’est moi” en désignant la plénitude et non pas le déchirement. Dieu seul est habilité à le dire, et c’est le nom même qu’il se donne, le nom qu’il offre à son peuple “C’est moi”. Tu leur diras : “C’est moi” m’a envoyé vers vous, “C’est moi” est celui qui vous libère. Dieu, qui veut qu’on l’appelle “C’est moi”, nous libère de toute nos revendications égocentriques, de tous nos “c’est moi” à nous.

Jésus dit :
C’est moi, n’ayez pas peur, Matthieu 14:27
C’est moi le Messie, Jean 4:26
C’est moi le pain de vie, Jean 6:35
C’est moi la lumière du monde, Jean 9:5
C’est moi la porte, Jean 10:7
C’est moi le Fils de Dieu, Jean 10:36
C’est moi la résurrection et la vie, Jean 11:25
C’est moi le chemin, la vérité et la vie, Jean 14:6
C’est moi le cep, Jean 15:1
C’est moi l’Alpha et l’Oméga, Apocalypse 1:8
C’est moi le bon berger, Jean 10:11
C’est moi le premier et le dernier, Apocalypse 1:17
etc.

Aujourd’hui Dieu vient à nous comme au Sinaï et nous redit :
“N’aie pas peur, « c’est moi » qui te libère ; et je te libère de toutes tes entraves, des chaînes que d’autres ont mis à tes pieds, des liens que tu as hérités de tes parents. Et je te libère aussi de toi-même. Ton Dieu, ce n’est plus toi ; ton Dieu, c’est moi”.

Amen !

Dieu sauve (3) des ruptures

Dieu sauve
Nos contemporains sont sûrs que la question des origines est une préoccupation théologique première pour les Juifs et les chrétiens. Le texte de la Genèse est bien connu de tous, même au-delà du cercle des croyants. Pour autant, la question des origines n’a pas beaucoup préoccupé le peuple de Dieu à travers les siècles, mais bien plutôt la question de la survie, du salut : “Comment fait-on pour être sauvé ?”. Nos contemporains se demandent plutôt : “De quoi Dieu nous sauverait-il ?”.

Texte de référence : Premier testament, Genèse 3:1-7, et Nouveau Testament : 2 Corinthiens 5:17-20
Prédication donnée l’été 2005 à l’Eglise Réformée du Marais

Prédication

La première semaine de juillet vous avez été sauvés de l’esclavage.
La semaine dernière, Dieu vous a sauvé de la mort.
Aujourd’hui, Dieu vous sauve des ruptures.

Mais qu’entendons-nous par là ?
En effet, ce sont les religions qui annoncent couramment que tout ira bien dans tous les registres de notre vie si l’on est bien obéissant envers les clercs, si on fait correctement sa prière et si on donne un dixième de ses revenus, déductibles des impôts à hauteur de 60 % des dons dans la limite de 10 % du revenu imposable. Si vous faites bien tout ça, vous ne connaîtrez plus les pleurs, ni la douleur, vous n’aurez plus de dent cariée, de grandes disputes pour savoir qui doit faire la vaisselle, etc. En gros, si vous faites bien ce qu’on vous dit, il n’y aura ni problèmes ni contraintes dans votre vie. Voilà un bon vieux langage religieux comme on les aime. Pourtant on dit bien qu’après 50 ans, si un matin vous vous réveillez et que vous ne ressentez aucune douleur nulle part, aucun engourdissement ou tension, c’est que vous êtes mort…

Soyons réalistes, les problèmes, les contraintes et les ruptures, nous en aurons toujours.
Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, Dieu de Moïse et de Jésus-Christ, n’a jamais prétendu qu’avec son aide et dès notre séjour terrestre nous vivrions dans une sorte de Nirvana à l’abri du mal. Il ne nous a jamais appelé à fuir le monde et ses responsabilités, à nier la dureté de la vie, ou à proclamer contre tout bon sens que la souffrance est une vieille histoire. Au contraire, Dieu a toujours appelé les générations successives de croyants à prendre acte de toutes les conséquences que peut avoir cette souffrance et ces ruptures. Tant qu’à faire d’avoir à vivre avec elles, autant les appeler par leur nom.
Dans un zèle de despotisme mal éclairé, certains de la génération d’après 1968 ont essayé de nous faire croire qu’il ne fallait plus parler de péché dans l’Église, parce que c’était dépassé, que ça ennuyait les gens qui ont fait un effort pour venir nous entendre parler, et que surtout, ça a l’immense désagrément d’être désagréable, voire même, parfois, « Horreur ! » culpabilisant… C’était une grande découverte, vous en conviendrez, de s’apercevoir que la culpabilité nous met mal à l’aise.

C’est ainsi que, malgré toutes les révolutions de l’histoire des mentalités, le Dieu d’Israël et des chrétiens continue à nous assurer que le péché existe bien, et que les ruptures de notre vie ne sont pas insignifiantes.

Et c’est justement parce que cela existe que le projet de Dieu consiste à nous en sauver. A quoi servirait-il à Dieu de nous sauver de quelque chose qui n’existe pas ? A quoi nous servirait-il ne nous réjouir d’avoir été sauvés d’un péril qui n’a jamais existé ? Puis-je dire aujourd’hui que je suis « sauvé de la peste » ? Non : j’en suis préservé.
Pour pouvoir être sauvé de quelque chose ou de quelqu’un, il faut avoir été pris, avoir été prisonnier de cette chose ou de cette personne. Dieu nous sauve donc des ruptures et du péché parce que nous y sommes enfoncés jusqu’au cou.
Encore faudrait-il être bien d’accord sur ce que signifie ce mot péché. En hébreu comme en grec, c’est-à-dire dans le Premier comme dans le Nouveau Testament, le mot péché vient d’une racine qui veut dire « manquer son but » ou encore « rater la cible ».
L’image est simple, c’est celle du tireur à l’arc qui concentre toute son énergie sur le centre de la cible que doit atteindre sa flèche. Toute son existence est suspendue à un fil et n’a à cet instant qu’un objectif : atteindre le but. Mais dès que la corde de l’arc est lâchée, la flèche part. Et alors, il n’y a plus grand chose de maîtrisable. La flèche peut partir de travers dès le début parce qu’on a mal visé. Ou alors elle peut être détournée par un vent contraignant. Et alors elle sort de la cible, elle manque le but. C’est ça, le péché, étymologiquement. On peut faire l’imbécile et tirer en l’air : c’est le n’importe quoi du péché volontaire. On peut essayer de bien faire mais être dérangé au moment même où on lâche prise ; et il suffit d’une petite fourmi qui vous chatouille pour que le bras soit dévié. On peut aussi trembler de peur, mal viser, que sais-je encore. On peut encore faire partir la flèche tout à fait correctement, et ce sont alors des forces qui nous entourent qui la font dévier sans qu’on ait aucune prise sur les conséquences de notre geste.

Spirituellement, vous comprendrez bien que la cible de notre vie ne consiste pas simplement dans le fait de se donner des objectifs et de les atteindre. La cible, c’est plutôt le projet que Dieu a prévu pour nous, cette volonté dont nous demandons, parfois machinalement, qu’elle « soit faite sur la terre comme au ciel ». C’est donc Dieu qui place la cible, qui donne les objectifs, c’est lui qui fait des projets pour nous comme l’ont dit les prophètes, projets de paix et non de malheur (Jérémie 29:11). Notre problème consiste souvent à nous demander dans quelle direction faut-il viser. D’autant plus que nous avons la fâcheuse habitude de ne pas demander explicitement au Seigneur vers où il souhaite que nous dirigions nos regards, notre énergie et nos combats.
Dieu, lui, sait où nous devons tenter d’envoyer nos flèches. Mais nous, pour toutes les raisons que nous avons évoquées, nous avons du mal à atteindre les objectifs qu’il nous a fixés.

Voyez le pathétique tableau d’Adam et Eve qui avaient une consigne simplissime : ils pouvaient tirer partout, sauf dans l’arbre au centre du jardin. Et c’est justement ce qu’ils ont fait. Traditionnellement, on doit tirer simplement sur un point, mais là, comme c’était un début, la consigne était encore plus élémentaire ; et malgré tout ils ont échoué.
Nous avons donc besoin sans cesse de réajuster le tir dans notre vie. Dieu nous sauve donc de cette situation d’échec en nous redonnant notre chance ; il rajoute des flèches dans notre carquois. Il nous permet d’aller nous rhabiller, comme pour Adam et Ève. Et figurez-vous qu’il va même parfois jusqu’à déplacer la cible pour nous la rendre plus atteignable. Il paraîtrait même qu’on l’a vu, parfois, souffler de tout son souffle sur des flèches qui partaient mal mais dont il essayait de corriger la trajectoire…

Le péché, dans notre vie, consiste toujours en une rupture de contrat.
Dieu donne un objectif, il nous donne les moyens de l’atteindre, mais nous n’y arrivons pas. Il arrive nous changions de projet, carrément ; ou encore que, tout simplement, nous n’y mettions pas du nôtre pour y parvenir. Et c’est en cela que le péché est une rupture. Laissons aux oubliettes le péché qui serait une faute morale ou un écart à la bienséance des conformistes. Le péché biblique, celui dont Dieu nous sauve, est une rupture de relation. C’est en cela que les dix commandements ou le commandement d’amour du Christ nous aident à tracer les contours du péché.

Tu veux adorer une autre puissance ? Mais c’est une rupture de confiance par rapport à l’Éternel, ton Dieu…
Tu veux te prosterner devant des images taillées ? Mais c’est une rupture par rapport aux projets de liberté que t’offre l’Eternel, ton Dieu…
Tu ne veux pas te reposer dans la semaine ? Mais c’est une rupture par rapport à la célébration de la liberté que tu ne peux vivre que depuis que tu as été libéré de l’esclavage…
Tu veux tuer ? Mais c’est une rupture par rapport au désir de vie que le Seigneur a placé sur toute sa création…
Tu ne veux pas aimer ton prochain comme toi-même ? Mais c’est une rupture par rapport à tous les humains qui ne sont rien d’autres que tes frères…

Dieu nous sauve de toutes ces ruptures.
En Jésus-Christ nous sommes réconciliés avec ce Dieu qui aurait tous les éléments dans son carquois à lui pour nous décocher une flèche de sa rancune et de son ressentiment. Mais il ne le fait pas. Son projet, sa cible à lui est toute autre. Et il ne manque jamais son tir. Son projet à lui est un projet de pardon, fondamentalement un projet de pardon et d’ajustement, de réconciliation.
Et Jésus-Christ est le meilleur professeur de tir à l’arc qu’ait jamais connu l’humanité. C’est lui qui nous réapprend le regard à poser sur les réalités du monde, c’est lui qui nous réapprend les gestes pour viser juste. C’est lui qui nous réapprend les combats équitables auxquels nous sommes appelés.
Oui, en Jésus-Christ, Dieu nous sauve des ruptures que nous vivons avec lui-même ou avec les autres, ces ruptures dans lesquelles notre quotidien est parfois empêtré jusqu’à l’étouffement. Il nous en sauve et nous en libère, afin que nous soyons libres.
Que ce salut soit votre assurance.

Amen !

Dieu sauve (2) de la mort

Dieu sauve
Nos contemporains sont sûrs que la question des origines est une préoccupation théologique première pour les Juifs et les chrétiens. Le texte de la Genèse est bien connu de tous, même au-delà du cercle des croyants. Pour autant, la question des origines n’a pas beaucoup préoccupé le peuple de Dieu à travers les siècles, mais bien plutôt la question de la survie, du salut : “Comment fait-on pour être sauvé ?”. Nos contemporains se demandent plutôt : “De quoi Dieu nous sauverait-il ?”.

Texte de référence : Nouveau testament, Jean 11:1-47
Prédication donnée l’été 2005 à l’Eglise Réformée du Marais

Prédication

Soyez rassurés, chers consommateurs, la Science travaille pour vous et on est à deux doigts d’avoir trouvé le remède miracle au vieillissement ; ce n’est qu’une question d’années. Mélatonine, phytonutriments, oméga 3 sont vos alliés pour gagner l’éternité. C’est pour demain.
Oui, depuis la Grèce antique en passant par tous les ésotérismes, et jusqu’au scientisme actuel, l’éternité, c’est très proche, c’est pour demain.
C’est certainement en cela que la parole de Jésus-Christ vient en rupture par rapport à toutes les sagesses de ce monde. Ne serait-ce que parce que dans cette parole claire et accessible, on découvre que l’éternité n’est pas proche, qu’elle n’est pas que pour demain, mais qu’elle est là ici et maintenant. Si l’éternité commence demain, c’est qu’elle n’est pas éternelle. Comme le disait le grand théologien Woody Allen, « l’éternité, c’est long, surtout vers la fin ». Mais au fait, pourquoi l’éternité ne serait longue que vers la fin, et pas aussi vers le commencement ? Voici donc la bonne nouvelle tout à fait nouvelle et tout à fait bonne que Jésus-Christ est venu apporter, l’éternité, c’est déjà là depuis longtemps, et si ce n’est pas maintenant, ça ne sera jamais.

Mais, au diable les propos métaphysiques et voyons comment Jésus nous fait découvrir cette réalité d’une éternité concrète et présente dans l’expérience faite à Béthanie auprès de la famille de son ami Lazare et de ses sœurs, Marie et Marthe :
Les trois amis de Jésus, les trois frères et sœurs, sont des Juifs pieux qui veulent bien faire et vivre leur foi dans le respect des valeurs qui leur ont été transmises. Ils savent que, comme on le leur a enseigné à la synagogue, il y aura un jour où tous ceux qui sont mort seront promis à la résurrection. Nous oublions souvent que cette croyance en une vie après la mort, en une résurrection, n’est pas une originalité chrétienne. Elle était déjà au cœur de la foi de l’Israël d’après l’exil, hormis quelques groupes qui n’y croyaient pas. Et encore aujourd’hui, Juifs et musulmans croient en la résurrection.
C’était donc aussi le credo de Marie et Marthe, qu’elles affirment face à Jésus alors que leur frère vient de mourir. Elles le savent : Dieu nous sauve de la mort.
Mais cela ne suffit pas à consoler leur cœur attristé. Car non seulement cette mort attriste leur cœur, mais elle doit préoccuper aussi leur esprit, puisqu’il semble que Lazare était le seul homme de la maison et qu’elles ne sont peut-être pas mariées. Que vont-elles pouvoir devenir ?
La mort nous laisse avec des tas de questions qui ne sont pas nécessairement spirituelles et désincarnées. Il n’y a pas à se culpabiliser d’avoir des préoccupations matérielles dans ces moments. Un deuil n’est pas plus beau ou plus vrai s’il n’est fait que d’affects. Alors la résurrection au dernier jour ne suffit pas à régler les problèmes de Marie et de Marthe, pas plus qu’elle ne semble apaiser leur cœur. Ce n’est que la parole et le geste de Jésus qui vont donner sens à une expérience jusque là destructrice. Car la résurrection comme doctrine, la résurrection comme idéologie ou comme dogme n’est-elle pas finalement une piètre consolation religieuse comme en prodiguent l’ensemble des spiritualités de ce monde ? N’est-elle pas un opium pour le peuple ? Cette analyse est juste, elle est un calmant, mais qui ne calme manifestement rien.
C’est tout simplement que la résurrection dont Jésus veut nous parler ne concerne pas une éternité lointaine qui commencerait demain et qui serait longue vers la fin. La résurrection dont Jésus est venu parler est une irruption de l’éternité dans le présent. Ce n’est pas avec des concepts que l’on console, mais c’est avec de l’amour. Ce n’est pas avec des vérités philosophiques que l’on retrouve de l’espérance, mais par une qualité de présence au monde que Dieu seul peut nous donner. L’éternité, allons-nous découvrir, n’est pas une question de durée, de longueur ou de quantité mesurable. L’éternité est une question qualitative. Et c’est en cela qu’elle est faite pour ici et maintenant.

Car la résurrection n’est pas un discours de consolation, mais une pure folie pour tout esprit sensé : Dieu nous sauve de la mort après la vie, mais il nous sauve aussi de la mort ‘avant la mort’. En faisant sortir Lazare du tombeau, Jésus manifeste cette irruption de la vie au milieu de notre mort. Pas seulement notre mort pour demain, mais notre mort quand elle est là aujourd’hui. La mort de demain et l’éternité de demain ne sont pas notre affaire, elles regardent le maître de demain qui est Dieu. Ce qui nous concerne, c’est la mort d’aujourd’hui et l’éternité d’aujourd’hui. Et c’est Jésus qui détient les clefs de leur irruption. « Dieu sauve de la mort » n’est pas une promesse, cela doit être notre quotidien :
Dieu sauve Lazare avant sa mort finale (car Lazare a aussi fini par mourir).
Dieu sauve Lazare de la mort qui vient s’immiscer en lui avant l’échéance fatale.

« Tremblez, mélatonine, phytonutriments, oméga 3, car vos promesses ne seront pas tenues. » L’homme ne détient pas les clefs de la vie éternelle. Seul l’homme Jésus les a eues en main. Et Lazare l’a expérimenté.
Dieu nous sauve de la mort après la vie, il nous sauve de la mort avant la mort, mais la découverte qui peut nous apporter plus qu’une consolation, qui peut nous faire accéder à une grande joie dès à présent, c’est que Dieu nous sauve de la mort au cœur de la vie. Ce texte ne nous parle pas que de la résurrection de Lazare. J’espère que vous pourrez le relire chez vous. Il nous parle de Jésus ressuscité et de Lazare ressuscité, mais il nous parle encore d’autres résurrections. Il nous fait assister à la résurrection de Marie et à celle de Marthe : ce sont les deux sœurs aussi qui sont ressuscitées. Ce sont elles aussi qui passent de la mort à la vie, car la mort n’est pas qu’une question de putréfaction chimique, c’est aussi une question de putréfaction mentale et spirituelle. Et Marie et Marthe n’étaient pas vivantes tant qu’elles n’étaient pas convaincues de cette irruption dans l’aujourd’hui d’une vie que Dieu veut éternelle. Nous ne voulons pas de la vie future des bonimenteurs, mais bien de la vie du Royaume qui a déjà commencé. Et nous la voulons tout de suite.
A Béthanie c’est une vraie réaction en chaîne, comme un jeu de dominos que l’on doit faire tomber.

La présence de Dieu ressuscite Jésus lui-même en le faisant passer des pleurs à la confiance.
Puis la présence de Dieu ressuscite Lazare.
Jésus sort du tombeau des larmes. Lazare sort du tombeau des bandelettes.
Puis c’est au tour des deux sœurs de sortir du tombeau de leur croyance qui n’est pas confiance mais théorie métaphysique. Et ce n’est pas fini !
C’est au tour de l’évangéliste Jean de ressusciter en étant tellement joyeux de cette irruption de la vie dans la morbidité de ses jours qu’il place ce texte comme pilier central de son évangile, au chapitre 11. Et ce n’est pas fini, dominos, domini, dominum : le Seigneur ressuscite d’autres encore, (on en est à 6 !).
Vous ! moi ! Ressuscités, sauvés de la mort par la joyeuse assurance que la vie de Dieu est là, au centre, au cœur, d’une façon irrémédiable !

En fin de compte, il n’y a que ça qui intéresse le monde qui nous entoure, de savoir que quelque chose de la vie, irrémédiablement, en Dieu, obtient la victoire sur la mort dans toutes nos réalités contradictoires et brouillées.
N’en déplaise à Péguy, « la mort n’est pas rien » et croire qu’il ne s’agit finalement que d’un sommeil est un des pièges dans lesquels toutes les générations sont tombées. Même les disciples sont tentés de croire cela. C’est la réalité de la mort et sa dureté qui font de la résurrection quelque chose de réel et d’inébranlable. En effet qu’y aurait-il de triomphal à réveiller quelqu’un qui ne dort que d’un œil ?
La mort reste terrible. Mais elle n’est plus éternelle.
Dieu est venu à bout de « l’éternité de la mort ».
Il l’a remplacée par l’éternité de la vie. Laissons tomber l’« immortalité de l’âme » qui n’est pas du tout biblique : c’est un dogme tout à fait hellénistique. Tout en nous est mortel, c’est pour cela que nous avons tellement besoin de Dieu, pas simplement pour notre corps, notre âme ou nos cœurs, mais pour tous les registres mortels de notre existence, y compris nos relations et nos entreprises.

Cette vérité est incroyable, je l’admets. Elle est contraire à tout bon sens. Elle va à l’encontre de toutes les sagesses, mais tant pis.
C’est parce que cette réalité de la victoire de la vie sur la mort est incompréhensible et inacceptable pour la raison que l’on a fait mourir Jésus. C’était tellement insupportable qu’il a fallu qu’il paye pour l’affront fait aux lois de l’évidence et à la théologie naturelle. C’est pour cela que Jésus est mort. C’est pour avoir proclamé la victoire de la vie que Jésus est mort. Et c’est aussi pour cela que Dieu l’a fait passer de la mort à la vie. Parce que la vie est toujours victorieuse, malgré toutes les morts et tous les désirs de mort qui tombent sur nous. C’est pour avoir dit que la vie est victorieuse que Jésus est mort, et c’est pour cela qu’il est vivant. Afin que nous ayons la vie. Afin que j’aie la vie, afin que tu aies la vie.

Maintenant et toujours ! Amen !

Dieu nous sauve (1) de l’esclavage

Dieu sauve
Nos contemporains sont sûrs que la question des origines est une préoccupation théologique première pour les Juifs et les chrétiens. Le texte de la Genèse est bien connu de tous, même au-delà du cercle des croyants. Pour autant, la question des origines n’a pas beaucoup préoccupé le peuple de Dieu à travers les siècles, mais bien plutôt la question de la survie, du salut : “Comment fait-on pour être sauvé ?”. Nos contemporains se demandent plutôt : “De quoi Dieu nous sauverait-il ?”.

Texte de référence : Premier testament, Esaïe 58:6-12
Prédication donnée l’été 2005 à l’Eglise Réformée du Marais

Prédication

Comment vous présentez-vous quand on s’adresse à vous à l’improviste et qu’on vous dit : « Bonjour, à qui ai-je l’honneur ? »
— Je suis la dame du troisième et j’espère que notre bébé ne vous dérange pas trop la nuit.
— Je suis Monsieur Dupont et je suis désolé, mais je n’ai pas pu venir hier.
— Je suis Fred, je suis un américain et je visite Paris.
Et vous ? Qui dites-vous que vous êtes ? Comment vous présentez-vous ?
Vous dites qui vous êtes, et vous vous sentez être plutôt, suivant les contextes, un prénom, ou plutôt une fonction, plutôt une expression qui vous situe. Et vous complétez souvent par une phrase, car dans ne société on ne peut pas être tout court, il faut faire quelque chose.
— Je suis untel, et voilà ce que je fais.
— Je suis le nouveau pasteur de l’Église là-bas et je déballe mes cartons.

Dieu, dans son souci d’être compréhensible et proche de nous — d’aucuns parleront d’incarnation ou d’anthropomorphisme, mais c’est une fuite de dire de façon compliquée des choses qui sont simples —, Dieu, disais-je, se présente exactement comme nous :
— Je suis… et je fais ça…
Quand vous vous adressez à lui, quand vous priez, en somme, cela se passe de la façon suivante : [c’est vous qui commencez]
— Bonjour, à qui ai-je l’honneur ? dites-vous.
— Je suis l’Éternel ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude, dit Dieu.

Les présentations sont faites, on peut commencer à bavarder.
L’être de Dieu se joue donc dans un « Je suis » qui n’est pas qu’un prénom (son prénom à lui : l’Éternel) ou une fonction (Dieu), mais tout cela à la fois et même un petit peu plus :
— Je suis l’Éternel ton Dieu.
— Et dans la vie, ça fait quoi un Dieu ?
— Eh bien ça libère son peuple du pays d’Égypte, de la maison de servitude.
— Et, vous faites ça souvent ? Une fois que le travail est fait, vous devez être tranquille ?
— Figurez-vous, répond Dieu, que le problème, c’est qu’il faut sans cesse sortir d’Égypte : Jacob a dû sortir d’Égypte, Joseph le patriarche a dû sortir d’Égypte, Moïse a dû sortir d’Égypte, Jésus même a dû sortir d’Égypte. Mon peuple a un éternel besoin de sortir d’Égypte.
N’est-ce pas étonnant ce schéma transversal, valable pour tous : sortir d’Égypte ! De nos jours et au premier abord, on pense que sortir d’Égypte est une prérogative réservée aux touristes en croisière sur le Nil. Mais comme vous le savez, Dieu ne se contente pas seulement de l’Égypte géographique, mais plutôt de ce que certains ont appelé l’Égypte intérieure. Il nous faut sortir de tous les esclavages, de toutes les servitudes. Il nous faut quitter l’emprise de tous les pharaons, de Ramsès à Napoléon, de Toutankamon à Hitler, d’Akhénathon à Georges… comment s’appelle-t-il déjà ? J’ai oublié. Peu importe. Il nous faut abandonner toutes les servitudes des panthéons de tous les temps. Il y a une urgence à être sauvé du polythéisme pratique. Et la trajectoire du Dieu d’Israël, c’est de nous libérer de toutes les pyramides, celles que l’on doit construire sous un soleil de plomb ou ces pyramides, futiles et subtiles, de nos sociétés hiérarchiques et hiératiques.
Le Dieu de Moïse, le Dieu d’Israël et le Dieu de Jésus Christ est bien le même Dieu, il n’est pas un quarteron de divinités naturelles, instrumentalisées par les pouvoirs humains pour que règnent les régnants, pour que triomphent les forts, pour que s’élèvent des Khéops et Kephren qui sont les tombeaux des idoles, les tombeaux des impérialismes, et les tombeaux de la liberté.

— Sortez d’Égypte ! crie Dieu depuis la création du peuple.
— Sortez d’Égypte ! de toutes vos Égyptes et de toutes vos servitudes.
— Sortez maintenant, ne pensez pas que la pâte ait le temps de lever et de cuire avant de partir, partez maintenant.
Désormais s’ouvre le temps du salut, le temps de la sortie, de la course devant tous les Ramsès de tous les temps. Et cette libération, c’est maintenant. C’est toujours maintenant. C’est maintenant depuis trois mille deux cents ans. Car Dieu ne supporte plus de voir son peuple esclave, esclave des petits tyrans locaux, esclaves des prêtres de toutes religions, esclaves des bonnes consciences de tous les temps, esclaves des projets pharaoniques d’hommes qui se mettent à la place de Dieu.
— Sortez d’Égypte ! C’est moi qui vous libère de l’esclavage.
Libérer les esclaves est désormais la tâche première des croyants. C’est une tâche hautement politique et franchement spirituelle. C’est une tâche extrêmement pratique et totalement urgente puisque c’est maintenant, maintenant, et toujours maintenant, depuis l’Exode.

Voilà le vrai culte, voilà ce qui plaît à Dieu :
— Détache les chaînes de la méchanceté,
Dénoue les liens de la servitude, renvoie libres les opprimés,
Et que l’on rompe toute espèce de joug, [et tant d’autres choses encore].
Le culte qui plaît à Dieu n’est pas de lui élever des pyramides ou de le nommer avec des superlatifs comme en attendent les pontifes. Le culte qui plaît à Dieu se trouve dans l’abaissement de ceux qui rejoignent les esclaves pour contribuer à rompre leurs chaînes. Parce qu’on ne peut pas les regarder de haut et les appeler à la liberté, puisque Dieu lui-même est descendu des hauteurs célestes où l’humanité voulait le confiner, afin de libérer ses enfants enchaînés.
En tant que chrétiens, nous avons reçus l’assurance d’être accueillis comme enfants de Dieu. « Voici mon Fils bien-aimé en qui je mets toute mon affection » (Matthieu 3:17). Vous êtes enfants d’un Dieu qui hurle chaque jour à son peuple : « Sortez d’Égypte ! maintenant ! Traversez ! ». Vous êtes les traversants, ceux qui viennent de l’autre côté, ceux qui passent sur l’autre rive : et en hébreu, ça se dit hibry, les hébreux, hibry, ceux qui vont passer leur temps à traverser de l’esclavage à la liberté, de la servitude au service. Vous êtes ceux qui ont leur esclavage derrière eux car ils ont changé de bord. Oui, nous tous, nous sommes les enfants de la libération, nous sommes le peuple qui a été expulsé de la matrice totalitaire qui veut tout régenter à toutes les époques. Nous sommes les enfants qui sont nés d’une expulsion hors du ventre confortable de l’Égypte, de cette Égypte où rien n’est à désirer, rien n’est à vouloir, puisqu’on décide de tout pour vous. Nous sommes les enfants du Dieu de Moïse, de ceux qui traversent miraculeusement pour naître à leur destinée, un peuple qui ose sortir quand la Mer(e) Rouge a perdu les eaux. Nous sommes enfin le peuple de ceux qui sont passés par les eaux vivifiantes du baptême qui nous a fait naître.
Le Dieu de Moïse, le Dieu de Jésus, votre Dieu, mon Dieu, est celui qui tient les clefs de toutes nos libertés, de toutes nos libérations. Et à des français, à ce peuple occidental qui a été le plus marqué par l’égyptomanie, celle de Louis XIV, celle de Napoléon ou des loges maçonniques, Dieu continue à dire :
— Sortez d’Égypte, même quand elle ne s’appelle plus Égypte !
A nous qui sommes sur l’axe de l’obélisque, de la pyramide transparente et des sarcophages sous la colonne de juillet, Dieu dit :
— Continuez à sortir d’Égypte, surtout si elle s’est donné un autre nom. Je suis l’Éternel ton Dieu qui t’ai fait sortir, qui t’ai libéré de la maison de la servitude.
Au peuple qui a pensé pouvoir sortir d’Égypte en coupant lui-même la tête de ses rois, Dieu dit : « Sortez d’Égypte, mais comme je l’ai voulu, selon mes façons de faire, mes procédés, dans le refus de la violence. C’est moi qui tiens la clef de votre libération et de votre liberté ».

En hébreu, Égypte se dit Mitzraïm, et ce mot veut aussi dire « les angoisses, la dépression ». Tiens, tiens… c’est au peuple qui consomme le plus d’antidépresseurs au monde que le Dieu de Moïse et de Jésus rappelle que c’est lui qui détient la posologie de notre libération : « Je suis l’Éternel ton Dieu qui te fais sortir du pays des angoisses, je suis l’Éternel ton Dieu qui te libère du pays de la dépression ; et c’est moi qui le fais ».

Oui, Dieu nous sauve de tous les esclavages, et c’est tellement dans son projet pour nous qu’il a même décidé de l’inscrire jusque dans le nom de son fils, afin que nul ne puisse oublier que son plaisir, sa délectation n’est pas dans nos pieux épanchements ou dans nos bâtons d’encens, mais dans notre capacité à nous inscrire dans son projet de libération. C’est pour cela que le Fils de Dieu s’appelle du beau nom de Jésus. Yéshouah, Dieu sauve, Dieu élargit. Dieu sauve et élargit comme on le fait pour un esclave qu’on sauve et qu’on élargit quand on le libère. Ce projet n’est pas pour un peuple lointain du nôtre dans le temps ou dans l’espace. Ce projet de Dieu est pour nous qui sommes ici maintenant. Alors sortons d’Égypte ! Maintenant !
Amen !