L’islam face à la violence : un problème systémique ?

Il y a une nécessité intellectuelle à comprendre la violence collatérale à l’islam qui se développe actuellement. Une lecture honnête des textes fondateurs et de l’histoire primitive de chaque tradition révèle des asymétries profondes, qui méritent d’être examinées sans complaisance.

Des textes coraniques discriminants

Le Coran contient un certain nombre de versets qui posent des problèmes éthiques sérieux au regard des valeurs contemporaines. Les sourates traitant du statut des femmes — héritage, témoignage en justice, autorisation maritale — consacrent une inégalité structurelle. De même, plusieurs versets concernant les « gens du Livre », juifs et chrétiens, oscillent entre tolérance conditionnelle et hostilité déclarée. Certains passages appellent explicitement au Djihad, combat contre les non-croyants qui refuseraient de se soumettre. Ces textes ne sont pas marginaux : ils appartiennent au cœur canonique de l’islam et ont été, tout au long de l’histoire, invoqués pour justifier des discriminations légales et des conquêtes militaires.

Muhammad et les origines conquérantes de l’islam

L’histoire du premier islam renforce cette lecture. Contrairement à Jésus, dont la vie publique n’est associée à aucun acte de violence, Muhammad est aussi un chef de guerre. Les batailles de Badr, d’Uhud, la conquête de La Mecque, les expéditions punitives contre les tribus juives d’Arabie : l’hégire est indissociable d’une expansion par les armes. Ses successeurs immédiats — les califes dits « bien guidés » — ont poursuivi cette dynamique de conquête à une échelle continentale. Le glaive n’est pas une déviation tardive de l’islam : il est présent dès sa fondation, dans la main même de son Prophète.

La Bible et le chemin de pacification

La situation des Écritures bibliques est différente, bien que le Premier Testament contienne lui aussi des textes troublants : lapidation des adultères, génocides commandés par Dieu, esclavage réglementé. Cependant, l’histoire du judaïsme illustre une capacité remarquable d’auto-réforme. La tradition rabbinique, notamment après la destruction du Temple, a progressivement « spiritualisé » ces prescriptions, les rendant inapplicables en pratique. La violence promue dans le textes fondateur a été neutralisée par l’interprétation vivante de la communauté croyante.

La rupture radicale du Nouveau Testament

Le Nouveau Testament représente, lui, une rupture anthropologique sans équivalent dans le corpus islamique. Le sermon sur la montagne, le commandement d’aimer ses ennemis, la non-résistance au mal par la force, la mort acceptée sans représailles : tout dans la personne et le message de Jésus oriente la foi vers un renoncement radical à la violence. Les trois premiers siècles du christianisme en portent le témoignage : une foi qui s’est répandue non par la conquête, mais par le martyre consenti. Ce n’est qu’avec Constantin, au IVe siècle, que le christianisme devient religion d’État et commence à instrumentaliser la violence — une déviation que les théologiens eux-mêmes ont constamment identifiée comme une trahison de l’Évangile. C’est contre Jésus et contre l’Evangile que les chrétiens ont stigmatisé, meurtri, tué, discriminé dans l’Histoire.

Les raisons d’un silence incompréhensible

Pour un chrétien ou un juif qui refuse la violence, les ressources pour le justifier sont abondantes dans ses propres Écritures et dans l’histoire primitive de sa tradition. Un chrétien guerrier devra, lui, résolument aller contre la parole de Jésus.
Pour un musulman qui refuse la violence, le chemin est plus difficile : il doit, d’une manière ou d’une autre, contourner voire trahir Muhammad, relativiser des sourates coraniques pourtant explicites, et s’inscrire en rupture avec les origines des premiers siècles de sa propre religion. Ce n’est pas impossible — des théologiens musulmans réformateurs l’ont tenté —, mais c’est structurellement plus coûteux, d’autant plus que cette position expose à des fatwas radicales.
Voilà pourquoi même les musulmans modérés sont désemparés et silencieux par rapport à l’islam radical.

Il serait scandaleux de dire que les musulmans sont violents ; mais il faut dire que la non-violence, pour eux, exige un effort herméneutique supplémentaire que leurs textes fondateurs ne facilitent pas spontanément, et leur fait prendre des risques tels que seuls quelques héros d’un islam modéré se le permettent, au prix de leur vie.

Author: Gilles Boucomont

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