Effectivement SOUMIS à la tentation

Prédication donnée au Temple du Marais le dimanche 25 février 2007.

Textes bibliques :
Luc 4:1-15 et Ephésiens 6:10-17 (lisibles tout en bas de cet article)

Prédication :
Alors qu’il vient d’être baptisé, c’est bien par l’Esprit Saint que Jésus est conduit au désert ! Ça a un goût de déjà-vu, on passe par les eaux et on est conduit au désert, j’ai déjà lu ça quelque part du côté de l’Egypte…
Jésus fait donc son passage de la mer Rouge à travers ce baptême. Mais c’est bien l’Esprit-Saint qui le conduit au désert, et le texte se fait très précis. Il ne dit pas : « une fois au désert, l’esprit du mal a repéré que Jésus était dans le coin et il lui est tombé dessus ». Non, il est bien écrit que Jésus fut conduit au désert par l’Esprit-Saint pour (!) y être tenté ! C’est donc que la tentation de Jésus fait partie du plan de Dieu et que le Père a mobilisé l’Esprit pour que le Fils passe au crible de la tentation. Cette idée nous dérange, au point que les commentateurs du Notre Père font des pieds et des mains pour faire dire à la prière de Jésus autre choses que ce qu’elle dit : « Ne nous soumets pas à la tentation ». C’est donc Dieu qui peut être à l’origine de la tentation. Ce n’est pas évident à accepter, et encore moins à repérer.
« Seigneur, nous aurions préféré que les choses soient bien lisibles, bien binaires, noires ou blanches, mais pas de gris. Toi tu gères les bénédiction et l’esprit du mal gère les malédictions. Tu es sur les bons coups et lui sur les mauvais, au moins la répartition est claire et chacun fait son travail comme il faut. » Mais… Dieu n’en a pas voulu ainsi.
D’où nous viennent donc les épreuves ? Elle ne nous viennent pas que de nos ennemis ou de l’ennemi du Christ. Elles peuvent aussi venir de Dieu. N’y a-t-il pas, d’ailleurs, en français une ambiguïté dans le verbe éprouver ? On peut être vraiment éprouvé par des difficultés, et c’est le sens principal, mais on peut aussi éprouver un métal, c’est-à-dire le tester, le passer au creuset pour que soient triées les scories et l’or fin ! Ne passe-t-on pas des épreuves du bac, qui ne sont pas seulement de terribles moments, mais plutôt et surtout des temps où l’on vérifie qui peut quoi, qui sait quoi. Éprouver, c’est donc aussi expérimenter et vérifier.
C’est la foi de Jésus qui est éprouvée dans cette expérience. Elle est testée mais elle n’est pas laminée. Et le Seigneur permet cela, mais il fait bien plus que permettre, c’est lui qui fait passer cette épreuve-là au candidat Jésus. C’est l’Esprit-Saint, dont Jésus est rempli à cause de son baptême, qui mène Jésus au désert pour (!) être tenté.
Ne cédons pas aux sirènes des compréhensions simplistes. Dans l’épreuve, n’allons pas tout de suite accuser les uns ou les autres. Ne disons pas trop vite qu’il s’agit d’un effroyable piège tendu par Satan, car il peut très bien s’agir, comme c’est le cas dans ce passage pour Jésus, d’un temps de « mise à l’épreuve », où Dieu nous soumets à la tentation, quand bien même nous lui aurions demandé, si possible, de ne pas nous y soumettre.
L’expérience n’est pas inintéressante, car c’est finalement pour l’homme Jésus l’occasion de tester et de vérifier à son tour que le Saint-Esprit de Dieu qu’il vient de recevoir va bien être fiable. Il peut compter sur lui, notamment pour l’inspirer dans ses réponses face à son tentateur. Mais surtout, le texte réinsiste sur le fait que Jésus, à la fin de cette épreuve et encore tout à fait « rempli du Saint-Esprit ». C’est bon. Ça tient bien. On y va. On peut avancer, donc.
Alors, dans ce qui nous arrive, quelle part revient au hasard ? Quelle part à la fatalité ? Quelle part à l’esprit malin ? Quelle part revient à Dieu ? Pas si simple. Mais quelle que soit l’origine de ce que nous vivons, nous n’avons finalement même pas nécessairement besoin de comprendre tout et de maîtriser tous les paramètres de la situation. Ce qui importe c’est d’être rempli du Saint-Esprit de Dieu, car quelle que soit l’épreuve, quelles que soient les circonstances, on pourra aller au-delà. Le Saint-Esprit est là pour donner la force de vivre ce que nous avons à vivre, il est celui qui donne les outils et la capacité de ne pas chuter dans le temps de l’épreuve, et ce n’est pas en nous que nous devons trouver les ressources pour ne pas tomber, mais c’est bien dans l’Esprit du Dieu vivant ! C’est cela l’attitude que le Christ lui-même a adopté, et c’est lui qui marche devant nous pour dessiner les postures et les choix fondamentaux que tout chrétien sera appelé à reprendre, à sa suite.
Alors comment Jésus a-t-il lutté, au-delà du fait d’être complètement en communion avec l’Esprit de Dieu ? La réponse est simple, et on n’y prête pas assez attention. Jésus, le fils de Dieu, a utilisé surtout… la bible, les Ecritures ! Il aurait pu jouer au super héros et inventer mille stratégies surnaturelles avec laser, effets spéciaux et tout le style hollywoodien, mais non, rien de tout ça. Alors qu’il est mené en bourrique par son ennemi, Jésus réveille sa mémoire des Ecritures, et il utilise le texte biblique comme une épée tranchante pour contrer les attaques de l’ennemi. Là on est dans le miraculeux : le Fils de Dieu, soi-même, qui utilise ses souvenirs d’école biblique !!! Donc, très certainement, pour nous aussi il doit en être de même. L’arme principale de notre résistance à la tentation, c’est la lecture, la connaissance, la mémorisation et l’utilisation pertinente de tous les trésors puissants qui se trouvent dans la bible ! Il ne s’agit pas d’une bataille de versets comme en font les pasteurs entre eux ou les théologiens en voulant singer tristement le combat spirituel de leur Messie avec son ennemi. Il s’agit en fait d’une remise à plat des critères d’évaluation de ce que nous vivons. Il y a le possible, il y a la multitude du possible et de l’impossible, il y a toutes les combinaisons du désir et du délire, mais il y une chose qui reste, c’est la parole de Dieu, et en particulier telle qu’elle s’exprime dans les Ecritures bibliques. Ça résiste, c’est du solide, c’est cette alternative qu’un rabbin parisien résumait ainsi : la spiritualité, soit c’est lire, soit c’est délire. Derrière le jeu de mot, il y a la reconnaissance que dans sa fragilité, le texte biblique est un véritable armement pour les combats de tous les jours, et surtout pour les combats des jours mauvais.
Mais attention, car si Jésus lutte avec les Ecritures, le diable voit que sa force est là, donc il vise là aussi, précisément, pour y créer une faiblesse. Car Jésus n’est pas le seul à avoir de bons souvenirs de l’école biblique. Le diable lui aussi a volé une bible chez un marchand quand il était petit, et il connaît bien sa bible, lui aussi puisque, vous l’avez entendu dans ce passage, il cite allègrement le psaume 91… Mais alors, le diable ne devient-il pas fichtrement puissant quand il se met à utiliser les mêmes armes que nous ? Sa mémoire est meilleure que la nôtre, et sa malignité ne va-t-elle pas nous mettre en échec ? C’est un risque, c’est vrai, mais c’est oublier un peu vite que la victoire de Jésus se joue dans l’utilisation combative des Écritures, mais surtout dans l’inspiration que le Saint-Esprit lui apporte. C’est la combinaison subtile et puissante de ces deux armes que sont la parole et l’Esprit que Jésus obtient la victoire. Et nous marchons à la suite de Jésus, reprenant les mêmes méthodes parce qu’il est notre maître et que nous avons tout appris de lui.
Le diable n’a pas l’Esprit du Créateur avec lui, et il perd s’il se met à singer les docteurs de la loi et prenant un verset pour faire chuter. Pour autant, notre attention doit s’aiguiser pour ne pas nous mettre à croire que la seule citation d’un verset deci-delà fait de nous des héros de la foi chrétienne. `
C’est l’esprit du mal qui abandonne la bagarre. Il a tout essayé, mais il a perdu. L’Esprit Saint tressaille de joie. Jésus a eu suffisamment confiance dans la force des Écritures, il a eu suffisamment confiance dans le souffle puissant de la présence de Dieu pour dépasser une chute qui semblait tellement évidente, tellement jouée d’avance, pour un charpentier de village qui s’essaye à la prédication itinérante… « O Seigneur, ne nous soumets pas à la tentation, mais si tu le fais, permets-nous de compter sur toi plus que tout, de compter sur toi plus que sur nous, d’être plus convaincus de ta puissance que de la force ou de la ruse de ton ennemi. Que ton souffle et ta parole nous inspirent. »
Amen

Ephésiens 6:10-17
Fortifiez-vous dans le Seigneur, et par sa force toute-puissante. Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les ruses du diable. Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes. C’est pourquoi, prenez toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir résister dans le mauvais jour, et tenir ferme après avoir tout surmonté.
Tenez donc ferme : ayez à vos reins la vérité pour ceinture; revêtez la cuirasse de la justice ; mettez pour chaussure à vos pieds le zèle que donne l’Évangile de paix ; prenez par-dessus tout cela le bouclier de la foi, avec lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du malin ; prenez aussi le casque du salut, et l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu.

Luc 4:1-15
Jésus, rempli du Saint-Esprit, revint du Jourdain, et il fut conduit par l’Esprit dans le désert, où il fut tenté par le diable pendant quarante jours. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, après qu’ils furent écoulés, il eut faim.
Le diable lui dit : Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre qu’elle devienne du pain. Jésus lui répondit: Il est écrit: L’Homme ne vivra pas de pain seulement.
Le diable, l’ayant élevé, lui montra en un instant tous les royaumes de la terre, et lui dit : Je te donnerai toute cette puissance, et la gloire de ces royaumes; car elle m’a été donnée, et je la donne à qui je veux. Si donc tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. Jésus lui répondit : Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul.
Le diable le conduisit encore à Jérusalem, le plaça sur le haut du temple, et lui dit : Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas ; car il est écrit : Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet, Afin qu’ils te gardent ; et : Ils te porteront sur les mains, De peur que ton pied ne heurte contre une pierre. Jésus lui répondit : Il est dit : Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu.
Après l’avoir tenté de toutes ces manières, le diable s’éloigna de lui jusqu’à un moment favorable.
Jésus, revêtu de la puissance de l’Esprit, retourna en Galilée, et sa renommée se répandit dans tout le pays d’alentour. Il enseignait dans les synagogues, et il était glorifié par tous.

C’est nous qui mettons les passages en italique dans le texte.

Le OUI de Dieu

Prédication du dimanche 7 janvier 2007

Matthieu 5 :37 – Que votre Oui soit Oui
2Cor 1 :17b-22 – Le Oui de Dieu

Après un séjour de sept ans en Normandie, j’ai vu que les gens de cette région sont souvent caricaturés comme étant des gens prudents dans leurs relations, économes en audace, et tenaces en affaires. Et ils sont célèbres dans la France entière pour leur fameuse formule : « Pt’être bien qu’oui, pt’être bien qu’non » qui est au normand ce que « Inch’Allah » est au musulman. Mais c’est le français en général, qui est indécis : « On ne sait jamais ; des fois, il arrive de ces choses… On ne peut jurer de rien. Avec l’OMC, la PAC, les OGM, la SNCF, la CSG et le SRAS, y’a plus de saisons, et puis les affaires ne sont plus ce qu’elles étaient. Le temps est instable. Et puis la planète se réchauffe… ».
Le normand connaît le caractère facétieux des nuages dans le ciel incertain. Son esprit fonctionne comme son climat. Il sait qu’il peut faire beau ou bien pleuvoir dans la prochaine demi-heure. Il sait que la vie est comme le ciel, c’est-à-dire qu’elle est faite de retournements soudains. D’où le « Pt’être bien qu’oui, pt’être bien qu’non ». C’est l’alternative comme credo. C’est l’indécision comme mode de vie.

C’est pour ça qu’il ne nous est pas facile à nous, français, de suivre le Christ. Car Jésus demande que notre Oui soit Oui et que notre Non soit Non. Tandis que le français veut que son Oui soit pt’être et que son Non soit pt’être.
Il en va de notre liberté que de pouvoir choisir entre le oui et le non. Tout le monde est d’accord avec ça : être libre, c’est avoir le choix de dire oui plutôt que non, ou de dire non plutôt que oui. Tout le monde est d’accord avec ça, sauf… le nouveau testament. Aïe.

Je suis persuadé que 90 % des chrétiens pensent que Dieu nous donne un rendez-vous qui consiste à choisir entre « suivre Jésus » et « ne pas le suivre ». Ce que Dieu désire dans sa parole, c’est que nous le suivions. Un point c’est tout. Nous ne pouvons pas dire à Dieu : « Je suis content, tu m’as donné la liberté d’aller loin de toi, donc je te rends grâce que tu m’aies donné la possibilité de ne pas suivre Jésus, de fuir ta bénédiction, de ne pas être croyant ».
Malgré la prédication de toute une génération de chrétiens, la liberté biblique ne consiste pas à être face à l’alternative entre un oui à Dieu et un non à Dieu, entre la foi et le doute. Dieu nous offre la foi. Point, à la ligne.

Comprenez bien le processus.
Imaginez que vous êtes sur un chemin, le chemin de vie. Et voici que le chemin que vous suivez, de façon simple et lisible, arrive à un carrefour. Vous avez désormais la possibilité de suivre deux routes. Il y a une route qui mène vers un parcours miné et semé d’embûches et l’autre qui reste un sentier carrossable. Alors, quel est votre choix ? Vous pouvez choisir de marcher sur le premier chemin que j’ai décrit, celui qui est miné. Ça peut être votre choix. Mais honnêtement, vous êtes fou si vous choisissez ça. Vous allez y risquer votre vie au premier pas.
Si vous êtes dans cette situation-là, pouvez-vous encore affirmer, avec aplomb, que votre liberté consiste à choisir de marcher tout de suite sur une mine anti-personnel ? Drôle de conception de la liberté que de choisir de mourir sans s’ouvrir à la liberté du lendemain !
Eh bien la liberté biblique est bien celle-ci : elle consiste à s’apercevoir qu’en apparence on a un choix à faire mais qu’en fait, ce n’en est pas un. Est-ce que j’ai le choix entre la vie et la mort ? Pas tant que ça. Parce que dès que je suis mort je ne suis plus libre, je ne peux même plus faire des choix. Mon seul choix c’est la vie. C’est ce que dit très bien Moïse dans le Deutéronome : « J’ai mis devant toi la vie et la mort, choisis la vie. » J’ai mis devant toi la bénédiction et la malédiction, choisis la bénédiction. Ce n’est même pas un choix quand on sait ce qu’il faut choisir à tout prix. « Je vous propose de choisir entre deux semaines à Tahiti et cinq ans en prison. Réfléchissez bien ! Faites votre choix, c’est votre liberté, alors, que préférez-vous ? »

La vraie liberté de l’humain ne consiste donc pas dans une alternative pour dire Oui ou pour dire Non à Dieu, et encore moins pour dire peut-être. Croyez-vous une seconde que quand on a dit Non à Dieu, on puisse vivre libre ? On vit sous l’escarcelle de tas de maîtres, de petits dieux portatifs et sans-fil. On vit sous le règne du désir débridé, on vit au royaume des caprices et des tempêtes. On est tout sauf décontracté. On est seul, mais on n’est pas libre.
La découverte de Moïse, de Jésus, de Paul et de Luther, c’est la garantie que notre liberté ne se trouve pas dans notre choix, mais qu’elle se trouve dans notre Dieu. L’unique solution viable, c’est notre Oui à Dieu.
Bien sûr, nous sommes toujours devant des choix : fromage ou dessert, vélo ou voiture, ciné ou télé… mais pour ce qui est des registres fondamentaux et vitaux de notre existence — tout ce qui va être de l’ordre du vital ou du mortel — notre seul vrai choix, c’est celui de marcher à la suite du Christ dans le chemin de la vie. En somme, nous n’avons pas vraiment le choix.
Cette vérité est scandaleuse, elle est folle, elle est inaudible pour les français. En effet ils sont ce peuple, qui, dans le concert des nations, a choisi la liberté comme idole. Le pays de la liberté et des droits de l’homme, comme nous avons plaisir à nous nommer, ce pays a du mal à supporter l’idée que notre liberté a des limites, et que vivre sans Dieu n’est pas vivre libre.

Ce n’est pourtant que dans la mesure où notre vie colle au projet de Dieu pour nous que nous pouvons nous découvrir véritablement libres, libérés de tous les esclavages et de toutes les dominations qui nous aliènent.
Avez-vous le choix, quand quelqu’un vous aime, de lui dire : « Je t’interdis de m’aimer, respecte ma liberté, je ne veux pas que tu m’aimes » ? L’amour d’un autre fait partie de ces réalités que nous subissons. Et quand bien même nous essayerions de nous agiter de toutes nos forces pour être le moins « aimables » possible, Celui qui nous aime vraiment continuera à nous aimer, comme nous sommes. Autant vous êtes libres d’aimer, autant vous n’avez aucune prise sur l’amour reçu. Vous vous bouchez les oreilles pour ne pas entendre, vous cachez vos yeux pour ne pas voir ? Est-ce que cela change quelque chose à la réalité qui est devant vous ? Vous êtes tout de même aimé.
Votre liberté devant Dieu consiste seulement à réaliser combien Dieu vous aime. Que ça vous fasse plaisir ou non, il vous aime. Que vous l’aimiez vous-même ou que vous ne l’aimiez pas, il vous aime. Vous n’avez pas le choix ; c’est un état de fait. Que vous croyiez ou pas en Dieu, Dieu, lui, croit en vous, et vous ne l’empêcherez pas de sitôt d’y croire.
J’ai mis devant toi le oui et le non. Choisis le oui. Tu n’as pas le choix.

C’est Jésus que l’on appelle dans la bible le Oui de Dieu, l’Amen. C’est lui le Oui de Dieu envers l’humanité, et c’est lui le Oui de l’humanité envers Dieu. C’est le seul à avoir pu concentrer en lui-même non seulement le désir qu’avait le Père d’aimer toutes ses créatures, mais aussi le désir plus incertain de l’humanité de reconnaître Dieu comme son Père.
C’est dans notre Oui à Dieu, c’est dans notre Oui à sa volonté et à ses projets que se joue notre vraie liberté. C’est quand nous disons « Oui, Jésus-Christ est le Seigneur » que notre liberté prend toute son ampleur, que nos écailles sur les yeux tombent et que les chaînes à nos pieds tombent. C’est, comme cela était rappelé dimanche dernier, quand notre servitude devient service que nous prenons notre essor. Alors, que notre Oui à Dieu soit l’écho du Oui de Dieu pour nous, e

Ce qui est donné, et ce qui est à faire

Prédication donnée au temple du Marais le 14 janvier 2007

Jean 13:34-35 (Traduction Segond)
Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres.

1 Corinthiens 12:1-11 (Traduction Français Fondamental)
Frères et soeurs chrétiens, au sujet des dons de l’Esprit Saint, je ne veux pas que vous restiez ignorants. Autrefois, vous ne connaissiez pas encore Dieu. Vous le savez, vous étiez entraînés vers les faux dieux qui ne parlent pas, vous ne pouviez pas leur résister. C’est pourquoi je veux vous faire savoir une chose: si quelqu’un parle avec l’aide de l’Esprit de Dieu, il ne peut pas dire: « Que Jésus soit maudit ! » Et sans l’aide de l’Esprit Saint, personne ne peut dire : « Jésus est le Seigneur. »
Oui, il y a des dons différents, mais c’est le même Esprit qui les donne.
Il y a des façons de servir différentes, mais on sert le même Seigneur.
Il y a des activités différentes, mais c’est le même Dieu qui les produit toutes en tous.
Chacun reçoit le don de montrer la puissance de l’Esprit Saint, et cela pour le bien de tous. L’un reçoit de l’Esprit le don de parler avec sagesse, l’autre reçoit du même Esprit le don de faire connaître Dieu. Un autre reçoit de ce même Esprit le don d’une foi très solide, un autre reçoit de cet unique Esprit le don de guérir les malades. Un autre peut faire des actions extraordinaires, un autre peut parler au nom de Dieu, un autre sait faire la différence entre ce qui vient de l’Esprit Saint et ce qui ne vient pas de lui. Un autre peut parler en des langues inconnues, un autre peut les traduire. Mais tout cela, c’est le seul et même Esprit Saint qui le rend possible. Il distribue ses dons à chacun comme il veut.

Prédication
Paul est un homme très préoccupé par le bon fonctionnement des communautés chrétiennes. Par-dessus tout il est soucieux que leur témoignage visible soit à la hauteur de la parole qu’ils annoncent. Il n’est pas le seul : Jean avait le même objectif quand il rappelait une parole du Christ : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples. »
Quoi de plus pénible, effectivement que de rejoindre un groupe humain qui a tout misé sur la question du sens, des idées, d’un idéal, et de s’apercevoir qu’il s’agit d’une supercherie, d’une hypocrisie. Sans un amour qui transparaît concrètement, comment croire à la parole d’amour portée par les disciples de Jésus-Christ ?
Le Seigneur attend donc de nous une cohérence entre nos paroles et nos actes. Ou plutôt, pour être plus précis, il attend une cohérence entre Sa parole et nos paroles, Ses actes et nos actes, Sa parole et nos actes. La nuance n’est pas anodine car il ne s’agit pas seulement d’une fidélité à soi-même mais bien de la fidélité à quelqu’un qui nous a précédés.
Nous sommes dans un environnement où l’authenticité est devenue une valeur absolue. Il est tout à fait décent d’interviewer quelqu’un qui dit que vous ne méritez pas de vivre, du moment qu’il le dit sincèrement. Et les médias cultivent, avec notre assentiment tacite, le jeu des caricatures, essayant de trouver des personnes qui parlent sincèrement, peut-être, mais qui ont été choisies d’avance parce qu’elles mobilisent des stéréotypes et des idées toutes faites qui vont formater et reformater sans cesse une même vision du monde. C’est le grand classique du jeune rebelle qui fustige une société du tout-économique, et qui brandit sur son tee-shirt une marque d’une des firmes les plus riches, les plus puissantes et oppressantes du monde.
Alors brisons tout de suite l’incohérence qui fait que nous avons dit au début du culte que nous étions des frères et des sœurs alors que nous ne connaissons peut-être même pas le nom du frère ou de la sœur qui est à côté de nous. Comment pourrions-nous continuer à dire que nous sommes frères et sœurs dans ce cas ?
[Les gens se présentent]
Le Seigneur nous invite à être plus cohérents. Difficile de l’être jusqu’au bout, car à partir moment où nous vivons dans cette partie du monde, dans l’hémisphère nord, nous sommes déjà en compromission dans une répartition des richesses qui fait que nous sommes parmi le cinquième le plus riche de l’humanité, quand bien même nous serions parmi les pauvres de ce pays.
Pour autant, dans la mesure de ce sur quoi nous pouvons influer, Paul nous invite à ne pas rester ignorants, à ne pas être des gens qui font « comme si », mais plutôt à devenir des personnes qui se battent « même si »… Même si c’est difficile que notre parole et nos actes soient bien calés, nous ne pouvons pas nous comporter comme si nous étions sous l’autorité d’un autre dieu que le Père de Jésus-Christ.
Un des objectifs que le Seigneur a fixés à ses disciples dont nous sommes, c’est donc de rendre sa parole d’amour visible dans le réel de nos relations. Mais c’est aussi, selon l’enseignement de l’apôtre Paul, d’administrer, comme nulle institution ne saurait le faire, les questions de l’unité et de la diversité. Il y a une unité nécessaire de la communauté chrétienne — et Paul est toujours préoccupé avant tout par la cohérence de la communauté locale. L’unité de l’Église locale est une image pour le monde extérieur de l’harmonie à laquelle le Seigneur appelle toute créature humaine. Ce n’est pas pour rien qu’il prendra plus loin l’exemple du corps humain pour décrire l’Église. Comment un corps pourrait-il se dissocier sans que cela soit immédiatement signe de mort ? Une communauté vivante est une communauté unie. Et cela ne peut pas être une unité forcée, mais bien une unité reçue par grâce.
Pour autant, ce n’est pas une collectivité fusionnelle où tout serait identique, où tous seraient pareils. C’est parce que le même Dieu, le même Esprit-Saint, donne, agit et produit toute chose en chacun, que l’unité de l’Église résiste. Ce n’est pas par notre propre force ou notre agitation, mais par notre capacité à recevoir de Dieu notre unité.
Tout cela pourrait ressembler de près à un traité de management de collectivités : “Il faut savoir équilibrer la tension qui demeure entre la nécessité d’être ensemble et la nécessité d’être différents, pour être vraiment créatifs…”

Mais ce serait oublier le cadre dans lequel Paul énonce ses propos ! Le dernier tiers de l’épître au Corinthiens est centré sur la question des dons du Saint-Esprit. Paul ne parle pas de la gestion des ressources humaines de l’Église. Il parle bien de la façon dont nous recevons les choses de l’Esprit.
Nous avons une étonnante capacité à séculariser ces textes, à en faire de la littérature. C’est parce que nous avons du mal à accepter que Dieu pourrait nous donner, concrètement, des choses qui pourraient nous surprendre. Cette capacité à transformer des textes très spirituels en de la littérature tout à fait banale est étonnante. J’en veux pour preuve l’utilisation qui est faite dans les mariages du chapitre 13 de l’épître aux Corinthiens, chapitre qui suit notre lecture du jour. On aime ce texte : l’amour est patient, il est plein de bonté, il n’est pas envieux, il ne se vante pas… C’est beau ! Et la mariée revêt son plus beau sourire. Sauf que l’amour dont on parle dans ce texte n’est pas l’amour conjugal ! Paul décrit au chapitre 13 de son épître le don d’amour, le don de l’amour tel que le Saint-Esprit le donne. On n’est pas du tout dans un registre psycho-affectif, mais bien sur une question de spiritualité. Paul vient de faire la liste de tous les charismes, tous les dons du Saint-Esprit, ces choses miraculeuses qu’il nous est donné de faire quand nous nous ouvrons profondément à la présence de Dieu. Et il dit que la voie suprême, au sommet de tous ces dons, c’est l’amour.
De la même façon que nous ne voulons pas confondre l’unité chrétienne et une espèce de fusion malsaine, nous devrions faire attention à ne pas confondre les dons du Saint-Esprit avec, par exemple, les talents.
Le français nous induit en erreur car on dit de quelqu’un qui a été richement doté dans un talent particulier : il a un don pour… les langues ou que sais-je encore. Le talent est une aptitude, une disposition favorable qui semble venir du fond de notre patrimoine génétique ou personnel, et qui nous rend particulièrement disponible et doué pour telle ou telle activité. Mais un talent est quelque chose qui est en nous depuis toujours et que l’on peut faire cultiver, mais qui ne se reçoit pas. Un don du Saint-Esprit est quelque chose qui se reçoit. Et c’est même plus que cela, c’est quelque chose qui ne peut que se recevoir. Si quelqu’un dit qu’il “a” le don de prophétiser, de parler au nom de Dieu, il se trompe lui-même et il trompe les autres. Il a reçu ce don, une fois, pour un temps, mais c’est l’Esprit-Saint qui donne cela pour un temps et selon des dispositions que lui seul connaît. Peut-être l’a-t-il reçu plusieurs fois, et c’est une bénédiction, mais à chaque fois, cela aura été à nouveaux frais, selon la seule initiative de l’Esprit-Saint. On ne possède pas un charisme du Saint-Esprit, on le reçoit. A l’inverse du talent qui est permanent et qui se cultive, le charisme est aussi précaire que puissant ; il est donné et reçu. C’est aussi cela qui atteste du fait qu’il est bien de Dieu et qu’il ne s’agit pas d’une capacité personnelle de celui qui l’utilise.
Paul nous livre donc, dans ces passages des épîtres aux Corinthiens, que l’amour que nous avons les uns pour les autres ne peut être que le charisme suprême, quelque chose qu’il nous faut demander et recevoir, mais quelque chose que nous ne pouvons pas édifier à la force du poignet. Il nous dit aussi que l’unité de son Église est quelque chose qui doit être désiré et reçu de lui, selon les modalités qu’il a prévues. Ce n’est pas une incitation à la paresse, l’indolence ou la passivité, mais c’est une invitation à ne pas chercher cette unité comme s’il s’agissait d’un talent chrétien, d’un dépôt universel qui serait dans le code génétique de la chrétienté, mais bien de quelque chose qui ne peut surgir que par le miracle du Saint-Esprit de Dieu. Amen